‹ L'abbaye de Beavliev-lès-Loches et quelques monuments de sa dépendanceChapitre 27 sur 49 · DOCUMENTS RELATIFS A LA FONDATION DE L ABBAYE · texte numérisé non relu

DOCUMENTS RELATIFS A LA FONDATION DE L ABBAYE

Charte de Foulques Ncrra '.

Quoniam quidem, sicut boni {aliàs bonus) mos est ut exemple aliorum semper ad meliora proticiant, ità mali, malorum exemplis corrupti, semper deteriorantur. Quod ego Fulco cornes ita esse nostris temporibus videns et in futuro deterius esse sciens, ob pacis custodiam et ut semper quieti vivere valerent, ne ab aliquo successore nostro ullam inquietudinem paterentur pro nulla re habitatores hujus loci, id est Belliloci, quem ipse construxi, ob meam meorumque parentum salutem, concessi eis omnem terre eorum coustumam et illius quam modo eis do seu daturus sum

' Nous empruntons ce texte à l'ouvrage de .M. Halphen, L(ui l'a accompagné des notes suivantes : A. Original perdu. — B. Vidimus originaux : i° de Charles V (iSô"); 2" Charles VI (1414); 3° Charles VII (142.3); 4" Louis XI (1463); .5" Charles VIII (i4g3); 6° François I" (i5oo), perdus. — C. Copies des xV, xvi'' siècles dans les registres du Parlement de Paris : i" du vidimus de Charles VIII en 1494. Arch. Nat., X'» 8&J9, f" ig6 v"; 2° du même vidimus en 1498, (*/i.., X'" 8610. f" 39 v°; 3" du vidimus de François I" en i523, ibid., X'" 861 1, f 225 v°. — D. Copie du xviu" siècle d'une expédition du vidimus de François I", Bibl. Nat., ms. latin 12662, f" 141. — Ed. : Ordonnances des rois de France, t. XVI, p. 67. — Indiqué dans le Catalogue des actes de François I"^ n" 023, d'après C^.

aut aller dcderit seu ipsi emerint. Necnon concessi eis mercatum meum perpétue habendum in predicta villa die sabbati. Do eis eciam sanguincm, fures et omnia forefacta, cujusmodi sint, que fuerint facta a rivulo de Concere et a quercu sancti Hilarii (^aliàs Hylarii) et ab oleriis et ab ulmo Suspensi. Et si aliquis forefactum fecerit intra hos termines, ex quo vicaria exigere {aliàs exire) debeat, vel aliquid venderit, et vicaria et veiula nionachis Belliloci sit. Necnon si burgenses intcr se pugnare voluerint, belluni in ipsa villa sit et bellum et omnis forefactura {allas forefacta, forfactum) sit monachis', et similiter sit et omni terra eorum, ut, ubicumque bellum presentatum fuerit, in ipsa terra sit, si eis placet, aul ubi eis placuerit, prêter {allas propter) hoc quod si bellum cum meo homine esse debuerit aut cum aliquo milite, Lucas castre sit : ita plane ut si homo monachorum victus fuerit, liberum eum reducant. Et in quocunique loco terre mee abbas loci illius pro qualicumque re bellum fecerit, si homo suus victus fuerit, liberum eum adducat, ita ut nullam forefacturam emendet nec preposito nec vicario. Adhuc eciam do eis ut de nemore meo Besolgerio quantum eis opus fuerit ad molendinos faciendos seu domos et ad callefaciendum et ad villam claudendam et ad omnia eorum facienda et in ipso nemore glandem ad centum porcos (capiant). Et hoc, ut in perpetuum, teneatur, litteris tradere mandavi. Signum Fulconis comitis. Signum Marraldi, hujus rei testis. Et isti sunt testes : Ricardus, Gauterius Tison, Hugo Bonterius, Hugo Mansellus, Guarinus Franciscus, Cadilo de Blason, Arraldus prepositus, Ganillus de Castellione.

La charte de Foulques et les bulles pontificales ont été considérées et publiées comme authentiques par les frères de Sainte-Marthe (G(i//w, t. L P- 756; t. IV, p. 151) et Migne (Tatrologie latine, t. CXXXIX, col. 1491-1525). Pour la charte, on a une copie du xvir siècle soi-disant d'après l'original, dans la collection Baluze, volume XXXVIII, i. 66; et une du xviu siècle, d'après la même source, dans la collection dom Housseau, vol. XVIII, t. 486. — Pour les bulles, on a double copie de dom Housseau, vol. Il', n° 357, et XVIII, f. 488.

De son côté, le moine Yve Gaigneron écrivit, en 1685, l'histoire de l'abbaye et déclare analyser la charte de fondation c dicio fundatlonis actu in archivis monasterii Bellilocensis asscrvato; et, au sujet de la bulle de Serge IV, il écrit : Extat In thesauro Bellilocensi diploma Scrgll quart! suininl ùontitîcis. A son tour, le copiste de la collection

* Ici les copies CD intercalcnl le piirase suivante, que M. llalplioii dit ne pouvoir être admise dans le texte : •? Meo quoque tempore quoddam habuit bellum de Vitale tinctoreet quodam latrone, pro hoc quad latro dicebat Vitalem secum manducasse unum baconem queni furatus fuerat — et ex illo bello habuerunt scutum — et levé aliud bellum de Lamberto et Mauricio draperio et, in tempore GaulTridi comitis, de fiaslcsal et Kainaldo Pinco, aliud de Rainaido Oarrum, de Roscelino de Romeyo. -

Jom Housseau assure qu'il transcrit la charte de Foulques ex auloi^rapho, et le privilège de Serge IV : " sur l'original avec la bulle pendante en plomb et lacs de soie verte . »

M. Halphen prétend qu'au lieu d'originaux, il ne s'agit ici que de copies et de pièces refaites, et, pour le démontrer, il établit un rapprocheinent entre les copies des xvii= et xv!!!"" siècles et un autre qu'il déclare " à la fois trop différent et trop voisin » pour qu'on n'examine pas ces pièces avec attention.

A propos de la charte de fondation et des trois bulles pontificales, M. Halphen met en doute l'authenticité de ces pièces; et voici ses raisons. Actuellement, il ne subsiste ni originaux, ni copies anciennes, et les pièces d'archives ne sont pas antérieures au milieu du xV siècle. Dès 1689, Daniel Billouet, envoyé par dom Germain pour préparer le Monastiam Benedictinum, proclame *' presque impossible qu'on puisse avoir rien d'asseuré de l'antiquité du monastère, les anciens n'ayant jamais tenu registre de rien et le chartrier ayant esté autrefois entièrement bruslé. » C'est pourquoi en tête des premières chartes du Monasticon, on a écrit: * Ces copies n'ont point été faites sur des originaux, qui sont perdus ou égarés'.» Une copie faite au xvii' siècle donne une requête, paraissant du xvi= siècle, dans laquelle les religieux réclament l'expédition des vidimits de leurs privilèges insérés dans les registres de la Chambre des comptes de Paris, vu que " lesdits suppUants ont adiré leurs originaux desdits privilèges ». On pourrait en conclure que, dès le xvi'-" siècle, les archives de Beaulieu ne renfermaient que des copies des pièces des débuts. Ce qui s'explique par ce lait que l'abbaye fut pillée de fond en comble en 1412, et brûlée à plusieurs reprises.

Les registres du Parlement de Paris ont conservé la copie d'un vidimits de la charte de Foulques, délivré par Charles V en 1367. Or le texte dit simplement que le comte octroie aux religieux la terre de Beaulieu avec toutes ses coutumes, un marché hebdomadaire, les droits de justice et de vente avec des limites indiquées, et des droits d'usage dans le bois de Boisoger. Mais on n'y rencontre rien touchant l'affranchissement, le droit monétaire, les droits d'étal et de taverne, la levée de certains droits de taille et un tarif d'amendes contre les délinquants.

De fait, ces divers droits, dont plus d'un est un anachronisme, n'apparaissent pas dans les actes authentiques de Foulques. Au surplus, le denier, dont on a parlé au congrès de Loches en 1869, poi'te bien la légende Lucas castra, mais nullement l'image du saint Sépulcre, et il s'agit d'une monnaie frappée à Loches par les comtes d'Anjou au cours du xi= siècle, peut-être même pas d'une manière coutumière.

En outre, dans l'office du saint Sépulcre, dont la rédaction ne peut être reculée plus tard que le xv" siècle, soit avant, soit peu après le principal incendie des archives, et qui relate soigneusement ce qui regarde la fondation, il n'est pas lait mention de

' Ms. original de Gaig'neron, Bibl. Nat., ms. lat. 12662, f 107, 108. Coll. dom Housseau, vol. II. n" 337, 357.

ces privilèges. On y lit : Dédit ergo Fulco cornes ad substentacionem monachoruin ibidem T)eo servienciiim vinearum, pratorum, silvarum, aquarum culta et inculla, servos et ancillas per diversa loca, ut carie apiid eos conservate demonstrant.

Tandis que dans le texte du vidiinus il est question de la " terre » et " villa » de Beaulieu, le texte courant parle du bourg en don à l'abbaye comme s'il existait : burguin totmn et oinnes cosstumas ejuudein burgi.

Entre le second texte authentique et le premier, connu par des copies faites sur des

originaux probablement brûlés en 14 12,

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il n'y a pas à hésiter.

La bulle attribuée à Jean XVIII présente une teneur qui démontre la non -authenticité. La formule de notification : omnibus regibus, episcopis, ducibus, comitibus atque nobilibus populis Francorum, ainsi que les termes vestrœ subJimitati , ne sont pas conformes aux traditions de la chancellerie romaine.

Quant au dispositif, il rappelle que Foulques a invoqué le privilège et la protection du Saint-Siège avec défense de troubler le monastère, et proclame l'exemption de l'ordinaire, avec une double clause comminatoire pour les affaires temporelles et spirituelles. De ce procédé imprécis, M. Halphen conclut qu'un faussaire, postérieur au début du xv'^ siècle, a pris en certains actes un double dispositif dont il s'est inspiré pour confectionner sa pièce. Au surplus, elle n'a pas la formule finale : pas de date, de souscription et de formule de validation. Il est vrai qu'il s'agit d'une copie; mais les copistes n'ignoraient pas l'importance de ce protocole final pour la valeur des documents.

La première bulle de Serge IV est relative au droit de consécration de l'église abbatiale de Beaulieu, que l'archevêque de Tours entendait réclamer. Cet acte est rempli d'incorrections qui avaient déjà fait penser que " la bulle avec plomb et lacs verts » mentionnée par les copistes n'était pas un véritable original.

Au lieu d'avoir h forme des actes publics pour le début et la fin, ainsi que pour le dispositif, elle présente la forme des actes privés italiens du \\ siècle. Et d'autre part, par une évidente contradiction, la présence de la bulle et de certaines clauses lui

Abbaye bénédictine de Saint- Florent, en Anjou (dessin de Gaignières).

donnent un caractère public. D'ailleurs, ici encore, on retrouve le double emploi des formules comminatoires.

Dans la rédaction, on relève maintes circonstances qui accusent l'ignorance de l'auteur. Il est question du vcmrabilis archiepiscopus de Tours, de Fulco tout simplement, du monastcnum qttem Fulco noviter construxil , sans même mentionner le nom du lieu. Au sujet du droit de consécration, par manière de plaidoyer naïf dans le genre d'un domaine quelconque, il est dit : cujus est hcrcditas , ipsius est consecratio, et les laïques sont appelés à donner leur avis sur cette question canonique. Enfin on observe des anachronismcs, comme l'existence, en 1012, de Benoît comme évêque de Porto, alors que c'était Jean et que Benoît occupa ce siège sous Benoît VIII; et, comme évèque de Selva Candida, de Grégoire, alors que le siège était occupé par Benoît.

La seconde bulle de Serge IV est une sorte de lettre de créance pour le cardinal que le Pape avait chargé de consacrer l'église de Beaulieu. La rédaction est entachée de tares qui la rendent suspecte. La notification est faite omnibus fidclibus sancLc Dei ecclesiiS episcopis, ce qui indiquerait tout au moins une mauvaise lecture. Quant au bienfaiteur et à la localité, on rencontre la mention : quidam cornes noinine Fulco construxit quoddam monastcrium in suo proprio alodo, laquelle, d'une part, est peu révérencieuse et, d'autre part, peu précise sous le rapport topographique. Le Pape ne donne pas davantage le nom de " l'évèque sufiî"ragant », qu'il envoie pour consacrer l'église. Il y a une surabondance de formules conmiinatoires qui montre que l'auteur, dans son zèle, a forcé la note. Enfin, on ne rencontre pas de date ni de souscription finales.

Telles sont les considérations qui ont été faites par M. Halphen au sujet des actes anciens relatifs à l'abbaye de BeauHeu. Nous n'y contredisons pas pour l'ensemble des réflexions. Mais si l'on rapproche le teneur de ces pièces de l'état des esprits au couvent et au dehors, à la suite de l'accident qui le ruina, on peut trouver dans ces événements le principe de l'inspiration de ces actes, destinés à donner plus d'autorité à la juridiction religieuse.

En la circonstance, il y a eu des actes rédigés suivant le style de la chancellerie romaine, et ces actes auront été conservés au couvent à travers les siècles dans le chartrier, cher à toute abbaye qui se respecte. A la suite des incendies et pillages, ces actes auront été endommagés. Avec ce qui avait pu échapper au désastre, et à l'aide des autres pièces, les scribes du couvent auront tenté de reconstituer les originaux, non sans y glisser les imperfections de leurs connaissances protocolaires. Et c'est ce qui expliquerait comment ces pièces, complétées d'après les actes de donations qui suivirent, présentent de graves incorrections. Au demeurant, ce ne sont pas des taux, mais des reconstitutions inexactes d'actes dont on avait tout lieu de regretter la fâcheuse destruction.

La charte primitive donnée par Foulques pouvait ne pas renfermer le détail de

certains biens et privilèges. Le comte les ayant baillés dans la suite à l'abbaye, les religieux complétèrent le premier document en y insérant la mention de ces donations. De la sorte on peut dire que l'acte n'est pas absolument authentique dans sa forme, mais qu'il n'est pas un faux au sens rigoureux dans l'intention et dans la réalité.

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