L'abbaye de Clairmarais d'après ses archives
Secrétaire -Général de la Société Impériale des Antiquaires de la Murinie. Inspecteur des Monuments Historique*, Correspondant du Ministère do l'Instruction publique. Membre de plusieurs Société» savantes françaises et étrangères.
etc., etc.
SAINT-OMEK
IMPRIMERIE FLEURY-LEMAIRE , LlTTE-Rl'E.
uigmze
« Facta vii'os que Cano, Claram qui laude Paludem
« Digni rexerunt, perpete Musa fave,
« Ordo ptr innumeras, fusus Cistercius oras.
» Est, et in Arlhesiisy amplificandus agris.
« Cuncta dal Elzatius, sacrandis œdibus apta,
« (Jueis humilis fiunt, limina prima domus,
« Dàm que micat Lacuum, Limphis cirwmdala nomen
«« Indè suum Claris nostrn Mariscus habet. »
Epig. I •
Uwfli Marlin Dubui«oo. religieux do Clairmoais.- (Hisl. m» Cl*r.. tom. I, p«ff »2D-
nos provinces de Flandre et d'Artois, aussi bien qu'aux annales de la France et à celles de la vieille cité qui porte le nom et garde la mémoire du grand apùtre de la Morinie.
Chacune de ces biographies Abbatiales, auxquelles nous avons joint les noms des Religieux contemporains, est accompagnée des armoiries du Prélat titulaire ; quelquefois même, elle est ornée de son portrait, lorsqu'un hasard heureux a pu nous permettre de le rencontrer.
Chacune d'elles rappelle, dans un ordre chronologique, l'administration, les actes et la vie du personnage que l'ou y voit figurer, avec les faits essentiels qui se rattachent à son existence publique ou privée, ainsi qu'à celle de la grande famille Cistercienne.
Ces faits plus ou moins importants nous ont paru offrir, de temps en temps, quelques peintures de mœurs assez piquantes pour ne pas être négligées. . . . .\ous les rappelons sous la forme d'éphémérides, afin de les mieux classer dans la mémoire : ils sont inscrits, pour ainsi dire a leur jour, à leur heure, d'après les documents les plus certains, les chroniques contemporaines, où chaque ligne est une date et chaque date un souvenir....
— Comme garantie de la vérité historique, dont un écrivain consciencieux ne doit jamais s'affranchir, nous produisons à chaque page les preuves à l'appui de nos assertions, en ayant soin d'indiquer toujours les sources où nous les avons puisées et en transcrivant le plus souvent, les pièces justificatives ; de plus, pour la facilité du lecteur, nous ajoutons :
\° Un sommaire délaillé de chaque article Biographique ;
2° Le tableau chronologique de tous les Abbés.
3° Une table alphabétique des matières ;
4° Un errata comprenant la rectification des principaux lapsus ou des plus notables coquilles....
Telle est la composition de ce second volume, dont l'étendue, à cause de la nature et de la division du sujet, a dû contre notre attente, dépasser les proportions qu'il paraissait annoncer, d'où résulte une inégalité regrettable entre les deux parties de notre travail : il n'a pas dépendu de nous qu'il en fût autrement....
Le mode que nous avons suivi est le même que celui que nous avions adopté dans noire premier ouvrage intitulé les Abbés de Saint-Bcrtin, lequel pour le fond comme pour la forme, a obtenu les encouragements les plus honorables et les plus flatteurs
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.... Nous avons cru, dès lors, devoir continuer la même marche pour les Abbés de Clairmaraù, ce plan nous a semblé le plus sûr, le plus instructif pour ceux qui nous feront l'honneur de jeter les yeux sur ces humbles, mais utiles pages de notre histoire locale.... Telles quelles sont, et sans nous faire aucune illusion sur ce quelles peuvent valoir, nous les livrons avec confiance au public... Nous aurions désiré pouvoir le faire plus tôt.
Le lecteur attentif, sérieux, impartial et éclairé sera notre juge, c'est pour lui que nous écrivons, il prononcera sur le mérite de cette œuvre toute modeste, qui ne saurait avoir d'autre prétention que celle de faire revivre pour nos concitoyens et pour nos successeurs, quelques souvenirs oubliés, qui ne sont pas sans gloire pour nos devanciers et celle surtout de les retracer avec une rigoureuse exactitude....
Si ce but a pu être atteint, si le résultat de ces recherches assidues peut être de la moindre utilité historique, ce sera pour l'auteur de ces lignes la meilleure des récompenses accordée à de longues et patientes études.
Henri de Laplane.
LE B* G UN F RI D Ie/ ABBÉ U40— ai9
LES ABBÉS DE CLAIRMARAIS
Ginfbii), 1er abbé. — Variantes sur son nom. — Sa naissance. — Ses progrès. — Chronogramme indiquant la fondation de l'abbaye (1140). — Saint- Bernard parcourt les Flandres. — Nombreuses conversions. — Plusieurs jeunes gens de distinction, Glnfrid, entre autres, demandent à embrasser la règle de Citcaux. — Lettre de Saint- Bernard. — Effets qu'elle produit sur les nouveaux convertis. -— Ils sont affermis dans leurs résolution^ et prennent la route de Clairvaux. — Leur arrivée dans ce monastère. — Leur réception. — Leur installation (1138). — Leur ardeur religieuse. — Leurs noms.— Plaintes des parents.— Réponse de Saint Bernard qui les rassure. — Emission des vœux. — Qualités de Cunfrid. — Elles se font jour. — Il est nommé .prieur. — Glnfrid échange ses fonctions de prieur de Clairvaux pour celles d'abbé de Clairmarais. — Robert succède à Foulques, abbé des Dunes.— On lui adjoint Gunfrid dans le but de s'attirer les bonnes dispositions du Comte pour l'établissement d'une nouvelle maison en Flandre. — Départ de Thierry, d'Alsace, pour la Palestine. — Sibylle le remplace pendant son absence. — Saint-Bbrnard met
SALM-GUNFRID, 1" Abbé.
SOMMAIRE
à profit la régence de cette princesse dans l'intérôl de sa communauté future. — A son retour le Comte ratifie tout ce qui a été fait et ajoute de nouvelles libéralités. — Construction du monastère do Clairmarais. — Son premier emplacement. — Saint- Bernard songe à y mettre des religieux. — A la prière de Thierry et de Sibylle, Gunfrid en devient le premier abbé. Sa nomination. — Sa bénédiction. — Son départ avec douze religieux. — Voyage de Clairvaux à Clairmarais. — Leur arrivée. — Réception qui leur est faite. — Visite du sol. — Aspérités qu'il présente. — Premiers travaux. — Leurs difficultés. — Patience et confiance des religieux. — Leur austérité. — Leur pauvreté. — Sagesse de Gcnfrid. — Réconciliation opérée par ses bons offices.
— Première visite de Saint-Bernard, en 1142. — Joie de Ginfrid qui ne dissimule pas la misère de ses frères. — Bernard ranime leur confiance. — 11 part pour le monastère des Dunes. — 11 propose à cette communauté d'abandonner une partie de terre située à Rihoult à l'abbaye de Clairmarais. — Proposition acceptée. — Elle est ratifiée par le Comte de Flandre. — Bernard et Gunfrid s'appliquent à rétablir la paix entre le Comte de Flandre et le roi d'Angleterre. — Variantes entre le récit des écrivains de Clairmarais et ceux de l'Art de vérifier les dates. — Transaction avec l'abbaye de Sainte-Maric-aux-Bois ou Ruisseauville (1149).— Confirmation de la donation d'un marais de 400 mesures (1142). — Ratification des biens donnés par Arnould, le Vieux.
— Audace de l'avoué de Thérouanne. — Son châtiment. — Gunfrid en fst témoin. — Plainte de Milon adressée au Comte de Flandre. — Zèle et vigueur de Thierry en apprenant ces désordres. — Les agents de l'avoué sont dispersés. — Son chateau-fort est rasé. — Bulles des papes pour autoriser une assemblée. — On décide qu'il sera interdit sous les peines les plus sévères d'élever jamais à Thérouanne aucun chAleau fort. — Noms des prélats et des notables qui figurent dans cet acte. — Gunfrid retourne à son monastère. — Il reprend le cours de ses bonnes œuvres, qui attirent à lui ainsi qu'à ses frères une réputation de sainteté. — Il donne la sépulture à Cru l u me, Châtelain de Saint-Omer. — Donation de la grange de Neuville. — Idem de celle de Nieurlet. — Confirmation de ces donations. — Transaction intervenue entre Clairmarais et les chanoines de Thérouanne au
sujet des dîmes de Nicurlet,. — Signature du chirographe qui constate cotte transaction. — Libéralités de Léon, abbé de Saint- Bertin. — Reconnaissance de Saint-Bertin envers Saint- Bernard. — Lettres de Saint- Bernard à Lko-x abbé de Clairmarais.
— Sollicitude de Saint-Bernard envers les trois premiers monastères des Flandres. — Elle soutient Gunfrid dans les difficultés qu'il éprouve.— Affreuse famine.— Nouvelle croisade. — Regrets de Gunfrid au départ de ses bienfaiteurs. — A quis'adressera-t-il?
— Pénurie extrême de l'abbaye. — Oubli du Comte. — Gunfrid songe à transférer sa solitude à Nicurlet. — Avantages de cette situation. — Facilité plus grande pour le transport des matériaux.
— 8' année du gouvernement de Gunfrid. — Le pape Eugène III réfugié à Paris. — Concile général à Reims en 1148. — Dédicace de l'église du monastère de Montmartre par le pape Eugène III assisté do Saint -Bernard et de Pierre, de Cluny. — Tunique de Saint-Bernard conservée jusqu'en 1559, époque à laquelle elle fut brfïlée. — Gunfrid apprend l'arrivée du pape et celle de Bernard il Paris. — Il songe à aller les trouver et à implorer leur secours. — Gcnfrid se met en route. — Il est reçu avec plaisir par Saint-Bernard, qui lui procure aussitôt une entrevue avec le Souverain-Pontife. — Le Saint Père bénit Gunfrid et lui accorde tout ce qu'il demande. — Joie et reconnaissance de l'abbé de Clairmarais. — Saint Bernard recommande Glnfrid à Slger, abbé de Saint- Denis. — Sa lettre. — Générosité de Suger. — Gcnfrid prend congé de lui.— Il va témoigner sa reconnaissance à Saint-Bernard et revient à son abbaye.— Retour de Gunfrid.
— Satisfaction de ses frères en apprenant les bonnes nouvelles qu'il
apporte. — Il se préparc à se fixera Nieurlet. — Libéralitédo la
Reine Matiiilde et de son fils Eustache C150 mesures à Bethloo,
près de Recques). — Donation de Guillaume d'Vpres (70 mesures de terre à Loo). — Commencement d'un nouveau monastère. — Guillaume d'Vpres y contribue. — Maladie de Gunfrid. — Il prévient Saint-Bernard. — Il se met au lit. — H se prépare à la mort en exhortant ses frères. — Sa mort. — Son Age. — Temps do sa vie religieuse. — Sa sépulture. — Remarques sur le lieu où elle se fit. — Découverte de. deux cercueils, l'un en plomb, l'autre en bois, restés inconnus. — Leur réinhumation. — Attribution du cercueil de plomb à Gunfrid. — Réflexions. — Tous les écrivains
parlent de la sainteté de Gfnfrid. — Détails à cet égard. — Indication de quelques textes à ce sujet. — Perle du manuscrit relatif à la vie de Saint Gunfrid. — Noms des religieux et titres contemporains de Ci ni iiin.
Le bienheureux Gunfrid, Gaufrid, Gonfrid,
GoFRID, GoDEFRID, GONFROI, GeOFFRAI, GEOFFROI, GUIFFROI OU GODEFROI, GODOFRIDUS vel GUNFRIDUS,
selon les variantes *, est considéré comme le premier abbé de Clairmarais, comme le fondateur de cette maison religieuse ?. VIrtVosVs c.Vm rIDVS, hVjVs abbatIae ConDItor (1140 ; issu d'une famille
« llist. m" Clarom. m", tom. I. pog. 1-22. — Gallia christ. — Dutems. histoire du Clergé de France, tom IV, pag. 225.— Les annales de Flandres et divers chroniqueurs en écrivant de différentes manières le nom de ce vertueux abbé, sont cause qu'il a été souvent confondu avec d'autres personnages homonymes, notamment avec Gaffrid ou Gonfrid. de Péronne, son ami, son frère en religion, t ré s o r i c r d e S a i n t - 0 c e N t i n . abbé de Fontenay fFontincli), et évéque de. Langres .'Li»(jonpnsisJt le mémo qui d'après la mention de Saint-Hfrnard. apparlenait également à des parents illustres et qui renonçant aux dignités se retira à Clairvaux, où il mourut dans la même cellule qu'avait occupée Saint-Bernard, là, où ce grand saint avait rendu le dernier soupir. — Gonfrid, de Péronne, avait été le 3e prieur de Clairvaux, et Gonfrid, de Clairmarais. fut le 4*. — On a confondu encore le l*r abbé de Clairmarais avec Gonfrid, parent, secrétaire et panégyriste de Saint-Hfrnard, qui devint 4* abbé de Clairvaux.
Nous croyons devoir, ici, constater ces confusions pour tenir en garde nos lecteurs.
5 Caput. Condilor, et Rector... Monasterii...
3 Ce chronogramme rappelle la date de la fondation du monastèie, 1140. — Nous le trouvons au bas d'un dessin représentant Saint- Glnfrid placé dans un médaillon, bizan*ment illustré : sur le tour figurent un fromage, des œufs, des pommes, des choux rouges, des choux blancs, poireaux, carottes, betteraves, fraises, moules, coquillages, playies, tanches, brochets, raves, etc. En un mot ce qui
noble, appartenant à cette partie de la Flandre qui dépendait de la Morinie, m Flandrid Morinensi \ de bonne beure ce vertueux cénobite montra les meilleures dispositions pour l'étude et pour les sciences, ce qui engagea ses parents à le confier à des maîtres exercés et capables d'orner son esprit des connaissances les plus variées. Bientôt Gunfrid dépassa les espérances que son jeune âge avait fait concevoir ; placé, au premier rang de ses condisciples, en peu de temps il n'eut plus rien à apprendre, ni à envier
En 1 131 , Saint-Bernard parcourait les Flandres distribuant à tous la parole sainte ; Gunfrid, entendit son éloquente voix ; touché jusqu'aux larmes, profondément convaincu des illusions et des dangers du siècle, il résolut de renoncer au monde en se consacrant à Dieu et de suivre son maître dans la solitude de Clairvaux ; cet exemple trouva des imitateurs: plusieurs de ses jeunes camarades, non moins distin-
servait, dans les premiers temps sans doute, à la nourriture des moines. Nous donnons ici une copie de ce portrait, tel qu'il est d'après Dom. Bertin de Visscry, mais nous ne pouvons nullement, on le conçoit, en garantir la ressemblance. (Ilist. Clar , pug. 126). Voy. planche I. tom. II.
» Ilist Clar., 1 p;>g. 128.
3 L'n religieux contemporain avait écrit sa vie, ce manuscrit confié à Dom. Seguin, moine de Charlicu et historiographe de l'ordre, chargé de comprendre Go?iFRin parmi les hommes illustres de Citeaux, fut égaré et irrévocablement perdu. « Vita beali Cunfridi a quo- « dam monachû hujus cœnobii conscripia .. Transmiftsa Se- « guino Caroli loci monacho, aliquando de viris illustribus t hujus ordini* scribenti, sed heu ! ut ipse falclur irreppa- « rabiliter amisit. » (Ilist. m" Clar , 1 pag. 123).
gués que lui, par leur naissance, leur éducation et leur intelligence, vinrent ensemble prier le saint abbé de leur ouvrir les portes de son monastère dont ils voulaient adopter la règle et gagner ainsi plus facilement le port du salut. Cette prière fut accueillie avec empressement par l'abbé de Glairvaux qui les engagea verbalement et par écrit, épist. 109 , à persister dans leurs bonnes dispositions
La première lettre que Saint-Bernard leur écrivit à son retour dans son monastère était adressée à Gunfrid, de Péronne, l'un des nouveaux convertis; elle leur fut communiquée à tous, ils la reçurent avec joie, ils la lurent avec bonheur *. Gunfrid, de Clairmarais, ne fut pas le dernier à en prendre connaissance, les pensées quelle renfermait, embrasèrent de nouveau son ardeur ainsi que celle de ses compagnons ; tous après s'être unanimement concertés, mutuellement raffermis dans leurs résolutions, mus par un même esprit, s'écrièrent d une voix profondément convaincue : Allons et mourons avec lui. Eamus et Moriamur cum illo 3 !....
Sans délai, cette pieuse colonie surmontant les difficultés qui s'offrent à elle, bravant les dangers, les privations du voyage, insensibles aux séductions de la vie mondaine comme aux larmes maternelles, demande et prend résolument la route de Clairvaux.
1 Maurique. — l.c P. Malbrancq. — On retrouve Saint-Bernard en Flandres, en 1138 et en 114?.— S1 Bernardi , Epist. 109. 1 Lettre. 109.
» Hist. Clar. - Epist.. 1 pag. 130. lin. 17 et m" p. 109.
Huit jours d'une marche laborieuse et pénible ne l'effraient pas, elle court avec joie, elle n'a rien à craindre, l'ange fie paix est avec elle : Angélus pacis eu m ipsis est l.
Déjà ces nobles néophites ont appris à souffrir pour Jésus-Christ, leurs veux entrevoient la lumière... Ils arrivent à Clairvaux, ils frappent à la porte qui s'ouvre à l'instant pour les recevoir. Saint-Bernard les accueille avec bonté, leur donne la bénédiction, il les lélicite d'un visage riant en les engageant à la persévérance ; tous se prosternent à ses pieds, s'estimant heureux de témoigner de la reconnaissance au digne chef de leur nouvelle famille et de suivre ses vertueuses leçons.
Bientôt ils sont installés 2, la pauvreté du lieu, la qualité et la minimité des aliments, rien ne les rebute, tout leurplait ; ils obéissent et marchent sur les traces de leur divin maître, soutenus par l'espérance d'un meilleur avenir. Dépouillés de leurs vêtements séculiers, ils prennent l'habit monastique des mains de Saint-Bernard, et à l'exemple de leur chef ils deviennent de véritables athlètes du seigneur.... Ils étaient,
1 Idem. Hist. m" pag. 131.
Gonfrid. de Péronnc, appartenait aussi à une famille illustre. La lettre C1X de Saint-Bernard à pour titro : Ad illuslrem juvenem Gaufridum de Peronnd et sociis ejus (Manuscrit in-4° sur vélin, XV* siècle). Bibliothèque de M. de Laplane. ancien bibl. du chapitre de Saint-Omer. — Elle est imprimée dans la collection des lettres de Saint-Bernard. Une lettre autre semblable était parvenue aux parents d'Hure.
• Idem, idem, pag. 132.
dit-on, au nombre de trente1. Parmi eux on distinguait :
Gunfrid, de Clairmarais, piissimus.
Gonfrid, de Péronne, (Gonfridus de Peronna) *.
Begnier, de Thérouanne (llcgncrus de Teruannd).
Alan, de Lille, (Alanus insulensis, Ivpiscopus antissiodorensis). Hist. Clar., p. 182.
Robert, de Bruges, (Abbas dunensis et Clarevallensis.
Guerricus, (Abbas igniacensisj, Guillelmus prior Claromarisci.
IIei.ye, etc., etc.
Ainsi s'accomplit l'entrée en religion de Gunfrid et de ses compagnons au monastère de Clairvaux.
Vainement les parents éplorés les réclament, ils sont eftrayés de la délicatesse de leur âge, de leur éloignement, ils gémissent de se voir privés de leurs indispensables soutiens. Saint-Bernard répond au nom 3 de ses nouveaux enfants, il rassure la tendresse paternelle émue ; son ingénieuse sollicitude jointe à sa charité inépuisable parviennent à rendre le calme à tous eu faisant entrevoir une vie meilleure.
Le première année d'épreuves étant écoulée, Gunfrid voit arriver avec bonheur l'époque désirée de l'émission de ses vœux.... Admis avec ses frères, en
1 Jongelin. — Hist. Clar., pag. 133.
3 Hist. m" Clar.
J Malbrancq, des Morinis. t. III, pag. 201. — Hist. m" Clar. — S" Bernardi, Epistola?.
la présence de Saint-Bernard, ils prononcent tous solennellement la formule sacramentelle qui les unit pour jamais à la communauté Cistercienne, heureuse de les recevoir (1 132).
Dans de telles dispositions et sous un tel maître les jeunes profès faisaient naturellement les progrès les plus rapides dans la pratique de la vertu. Le talent qui leur était confié devait fructifier au centuple, il ne pouvait plus demeurer dans l'ombre. Gunfrid, était merveilleusement doué des qualités du cœur et de l'esprit; ce caractère avait été remarqué malgré la modestie qui le couvrait 1 ; on admirait en lui la maturité de son jugement, la simplicité de ses mœurs et bien des perfections que Ton réunit rarement à son âge, tandis que, humble à ses yeux, il s'enfonçait dans la retraite, entièrement absorbé par la prière et par l'étude des auteurs sacrés. Aussi lorsque Gunfrid, de Péronne, eut à quitter la charge de prieur de Clairvaux, pour l'évéché de Langres, personne ne parut à Saint-Bernard plus digne de remplir cette charge que Gunfrid, de Clairmarais 8. Forcé de s'absenter souvent pour les affaires temporelles ou spirituelles de la maison \ le saint abbé qui
• Jongelinus, pag. 23. — Vir latins religionis exemplar. «c Dotibus tum atiimi, tum corporis prœdilus. . Judiciima-
* tu ri tas. aliœ que perfecliones superant œtatem ; lantœ que « perftctioni rtspondel mentis.... Morum integrilas etc., etc. « — Ipse zéro humilis est oculis suis ... Stditudini zacat,
* studium colit, sapienter opuscula sacra scribit. »(ldom, pag. 199.
' Hist. Clar., m- tom. I, pag. 137 à 138. » Idem, idem.
savait discerner le mérite fut heureux de rencontrer eu lui un suppléant si digne de prendre sa place.
Bientôt, en i 1 38, unenouvelledignitédevaitencore surprendre Gunfrid dans l'exercice de ses fonctions pricurales....
Foulques, abbé des Dunes, venait de céder sa maison à Saint-Bernard, pour y établir une communauté de son ordre \ lorsque Dieu l'appela à lui;
' Ileversus posleàSyriœ partibus, Flandritr princeps Theodericus clarœ paludis abbatinm condidit audomaropolim juxia : Eam que domino Dernardo tradidit ut ordinis sui rcligiosis dispunerel. (Annales Gallo-Flandria?). Jus Buselino.édit. in-r. Duaci. 1631, pas. 232, lin 31, 3?. 33 cl 31.
Anna //.î7, Theodericus cornes Flandriœ, sanctœ conversations odore rcligiosorum Bunensium recreatus. rolenset alias protinciœ suœ partes eodem perfundere, locum qucmdam in i propria suaheredilate,haud longe ab Audamorensicititale, in ) liminibus Flandriœ et A rlesiœ, qui nunc clarusmariscus voca-
J tur, inter paludes et nemora novo monasterio fundando
députât... Cujus directionem abbatie Fulconi commendal cum ipse cum exercitu iler meditalur in palestinam.... (Car. de >Yisch. pag. 75).
Fulco ad commission sibi locum çgntendens, cum eodem monasterio condendo idoneum reperisset, mox exvicinis Silcis ligna cœdi, lateresque coqui curarit, alia que pieparari irdeficalioni necessaria.... Verum priusquam.... .Von volens an te If edificationcm Claromariscenci claram vallem proficitci statu- Il tosque uvd cum consocio sno renerabili abbati Dernardo re- ^\signare. (Idem, pag. 15).
Pag. 17, lin. 5 à 14.— « Porro quod ad domum de Claro-Marisco « attinet.non solum domestici nostri scriptores affermit illam a Ful- \\« rone inchoatam, et S10 Bernardo traditam, sed etiam appendix lU valcellensium nd chronicas Sigoberti (testis reverA gravis et anti- \\* qun) cujus verba sunt :
« Domum suam de Dunis (Fulco) et domum de Claromarisgo « guam simul inchoazeratin capitula claratallensi sub flatu « domini Dernardi ordini Cistercienci in die Petronillœ rir- « ginis tradidit. »
Robert, l'un des nouveaux profès avait été désigné pour lui succéder. Cette fois Bernard n'avait pas pu
Compendium chronologicum a Caro de Wisch. Anno î 139, Theodericus Flandriœ comcs e Palestina reversus.intelligens reformationcm in dunensi ca?nobio factam née non et sanctitatem prudentiam alias que qualitates novi abbatis per S1 Rernadum ibidem constitué. ... Insuper que donationem a Fulcone factam de incohato cœnobio Claramarisccnsi gavisus est valdc cuoetaque approhavit. (Pag. 23. lin. 5, ad 13). ♦
Quinimo quam citissimè ipsum cœnobium de Claromarisco edifi- Ccy*k cari curavit, completum que anno sequenti 1140. Sl° Bcrnardo obf&uàfâ-^ tulit,roeans ut quam primum illuc abbatem et conventum monachorum mittere vellet, quod vir sanctus statim implevit. flbid. pag 23, lin. 13, ad 18). p- C&ka« Ùu**+w^
Idem Etiam Theodericus Cornes ad petitionem Robcrti abbatis, novo condito dijp tomate confirmât et amortisat omnes terras quas in absentia sud monasterium dunense acquisiverat, ta m per donationes Bertulphi et Gislleberti de Quibus suprft.... Quinimo de novo dédit monasterio Bercarias suas de hem. (Ibid pag. 23, lin. '8 à 25.)
Ibid. pag. 17. — Hue etiam nonnihil facit quod Claromariscensis monasterii insignia non eadem prorsussint. Cum dunensium insignum ; referunt Delphinum, esse quia cenohium juxta marc fundatum est, et claromariscenses habent anguillam, oh fundationom iu\ta paludes, hinc tamen non sequitur quod Clarosmarisci debent esse filii Dunensis, quia Punenses nunquam ibidem ullum habuerant conventum nec cenohium adilica ver jnt ; sed filiio clarevallis quia monasterium con u U bujs IQan d n ;e ^djfi en tu ni S^f Bernardo traditum fuit guj euTn primum abbatem et conventum jnstjtuit ; potius dicemus : Heverentiam tamen et respectum dunensihus deferunt Claromarisronsps. (Lin. 17 à 30).
Extrait du compendium chronologicum. a R. D. Carolo de • Wisch. ~ BruxellDB apud Philippum VIeugaert. 1660 — Exemplaire de M. le chanoine Wan de Putte, à Poperinghes. (pag. 16, lin. 3).
1138. — « Itineri se commisit fFiilcoJ et claram vallem venions « ibidem in capitulo, ipso, die sanctae Petronilb-c, pridic calendas
< junii, monasterium suum de dunis. çum inchoata ilomo de c/aro-
* jnaxisço, «ancto Bernardo tradidit, ipso que habitu Cistcrciensi
< assumplo ibidem remansit et sancta fine quievit anno 1149 ut an-
* tiqua habet Iraditio. » (pag. 16, lin. 1 à 7, 1138}. Ibid.. pag. 16. — Adriani Budsii quidam ha?c Verba ÎSunt in
chronoiogiâ abbatum dunensium : « Anno domini MCXXXYI1I. — tfjlf
* Papœ InnocetHis IL Seplimo, Ludocici régis francorum.
se séparer de Gunfrid; mais lorsqu'il fallut instituer une autre communauté en Flandres, on ne put l'oublier. Gunfrid alors, fut adjoint à Robert pour amener auprès du Comte de Flandre l'heureuse issue de l'établissement proposé. On connaissait les bonnes dispositions du Comte pour l'érection d'un monastère à Clairmarais ; rien pourtant n'était encore terminé lorsque*te prince entreprit le voyage de la Terre- Sainte, laissant la régence de ses provinces à Sybille, son auguste compagne ; pendant ce temps Saint- Bernard mettait à profit les bonnes intentions de la princesse dans l'intérêt de son futur établissement. A son retour, Thierry l, se bâta de ratifier ce qui avait eu lieu pendant son absence, et en souvenir de son heureuse excursion en Palestine, il ajouta de nouvelles libéralités aux premières. Aussitôt, la construction d'une maison de retraite s'opéra aux environs de Rihoult, dans un endroit plus rapproché de
« filii Ludoiici 2ia Milonis , Episcopi Morinensis VIII, etc. Do- « minus Fulcoabbas de Dunis per quam monasterium construc- « tum in Dunis laudabiliter rexerat, decem annis, privilégia posscsv sionies, et rleemosynas impetrans, ac de virtute, in virtutem.cum « conventu suo profîcivns ; fa m a m audiens beati Bernardi, primi « clarœvallensis abbatis, longe, late que diffusam, ad ipsum prope- « rans, dévote domurn liane, et similiter domumde ClaroMarisco « quam noviter itichoaveret. Clarœvalli in capitulo, die Petronillae « Virginis, in manus ipsius tradidit. et habitu Cisterciensi assumpto « dein remansit regimen ultro resignans, unde sub uno sarcophago « cum Aymonc savignacensi creditur illic inbumatus. » (pag. 16, lin. 11 à 17.
Pag. 17, lin. 1. — Brando Hoya Budsius. — « Famam audiens « Domini Bernardi fFuicoJ valedicens fratribus claratn vallem petiil, « et domum dunen?em cum ea de Claro-Marisco quam nuper in- « choaverat ordini Cisterciensi incorporare ibi féliciter migravit. »
1 Hist. Clarom., m", tom. I, pag. 141.
la rivière, que celui où il était en dernier lieu à quarante pas environ en dessous de l'entrée actuelle, en se dirigeant vers la colonne de pierre surmontée d'une croix que l'on apercevait encore debout il y a peu d'années.
La maison une fois achevée il fallait la peupler. Saint-Bernard désigna ceux qui pouvaieut accomplir le mieux les intentions des généreux donateurs l, Thierry connaissait Gunfrid, sa réputation l'avait devancé, de concert avec Sibylle le Comte le réclama et le saint abbé de Clairvaux, malgré le regret qu'il avait de s'en séparer, malgré le regret qu'éprouvait lui-même son nouveau prieur de sortir de son monastère, cédant à la prière du Comte plaça Gunfrid y la tète de Clairmarais. En conséquence, conformément à la charte de charité, Charlam charitatis, il proposa sa nomination à la première assemblée capitulaire, en lui adjoignant douze autres cénobites 2. Le jour de Pâques il l'institua, le bénit-, lui donna le bâton pastoral (pedum), puis Gunfrid plein de résignation se mit en route, suivi de ses compagnons, pour aller cultiver pour Jésus-Christ la terre sauvage qui venait d'être confiée à ses soins 3. Son bagage était modeste, une croix qui, dit-on, se conservait encore dans les derniers temps et dont nous donnons le dessin 4, un livre de chœur, un calice,
' Idem. Idem. — Le P. Malbrancq. pag. 198. 1 Cum abbate decimo tertio.
* Malbrancq, pag. 200.
« Planche n° VI, 1" volume. — Ilist. Clar. 1 pag. 142. — « Im-
un bassin et quelques menus instruments de pénitence. Voilà ce dont se munissent nos anachorètes, en entreprenant leur saint pèlerinage; voilà les seules armes à l'usage des fondateurs de la jeune colonie Cistercienne !... Ainsi elle franchit processionnellement la distance qui sépare Clairvaux de Clairmarais, parcourant les plaines de Champagne en psalmodiant l'office divin et en accomplissant autant que les circonstances le permettaient les devoirs monastiques pendant les fatiguantes heures de cette longue et pénible traversée l.
Le sixième jour des calendes de mai , les Pèlerins touchaient à la porte de leur nouvelle demeure *, où les attendait, la bienveillance du Comte et de la Comtesse de Flandre.... Tout était préparé pour les recevoir 3, on leur fournit ce qui leur élait nécessaire, mettant même à leur disposition ce qui se
primis eos communiebant cruce, quam eamdem Ciarimarinenses se putant assert are : vide figuram ejus : in hac cruce apparent signa quod antiquilùs fueril argento dealbato.... Eadem crux sic depicta cernitur, in sacello sancti Nicolai.... Cette croix assez courte [tiret ior) selon l'usage de l'ordre servait pendant certains jours de l'année à quelques cérémonies de l'Église, notamment tous les samedis de carême, pour le cbantdcs pseaumes delà pénitence, pour le viatique que l'on portait aux malades et pour être placée, séparée de sa base sur le cercueil des frères défunts. (Ilist. Clar. 1 pag. 145 )
I Ilist. Clar. 1 pag. \Aô— Incedunt incampaniâ, ilinerarium, prebentes ofjicium divinum pariter quantum fieri polerat horis compelentibus persolventes.... (Idem, idem).
II Archives du monastère. [Ex arcliicu noslro). Hist. Clar., 1 pag. 143.
* Omnia parata erant ineorum adventum ... (pag. 143).
trouvait dans le château de Rihoult 1 Mais le
premier acte des enfants de Bernard en posant le pied sur le sol inculte dont ils allaient prendre possession, fut d'entonner le Te Dcum, en présence du prince, en signe d'actions de grâces.
A peine remis des fatigues de la route, Gunfuid, visite les lieux, il les trouve d'une étendue suffisante ; mais la terre lui paraît fort ingrate, bien des travaux sont nécessaires pour la faire fructifier ; le premier il se met à l'œuvre, hardiment secondé par ses frères, il sonde le sol, extirpe les joncs et les racines il coupe et défriche les bois, il aplanit les accidents de terrain \ dompte les eaux1 , atterrit les marais, ce qu'il ne peut obtenir qu'au prix de pénibles efforts et d'abondantes sueurs ; mais armé de patience il place sa confiance en Dieu, plein d'espoir en ce divin secours, fier de son excessive pauvreté dans cette horrible solitude (in hoc loco horroris cl rasîœ soliludinis), il jette les fondements d'un oratoire ou nuit et jour, harassé de fatigue et de veilles, transi de froid, mourant de faim, de soif, et à peine vêtu d'une bure grossière il
1 Illis unicersa qua> in castelLo Ruhnultano erant eis obtulerunt. (Hist. Clar. J pag. 144.
* Les marais des châtelains de Saint Omer, contenant 400 mesures; six siècles après l'arrivée de (îlnfrid, produisaient encore des joncs et des roseaux : Paludes caslellani andomarensis ad quadranintamensuras.quamtis a sex seculis colantur,nisi aliquid producebant nisi junens et arundines, quotannis aquis intumescunt pag. 184. — La mesure est de 35 ares 46 centiares.
' Archives de l'abbaye.
4 Aquam turbidam et marino mie intumescentrm in terra rudi et slerili. Malbrancq. Hist Clar.. pag. 183.
glorifie le Seigneur dans la plus sévère austérité Tels furent les premiers jours du monastère de Clairmarais, jours pendant lesquels Gunfrïd se multipliant, se faisait tout à tous ; il consolait les affligés, encourageait les faibles, ranimait la confiance chez ceux qui la perdaient, il venait en aide à la souffrance et donnait la paix à ceux qui vivaient dans la discorde. Sa prudence, sa sagesse, son amour de Tordre se firent remarquer surtout dans une circonstance où le Comte Candayène, ayant perdu les bonnes grâces du prince, ne put les reconquérir que par les bons offices de l'abbé de Clairmarais 2. Depuis lors, ce seigneur quelque temps insoumis, devint le plus dévoué des barons qui relevaient de Thierry, d'Alsace 3.
Lorsque Saint- Bernard visita les monastères flamands de son ordre, 1 142) 4, conformément à la règle de Citeaux, il n'oublia pas Clairmarais, alors à sa 3e année d'existence ; il avait pour assesseur Wali.erand, premier abbé d'Orcamp (UrsicampiJ, et Henri, abbé de Vauxcclles. Gunfrïd, fut au comble de la joie en revoyant son digne maître, il l'accueillit de son mieux sans lui laisser ignorer la pauvreté de ses ressources, l'anxiété de ses frères et les difficultés inhérentes à son premier établissement. Le
1 Hist. Clar. M", tom. I, pag. 146 et 147.
4 Sagacilalem, maluram queprudenliam expertus est Cornes Candatenânomine,dum amissam Theodorici Comitis çratiam ejus bonis ofliciis recuperavit (Hist. Clar., pag. 145.)
• Inter barones ipsius Comilis Elsatii. M", tom. I.
* (Idem., idem.) M" de Roberty, — et D. D. Charles Martel. — Hist. Clar , par Bertin de Vissery, pag. 147, lin. 18 et seq.
saint docteur ranima leur coniiauce à tous, il les exhorta à la persévérance, leur faisant entrevoir que la Providence divine ne les laisserait pas sans secours l.
En partant, Saint-Bernard se rendait à l'abbaye des Dunes; là, voyant combien cette communauté était abondamment pourvue de tout ce qui était nécessaire et songeant à la détresse dont il avait été témoin à Clairmarais, il engagea les religieux des Dunes à abandonner à leurs frères du voisinage une partie de terre, située à Rihoult, la même qui avait été donnée à leur église, par Guillaume, fils dÀHxauld de Majorque (de Majorai) ; cette terre était mieux à la convenance des moines de Clairmarais. Kobert, enflammé du même zèle, de la même charité que Bernard, consentit aussitôt, au nom de sa communauté, à l'abandon proposé. Cette demande fut accueillie avec empressement par tous, disent les chroniqueurs, comme si elle fût sortie de la bouche de Dieu lui-même *.
Bernard ne tarda pas à faire ratifier cet abandon par le Comte de Flandre, l'acte public en fut presque immédiatement consenti ; le lecteur en trouvera la preuve aux pièces justificatives 3 ; mais en réclamant
1 llist. Clar., tom. I, m" pag. 147 à 148.
1 Tamquam a deo egressus esset sermo, slatim ipsius Beaii patris disposilioni sponte tradideruni. (pag. 148).
1 Voir aux preuves. Cette partie de terre est la même que celle dont il est fait mention dans le n° 1 des preuves. Tom. I, pag. 311.
Compendium chronologicum a Carolo de Wisch.
Pag. 25, lin. 7, ad 17. — « Anno 1140, stabilito jam in Claro-
1 agrément du prince pour une cession avantageuse à leur communauté, Bernard et Gunfrid eurent à s'entretenir avec lui de plus importants, de plus graves intérêts; il s'agissait de rétablir la paix entre deux puissants monarques \ Thierry d'Alsace et le Hoi d'Angleterre... Etienne, avait épousé la Comtesse de Boulogne, toute dévouée à Citeaux, et de plus Saint-Bernard était intimement lié avec Thibaut, Comte de Champagne, frère d Étienne. L'abbé de Clairvaux et celui de Clairmarais se servirent de ces bonnes relations pour terminer l'œuvre de pacification qu'ils poursuivaient et amener l'heureuse issue de leurs négociations. Pour arriver plus facilement à son but, Bernard se rendit à Boulogne où demeurait alors la Heine Mathilde. Cette pieuse princesse, Eustache son fils et leur Cour, reçurent l'abbé de Clairvaux avec la plus grande distinction, on entendit ses propositions, et après examen, les conditions de paix furent acceptées 2 par les deux parties.
« mariscoabbate.cum conventu monachorum ex Claravalle, Theode- « rîcus Cornes per patentes suas, commisit omnibus abbatibus lina?e, « Claravallensis, et specialiter de Dunis et de Claromarisco, ut per « omnem terrain suam eundo et redeundo liberi sint ab omni Telo- « nio, passagio, pontagio. et aliis exactionibus tam, in personis suis, « quam mereibus, quas in proprium usum ornèrent et venderent. » — Ibidem, pag. 38, monasterium de Capella de Thosan, (Vulgo Doest). Bibl. Script, ord. Cist.) lin. 29.
1 Ilist. Clar., m" 1 pag 119. — M. de D. Robcrty.
«Idem, idem 149 et 130: « Bernardus et Cunfridus eu m Thcodorico comité simul tractarerunt de his quœ ad pacem erant, prœdictum comitem inter et Stcphanum Anrjliœ regem ; qui Stephanus junctus erat matrimunio Comitissœ Buloniœ, nabis maxime derotœ; erat autem Bernardus Theoboldo Cam-
On arrêta d'un commun accord qu'Etienne conserverait toute sa vie le royaume d'Angleterre et qu'HENRi, fils du Comte d'Anjou, reprendrait la Normandie jusqu'à la mort d'ÉîiENNE, époque à laquelle Henri entrerait immédiatement en possession de la couronne d'Angleterre. Cette décision à laquelle se rallia le concours de tous les hauts personnages, mit un terme aux difficultés soulevées à cette occasion. La Reine Màthtlde fut si satisfaite de cette conclusion pacifique, dont elle était redevable à Saint- Bernard, que désirant témoigner sa reconnaissance au saint abbé, elle lui donna pour sa nouvelle communauté deux charrues de terre duus carrugas terrœ, 300 mesures relevant du Comté de Flandre et à prendre dans la forêt de Betboo ». Cette donation
paniœ palatino hujus Stephani fratri intimœ (amiliaritatis; amiciciœ que vinculo junclus, ad cujus etiam pacificationem, petitionem ejus ardentius prosequebalur : ut igilur omnes dissidiarum causas, nexus que perfectius resolteret, firmiorem que concordiam tractaret ad urbem ditertit Uononiensem,ubi Mathildis Stephani uxor Morabatnr.— AdtenientemUernar-
dum dénota regina et Eustachius filius Summo honore et
reverenliâ susceperunt. — Multiplici traclatione ulrimque habitâ et Dl Patris proposition ibus auditis, tandem in hune modum conditioncs pacis factœ sunl videlicet: ut Stephanus ipsetoto vitœ suœ tempo re,regnum Angliœ retinerct; Henricus zéro comitis Andegavensis filius, Normaniam iterum possideret. Slephano autem decedente, in regni anglici possesswîiem intraret et sine contradictione Rex inauguraretur. — Eodem que congressu sopito, sine dissenssione, prœdiclum regem inter et Theodericum comitem Vlandriœ. fllist. Clar. m" tom. I, pag. 149).
1 La forêt de Bethloo ou d'Epcrlccques (vel de Sperliaco), avait été donnée à Elstaciir par Robert le Frison, qui s'en était réservé la souveraineté. — Aussi la Reine Matimlde s'empressa-t-elle d'obtenir la ratification du Comte de Flandres Thierry, d'Alsace.
est rappelée dans un acte de 1142 dont nous reproduisons une nouvelle copie à la fin de notre premier volume *.
En consignant ici la généreuse intervention de Saint-Bernard et de Guntrid auprès du Comte de Flandre et du Roi d'Angleterre, dans le but d'amener une transaction amiable entre les deux souverains, utile concours, sur lequel les auteurs de Y Art de vérifier les dates gardent le silence, nous devons constater en même temps une variante qui n'est peutêtre pas sans importance au point de vue de notre bistoire particulière, comme sous le rapport de l'histoire générale. Les savants Bénédictins en faisant allusion à cette transaction se bornent à dire « en 1153 « sic), Etienne, ayant perdu son fils aîné Eustache, « et voyant qu'il ne pouvait conserver le trône à Guil- « laume, son second fils, fait un traité à Winchester « avec Henri, par lequel il l'adopte et lui laisse la « couronne après sa mort ~. » Sans entrer dans la discussion de tous les motifs qui ont pu amener la détermination du Hoi d'Angleterre, il nous paraît plus naturel de l'attribuer à l'influence des deux abbés de Clairvaux et de Clairmarais, d'autant que la date de la donation qui a suivi cette transaction et qui en constate le résultat, s'indique plus claire-
1 Pièces justificatives, n° .'}. — Aubert le Mire. — Gall. christ.— Ilist. Clnr. m". — Pag. 314 et 315, lig. 26.
M/art de vérifier les dates. Kdit. in-f", de 1770, pag. 777. lig. 10 et suiv. — L'édition de 1783, tom. I in-f\ pag. 801 donne une variante presque insensible sur le fait dont il s'agit ici.
ment d'après les écrivains du monastère l. Ce n'est point, en effet, en 1153, comme l'ont pensé les Bénédictins, que l'arrangement dont nous parlons serait intervenu, niais en 11 42, c'est-à-dire onze ans auparavant ; ce qui le prouve c'est que Gunfrid, abbé de Clairmarais, était mort depuis quatre ans en 11 33, et que la charte de donation, signée par Saint-Bernard, porte la date de 1142.
Le lecteur appréciera la valeur de cette observation critique; nous n'avons pas cru devoir la passer sous silence, dans l'intérêt de la vérité historique.
Revenons à Gunfrid, dont la maison, grâce à la prévoyance de Saint-Bernard, s'améliorait, peu à peu, par des acquisitions successives.
À cette époque, l'abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois ou de Ruisscauville, possédait quelques parties de terres allodiales aux environs de la Grange ou Ferme, acquise à Maninghem par les moines de Clainnaniais.... Une discussion s'éleva au sujet de la division de ces alleux entre les deux abbayes ; cette affaire pouvait devenir grave, mais Gunfrid toujours sage, toujours conciliateur, tenta et obtint une transaction qui partageait le différent en divisant les alleux par égales parts; ce qui fut ratifié par Milon, évèque de Thérouanne. Cet acte portant la date de 1 142, fut
« Dom. Roberty et Bertin de Yisscry. — Parmi les signatures de la charte confirmative de la donation d'ÉTiKSNF. et de Mathilde par Thierry, d'Alsace, nous remarquons celle d'IIi <;ies i»e Campdaveine, mort la même année (1142), après avoir été le fondateur de l'abbaye de Claircamp (Claricampi fundalnr), dans le diocèse d'Amiens.
passé ou présence de Luc, archidiacre d'Amis, de Philippe et de Milon, archidiacres de Tbérouanne, d'IlEKM.VN, doyen de cette église et de plusieurs autres chanoines l.
La niénie année, le même pontife de la Morinie confirma la donation d'un marais de 400 mesures, faite par Guillaume, le Jeune, châtelain de Saint-Omer; en même temps le prélat ratifiait aussi, à la prière de l'abbé, la cession de tout ce qu'ARNOULD, le Vieux, avoué de Tbérouanne, avait donné au monastère ~.
C'est à cette époque que l'évêque des Morins engagea Gunfiud, de Clairmarais, à assister à une exécution assez mémorable pour être rapportée ici dans ses détails3. Eustauie, avoué de Tbérouanne4, avait élevé dans cette ville un château-fort (arcemj, qui devenait une pierre d'achoppement manaçante pour la liberté ecclésiastique. Ce château était à la même place que celui qui fut plus tard entièrement rasé avec la ville par la colère de Charles-Quint ; mais en 1 142, ARN0ULD,filsd'LusTACHE,en succèdanlàson père, avait renchéri sur ses prétentions. Non content du château paternel, il s'était permis d'en construire une autre, plus vaste, plus solide, plus fort que le premier, sur la route dite : à Thurenica ou de Tourne-
1 La copie textuelle de cet acte figure dans l'histoire manuscrite de Clairmarais, p:ir I). Berlin de Vissery, pag. 152 et 153.
2 llist. Clar. m- 1 pag. 153.
3 Idem, idem.
* Idem, idem. — Le P. Malin aneq, pag. 202. — Meyer et autres auteurs. — Les avoués étaient, on le sait, les défenseurs ai més des villes, des églises, des monastères, etc.
hem ; et ainsi retranché dans cet inexpugnable boulevard, il bravait a udacieu sèment le pontife et les autres membres de son clergé.... Voici comment ce fait est textuellement raconté par l'évêque lui-même, dans son rapport au Comte de Flandre l. « Arnould, « notre homme lige, dit le prélat, s'emparant par « usurpation des hommes de justice (justiciers), de « l'église Sainte-Marie, les dépouilla injustement « et ne nous épargna pas les injures à nous-mêmes. « Pour exercer plus fièrement ses actes de perfidie, « de méchante ordinaires, il s'était retranché dans « un lieu où il ne lui était pas permis de se trouver « sans notre consentement, de là, il portait le désor- « dre partout ; violant de sa main armée tous les « droits légitimes, il versa le sang dans le lieu saint, « brisa les portes du temple, ruina nos greniers, « incendia les maisons des chanoines, et refusa avec a mépris de se rendre à l'injonction de la justice, ce « qui lui a valu une excommunication canonique s. »
V cette nouvelle le Comte n'hésita pas ; il se montra ce qu'il était, un véritable soutien de l'Église et un défenseurs de ses droits ; plein de ce zèle chrétien qui l'avait conduit à la Terre-Sainte, il dissipa
• llist. Clar. 1 pag. 154. — llis ce aulem verbis à Alilonc Episcopo, in tabulis Theodorici, Lacrymabilis de Armilpho quœrimonia Exponitur.
• « Arnulphus, inquit, cum esset homo nuster liyius, usurpatione quddam jusliciœ, homines Steilariœ cepit injuste spoliari.multis que similibus jws lucessivit injuriis,etulsecurius solitatn exerceret nequiliam, firmalo in locu ubi esse non debtret, nubis prohibentibus. »
aussitôt à main armée les agents de l'avoué, il fondit brusquement sur sa forteresse, qu'il renversa de fond en comble en dispersant ses débris ; et pour prévenir désormais toute idée de la relever, il en fit extirper jusqu'aux fondements. Le Comte et l'Eveque des Morins ne s'en tinrent pas là, ils s'adressèrent plusieurs fois à Home et obtinrent de divers souverains pontifes, de Lucius, de Célestin et (I'Hadrien, l'autorisation de convoquer une grande assemblée des notables ecclésiastiques ou laïques; là, il fut décidé que, pour prévenir tout danger avenir, il était désormais interdit d'élevor dans la ville de Tbérouanne et même à la distance d'une lieue (intrà primum ejus lapidemj, aucun château-fort, ni citadelle sous les peines les plus sévères, civiles et ecclésiastiques. Cet acte, rédigé en bonne forme, fut signé par toutes les notabilités de la Flandre et de la Morinie ; on y voit figurer : Philippe et Milon, archidiacres des Morins, Absalon, abbé de Sainl-Amand, Léon, abbé de Saint-Bcrtin \ ÀLViSE, abbé de Bergues, Gosson IGosso;, abbé d'Anchin, Odon, de Marchicnnes, Walter, de Tournai, Thierry, de Notre-Dame de La Capelle, Manassès, de Watten, Herman, d'Vpres, Isac, de Formose (Formoselensis), Gunfrid, de Clairmarais, Henri, de
1 Castella ampliorcm quum prius iniqiiitatis suœ exercuit Molitiam ; armntA enim manu, atria violacit, sanrjuincm in loco sacro fudil, parietes tetnpli ligonibus in frémit, suffodil horrea nuslra el domos canonicorum nostrorutn, incendit, et super, sui, omn ibus nobis satisfacturus, semel et ilerum et tertio tocalur cum venire comlemnerel, canonicu judicin excommnnicalus est (llist. m"Clur. 1 p;i^. 154155).
Licqucs, Henri, de .Notre-Dame du Bois, Eau, abbé de Boulogne, plus les prévôts dont les noms suivent : Roger, de Bruges, Baudouin, de Fumes, Gérard, de Saint-Omer. On y voyait en même temps Sibylle, comtesse de Flandres, Ives (Ivo;, comte de Soissons, avec Drogon, son frère, Gilbert, de Bergues, Guillaume, châtelain de Saint-Omer, Henri, de Bourbourg, Michel, de Cassel. Anselme, d'Ypres, Robert, de Lille, Rodulphe, de Bruges, àrnould, de Guînes, l'un des bienfaiteurs de l'abbaye de Clairmarais, Hugues, de Ravensberg, Baudouin (Botellus], Chrétien, de Strassel, Baudouin, deBailleul, Gui (Guido, de Nielles fAVe/oJ.EusTACiiE, deStenford, Baudouin, de Reninghe, Baudouin, de LcderzeWc flJdersclanusJ, avec Ogier, Bernold et le Comte Thierry. Cet acte important par les témoins et par les signatures qu'il porte fut passé en 1 142 l.
Cette affaire ainsi heureusement terminée au gré de I evêque, du prince et des habitants de Thérouanne, Gunkrid se hâta de regagner sa solitude, il revint avec le Comte et la Comtesse 2, comme un pasteur inquiet du sort de son troupeau ; aussitôt il reprit ses exercices religieux et les devoirs de sa charge, continuant à donner le meilleur exemple et à exciter chez ses frères en Dieu cet esprit de ferveur dont la renommée se répandait au loin, cherchant
: Actum anno H4i: hic continetur calafarjus njregiorum rirorumquihdcirtate florebant in Âlorinis, Morino Fkmdrixfjne. (Uist. Clar. 1 pag. 159}.
*Cwn prœdicto Comité et Sibilld Comitùsa inde ad propria retenus (pag. 157).
toujours à attirer sur cette pauvre communauté récluse, les cœurs et les largesses des princes ainsi que celles des grands du siècle.
4 son retour de Thérouanne, Gu.nfrid donna la sépulture dans son église a Guillaume, le Jeune, châtelain de Saint-Omer, l'un des bienfaiteurs de son abbaye 1 [H 42;.
Parmi les hauts personnages qui se montrèrent bienfaisants à l'égard de l'abbé de Clairmarais, nous voyons Anselme, de Pas 3 ; ce seigneur fit hommage à perpétuité au monastère de ses biens situés à Neuville fMova villa), avec la dîme et la mouture; donation qui fut confirmée par I.ngelram de Candavaine, comte de Saint-Pol, lequel venait de succéder à son père 3. — Voilà le litre de propriété de la Grange de Neuville, près de Saint-Pol.
• Jongelin. — Hist. Clar. pag. 157.
3 Pas fPadumJen Artois, ancienne petite ville fortifiée (oppidum ea lempestale munitumj, sur la route de Péronne. Détruite par les guerres, elle n'est plus qu'un simple village(Pr7//Uâr}, où on voyait un prieuré desservi par des moines noirs (nigrorum monachorum) dépendants de Saint-Martin-des-Champs ; en 1748 ce prieuré fut cédé par Dom. Dubois, abbé d'Ham, près de Lillers, à son neveu qui n'était pas môme simple clerc, (pag. 159. Hist. Clar. 1).
Ansklme avait pris le nom de cette villo où il exerçait une haute fonction héréditaire. — Arras, Béthune, Péronne avaient leurs avoués (adeocatus). Saint- Orner, Bergues, Bourbourg , Bruges, Gand avaient leurs châtelains héréditaires qui étaient les premiers feudataires des Comtes, ceux qui les assistaient dans toutes les affaires.
a Ego Ingelramus dei gratiû cornes de S10 Paulo notum esse
tolo Me unà cum fratre meo Ânselmo, in perpétuant elee-
mosynam concessisse Gunfrido abbati. et fratribus in Claromarisco deo sertientibus et successoribus, eorum rogatu et concessione Anselmide Pas, uuidquid in nova villdde me in feodo habebat, quia vero prœdUtam terram prœfatus Ansel-
Parmi les bienfaiteurs nous voyons également le généreux Ar.noulx, Comte de Guisnes, et Mathilde, sa pieuse eompagnc, qui donnent à Gunfrid et à ses successeurs la censé entière de Nieurlet, ses revenus, ses eaux, ses dépendances avec cent mesures de marais au choix des religieux, ià la Grande Mesure (Majorcm Yirgam), plus vingt-trois autres marais (tredecim et duodecim), etc., etc., cédés par Hugues, de Recke, et Lambert, d'Hclvelinghem >.
Ces donations régulièrement confirmées par l'évêque, pendant la durée du synode des Morins (solenniter congregati olim diœcesis Morinorum), eurent lieu en présence de Milon, archidiacre de Thérouanne, Arnould, de Wattcn, Gilbert, de Thérouanne, Guillaume, Eustache, d'Hclvelinghem, Hugues son fils, Hugues, de Recke, vicomte, et autres 8 (1145).
mus uxori suœ in do le m dederat concessione ejus et puerorum suorutn....sed etpatris ejus hœc facta sunt. (Ilist. m"Clar. 1 pag. 158).... Decimam quoque terrœ illius, quam pater Anselmi de derat in Pas.... Molneam etiam in molendino.... Conderamus predictoabbati.... Facta in oppido S11 Pauli, presentibu* Baronibus ... Testibus Balduino de Aurhillâ, Balduino filio ejus, Adam Thieret Hugone de Hestru cum Eustachio fratre ejus Roberto de Asbi, Waltero Rouet Simone. D. Engelramo Castellano, présente quoque Miloneejus archidiacono, Luca quoque Atrebatensium archidiaconus Hugone abbate de Claricampo, Hugone et abbate de Bello loco. (Ilist. Clar. 1 pag. 158).
1 Helvclinghcm, hameau de la commune de Bayenghem lez- Épcrlecques.
5 Ilist. Clar. 1 pag. 161-1C2. — Voir aussi aux pièces justificatives, n° 5 et 6, etc. — Trouves de l'histoire de la maison de Guines, par A. Duchesne, pag. 95.— Malbrancq, pag. 212.— Nous donnons textuellement en regard, à la fin du premier volume, les actes de confirmation avec les variantes consignées dans les deux versions présentées par A. Duchesne et Berlin de Vissery.
En outre la censé de Meurlet, libéralement abandonnée à Gunfrid avec ses dépendances, y compris le droit de seigneurie (Dominium), donna lieu à des conventions nouvelles entre les moines de Clairmarais et le chapitre de Tbérouanne qui prétendait jouir de la dime l. Aux termes d'une transaction qui reçut l'assentiment général des deux corporations, les chanoines cédèrent au monastère toutes les dîmes qui pesaient sur les terres faisant l'objet de la donation, à Éperlecques, à Hihoult, à Kenescure, moyennant une redevance annuelle de deux sols en monnaie de Flandres (duobus solidis monetœ Flandriœ annuatimj, exigible perpétuellement le jour de la fête de tous les Saints. Le chirographc renfermant cette transaction 2, portait la signature de Milon, évèque des Morins, et celle de Gunfrid, abbé de Clairmarais, il eut pour témoins Philippe et Milon, archidiacres, Alberon, abbé des Dunes, Guillaume, abbé de Longvilliers, Erembald, doyen, Nicolas, chantre, Baudouin, Pierre, Adolphe et Jean, chanoines 3 M45)!. Mais les donations que nous venons de rappeler ne furent pas alors les seules dont eut à se féliciter Gunfrid.
Ce pieux abbé, voyant que malgré les largesses des
' Constat hanc sensualem a venerabili nnslro Gunfrido redemptam et adjecto conrenlionis instrumenta inter nos et an te dictos canonicos sub onere in eo con lento. (Ilist. Clar. pag. 163}.
5 Chiroyraphum, inter nos, et Canonicos Tcruanenses sub Milonc Episcopo. (pag. 163. Ilist. Clar. B. do Vissery).
3 Confinnalum pcr manum Milonis Teruancnsis Episcopi et Gunfridi Abbatis de Ctaromarcsch.... Testes, etc. (pag. 164).
seigneurs sa maison avait de la peine à se soutenir, songea à invoquer également le secours de Léon, le Bienheureux, 43e abbé de Saint-Bertin (1138-1163! ; il savait que ce prélat avait des relations d'intimité avec Saint-Bernard (Beato Bernardo stricld amicitid junctum), qui, peu auparavant avait rendu à son monastère d'éminents services, notamment en le soutenant énergiquement auprès du Souverain- Pontife dans ses discussions avec l'ordre de Cluny \ et en plaidant la cause de ses privilèges, contre les religieux d'Auchy qui, dans l'élection des abbés de Sithieu refusaient de se soumettre aux anciens usages, etc., etc. ~ [1145;. Léon se montra reconnaissant, il seconda de son mieux les humbles Bernardins de son voisinage ; nous en avons la preuve dans les lettres de gratitude adressées par Saint-Bernard, à l'abbé de Saint-Bertin et à ses religieux. Bien que nous ayons rappelé ailleurs cette correspondance, il nous a paru utile de la reproduire aux preuves 3. — Tom ï, pag. 335 et 33G. Elles portent la date de
La sollicitude de Saint-Bernard envers Gunfrid et ses confrères, ne se ralentissait jamais on le voit : chaque jour éveillée, elle amenait de nouveaux
1 Malbrancq de Morinis, pag. 210.— Berlin de Vissery, 1 pag. 160.
* Voyez l'histoire des abbés de Saint-Bertin. 2 vol. in-8, avec planches, ouvrage qui a obtenu la première médaille d'or au nombreux concours des antiquités de la France en 1856.
* Les abbés de Saint-Bertin, d'après les anciens monuments de ce monastère, tom. I, pag. 222 et 223.— Ilist. m"Clar. 1 pag. 177. — (Collection des lettres de Saint- Bernard).
fruits,, de nouveaux secours à son œuvre naissante ; de près ou de loin, verbalement ou par écrit, Bernard secourait activement et sans cesse 1 les trois premiers établissements de son ordre fondés par lui dans la Morinie : Clairmarais, les Dîmes et Claircamp.... Il les recommandait de tout son pouvoir à tous les princes, à tous les seigneurs, à tous ceux enfin qui pouvaient les servir (trinasque illic plantas non ita deserit) 9. De nombreuses lettres, malheureusement aujourd'hui perdues, ont été écrites à cet effet par ce saint docteur, dont les démarches et la haute influence obtinrent les largesses dont nous avons fait mention. Cette protection puissante ranimait par intervalles le courage chancelant de Gunfrid, effrayé sans cesse par les obstacles qu'il fallait surmonter. Mais, hélas ! Tannée suivante 1146, une affreuse disette régnait dans le pays des Morins \ la famine s'en suivit, et ceux qui précédemment avaient pu se montrer généreux envers les pauvres, se virent contraints de réserver exel usivement pour eux-mêmes la petite quantité de grains nécessaire à leur usage *. D'après le récit de Meyer Gunfrid, la 4e année de son gouvernement, avait eu à subir encore la plus effroyable tempête qui, pendant cinq années de suite répandit la misère \
1 Hist. m*' Clar.. ] pag. 164. — Pièces justificatives.
2 llist. m" Clar., 1 pag. 164. — Le P. Malbrancq, pag. 213.
3 Malbrancq, pag. 216. — Hist. Clar., 1 pag. 163.
4 Anno 1146, famés adeo intaluit, ut etiam eos qui priu* abondaverant frumento et egenis liberaliter subvenerant. mendicitas invaderet. (Hist. m" Clar., pag. 161). Meyer, pag. 44.
■ Regiminis sui annn, flarit ventus, modo quo nunquam vc-
C'était le moment d'une nouvelle croisade contre les infidèles l, Saint-Bernard, Alvise, ancien moine de Saint-Bertin, devenu évêque d'Arras, Léon, abbé de Saint-Bertin, après avoir encouragé les peuples et les Rois à affranchir la Terre-Sainte, furent des premiers à se joindre à Thierry, d'Alsace, qui partait suivi des plus illustres guerriers, Comtes ou Cbàtelains et dont les nombreux vaisseaux garnissaient déjà les ports de la Morinie, prêts à mettre à la voile pour la Palestine, accompagnés d'une seconde flotte composée de deux cents vaisseaux appartenant à l'Angleterre 2.
Gunfrid, voit avec douleur s'éloigner tous ses bienfaiteurs dans un moment aussi critique, pour lui. Que fera-t-il? A qui pourra-t-il recourir?... Bernard, Thierry, Léon, les Comtes, les Châtelains, etc., tous ceux, en un mot, auxquels il pourrait s'adresser s'éloignent— Le Comte de Flandre ne songe plus en ce moment à compléter l'établissement du monastère, ni à ajouter des donations nouvelles, (non cogilat Theoderictis Cornes de monasterii complendâ fvnda~
hementior visusfuerat, multq dintpit, evertit, destruxit, eradicavit, pauperies magna valde, nimis duraverit ad quinque annos. (Hist. m"Clar., pag. 187).
' La premièro croisade décidée au concile de Clermont, en Auvergne, eut lieu on le sait en 1080, sous la conduite du Pape Urbain 11, (vérifier).
* Hist. m" Clar., 1 pag. 165-166. — In morinorum portubus, copiosam natium classent, ad narigandum, Alviso atrebatenxi et Lconio Bertinensi, fidem, suam et spiritalem operam conterenlibus... Quibus accidentes nares Angliœ, ducenta classent conficiebant. (Ibidem, pag. 166).
tione nec exigu d donatione promorendd.. et pourtant la terre de Rihoult ne donne point son fruit (Rulioltana terra non dal fructum suum), alors que le nombre des religieux augmente de jour en jour ; quel parti prendre ? La faim les presse, plusieurs succombent faute de nourriture (famé premunlw et peretmt multij, d'autres se plaignent de 1'exiguité, de l'insalubrité de leur demeure, des invasions fréquentes des eaux salées de la mer, et surtout de l'aspérité, de la stérilité de la terre qui ne répondait point à l'attente du cultivateur l.
A défaut de consolateur et d'appui de ce côté, le bienheureux Gunfrid, conçut la pensée de changer de solitude et de transférer sa demeure à Newerlede (Nieurlet , dans le bois qu'il devait à la générosité d'ARNOULD et de Mathilde, Comte et Comtesse de Guisnes ; il pensa que ce point serait plus convenable à cause de sa position, de son étendue, ainsi que par sa situation plus rapprochée de la forêt, qui déjà avait été donnée par la Heine d'Angleterre, Comtesse de Boulogne, et dont il avait la jouissance entière
pour son usage Gunfrid trouvait encore 2 à
Newerlcde, l'avantage d'un lieu commode pour le transport des matériaux nécessaires à la construction proposée, dans le cas ou un nouveau bienfaiteur consentirait à la prendre sous son patronage 3.
1 De maie sano, stricto que nimis domicilia , de aquismarino sale intumescentibus, et de supramodumterrœdifftciliculturâ, etc. (Ilist. m" Clar., tom. 1 pag. 166).
* Ilist. m" Clar., m" 1 pag. 165.
■ Propositœ etiam edificationi opportunam commoditatem
Mais l'abbé de Clairmarais commençait la 8e année de son administration (1145) : on touchait à cette triste époque où le pape Eugène III, fuyant la persécution, s'était réfugié à Paris, pour y passer les fêtes de Pâques; Saint-Bernard accompagnait le Souverain-Pontife qui, l'année suivante, devait convoquer à Rheims pour le milieu du Carême, un concile général, composé d'un grand nombre de prélats et de notabilités ecclésiastiques.
Dans l'intervalle, à la prière de Louis, Roi de France, et d'ÀLix sa mère, fondatrice du monastère de Montmartre, Eugène III, fit la dédicace solennelle de cette église abbatiale 1 ; le Souverain-Pontife avait, pour assistants à la messe, Saint-Bernard, qui remplissait les fonctions de diacre et Pierre de Cluny celles de sous-diacre. — La tunique dont se servait Saint-Bernard à cette cérémonie était en tissu d'or et d'argent, elle a été conservée précieusement dans cette abbaye jusqu'en 1559, époque à laquelle, elle fut malheureusement et fortuitement consumée dans un incendie 2.
Aussitôt que Gunfrid fut informé de l'arrivée du Pape et de celle de l'abbé de Clairvaux, à Paris, toujours préoccupé de la misère extrême de sa mai-
allatura videbatur, si reliquis sumptibus ministrandis, noti dum taxât Benefactoris Liber alitas Patrocinarelur. (Ilist. Clar., tom. 1 pag. 166). — En 1148, D.Reginald, 5* abbé de Giteaux donna l'hospitalité au Pape Eugène III, qui bénit le cimetière de cette maison.
1 Idem. — Dom. E. Roberty.
«Hist. m" Clar., 1 pag. 167.
son, il se décida après mûre réflexion, à aller leur exposer humblement sa situation et à demander l'autorisation de transporter son monastère à Newerlède l. En même temps il avait à solliciter que le Souverain-Pontife voulût bien prendre sous sa protection l'abbaye de Clairmarais en confirmant ses privilèges. Par une heureuse coïncidence, élevé luimême sous la règle cistercienne, à l'école de Saint- Bernard, Eugène III avant d'arriver au suprême pontificat, avait été revêtu de la dignité abbatiale la même année et dans le même ordre que Gunfrid *.
Après y avoir bien médité, le pieux abbé célébra les t'êtes de Pâques, avec ses frères, puis il se mit en route pour Paris, laissant l'administration de la communauté au vénérable Guillaume qui était son prieur. — A peine arrivé il se présenta à Saint- Bernard pour lui exposer le motif de son voyage ; l'abbé de Clairvaux le reçut avec plaisir, lui donna l'accolade fraternelle et essaya de calmer son chagrin en s'eflbrcant de le seconder de tout son pouvoir.... Gunfrid fut charmé de revoir son maître, son consolateur, son directeur et son ami, qui ne tarda pas à lui procurer une entrevue avec le Père commun des fidèles 3. Aussitôt l'abbé de Clairmarais se prosternant aux pieds de sa Sainteté, embrassa ses genoux en lui exposant humblement sa supplique
! Ilist. m" Clar., tom. I, pag. 167.
5 Eugène 111 avait été autrefois abbé du monastère de Sainte- Anastasie, à Home. (Ilist. Clar., 1 pag. 167 en marge.)
Note manuscrite de D. Charles Martel, moine de Clairmarais. J Ilist. m» Clar., 1 pag. 168-169.
contenant l'objet de ses désirs. Le Souverain-Pontife touché de la position de ce fils aftligé, de ce confrère en larmes lui donna la bénédiction apostolique et après avoir entendu sa prière, lui accorda très gracieusement, sur le champ, ce qu'il désirait en plaçant le monastère de Clairmarais avec toutes ses dépendances sous la protection spéciale du Saint-Siège
Nous consignons aux pièces justificatives le texte de la bulle pontificale qui fut délivrée à cette occasion 2.
On devine la satisfaction et la reconnaissance de l'abbé de Clairmarais et de ses religieux envers le Saint-Père; tous rendirent à sa Sainteté de très humbles actions de grâces pour les bienfaits qu'ils venaient de recevoir. . . Il est facile de comprendre aussi que Gunfrid ne sortit pas de la Cour pontificale sans avoir été largement doté par Eugène III et par les cardinaux de sa suite Cette libéralité inattendue calma de nouveau ses inquiétudes. Une fois encore la Providence venait en aide à ses desseins....
Ce n'est pas tout, pour compléter son œuvre, l'abbé de Clairvaux donna également à son frère de Clairmarais des lettres de recommandation pour l'illustre Scger, abbé de Saint-Denis, avec lequel il avait, dit-on, d'étroites relations (singvlari amicitiil junctm) 4. Dans ces lettres très pressantes Saixt-
1 Ilist. m" Clar., 1 pag. 168-169.
1 Pièces justificatives, pag. 331, tom. I.
• Ilist. m" Clar., tom. 1, pag. 172, lig. 1 à 7.
* Idem, idem. — De Villefort, tom. II, n° 379.
Bernard implorait chaudement la générosité de son opulent ami *, en faveur du pauvre monastère cistercien : « à un abbé riche, disait-il, j'adresse un abbé pauvre, ad divitem Abbatem, alium rnitto valde eyenum.... pour que l'abondance de l'un, soulage la misère de l'autre. L'oracle de la vérité à raison - en disant qu'il est plus agréable de donner que de recevoir, quod beat tus sil, magis dare qnam accipere assentio ; et je suis sûr, mon très-cher frère, que vous étendrez bien volontiers la main vers ce pauvre de Jésus-Christ, dont la vertu, la probité et l'extrême misère me sont connues, il est accablé de dettes prémuni débita, le pain lui manque, deest illi panis, parce que sa terre malgré ses sueurs ne produit que de mauvais herbes au lieu de rendre du blé, quia in terrd sua loco frumenii, ma las lantum messuii herbus. Lorsque cette affreuse stérilité sera parvenue jusqu'à votre cellule, usquc ad loculos tuns, je vous en prie, je vous en supplie, rogo et exoro, que votre charité lui vienne quelque peu en aide, aliquantulùm subveniat. Xe doutez pas qu'un dépôt fait dans sa main ne soit bien placé et qu'il vous produira au
centuple :l »
Cette lettre si touchante et si vive porta ses fruits, Sit.er se prêta au désir de Gunfrid, autant que les
' Nous en donnons le texte aux pièces justificatives. Cette lettre est assez remarquable pour ne pas ôtro négligée.
8 Actes des apôtres, ch. 20, v. 31. — Uist. mM Clar., pag. 172.
3 Non dubiles quia in manu ejus déposition tuum bene repositum habeas, ac iucrum multum ex eo quod in manibux ejus dimisxus reportes .. (Hist. m" Clar.. 1 pag. 173, lig. 2 et suiv.)
circonstances purent le lui permettre, il tut généreux envers lui. — Bientôt après, l'abbé de Clairmarais prenait congé de son nouveau bienfaiteur et retournait vers Saint-Bernard pour lui témoigner une fois de plus l, l'expression de «a gratitude pour tous les soins paternels dont il ne cessait de l'entourer et pour obtenir de lui l'autorisation de la translation définitive de son monastère. Aussitôt quelle lui fut accordée Gunkrid se remit en route et regagna sa communauté avec un ardent désir de mettre son projet à exécution ; mais il voyait avec tristesse l'absence de Thierry, Comte de Flandre, sans le consentement duquel il n'osait agir, d'autant que le puissant patronage de ce Prince lui était plus nécessaire que jamais *.
Tristes de l'absence de leur père, les religieux le virent revenir avec joie, ils apprirent avec bonheur les bonnes nouvelles qu'il leur apportait et l'heureuse issue de son voyage. Il leur montra à tous le privilège relatif au changement de demeure : titre écrit par Saint-Bernard à Beato Demardo exaratum, privilegium ; il leur donna lecture de la bulle pontificale qui plaçait le monastère de Clairmarais sous la protection de Home, etc., etc. ; il leur parla des secours qui avaient été répandus sur lui, de
1 Hist. m" Clar., 1 pog. 173.
5 liée er sus est in regionem suam cum per&everaiiti dexiderio completidi qnod mente susceperat. Dolens tamen. Théodoricum Comitem, procul a finibus suisfactum esse et cjus patrocinio carcre in tempore tam oppurtuno. (liist. m" Clar., 1 pag. 173).
elcemosynis sibi cffusis, des grâces qui lui avaient été accordées, de gratiis mulliplicibm eollatis. Enfin il engagea ses frères à la patience dans l'espoir d'un meilleur avenir toujours providentiellement ménagé par les secours d'en haut l.
Sans délai, Gunfkid se prépare à jeter l'ancre sur le territoire de Nieurlet. (Anchoram figcre in Nicurlel tentât.) Il va trouver la Reine Matiiiloe, dont déjà il avait éprouvé la munificence, il a foi dans sa générosité, de cujm libéralité multnm confidil.... Sa confiance ne lui fait point défaut, de concert avec Ktienne, son époux, et Eust.vche, son fils, cette Princesse lui accorde à perpétuité, par un acte consenti à Boulogne 1148;, l'aumône d'une charrue, carrugam lerrœ loO mesures de terre environ) 3, à prendre dans la forêt de Bethloo, près de la rivière de Hecke et de Xewerledc, pour y construire un monastère
Vers le même temps, Guillai.me, d'Ypres, mu par la même pensée chrétienne, qui avait animé Mini i lui;, donnait encore à Gunkrid, 70 mesures de
1 Per quœ omnia ad patienliam et spem bonam de futuro auxilio dicino venturo. (Idem, idem, pag. 174).
4 La mesure actuelle de l'arrondissement de Saint-Omcr est nous l'avons dit déjà de 35 ares, 40 centiares, elle est un peu plus forto dans le Calaisis et dans l'arrondissement de Bélliunc.
3 Hœc autem libenler annuens fjus pelitioni, und cum filio suo Eustachiu in perpeluam eleemosynam illi coneessil imam carrugam lerrœ in nemore suo de Bethlo sitam, juxta aquam quœ appcllatur Hecke et lillam de Xicerled,ad constraendam Abbatiaux, continenlem 150 mensuras lerrœ. (Ilist m*» Clar. I pas. 174.)
Voir les textes des privilèges aux pièces justificatives.
terre, situées à Loo, les mêmes qui avaient appartenu à Erembald Strutcm sic), donation confirmée par la Reine et par son fils l, ainsi que par l'évcque de Thérouanne 2. — Walter, châtelain deSaintOmer, revenant de la Terre-Sainte où il s'était distingué, fit également abandon au monastère d'une prairie nommée Michem, ainsi que d'une terre vague située entre la prairie et le bois de Bethloo H 58]. Voir aux pièces justificatives 3. Hist. Clar., pag. 176.
C'est alors qu'on posa les fondements du nouveau monastère, au lieu même désigné par la Heine Mathilde et le Roi d'Angleterre ; de nombreux matériaux se rassemblèrent au point indiqué, Guillaume, d'Ypres, fournit deux immenses blocs de pierre qu'il avait fait venir des carrières de la Grande-Bretagne, pour tailler de belles colonnes monolythes avec leurs bases *. Gunfrïd, soigneusement appliqué à son œuvre, songeait déjà au moment où il lui serait possible de faire la translation tant désirée. La mort le prévint au milieu de sa carrière, il ne put accomplir ce qu'il avait entrepris. Les peines qu'il éprouvait, le travail auquel il se livrait, sesjiombreux voyages forcés, les malheurs qu'il subissait, les préoccupations de tout genre qu'il ressentait, affaiblirent ses forces qui
1 Idem le titre de donation. Idom, idem 5 Idem, idem pièces justificatives
1 Circà idem tempus cœpit Gunfridus fundamenta potière, pro erigendo noto monasterio. (Hist. m" Clar , 1 pas. 175).
* GuiUelmus Yprensis.... Subministrarit, duos ingénies lapides ex Anglia, basibus el colonnis incidendis necessarias. (Idem, idem).
étaient à la veille de l'abandonner. Le saint abbé le comprit ; pressentant une mort prochaine, il écrivit à Saint-Bernard pour l'en informer et lui exposer l'état des travaux commencés à Nieurlet, il insista auprès de lui sur les nombreux services dont il était redevable à l'abbé et aux religieux de Saint- Berlin l, et il se recommandait expressément lui et sa communauté à ses prières 9, ainsi qu'à celles de ses frères de Clairvaux. Mais de jour en jour la sainte vie de Gunfrid s'échappait sans qu'on put la retenir. Il se mit au lit feepit grabato detinerij et la maladie s'aggravant, il se munit des Sacrements de l'Église en présence de ses frères qu'il exhortait encore à la persévérance. Bientôt après, recommandant à Dieu le troupeau confié à sa garde, il vit arriver sans effroi son heure suprême et, disent les agiographes, son âme portée par les anges s'envola rapidement vers le ciel, dégagée de tous les liens de la terre.— Gunfrid, mourut à Clairmarais le 11 novembre 1149, jour de la fête de Saint-Martin, laissant après lui les plus précieux exemples d'une bienheureuse vie, qui, selon l'expression de Saint-Bernard, fut un martyre continuel, quasi martyrium continuum. Comme son maître il pouvait dire, vivo ego, non ego vivo, vivit
1 On trouvera aux preuves, nous l'avons dit, les lettres de remerciements adressées par Saint-Behxaud aux religieux de Saint-Berlin. Lettres 383 et 384. (1149).
* Senticns que corporis sui dissoliUionem imminere, Scrip ait Bealo Bernardo stalum operis incepti et valetudinis sutr deficientiam, — illi utique multimoda Bertincnsium bénéficia sibi et monastoriu suo collala aperuit. (Hist. m"Clar., lpag. 177).
m me christus. (Pag. 186. Hist. Clar.j... Il avait à peine 40 ans, dont 18 furent passés dans le cloître, 9 à Clairvaux et 9 environ à l'abbaye qu'il dirigea toujours saintement l.
Ses restes mortels furent déposés dans la terre de la première maison, à l'endroit où était autrefois la vieille cour foetus curiti) appelée vulgairement la basse cour (bassam vulgm curiam vocal), à la distance d'un trait de flèche de la porte du monastère en se dirigeant vers le nord 2. Ce mot vêtus curia avec la parenthèse qui le suit, semble indiquer que lorsqu'on a transféré le premier monastère au point où il était en dernier lieu, son emplacement primitif a été transformé en une cour qui fut renfermée ellemême dans l'enceinte du monastère actuel, en face et non loin du quartier abbatial ; plus tard pour la troisième fois, cette cour fut établie à l'endroit où elle demeura jusqu'à la fin 3.
En 1 71 8, en faisant des fouilles autour de la grande cour de l'infirmerie pour construire une cave et un logement pour deux anciens on rencontra, profondément enfoncés dans la terre, au point où était jadis la petite chapelle dans laquelle on célébrait les saints mystères avant que l'église fût terminée, deux cercueils l'un en plomb, l'autre en bois: sur le premier on voyait l'image d'un cénobite revêtu de la cuculle
1 Uist. m" Clar., 1 pag. 179.
* Adjaclum sagiltœ a portâ monasterii vergentis nd aquilonem. (llist. mw Clar., tom. I, pag. 181. — Henriquez. » Hist. m- Clar., tom. I, pag. 181, lin. 18 et suiv.
avec une couronne sur la tête, cum corond in capitc. le plomb recouvrait un autre cercueil en chêne, séparé du premier par une couche de sable, cum arend ambobua ferelris interpositd. Ces cercueils furent ouverts en présence de D. E. Korerty et de plusieurs autres religieux, on y trouva simplement les os des défunts avec cette différence toutefois que celui en plomb contenait également les débris d'une plaque portant une inscription devenue illisible l. Aussitôt après ils furent refermés tous les deux et réinhumés sans avoir pu être reconnus, dans le cimetière actuel des domestiques, près de la chapelle Saint-Nicolas, avec plusieurs autres dépouilles mortelles qui se rencontrèrent également au même lieu ?.
Dom. Berlin de Vissery semble penser que le cercueil en plomb pouvait être celui de Gunfrid 3. Il ne nous est guère possible de contester les raisons qu'il
1 Ucsiduum latninœ in qud minime aliqnid potui légère. (Idem, tom. 1, pag. 187).
5 Jongelin. — llist. m" Clar., 1 p.ig. ] 86-187. — Qui lalia vidernnthoc mini narraoerunt et dixerunt qmd ibidem reperla fuernnt duo aut tria alia cadavera.
3 Suspicior valde in plumbea feretro esse corpus lil Gunfridum ; tamantiquum feretrum désignât prœstantiam viri in eo sepulti et sanclimoniam ejus etidenter tidetur comprobare, — nam cœteri monachi sine feretro aut saltcm super simplici tabula ligali solebant sepeliri : hujus rei exemplum vidi anno prelerito D. Stephanus de Iloudenhem cujus sepulchrum apertum est anno 4748 ad sepeliendum D. Fredericnm, il le autemobieratanno 4508 : juerat corpus ejus scpullum in clanstro lectionis ligatum super tabulam,quœ tabula ex quercu, fuit reperta adhuc intégra, ad très distantias différentes pro funiculis.... On remarquera ici l'usago que nous trouvons pour lu première feis, de lier simplement les morls sur une plancho avant de les mettre en terre, (llist. m" Clar., 1 pag. 186-187).
donne à l'appui de cette opinion. Toutefois il est permis d'émettre desdoutes à l'égard de cette attribution. — Quoiqu'il en soit, on peut se demander aussi si cette sépulture abbatiale n'aurait pas été déplacée, soit lors du changement du monastère, soit lors des invasions ennemies ! Comment croire d'ailleurs que les bons religieux des temps primitifs de l'abbaye n'auraient pas conservé dans un lieu connu, renfermé, apparent, et à leur portée les vénérables restes de leur vertueux fondateur?... Comment croire aussi, puisque Gunfrid est qualifié de bienheureux, dans le ménologe de l'ordre de Citeaux, que ses précieuses reliques auraient été oubliées pendant six siècles dans la première terre qui les abrita?...
Ce qu'il y a de certain c'est que presque tous les écrivains du monastère et autres, placent Gunfrid parmi les plus illustres saints des corporations cisterciennes, ordinis inter illustriores sanctos cornputatur. — Le P. Malbrancq l, Henriquez, Maurique, Philippe Seguin, Bertin de Vissery, ne laissent aucun doute à cet égard. On lit dans le ménologe de l'ordre * : « In belgio 4" calendarum decembris, dc- « cessil ïleatus Gunfridus discipulus sanctissimi « Bernardi qui ex cl ara mile missus in Belgium « monastcriitm Clarimariscense construxil ; cujus « loci primus Abbas consti tutus, angelicœ converti sationis exempta, totam illam regionem illvmi-
« De Morinis, pag. 225.
* Henriquez, f» 397. - ilist. m" Clar., 1 pag. 180-181.
« naoit , ejus que prœclara mérita amplissimis signis « comprobavit allissintus.... Sed quo pacîo ad 4* « calend. decembris transilur eu m monaslcrii ephe- « merides 5 novembris consignant, ajoute le I\ Mal- « braneq. lieor, vel ob viri sancti montant, vel ob ejus « miracula, vel ob palustris terne nuda nimium « visceradilattim funus Jongeliu écrit ? : Gun- « fridus in Claromarisco maximd sanctitate enduit « et beato fine quievit. »
Ou lit dans Henriquez 3 : « Féliciter cotmimma- « tus Gunfridus ad cœlos migrât. Et dans Philippe « Seguin : Missus a Bernardo in jlandriam cum « dwodecim aliis fratribus, primus C tari mari se i « monasterii in territorio niorinensi inslitutor fuit « in quo maximd sanctitate emicuit, sicut in ejus « vitd manuscriptd legitur 4 »
Il est à regretter que le manuscrit dont il est question ici ait été égaré depuis longtemps par Seguin, et qu'il n'ait pas pu être retrouvé malgré les recherches les plus actives. Ce livre précieux nous aurait incontestablement fourni d'autres renseignements fort utiles fquœ se vidisse fatetur) % auxquels nous sommes forcés de renoncer aujourd'hui. A défaut de ce livre si important pour la biographie que nous écrivons, nous sommes réduits à ne pas même savoir
» Hist. m" Clar., 1 pag. 181.
» Pag. 23.
* Hist. m" Clar., 1 pag. 182.
* Idem, idem.
d'une manière sûre, ce qui est probable pourtant, si le vertueux Gunfrid fut jamais revêtu de la dignité sacerdotale. Si fuerit sacerdos non legitur, probahiliter tamen fuit l.
Les éphéniérides du monastère fixent la mort de Gunfrid au M novembre, d'autres auteurs le transportent au 28 du même mois, en confondant peutêtre, par cette différence de 19 jours, le jour de la déposition avec celui du décès â.
Notre rôle d'historien n'étant pas celui d'un agiographe nous n'aurons point a rechercher les miracles attribués à Saint-Gunfrid. Ce soin doit être réservé à ceux qui, plus éclairés que nous, ont la pieuse mission d'écrire et de compléter la vie des saints, d'après les documents irrécusables et authentiques.
Terminons cette biographie, déjà bien longue, en reproduisant quelques vers consacrés à la mémoire du premier abbé de Clairmarais par un des humbles cénobites de cette maison, qui a employé bien des loisirs a chanter successivement dans ses vers inédits tous les prélats, qui pendant une période non interrompue de plus de six siècles, ont administré l'un après l'autre la sainte demeure fondée par Saint- Bernard dans la vaste et humide solitude de Clairmarais 3.
1 Hist. m" Clar.? 1 pag. 18*2, lin. 13.
* Confundentcs diem déposition** ejus eum die obitvs. (Hist. m" Clar., 1 pag. 188).
3 Sequentibjw Çarviinibus. Beatum Gunfridum honore pro sequebatur D. Marlinus du Buisson, II. S. huju* domus. (liist. Clar., 1 pag. 189).
Voici ces vers qui dans le manuscrit autographe de Dom. Berlin de Vissery précédent une antienne en l'honneur du bienheureux fondateur du monastère.
« Si licct astra viros, super almos, carminé vates
« Tessere, Gcnfiuuus considet empireis.
« Bcrnardi nam que is prodiens, veneranda propago
« Clahimarisci
« Caput, Conditor, et Rkctob.
« Morinœ splendor. virtus, laus, gloria gentis,
« Extitit, et vixit, pcrpete, laude sua >
Nous lisons les noms suivants parmi ceux des religieux qui vécurent et fermèrent les yeux dans le nouveau monastère, sous' l'administration du bienheureux Gunfrid, de 1140 à 1149. — Guillelmus. *eu Willeimus, prior. — Ar.nulphus, monachus. — Arnulphus, alius. — Litero, monachus. — Josephus. — Erembaldus. — Fulco. — Daniel. — Slfridus.— Raymundus.— Balduinus. — Gaufridus. — Gerardus. — - Anterus. — Hugo. — Balduinus, alius. — Gilbertus.