SOMM AI HE
Lambert Woi t, né à Arques, est élu Abbé le 27 avril 1326. — Il administre 11 ans dans des temps difficiles, sans se détourner de son but. — (1328). Philippe, de Valois, déclare la guerre aux Flamands.
— Incendie de l'Abbaye de Wœstine, près de laquelle les troupes étaient campées. — l/Abbesse avait négligé de réclamer le patro-
, nage des troupes royales. — Détails sur cet événement.— Lambebt J demande la permission d'envoyer Jean, de Bièvre, aux Bernardins de Paris, pour y reprendre un cours de théologie, il reçoit pour ces cours 200 Morinsde Malte et 100 florins de Florence, destinés aux besoins du monastère.— Jean, de Bièvre, placé au rang des bienfaiteurs. — Mandement de réciter à son intention la prière fnclinâ. — (1339). On creuse le fossé du Rostraet. — Jean, d'Azinville, visite Clairmarais et lilandccques.— Charte en parchemin rappelant cctto visite. — Lambert touche au terme de son administration. — Redoublement des hostilités entre Philippe, de Valois, et Edouard, d'Angleterre.— Citation de Bossuet.— Rupture ouverte entre Philippe et Edouard, — Guerre. — Succès divers — Victoire de l'Écluse.
— La France lève 15,000 hommes. — Robert, d'Artois, ravage
ftvtoiitii.
W'îtj — \:\\<) la frontière. — Il défend Saint-Omer. — Éiuraiwi lève le siège et se retire. — Il est poursuivi jusqu'il Cassel. — Malheurs causés par l'ennemi sur son passage. — Rien n'est épargné. — Le château d'Arqués, seul reste debout en ruines. — Mort de Lahbeht Wout au bout de 14 ans d'administration. — Sa sépulture. — Son épitaphe. — Vacance du siège. Son éloge. — Ses armoiries. — Moines contemporains.
Lambert, né à Arques, était simple moine de Clairmarais, lorsque le 27 avril 1326, il fut appelé à la dignité abbatiale de ce monastère, poste qu'il occupa avec distinction (st renne) pendant li années, dans des temps orageux (temporilnts valdè bellieosis), sans que rien pût jamais le détourner de l'accomplissement de sa mission ,.
En 1328 selon les uns, en 1323 selon les autres -, la maison eut à subir les plus violents désastres, qui pesèrent surtout, sur l'Abbaye de Wœstinc. Philippe, de Valois, Roi de France, avait envahi les Flandres, avec une force nombreuse pour aller secourir le Comte Louis, en lutte avec ses sujets révoltés 1328). 11 vint pendant l'octave de l'Assomption, camper aux portes du monastère de Wœstinc, du côté de l'occident ; cette maison fut alors entièrement incendiée à l'insu du monarque, parce que
1 Hist. m4' Clar., 1 pag. 400.
! Evidemment c'est la date de 1328 qu'il faut adopter, puisque Piiii.ippk, de Valois, ne monta sur le trône qu'en 1328, et que c'est deux mois après avoir été sacré à Rheimsavec la Reine sou épouse, par l'Archevêque Gi'ii.i.ai'mr, de Trie, qu'il se mita faire la guerre aux Flamands révoltés contre Loris, leur Comte, son parent, et qu'il remporta sur eux, sans danger, une grande victoire à Cassel. — (Ai t de vérifior les dates, édit. in-T en 3 vol., tom. I. pag. 591).
I Abbesse, à l'arrivée des troupes françaises avait 1326 — 134U négligé de réclamer leur patronage; on lisait jadis le détail de cet événement dans un manuscrii, aujourd'iiui perdu, de la bibliothèque de l'Abbaye, manuscrit intitulé : Généalogie des Comtes de Flandres l.
En 1327, Lambert Wout, demanda aux supérieurs de Tordre la permission d'envoyer Jean, de Nièvre, son prédécesseur, au collège des Bernardins de Paris, pour y reprendre ses leçons de théologie, ce qui lui valut 200 florins de Malte et 1 00 florins de Florence 2, Cette somme fut confiée par Jean aux mains de Lambert, pour l'usage du monastère ; en reconnaissance de cette libéralité, on l'a vu, le donateur fut placé au nombre des bienfaiteurs de la maison et chaque prêtre de semaine devait en commençant la messe, réciter chaque jour à son intention la prière Inclind ; ce qui dura pendant deux siècles 3.
Au mois de février de cette année, Lambert donnait au magistrat de Saint-Omer, des lettres de non préjudice en échange d'une restitution d'un droit de cauehie, payée par l'Abbaye 9 février 1338).
' Idem, idem.
s D'après des calculs que l'on a lieu de croire aussi exacts quo possible, puisqu'ils sont basés sur le prix du froment combiné avec l;i piii.'Since de l'argent ; le florin qui vaudrait aujourd'hui intrinsèquement 10 f. 87 c. ou à peu près, valait alors 20 f., ce qui ferait pour l gros 1 Tr. pour le sol 1 fr. '23 c, pour le denier 7 c.
— (llist. de Sisteron, tom. I, par Ed. de Laplane, correspondant de l'Institut de France. — Cibrario. — Traduction de l'Italien, par Bnrneaud. — Guérard, polyptique dTrminoo.
3 llit-t. m" Clar.,1 p. 401 ,402. 403et39ô, 396. pièces justilicHlives.
1 Archives municipales de Saint-Omcr (CXCIi. IVres .ju.?tifirativ'js i cuistre V , 2 scclt perdus.
1320—1340 Peu après, en 1339, il faisait creuser le fossé du liostraet. — A cette époque, Jean, d'Azinvillc, 30e AbbédeClairvaux, visitaitClairmarais etBlandecqucs (1339) ; on peut en juger par la note additionnelle, placée sur la charte originale en parchemin, émanée de cet Abbé, laquelle qui commençait par ces mots : « Nous frère Jean, nommé Abbé de Clairvaux, faisons « savoir à tous que l'année 1335, le lendemain de « la fête de la Circoncision, en faisant notre visite « au monastère de Clairmarais, etc. 1 »
En accompagnant, en 1339, le visiteur général à l'Abbaye des Daines de Blandecques, Lamhkut Wout touchait au terme de son administration, il mourut en 1340, et cette dernière année, s'il faut en croire les annalistes 8, fut encore pour sa communauté, plus désastreuse et plus tourmentée que les précédentes. C'était le moment du redoublement des rancunes et des hostilités, entre Philippe, de Valois, et Édouard, Koi d'Angleterre, qui par le conseil de Jacques Daiuewell, chef des rebelles de Flandre, venait de prendre le titre de Hoi de France, pour engager les Flamands dans son parti 1339 ....
L i réunion des fleurs-de-lis et des léopards d'Angleterre était, dès lors accomplie, dit Sainte-Foix :'. « Nous entrions, selon l'expression de Bossucl, à
» llist. ni" Clar , 1 p:ig. 401, 10 >, 403 et 39ô, 396 et pj • es justifiai ti vos.
* Locritjs. Moreii, Cainpion, Jongelin, Hertin «le Yi>suy, |-a^. -10,?. lom. I.
* L m l i\r vi iM t le- date.-, Umii. I, édit. in ! ' en 3 vol jkil; f<!>i.
année V3:yj.
« l'occasion de cette guerre et de ses suites, uous iikMî— « entrions clans les temps les plus périlleux de la « monarchie, où la France pensa être renversée par « les Anglais qu'elle avait presque toujours battus « jusques-là.... Nous étions à la veille de les voir « forcer nos places, ravager et envahir nos provinces, « défaire plusieurs armées royales, tuer nos chefs « les plus vaillants, prendre même des Hois prison- « niers, et enfin faire couronner un de leurs Rois « dans Paris même.... Ensuite, tout d'un coup, par « une espèce de miracle, nous les verrons chassés et * renfermés dans leur île, ayant à peine pu conserver « une seule place dans toute la France »
Philippe et Edouird, qui couvaient depuis longtemps des sujets de plaintes l'un contre l'autre, en vinrent cette année à une rupture ouverte, les actes d'hostilités recommencèrent en même temps en Guyenne et en Flandre, et la guerre continua les années suivantes, par mer et parterre, avec des succès différents.... Le 24 juin, Edouard, foiré de lever le siège de Cambrai, devient vis-à-vis de l'Ecluse, vainqueur de notre Hotte composée de 120 gros vaisseaux.... Il ne fut pas également heureux sur terre ; ayant débarqué sur les côtes de Flandre avec une armée de 130,000 hommes, il en donna le tiers à Kouekt, d'Artois, qui pendant près d'un mois ravagea la frontière et arriva jusqu'à Saint-Omer bien fortifié (eyrcyiè munitamj , pour la défendre, disent les historiens, alors que Eudes IV, due de Hour-
' Art de vcniici les dates, -dit. in-f^ d3 17T3, pag. 504.
1320—1340 gogne, Philippe, son fils, et le Comte d'Armagnac, allaient le26 juillet à la rencontre du Roi d'Angleterre qui cernait la place, pour l'attaquer, le battre et le poursuivre jusqu'au mont Cassel l. Mais, après avoir commencé le siège de cette ville entourée par une puissante armée et pleine de troupes, l'Anglais dût se retirer — Pendant ces opérations sanglantes les environs, on le conçoit, éprouvaient les plus rudes épreuves ; l'ennemi en se retirant avait porté partout le pillage, la dévastation et la mort, laissant à peine debout les ruines fumantes du château d'Arqués s, vix solo Castello rcliclo 3.... On devine le sort réservé au monastère et à ses pieux habitants —
Enfin, après tant d'agitations et un gouvernement de près de 14 années bien remplies, Lambert mourut le 24 janvier 1340, il fut inhumé dans le chapitre, tout près du siège du prieur, en faec d'une colonne placée sur une pierre noire représentant l'image d'un Abbé en habit monastique, avec cette inscription :
HIC JACET I AMBERTl'S, Ql UN DAM A BU AS IlOMt'S EJl'S, QUI OBIIT AN NO DOMINI MCCCXl. VltilLIA CONVERSIONIS S" PAIIU. ANIMA EJ'.S Rl.iiUlESl.AT IN PACE, AMEN.
On ne connaît pas son âge A sa mort l'Abbaye
demeura vacante pendant G semaines et 4 jours.
1 Idem, id^ni , pag.
1 llist. nr* LIar., 1 pag. — Arques, près de Saint -IMihm . Voir sur cette commune une notice que nous avons insérée dans !«• lUilletin historique do la Société û>:s Antiquaires de la Morinie, 37 livraison, pug. 13. — Le P. Dmi -l, !li-t. dv l'jan.e.
» ili.t CLr.. |.ug 10 J.
Dom. Martin Dubuisson a dit de lui :
« Invicto semper I.ambertls pectorc prœstat....
« Seu fortuna favet, seu premit atra malis ;
« Annos bis septem sacro dominatur ovili,
« Sola httno irnpellunt cedere facta peJum «. ■«
On attribue à cet Abbé les armoiries de la commuue d'Arqués dont il était originaire, deux ciels d'or adossées et barrées de même au milieu sur fond de gueules, avec la devise :
Dilifjo portas Sion â.
Parmi les contemporains on voit : — Kobert, de Hautbourdin. — Michel, de Gondrecourt (de Garnit curidj. — Gérard, d'Oriemuges 3.
Nous trouvons dans l'inventaire de Flandre et d'Artois par Godefroi, les pièces suivantes relatives à Clairmarais pendant l'administration de Lambert Woit, W Abbé.
1328, 18 juillet. — Arrêt qui commet Jean, de Rove, clerc, et Jean, de Cbastelet, chevalier, pour informer en la cause pendante entre la Comtesse d'Artois et Robert, de Flandre, touchant hi saisine de Clairmarais 4.
1328, 14 décembre. — Autre arrêt pour le même objet
' llist. m" Clar., pag. 402.
5 Idem, idem, pag. 409.
1 Idem, idrni, pag. 403.
* Inventaire des archives k> Klj!r].*v: \ iz L'j. t.. m » l.kiu, pag. 150.
U-20-ldiu 132!). — Mémoire de la Comtesse d'Artois pour ledit procès
1330, 1 1 mars. — Arrêt qui remet toutes les causes pendantes au Parlement entre le Comte d'Artois et Robert, de Cassel *.
1330, 13 octobre. — Lettres de Philippe, Roi de France, par laquelle il ajourne au prochain Parlement le Comte et la Comtesse d'Artois pour reprendre le procès pendant audit Parlement, entre Rohert, de Flandre et de Cassel, et feue M a HAUT, d'Artois !.
1331, 13 janvier. — Arrêt qui remet fou les les causes pendantes entre le Comte d'Artois et Jeanne, de Bretagne, dame de Cassel, au nom et comme ayant la garde de ses enfants du défunt Robert, de Flandres
1331. — Mémoire pour le Comte de Flandre et Robert, de Flandre, seigneur de Cassel, contre le Comte d'Artois, sur le fait de la justice de Clairmaraiset de la rivière d'Aa
1332, 18 mars.-— Arrêt du Parlement qui nomme pour arbitre dans les procès Jean, de Balin, chanoine d'Àrras, et Jean, dc Thelen, bailli d'Hcsdin, pour le Comte d'Artois, et M° Jean Lalbure et Bouchard Voleki, bailli de Bergues, pour la dame de Cassel 6.
1332, 12 se|)tembrc. — Commission donnée pour
1 Inventaire de Flandre et d'Artois, tom. VII, pas. 220.
! Idem, pag.
' Idem, pn». 27:1.
* Idem, pag. 3^0.
' Idem, pug. 310.
' Idem, i- '3ôr>.
ajourner au Parlement la dame de Cassel à l'effet i;t>G — 1340 de reprendre les procès pendants, avec le Comte d'Artois l.
1332. — Arrêt du Parlement qui entérine jusqu'à nouvel ordre toutes les a flaires pendantes entre les deux parties ?.
1333, 23 mai. — Lnlérinement d'un acte identique à celui de 1332
1333, ^septembre. — Lettre de Jean, dciholen, bailli d'Hcsdin, l'un des arbitres nommé par le Koi, par laquelle il déclare avoir refusé à An sel IHlo, procureur de la dame de Cassel, de délivrer une commission pour faire ajourner le Comte et la Comtesse d'Artois, attendu que M* Jean, de Salins, a été nommé arbitre avant ledit Thelen
1333. — Arrêt qui remet au prochain Parlement tout le procès dont il est question '.
133o, 3 octobre. — Commission donnée par Jean, de Salins, et Jean Laleuue, députés par le Koi, pour terminer les procès précédents
133o, 27 décembre. — Lettres des commissaires déclarant que s'ils n'ont pas jugé lesdits procès, c'est, parée qu'ils en ont été empêchés par d'autres a fia ires ; mais que les parties avaient l'ait toutes diligences pour obtenir jugement 7.
1 Inventaire de Flandre et d'Arlois, tom. VII, pas. \\~\.
Idcin, Id.'iii.
Mem, p;m. .ÏJ9.
1 18 mars, inventaire d1 l'.odel'rui, 117. • Idem. p.!.--. -H8
Ideui. loin. MU. p.
' liem. p-j. LJj.
— 1340 1336, juillet. — Ajournement des parties et des témoins devant la commission 1.
— .Nous nous bornerons à remarquer une fois encore ici, combien de procès et combien de temps il a fallu pour être enfin fixé sur cette interminable question de la saisine de Cl air marais.... Le lecteur appréciera l'importance et l'intérêt que ces débats pouvaient avoir à cette époque.
' Inventaire inédit de Gododoi, lom. VIII, pag. 53, archives de Flandre.
LES ABBÉS DE GLA1RMARA1S.
PAUL, DE BAILLEUL, 26* Abbé. w.„M3',o
Mon : 1345
SOMMAIRE
Pail est élu en 1340. — Il gouverne dons des temps difficiles 4 ans et demi. — Sa mort le 4 octobre 1345. — Sa sépulture. — Son cénotaphe. — Vacance abbatiale. — Il ensevelit Simon Lawart (1341). — Ses armoiries.
De simple moine de Clairmarais, Paul, de Bailleul, devint Abbé en 1340, à l'époque de la fête de Saint- Grégoire; c'est presque tout ce qu'on sait de lui, si ce n'est qu'il gouverna son abbaye avec prudence et énergie, dans des jours difficiles, pendant quatre ans, six mois et vingt-deux jours. 11 mourut le 4 octobre 1345, et fut enseveli dans le chapitre, à gauche «I'Henri, d'Ypres, sous un marbre noir portant l'image d'un Abbé revêtu de ses ornements sacerdotaux, tenant la crosse de la main droite. Peu après, dit naïvement un chroniqueur, le bâton d'airain et
îo— l:m ]a figure on marbre Jilanc qui décoraient le cénotaphe furent enlevés par quelque fripon.,.. L'inscription placée à l'enlour avaitaussidepuislongtempsdisparu.
A ce gouvernement semble se rapporter la pose de deux pierres sépulcrales, placées dans l'Kglise de Clairmarais, devant l'autel Saint-Jean, en l'honneur de Simon La w art et de Cathkrink, sa femme. L'une de ces pierres portait l'image d'un chevalier revêtu du sayon ou costume militaire, avec un bouclier pendant sur les cuisses au moyen d'un ceinturon et remontant jusqu'aux épaules. Le baudrier est sur un champ d'or orné de dessins d'azur, divisés c •') compartiments. — On y lisait :
i l f.IST MESIRF. SIMON I.AWART, CHEVALIER, QUI FIT APPAREILLER ET F.SLF.VKR l'.ESTF. C APELLE, ET I ESTRE CÉLÉBRÉ CHACUN JOUR UNE MESSE, POUR I I ET SF. FEME FT I EURS ANTE CESSEURS ET ( IL OU CELBRERA LA DITE MESSE, DOIT AVOIR, CHACUN JOUR UN LOT DE VIN, QUI TRÉPASA EN L AN MCCCXLI DES C Al END.