‹ L'abbaye de Clairmarais d'après ses archivesChapitre 34 sur 43 · I787-179IÎ · texte numérisé non relu

I787-179IÎ

SOMMAIRE

Le monastère gouverne par 58 Abbés, pendant six siècles. — Nomination de Dom. de Scbodt. — Son origine — Son entrée au monastère. — Une de ses sœurs entre à Ravensberg. — Sa promotion Abbatiale, à 38 ans. — Réflexions. — L'horizon s'assombrit. — La pensée des fondateurs de l'Abbaye à disparu. — Dangers. — Le sol commence à trembler. — Décisions de 1768 et 1773, contre les ordres Monastiques. — L'Empereur d'Allemagne publie également des décrets contre eux. — Tristesse des religieux.— Empiétements de l'autorité civile.— Proscriptions autorisées par la faiblesse du Roi. — Confiscation des bénéfices. — Inventaires des archives et bibliothèques, publiés. — État des biens mobiliers et immobiliers.^— Les ordres religieux se jettent en vain entre les bras de l autorité Episcopale — Le monastère de Saint-Bertin ne détourne pas l'orage, malgré son agrégation à Cluny. — Les digues sont rompues, les idées philosophiques débordent, tous les ordres religieux sont condamnés, malgré leurs services pendant l'hiver de 1789. — Leur zèle pendant cette terrible épreuve. — Les registres en font foi. — Omer de Schodt ne soupçonne pas encore

t "87 — 1791 tout le danger.— 11 vaque à les fonctions. — Il ne néglige rien.— Monument élevé a «on prédécesseur. — Sépulture d Alexa>dre Merville. — L'Abbé visite le Prince de Cojin^ et le Duc d'Eîi- GHiEPf, à Saint Bertin. — Il ne siège que deux fois aux États. — Il songe à reconstruire l'Abbaye et à employer les bois préparas».

— Expulsion des religieux. — Ils portent en abandonnant tout ce qu'ils possédaient — Ils sont au nombre de ?3. — Leur tristesse.

— Ils ne reparaissent plus. — Croix de Thierry d'Alsace. — Mamiscrits de Bertin de Yissf.ry sauvés. — Émigraiion des moines. — Rentrée d Omer de Schodt — Sa mort, en 1806 — Sa sépulture dans le cimetière communal d'alors. — Le chagrin est cause de sa mort — Son beau portrait, par Vander Puyl. — Description. — Fin de celte monographie. — Réflexions. - Rut que se proposait 1 auteur. — Le lecteur sérieux jugera — Comparaison et contraste entre les portraits du prrmieret du dernier Abbé. — Réflexions naturellement inspirées par ce contraste.

Le Monastère de Clairmarais compte maintenant plus de six siècles d'une existence non interrompue : depuis Gu.nfrid , son premier chef, institué par Saint-Bernard, cette maison avait été successivement gouvernée par 58 Abbés ; nous voici au dernier, la chaîne va se briser entre les mains de î)om. Omer de Schodt, 59e Prélat, nommé directement par Louis XVI, le 29 avril 1787 l.

Dom. Omer était fils de Paul-François, Conseiller du Roi au Bailliage de Saint-Omer, et de Marie- Albertine Buret de l'Espiet *.

Il entra de bonne heure dans l'ordre de Citeaux et fit profession à Clairmarais, à peu près en même

1 Note autographe de Dom. Omer de Scuodt. 3 Registres de letat civil de la ville de Saint-Omei , acle» de naissance de 1750, actes de décès 1806.

temps que l'une de ses sœurs, Louise-Françoise, 1787 — 1791 prononçait les mêmes vœux à Ravensberg l.

Il avait 38 ans à peine, lorsque l'influence de sa famille, unie à un mérite réel, le firent arriver aux honneurs de la Prélature et le placèrent à la tête de la communauté, où jusqu'alors il remplissait avec zèle et assiduité les plus modestes fonctions. Toutefois, malgré son âge si peu avancé, pour Omer cette dignité arrivait un peu tard....

En suivant avec soin la marche des événements du dehors, en examinant attentivement le relâchement continuel de la discipline intérieure, les tiraillements auxquels donnaient lieu, trop souvent, la collation des bénéfices et les promotions Abbatiales; en songeant aux perpétuels conflits élevés avec l'autorité Diocésaine et l'introduction d'office des Abbés commendataires.... En comparant, surtout, les changements survenus dans l'application de la règle primitive avec les dérogations du moment, il était aisé d'entrevoir que la pensée des saints fondateurs s'était singulièrement décolorée en traversant les siècles et que depuis longtemps déjà elle n'était plus qu'une lettre morte. — Les abus insensiblement tolérés avaient fini par être approuvés, ils ne cessaient de s'aggraver.... Cet état de choses ne pouvait durer....

— Le sol commençait à trembler, l'horizon obscurcie annonçait de grands événements, qui devaient

1 Elle lut reçue en 17b9 et religieuse du chœur, on 1771. — Notice sur l'Abbaye de Navetisberg, par notre honorable et savant confrère E. de Coissem \ki h.

17*7— 17'jl atteindre sans pitié le plus humble cénobite dans son obscure cellule, en même temps que le meilleur des Rois, sur le plus beau trône du monde —

Les décisions suprêmes de 1768 et 1773, nous Tarons dit ailleurs l, avaient ébranlé jusque dans ses racines, l'indépendance des ordres religieux ; mais les Évèques diocésains, toujours en- éveil sur la question de l'ordinaire, voyaient, sans déplaisir, les Kdits Royaux concernant les corporations religieuses. . . L'exemple de la France avait naturellement trouvé des imitateurs, en Allemagne, surtout, où Joseph II, cet Empereur qui se piquait d'être philosophe, publia divers décrets qui jetèrent dans la consternation les communautés monastiques 2 ; peu à peu, le mal gagnait; les empiétements de l'autorité civile sur l'autorité ecclésiastique faisaient des progrès.... Les listes de proscription étaient ouvertes, le Roi n'avait plus la force de résister aux entraînements les plus rapides.... L'antagonisme se poursuivait, la persécution légale grandissait.... Deux ans à peine s'étaient écoulés depuis la nomination d'O.MER de Schodt, que déjà l'assemblée nationale, sous la sanction Royale, ordonnait la confiscation de tous les Bénéfices, titres mobiliers des Eglises, chapitres, monastères et communautés religieuses, en même u temps, elle ordonnait aux Magistrats de dresser ofli- I ciellemcnt des inventaires3; ce décret étendu aux ar-

* Les Abbés de Saint-Bertin, tom. II, pag. 471.

* Au 17 octobre 1783, il avait déjà supprimé 1948 communautés religieuses dans sou empire. — 3 Lettres patentes du 18 nov. 1789.

cimes et bibliothèques ne tarda pas a être exécuté ; 1787- n«»l on sursoit en même temps, à toute collation des bénéfices, excepté aux titres ayant charge d'âme et on ordonne à tous les bénéficiera ou supérieurs ecclésiastiques, de fournir un état de tous les biens mobiliers et immobiliers des établissements religieux l.

Vainement les ordres monastiques, dans une pensée de salut, se jettent entre les bras de l'autorité Épiscopale.

Le royal monastère de Saint-Bertin , un instant ébloui par une vaine illusion, croit pouvoir échapper à l'orage par son agrégation tardive à l'ordre de Gluny ; espérance trompeuse ? Les digues sont rompues.... Le torrent débordé de toutes parts, emporte dans sa course irrésistible, toutes les corporations, qui, dès longtemps, minées par les idées philosophiques du temps, vont s'engloutir à la fois, sans retour, dans un commun abime....

Cette ruine imminente n'empêchait pas, pourtant, les religieuses phalanges, d'accomplir jusqu'au bout avec la plus entière abnégation et un dévouement sans limites, leur consciencieuse mission: au rigoureux hiver de 1789, venait s'ajouter une affreuse disette, escortée, comme presque toujours, d'un autre fléau non moins désolant, la famine.... Le prix du blé, cette indispensable nourriture de l'homme, s'élevait alors, à 100 francs la razière !!!....

Spontanément, debout, le Christ à la main au pre-

1 Moniteur. — Grand Cartuloire, tom. X. — Mercure de Fronce.

1 787 — 1 791 mier éveil de la douleur du pauvre, on voit divisés en bandes charitables, mêlés et confondus, partout où il v a une larme à essuver, le fils de Saint-Bernaid comme celui de Saint-Benoit, l'enfant dHélie et de Sainte-Thérèse comme celui de Saint-Dominique, le fils de Bruno avec celui de Saint-François, tous multipliant leurs ressources, se multipliant euxmêmes, bravent la proscription qui les attend en échange de leurs services, tous rivalisent de zèle, distribuant partout le baume consolateur qui adoucit les blessures.

Les frères de Clairmarais, leur Abbé en tête, ne veulent être ni devancés, ni surpassés par personne dans l'exercice de leur évangélique bienfaisance.... Les registres publics en font foi \ véritables pères des pauvres pour Saint-Omer, comme pour les environs de leur monastères, les religieux obtinrent à celte époque des témoignages de reconnaissance de la part des représentants de la cité s....

— Cependant Dom. Omeu de Sciiodt, malgré les sombres nuages qui s'épaississaient sur sa tête, ne soupçonnait, peut-être pas encore tout le danger dont il était menacé ; entièrement :i ses fonctions, il avait donné la sépulture dans son. Église, à Dom. Martin Bernard, son prédécesseur (I7871,, auquel il venait d'élever un funèbre monument (1788;.

— il avaitégalemcntbéni la fosse de D. Alexandre

' Registres des délibérations de In ville de Sab.t Oiner. ■ Idem, idem.

Merville \ religieux prêtre qui comptait 33 ans 1787— I7«.n de service et 27 de sacerdoce. De plus, ce Prélat

1 Dans quelques maisons des communes de Saint-Omer etdeSaint- Martin-au l.aert, on retrouve ça et là, dans les pavés, divers fragments de pierres funéraires avec des inscriptions entières ou mutilées qui rappellent la mémoire de plusieurs religieux de Clairmarais, dont la mort remonte à cette administration.

Ainsi dans la maison du sieur FIflleboid, cultivateur, on voit sur un fragment de pierre blanche do 25 centimètres, enchâssée tout près de la porte de la cour.

Posl varias in/ir tmilalesi

Tuleratas cilre (nium tliem clans il

Die 22* april le nom manque) Ml. 51 rclig. 3....

Pie leclor ibcne precire

B-uuieu tt I. P.

Puis une tête de mort.

— Dans la même maison, tout près de la porte d'entrée une autre pierre blanche quariranguhure . de 50 centimètres sur 5U on voit l'empreinte d'un calice surmonté de la Sainte Hostie et en-dessous on lit ces mots :

Me-aoïia II. P. Alex nul ri Mer cille Ha jus ccnoh.i relujiosi Ac s ct r lolis O'mi

Die 15* mari. 1787

anno 32

Jubilar. 33 S t er L>tis vero 27 Orale )>ro co R. I. P.

— C'est 1 épitaphe du moine que nous venons de citer.

Ces pierres et beaucoup d'autres encore qu'on retrouve éparses ça et là. ont été déplacées et successivement emportées depuis la destruction de l'Abbaye. Les derniers cénobites qu'elles ont abrités et

4787—1791 venait d'être admis à l'honneur de présenter ses hommages au Prince de Condé, à son fils et à son petit-fils, le trop malheureux Duc d'Enghien, logés alors à Saint-Bertin, à l'occasion du camp de Saint- Omer, en 1788. — Deux fois seulement, il avait occupé sa place aux États de la province (1788- 1789], et toujours soigneux de l'accomplissement de ses devoirs comme des intérêts de sa maison, il songeait à la reconstruction presque totale de son monastère, se préparant a appliquer à cet important travail une grande quantité de hois de chênes qui, depuis plusieurs années s'entassait, à cet effet, dans de vastes chantiers : les plans étaient approuvés, les devis étaient connus, il n'y avait plus qu'à mettre la main à l'œuvre, lorsque brusquement révoqué et expulsé de son Abbaye, par décret de l'Assemblée nationale, Dom. Omerde Schodt, cédant à la violence légale, dut se retirer sur les sommations réitérées des agents officiels du fisc, abandonnant les larmes aux yeux et la mort dans 1 ame, sa maison, ses dépendances, ses richesses [déjà séquestrées et inventoriées), enfin tout ce quelle renfermait, aux mains impitoyables des receveurs domaniaux K... — Son gouvernement était fini et avec lui c'en était

dont elles rappellent la mémoire, dorment probablement encore dans la terre bénite qui les reçut à leur heure suprême.... Le soc delà charrue viendra les retrouver et les soulever en jour, en jetant au \ont leur poussière : Fumus et cinix !!....

1 Tilulo spolinlus nrc non r proprio erpulsux Moiutxlrrio, simul n'im 91 fratibux, in lyrntwinî tlm-rli rnnrrnlns notinnolix virtittr. M avf/uxti n<)l.

fait du monastère de Clairmarais, qui comptait tant 1787-1701 de siècles d'une glorieuse existence, dont nous avons cherché à retracer consciencieusement les annales. . . .

I). Omer de Sciiodt, suivi de ILjL de ses confrères, ^ pénétrés de la même douleur, quitta tristement son ancienne solitude, le 29 avfil 1791.... Il ne la revit plus 0Mf***s

En quittant sa retraite chérie, il se retira d'abord à Saint-Omer, emportant avec lui quelques objets précieux, notamment la croix que l'on suppose avoir été rapportée de la Terre-Sainte et donnée au monastère par Thierry d'Alsace 2, avec les manuscrits

1 Note autographe de Dom. Omer de Sciiodt. — Pour les détails, i voyez tom I. pag 131 à 134. — Nous avons raconté longuement, Il ailleurs (les Ahbés de Saint-Bet tin), toutes les péripéties réservées|/L aux ordres religieux avant d'arriver à leur suppression. Inspirées para* la même pensée, elles furent partout les mêmes, ou a peu près, inu» tile de les redire....

— Tous les bâtiments de l'Abbaye, l'Église et les alentours, le tout contenant :

1° 9 mesures, 50 verges, furent adjugées nationalement au citoyen François Vatou, fermier ai: Haut- Pont, à J.-B Nertiieloot et à Jacques-Dominique François Martin (f° -27, regist. de? Domaines).

2° 43 mesures, 14 verges, furent achetées par les citoyens Omer Leroy et Jacques Bkrthei.oot, au prix de 23,300 fr., le 21 mars 1791 (vol. 10. f° 31).

3° 48 mesures. 86 verges, ont été adjugés aux mêmes prix de 8,615 fr., le 21 mai 1791 (f° 43).

4° 6 verges, avec moulin à vent, construit en pierre, vendu le 11 octobre 1791. au prix de 462 fr. 10 (f° 55).

5° Au Brouk, nommé te Nortiroerte, un lot contenant 62 mtsures, s'adjugea au C. F. Creux, puis ù Vamieli e. pour la somme de 60. 75 fr. (registres des Domaines, vol. 10. fn 65).

* La même dont nous avons déjà parlé et qui se conserve aujourd'hui dans le trésor de la Cathédrale de Saint-Omer. Ce précieux objet d'art contenant des reliques de la vraio croix, est exposé tous Ips ans a In vénération des fidèles, pendant le mois de mai.— -Nous

1787—1791 historiques de Dom. Bertin de Vissery, etc., etc. : mais, bientôt après, les convulsions politiques l'obligèrent à demander provisoirement, à la terre étrangère, un refuge contre la persécution, il séjourna quelque temps en Allemagne.

II ne revint en France, que lorsque les portes de la patrie purent se rouvrir sûrement pour lui (1800), il se fixa alors définitivement à Saint-Omer, où il mourut à l'âge de 57 ans, le 20 janvier 1806, à 7 heures du matin, et fut inhumé dans le cimetière commun, situé alors à peu de distance de la porte d'Arras, à l'embranchement dcscheminsdes Bruyères et de Blandecques.

Le chagrin que ressentit ce Prélat, de la perte de son Abbaye, à laquelle il avait été appelé si jeune et dont il espérait jouir longtemps, ne fut pas étrangère à sa mort prématurée. C'était, d'ailleurs, un homme aimable et bien élevé, qui fréquentait, dit-on, la bonne société Audnnaroise, au mo tient où elle cherchait à se reconstituer, h la suite des violentes secousses qui l avait dispersée ].

Il existe et nous avons eu longtemps entre les mains un bon et beau portrait de ce Pr la!, peint à ' l'huile, d'après nature, en 1792, par L.-F.-G. Vandek Plyl, artiste flamand. I)>m. Omer, avait alors

avons retrouvé également depuis peu. un autre petit reliquaire de la même époque, que l'on croit être celui qui conservait les cheveux de In Vierge. — Ot intéressant ohjet •! art fait p u fie de notre cabinet.

! Souvenirs contemporains — Il logeait, dit-on, dans la rue du Commandant, à l'angle do la rue du Cnltre ou des lileucts, maison de

M»« MoREBl..

un peu plus de 40 ans.... Cette toile à 84 centimètres de largeur sur 1 mètre de hauteur, non compris son cadre doré, dont la baguette à 10 centimètres de largeur.... Elle représente l'Abbé dans son cabinet, assis sur un fauteuil en damas rouge, il est accoudé du bras gauche, sur une table recouverte d'un tapis

de même couleur Sur cette table se trouvent un

encrier, du papier, un livre relié en vert, avec une plume. — Derrière l'encrier se déroule le plan de l'Abbaye, sur lequel on lit la signature autographe du peintre l.

Le Prélat revêtu de laine blanche , avec un long scapulaire noir, surmonté de la croix Pectorale, en or, tend la main droite à un valet de chambre en culotte et en habit français, ce serviteur entre et lui remet une lettre à son adresse, l'Abbé la prend avec un air préoccupé, comme s'il se doutait quelle contient une triste nouvelle.... De la main droite orné de l'anneau pastoral, il semble caresser nonchalamment un magnifique chien lévrier, moucheté gris et blanc... Dom. de Schodt porte des bas de laine blanche, très fine, comme tout son costume et dos boucles d'argent à ses souliers.

1 Ce tableau appartenait en dernier lieu, comme souvenir de famille à M. Cn.vnLES Lariomer de Vissery de Bon voisin, ancien capitaine de cavalerie, le dernier survivant de celte ancienne et honorable famille, il vient do mourir depuis quelques mois (3 janvier 1863). à Hernieulles, pré? de Montreuil- sur-mer. * — On voit aujourd'hui cette toile historique au musée de Saint-Omer. — Des témoins contemporains ont assuré que l'Abbé, comme son valot de chambre, étaient tous deux dune parfaite ressemblance.

Au second plan, on aperçoit dans le fond, des rayons de bibliothèque garnis de beaux livres. — Un perroquet vert est à l'entrée du cabinet, fixé sur son échelle : appliqué au mur, on voit le plan général du monastère, pris à vol d'oiseau. Ce plan esl surmonté de l'écu armoirié du Prélat.

— Notre lâche est terminée; nous avons essayé de ressusciter et de faire revivre jusque dans ses plus humbles détails, le monastère de Clairmarais, celle vieille communauté Bernardine, voisine de Sithicu, érigée à la porte de Sainl-Omer, au XIIe siècle, avec le secours des Princes, à la voix vibrante du grand Abbé de Clairvaux.... Nous nous sommes cflbreé de reproduire dans ses détails et pour ainsi dire, jour par jour, d'après ses archives, une paisible existence Cistercienne, cherchant à ne rien omettre d'essentiel dans cette vie religieuse, aussi modeste que bien remplie; nous avons voulu redire les laits et montrer les personnages, tels que les annalistes contemporains nous les ont fait voir; nous avons en un mot, voulu esquisser un tableau fidèle et instructif:» la fois. Puissions-nous avoir réussi !....

(îràce à une heureuse rencontre, nous avons pu orner notre travail de quelques portraits, trop rares sans doute, parmi lesquels on remarquera le premier et le dernier anneau de cette longue chaîne Abbatiale, que nous venons de ressouder ; ces deux figures historiques, séparées par plus de six siècles, semblent être caractériques et pleines d'enseignements ; chacune d'elle dépeint son époque — U'aus-

térité, la pauvreté, rhuniilité de Gcxfrid, se nourrissant de légumes ou de poisson, servi dans une écuelle de bois, n'ayant pour tout mobilier qu'un livre d'heures et une croix de fer ; son costume sévère, sa tête nue rasée en couronne et l'ensemble de son maintien contrastent singulièrement, selon nous, avec le luxe de son 59° successeur, riche, poudré, chaudement vêtu, confortablement logé, moèlleusement assis sur la soie, marchant sur le velours, servi par un valet de chambre, buvant dans le cristal, mangeant dans la porcelaine Vieux-Saxe \ ornée de peintures ; entouré d'une belle bibliothèque, etc., se donnant la distraction innocente d'un chien et d'un perroquet, etc., etc.

Ce contraste seul, entre les deux personnages occupant la même charge, à G00 ans d'intervalle, n'est-il pas déjà un signe de décadence? ne dénole-t-il pas clairement qu'à la longue et en devenant riche, par de continuelles libéralités, l'Abbaye de Clairmarais comme les autres ordres monastiques en général, s'était éloignée de la régularité première et que, dès lors, elle n'avait plus la même raison d'être, ni la même utilité pratique qui avait présidé à son berceau ? Si une réforme était nécessaire.... la Provi-

1 Au musée do Dijon on voit lécucllc de bois, dont se servait Saint-Bernard et on a vendu il y a peu d'années à Saint-Omcr, à la vente de M. do Facieu, des porcelaines en Vieux-Saxe, avec peintures genre Watteau, provenant du mobilier du dernier Abbé de Clairmarais. — Elles font actuellement partie du riche cabinet de M. Ansei., chez lequel on voit sur deux légumiers, quatre remarquables médaillons a personnages.

denee, cette source éternelle et immuable de justice qui sait toujours arriver à propos dans les choses humaines et qui n'abdique jamais son droit imprescriptible d'y placer son dernier mot ; la Providence se chargea de l'accomplir, en ménageant une juste, mais sévère et radicale expiation....

Depuis plus d'un demi siècle, le monastère de Clairmarais a cesser d'exislcr, il était taxé à 850 florins et valait alors environ 60,000 livres de renie Ses ruines ont complètement disparu, à peine en retrouve-t on la dernière trace !

En vain, l'antiquaire, l'archéologue ou l'artiste interrogent aujourd'hui cette terre muette et si longtemps béiiie, là, où s'accomplirent tant de saintes destinées et qui, même pour la génération qui s'écoule, n'est déjà plus qu'un grand souvenir!....

1 OUc valeur serait au moins doublée aujourd'hui. — D'aprè* un tahleau officiel, que nous avons sous les yeux (1785).

Le louis de France de toule fabrication, avant 17^8, était alors à i>2 karats, 22, 32.

Le marc valait 748 I. 13 sols 2 deniers.

Les souverains de Flandre et des Pays-Bas, étaient de 21 karats 31 . 32 et valaient 758 livres 9 sols 5 deniers.

Les florins d'Autriche a 10 deniers i-i, contenant au mure 4,010 «rains de poids d'argent lin.

(Déclaration du Roi donnée à Fontainebleau, le 30 octobre 178."). pour la fixation de la valeur de l'or relativement à l'argent, et tarif de la quantité de grains d'argent fin contenus dans les matières d argent à raison de leurs titre*'.

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