SOMMAI H K
I.e bienheureux Sec.alon, succède à Henri, d'Ypres, le 9 novembre 1316. — Son origine, ses fonctions à l'Abbaye d'Ourscamps. — Sa réputation de vertu le fait unanimement désigner. — On le surnomme un nouveau Saint- Bernai*». — Ses hautes vertus. — Il s'effraye de sa nouvelle dignité. — Ses soupirs et ses plaintes. — Ses exclamations. — Malgré ses craintes il entic en fonctions. — (â 11 répare les torts de la guerre ainsi (pic les dégâts des inondations et fait revivre la discipline. — Partout il donne l'exemple. — Son inclination pour la pauvreté. — Il refuse d'accepter sans la permission de ses supérieurs 60 cuillers d'argent données par Jean Coi\n et. — dette donation est autorisée. — L'administration de Segai.on dure sept ans. — 11 meurt en se rendant au chapitre général de CJairvaux. — Son inhumation. — Son tombeau est vénéré.— Attestations de Dom. Guislain Campion et d llcnriquez,
' Nous trouvons ce nom inscrit de deux manières : Skgai.on ou Sagalok.
t au sujet de la sainteté de cet Abbé. -- Vertus de Skg vi.on. — Son élévation d'après le catalogue de l'Abbaye. - Sa mort.— Vacance de l'Abbaye. — Religieux contemporains. — Ses armoiries.
Le bienheureux Sera lux, c'est ainsi qu'il est toujours qualifié \ lut sp nlanénient élu 21e Abbé de Clairmarais par l'assemblée capitulaire, en présence de Conrad, 28" Abbé de Clairvaux, le 9 novembre 1316, aussitôt après la démission df Henri, d'Vpres. Sk<;alon, était originaire d'Arras, de Atrehalo oriundas -, il était moine et maître des convers dans le monastère d'Ourseamps, in ursi Campa, ordre de (liteaux, diocèse de Novons. Son élévation fut d'autant plus prompte, d'autant plus unanime que sa réputation de vertu s'étendait au loin, fama undique diffusa vrai, aussi le jour même de la retraite de son prédécesseur, tous les suffrages se portèrent-ils spontanément sur lui avec la plus grande espérance : il réunissait, en effet, toutes les qualités, il était doux, humble, pieux, affable, zélé conservateur des vieilles et saines traditions, on le désignait sous le surnom de Nouveau Saint-Bernard a.
Mais à peine ce bienheureux cénobite se vit-il revêtu des insignes de la prélature, que se croyant indigne de supporter un pareil fardeau, son humilité s'exhalait en soupirs. « Malheureux s'écriait -il, que \< vais-je faire? Que vais-je devenir? (Juo me ver-
■ llist. ne* Qar., 1 pag. 387, * Idem. idem.
3 .Xorus llrrn'tnhis in tohi mjfonr hnt»>h<il n r. (Idem, pag. 387, lin. l.ï <-l
« tam?... Si, négligent comme je le suis, je garde I m,- \ w.\
« avec moins de zèle le dépôt qui m'est confié, dépôt
« que le Christ Nôtre-Seigneur a racheté de son plus
« précieux sang.... Si, je dois porter et conserver
« longtemps dans des vases d'argile ce sang répandu
« sur la croix, comment ne pas s'effrayer 1 »
Ensuite; disent les annalistes, la sollicitude de Segaï.on pour sa propre conscience et pour celle d'autrui, l une et l'autre ne lui étaient pas assez connues), lui faisaient entrevoir un abîme fabyssus) sans fond et une nuit ténébreuse (nox lencbromj, pour les garder l'une et l'autre dans la pratique du bien.... «Si quelqu'un, s'écriait-il, demande ce « que j'ai fait de mon frère, pourrai -je répondre « comme Caïn, qu'il n'est pas sous ma garde ?.... « Ne devra i-je pas plutôt m'écrier avec le psalmiste : « Msi dominus cuslodierit ckitatem , frustrd rigilat « qui cwttodit eam 3 ? »
Tout en exprimant ces plaintes, Segalon entra en fonctions dans un moment bien difficile ; il y avait bien des ruines à relever. Autant qu'il était en lui, il s'appliqua à réparer les torts de la guerre et les ravages des eaux, il ne négligea rien pour faire revivre dans le monastère la discipline et la régularité primitives qui s'étaient légèrement attiédies depuis la dispersion de la communauté. D'ailleurs, ce saint
1 Si sunijuinem in entre effusion, a me in vatix firtilibus essel servnndum, et s.rpe parla ml uni quid non rspnveseerem ?.... — Ilist. Clar., 1 pag 388.
1 Ilist. Clar., 1 pag. 388.
i:ur» |:VM Prélat n'ordonnait jamais rien, qu'il ne pnVhnt luimême (l'exemple. Se Taisant lout à tous, il était toujours le premier à appliquer rigoureusement la règle et à faire des bonnes œuvres. Il avait tant d'inclinalion pour la pauvreté religieuse, que sans la per- . mission du supérieur général le 1\ Mathieu, 29" Ahl)é de Clairvaux, il refusa d'accepter le don de (îO cuillers en argent, offertes à la communauté pour l'usage du réfectoire, par Jean Cornet, l'un des attachés à la maisui. Cette donation fut néanmoins régulièrement autorisée en 1321 ; nous donnons le titre aux pièces justificatives ].
Voici quelques autres documents qui se rapportent à l'administration de cet Abbé :
1320, 17 février. — « Commission donnée à Dro- « G on , de la Charité, Archidiacre de l'église de « Soissons, clerc, et à Frard, d'Alement, conseiller « du Uni, pour faire information dans le procès (fut « était entre le Comte de Flandre et la Comtesse « d'Artois au sujet de la garde de l'Abbaye de Clair- « marais *. »
1321, 1 1 janvier. — « Arrêt qui nomme Dreux, « de la Charité, Chanoine de Laon, Jean, de Hoye, « Chanoine de Senlis, et Vincent, du Château, com- « missaircs, pour informer en l'instance qu'il y avait « entre la Comtesse d'Artois et le Comte de Flandre,
1 llist. mM Claromniïsci, tom. I, pas. 71. — Voyoz co litiv, tom. I, p;ig. 377.
! InN.-nlniiv i\ Artois, tom. Vf. pas :îR1.
« au sujet de la garde et de la justice du cloître et — « de la maison de Clairmarais l. »
1321, 21 mai. — a Arrêt rendu entre la Comtesse « d'Artois et le Comte de Flandre, pour la justice de « Clairmarais, de Blaringhcm et de la rivière qui va « de d'avelines à Saint-Omcr, que chacun d eux « prétendait. Lequel arrêt met la chose contentieusc « à la main du Roi 3. »
1323, 29 mars. — « Commission d'A.\DHÉ , de « Charole, chevalier du Roi, Bailli d'Amiens, pour « l'exécution d'un arrêt au Parlement v inséré, rendu « à Paris le 10 décembre 1323, entre la Comtesse « d'Artois et le Comte de Flandre, lequel arrêt or- « donne le rétablissement des exploits de justice << faits par les Baillis de Cassel et Bourbourg, à Bla- « ringhem, en l'Abbaye de Clairmarais et sur la « rivière d'Aa :i. »
1323, 16 avril. — « Arrêt qui ordonne que la « Comtesse d'Artois, fera ajourner les héritiers de « Robert, Comte de Flandre, pour reprendre le « procès entre ledit Comte et la Comtesse l. »
1323, 7 mai. — << Mandement du Roi au Bailli « d'Amiens, de l'aire ajourner au Parlement à la « requête de Robert, de Flandre, chevalier, la Com- « tesse d'Artois qui au préjudice du procès qui était « entre les parties, avait fait arrêter dans l'Abbaye
' Idem, pas. 103.
' l<1emf tom. VI, psi-. Dit.'.
J Idem, tom. VII, po$». 2.
i Ikm loin. VII, p:ig (j.
1310 — 1323 « de Clairmarais Philippe, de Love/. Capelle, et Jean « Clou l. »
Celte commission a été exécutée le 18 juillet par le Bailli d'Amiens, et le 1 1 septembre par le seigneur du Hoi. — Compte-rendu de l'exécution a été fait le 12 novembre.
1323. — « Etat des pièces envoyées par la Com- « tesse d'Artois, pour le procès »
On voit par ces débats l'importance qu'avaient alors ces questions de juridiction.
Segalon, administra pendant 7 ans, I mois et 22 jours; le dernier jour de son gouvernement, il se rendait au chapitre général à Clairvaux, lorsqu'il tomba malade en route et mourut subitement sur le mont des Anglais fin monte Anglonun)
Le 17 septembre 1323, son corps lut rapporté à Clairvaux où il fut inhumé dans le chapitre, tout, près de la place du sous-prieur. Son tombeau passait pour celui d'un saint. Voici à cet égard l'opinion de Dom. Guislain-Campion , qui témoin auriculaire raconte, d'après une tradition non interrompue, ce qu'il a entendu dire lui-même pendant son séjour dans la maison-mère, en 16o2 f.
« Les moines de Clairvaux m'ont assuré, dit-il, « avoir vu plusieurs fois une resplendissante lumière « au-dessus de la tombe du bienheureux Seuammî. »
1 Idem, pag. 8.
■ Inventaire d'Artois, pag. 33.
3 llist. m ' C!ar., 1 pair. 389.
• llist. nr* Clar., a UerUno de \'i<*wy, tum I, pi«3' 39.' , lin. 1 el se j.
Henriquez quia pris également des informations i:iiij — i:v.!;i sur ce fait, alïirme avoir appris la même chose de la bouche de ceux, qui en avaient été les témoins lorsque le corps du Bienheureux lut élevé de terre, pour être exposé à la vénération publique l.
Henriquez, d'ailleurs, s'exprime ainsi en parlant du 21' Abbé de Clairmarais : — « Le Bienheureux « Segalon était d'une vertu et d'une sainteté admi- « rable; après avoir gouverné son troupeau avec une « extrême habileté et une grande et pieuse prudence, « il fut enseveli à Clairvaux, Quievîl *. »
On lit également dans le catalogue ordinaire de l'Abbaye, Segalon, moine d'Ourscamps, fut élevé à la dignité abbatiale de Clairmarais, le jour même de la retraite d'HENRi, en présence de l'Abbé de CJai rvaux.
A sa mort sou église resta veuve pendant trois semaines. C'est tout ce qu'on sait sur ce saint Abbé, dont les guerres continuelles ont empêché, sans doute, de retracer la biographie avec de plus amples détails a.
On n'a conservé qu'un seul nom parmi les moines
1 Idem, idem. — t'tfir.vvtl!-' isrs me ilirmuit plu, -es, viitisse sft'-n- (livsimum lumen, in toro sepullur.r heuti Si./ ilonis. qnod prodiijium xemiliter leslutnr Henriquez, cl <!■• hujus ni vritole inquirelmlur tum le m/taris »b iis qui l i'in riderunt, ut conséquent')- corpus ejus c terni ekvurclur cl rultui publico rjponcnlur. — (llist. m" C.lar., 1 pag. 392).
! Henriquez. — llist Qar., 1 pag. 392.
1 Monum^nt'i sut) II, Sei/nlouc firè nutl/i sunl, liorum thfcclus arquunl lemuoru fuisse t» fJi'vs". (llist. m" C-lur. , 1 ]Ktg W:?;.
1310 — 1323 contemporains de Segalon, c'est celui de Eustacue
WaTIERSART.
On a généralement attribué à Se<;au>\, on ne sait sur quel fondement, les armoiries de l'Abbaye d'Ourscamps 1 qui sont : trois chevrons en or tortillés sur champ de gueules, avec la devise :
Ipsa sibi merccs cirtus