Dom. Charles Martel, retrace ainsi l'éloge (TAn
SELME DE RoiSIN :
« Scinditur inceitus bino in contrario prœsul
« Anselmls, rcgimen, prœdicat, horret, amat :
« Quid non pacis amor, tepidantia pectora cogis ?
c Vix data très annos, flectere, frœna potest »
On n'a conservé que trois noms parmi ceux des moines contemporains (TAnselme, ce sont :
Jean Paldincq. — Guillaume, de La Bassée. — Anselme, de Saint-Pol 2.
L'écu d'ANSELME de Roisin était comme celui de sa famille, de trois bandes d'argent posées diagonalement de droite à gauche, sur fond de gueules : il y avait ajouté pour lui personnellement cette devise :
Pars mea Deus.
L'ancienne et noble famille de Roisin n'est pas éteinte ; ce nom est encore porté avec honneur et distinction : nous avons connu il y a quelques années, en 1840, dans un voyage en Hollande et en Allemagne, M. le général-major baron de Roisin, longtemps au service de S. M. Néerlandaise, dont nous ne saurions oublier l'obligeance excessive et l'urbanité parfaite à notre égard, alors que fixé dans l'une des plus jolies villes de la Prusse rhénane, à Bonn, dont avec une courtoisie parfaite et une grâce charmante il a
1 Idem, idem.
* Voy. Dict. de Moreri et Bertin de Vissery, pag. 365, tom. I.
bien voulu nous faire les honneurs, il jouissait noble- 1290—1293 ment d'un repos légitimement acquis par les plus honorables services....
Le général baron de Roisin, enlevé depuis peu d'années à ses nombreux amis, avait épousé Mlle de Bal* val, de Lille, il a laissé un fils le baron Ferdinand de Roisin, écrivain distingué, membre d'un grand nombre de compagnies savantes, que la Société des Antiquaires de la Morinie se félicite de compter dans ses rangs, et dont nous avons eu a apprécier l'inépuisable et cordiale bienveillance.... Il s'est allié depuis peu d'années à une des familles les plus illustres de la Belgique, où suivant les traces de ses aïeux, il continue à faire le plus noble usage de son esprit et de sa fortune. Nul mieux que lui ne sait mettre en pratique ce vieil axiome du gentilhomme : Noblesse oblige....
LES ABBES DE CLA1RMAKAIS.
RENIER, DE MARQUETTE, 18e Abbé.
AMititiu: 1295
SOMMAIRE
Entrée de Renier au monastère. — Ses dispositions pour l'étude. — Ses progrès. — Il est envoyé chez les Bernardins, à Paris. — 11 devient orateur et très instruit dans l'Lcrilure Sainte.— - Son retour.
— On remarque le changement opéré en lui. — Tous les regards se portent sur lui, lors de la démission d'ÀNSELME. — Il est élu à sa place. — Son humilité. — Peu à près forcé de renoncer à l'étude, il donne sa démission au bout de deux ans environ. — (1294). La famille de Reninghes avait commencé un chemin nuisible aux religieux. Jacques obtient l'abandon des travaux. — Quittance de 400 livres donnée par l'Abbaye, au receveur du Comte d'Artois.
— (1295). Pierre d'Ostrevil, renonco à un droit de propriété, on faveur du monastère. — Jean, de Vaudringhem, et sa femme, échangent 20 mesures de bois, au Dois Boulry, du consentement du seigneur. — Yidimus de cet acte, donné par l'officialilé do Thérou. anne.— Renier songe à se retirer.— Il abdique le 16 septembre 1295.— On ignore la date de sa mort et sa sépulture.— Son éloge
en vers. — Moines contemporains. — Ses armoiries, sa devise.
A peine Renier, de Marquette, eut-il pris l'habit monastique dans le monastère de Clairmarais, que
1293—1295 fidèle à la vocation qui l'y avait appelé, il montra la plus grande inclination pour l'étude. Il s'y appliquait avec tant d'assiduité qu'il s'empressait toujours d'y consacrer tous les instants qui n'étaient point rigoureusement absorbés par les devoirs religieux Aussi
fit-il en peu de temps des progrès si remarquables qu'il était cité, même, parmi ceux qui enseignaient aux autres ]. Ses supérieurs ne tardèrent pas à reconnaître en lui d'heureuses dispositions pour l'avenir; dans cette pensée, Renier fut envoyé à Paris, chez les Pères Bernardins, pour y faire fructifier le talent qui lui avait été confié 8. Et les prévisions qu'on avait conçu de lui ne tardèrent pas à se réaliser ; l'attente des supérieurs ne fut pas vaine, Renier devint bientôt un orateur facile et distingué, il fut un habile lecteur pour l'Écriture Sainte.... A son retour au monastère on put aisément constater les progrès qu'il avait faist. Aussi tous les regards se fixèrent sur lui, lorsqu'il fallut donner un successeur à D. Anselme de Roisin, qui venait de se retirer.... Il fut élu à l'unanimité des suffrages. ... Lui seul par son humilité semblait protester contre l'élévation dont il venait d'être l'objet, tant il redoutait la haute
1 limer us de Marketla.
* Prœbens se maynx ex perla tionis virum.... Superiores suos perdu.ril ni eo spe milita fulti, mm miserunl apud liamabitas Parisienses ail in lalento sibi ctrdito laborandum.... Sec frvstrali siait expectatione sud.... Sam eodem cotlegio orator facundus, lector que eximius in sarrd pnijind extitit.... Sic veto lalentum sibi rredilum cum luero reportans, omnium oculos calculas ipie convertit ad euin. — (Ilist. m" Clar., 1 pn*. 370, lin. 9).
mission qui lui était imposée l. En peu de temps, se 1293 — 1295 voyant forcé de renoncer à ses études ordinaires pour accomplir son devoir pastoral, il ne tarda pas à comprendre qu'il lui convenait mieux d'imiter l'exemple de son prédécesseur et de donner, à son tour, sa démission * ; à peine exerça-t-il pendant deux ans les fonctions Abbatiales, aussi reste-t-il bien peu de monuments relatifs à son administration.
En ce qui la concerne les annalistes se bornent à rappeler les faits suivants :
En 1294, la famille de Reninghes, avait entrepris contrairement à l'inlérèt des moines, un chemin sur le terrain provenant de la générosité de Théobald Pil, ancien religieux; Renier, de Marquette, obtint de Jacques, de Reninghes, et de ses hommes, des lettres qui autorisaient la suspension définitive des travaux commencés 3.
Rainald, de Barlette, chevalier, gardien et receveur de toutes les terres du Comte d'Artois4, reconnut avoir reçu de l'Abbé 400 livres parists, pour des droits qu'il devait au Prince 5.
1 In Abbatem clvjendum Election*, fnclri , sua personne iania
elnxil humUilns , ul non, nisi invilus, sarcinam hune indueril. — (Hist. m" Clar , 1 pag. 371).
1 Verum mm pastoral! cura intentus, et a studio ordinario nimium distractus, ilasopuit illionus impositwn, ut vue adeplum cogitaient illud dimitterc. — (Hist. Clar., 1 pag. 361).
* Ilist. Clar., \ pag. 371.
* Ac custos et moderalor totius terrx Comilis Arthesiani.... Recognovit récépissé a D. Renero 400 libras parisienses, ad quam solutionem tenebamur prxdiclo comiti faciendam pro exactionibus. — (Ilist. m" Clar., tom. pag. 371).
* Hist. m" Clar., 1 pag. 371.
Le marc d'argent valait alors environ 3 livres. (Leblanc).
1-293— Pierre, d'Ostrevil, chevalier, à la suite d'une contestation, renonça à son droit de propriété sur 30 mesures de terre achetées par la communauté, à Hugues, de Aucoich, seigneur de Hergny l.
La même année, Jean, de Yaudringhem, chevalier, et Agnès, sa femme, échangèrent avec Renier, 20 mesures de bois, situées au Bois Bon ter y (nemus Boutcry), près du bois de Beaumont, pour le prix de neuf livres de revenu annuel, qui avait été donné par Buissard, de Reninghes, père d'AcNÈs, à prendre sur le droit de forage de Saint-Omer (super for agio Sli Audomuri), ce qui eut lieu du consentement d'E'NENNE, de Yaudringhem, chevalier, et de Jean, son frère, qui prièrent sire ELENARD, chevalier, seigneur de Seninghem, d'y consentir, ce qui eut lieu dans un acte public, portant le scel d'ÀNSELME et celui de tous les assistants, (au mois de septembre, le lendemain de la fête de Saint-Rémy, 1298).
L'officialité de Thérouanne contenait à cet égard un vidimus, délivré le 2 février 3.
Mais pendant ce temps, Dom. Renier, malgré la sagesse qui présidait à son administration songeait à abdiquer les pénibles et périlleux honneurs de la prélature, pour rentrer dans l'obscurité d'une simple cellule, et il ne tarda pas à exécuter son projet en déposant humblement, dit-on, sa démission entre les mains de l'Abbé de Clairvaux, à son retour du chapitre général. Ce qui est plus certain, c'est qu'il
« Hist. m" Clar., pag. 371 et 372.
» Idem, idem, pag. 372.
gouverna sagement sou monastère deux ans seule- 1-293—1» ment environ, depuis son admission à la licence en théologie, et que ce fut sur ses vives instances qu'il fut autorisé à descendre du fauteuil abbatial 1 . Renier se retira le 17 septembre 1295 : la vacance du siège dura jusqu'au 20 octobre suivant ?.
On ne connaît ni l'année ni le jour de sa mort, on ignore également le lieu de la sépulture 3 de ce Prélat, sous l'administration duquel Ruffin, 29° Abbé de Citeaux, décida dans un chapitre général de son ordre que l'on célébrerait la fête de Saint-Bernard avec octave 4.
Voici ce que dit Dom. Charles Martel, du 18° Abbé de Clairmarais, qu'un manuscrit contemporain nous représente comme plein de vertu et de noblesse \ il dit de Dom. Renier.
c Prœfkitur, turba fratrum plaudente, Renerus, % Sacram que illustrât doctor in arte domum. « Scilicet hic clarus, rcrum fandi que peritus, « Non tamen Anselmi tempora curta (sic) régit6. »
Le nombre des moines de cette époque dont le nom s'est conservé est de cinq ; ce sont : Renier (Renerm), de Seallon. — Jacques, de Lille. — Xicolaus, de Lens. — Henri Forres. — Guillaume, de Bailleul.
1 Hist. Clar., 1 pag. 372. — M" ex ordinario Domus. 1 Idem, idem.
3 Idem, idem.
* Gall. Christ., P 1063, tom. VI.
■ Hist. m»* Clar., a Bert. de Vissery, tom. 1. pag. 373. 8 Volligitur D. Renerum fuisse virum omni virlulum génère illustrent.... etc. — (Hist. m" Clar., pag. 363).
1293—1295 Remeh portait dans les armes qui lui sont attribuées (attribut a Renero) deux palmes adossées sur un fond qui semble être d'azur, autant qu'on peut en juger par un mauvais dessin qui les reproduit. — Il avait pour devise :
Ut palma florcbit 1
1 Hist. m" Clar , pag. 350 et 353, a Bcrtino de Vissery, 1748.
LES ABBES DE CLAIRMARAIS
PIERRE 1", DE DIVION », 19' Abbê. ww-msw
Visite de Jean, de Sancy, Abbé de Clairvaux à Clairmarais. — Il recommande Pikhre, de Divion, qui est nommé, en 1:295, et administre 6 ans et 7 jours. — Détails sur ce gouvernement. —
^Archives alors bien tenues. — Les bienfaiteurs y déposaient leurs litres pour qu'ils fussent plus en sûreté.— On en voit plusieurs venir les réclamer. — (1296). Gilbert, seigneur de Peeno, envoie au monastère demander des cbartes.— L'Abbessc de Wœstine confie ses chaires au gardien de Clairmarais en présence de témoins. — (1297). Nouvelle preuve qu'on confiait également aux Abbayes, des objets précieux pour les soustrairo aux ennemis. — Charte de l'Abbcssc de Wœstine. — Autres exemples de dépôt des chartes
dans les monastères, en 1277 et 1289.— Reconnaissante de l'Abbé
' De DmoNE.ee mot pourrait, peut-être, laisser croire avec quelque fondement, que Pierre, 19* Abbé de Clairmarais. était né à Dijon, capitale de la Bourgogne, et qu'il aurait pris le nom de sa ville natale. Cette idée a été émise par Berlin de Vissery. Nous avons préféré la version qui fait descendre ce Prélat de la noble famille artésienne de Divion, dont on lui a attribué les armoiries.
Drp«ili«n : 1301
SOMMA1IŒ :
1-205 — 1301 d'Hasnon, sur 10 mesures de terres données. — (1298). Échange consenti avec Mathieu, de Fiennes. — Hobert. d'Artois, reçoit à Hesdin, le Roi et la Heine de France. — Pèche dans le vivier de ht Camklle, à Hihoult, on rompt les digues. — Lettres de non préjudice accordées aux religieux de Clairmaiais.— 1299, février. Fondation de la Chartreuse de Sainte-AIdegonde. — Conventions passées à l'occasion de cette fondation. — Mode d'arbitrage. — Chapitre général des Chartreux (1300). — Pierre , ne répond pas à la confiance qu'il avait fait naître. — Il est déposé (1301,. — Vers à son sujet. — Religieux contemporain». — L'écu de ses armes. — Sa devise
Jean III, de Sdncy (de Sanciaco), 26e Abbé de Clairvaux lors de sa visite à Clairmarais, en 1295, trouva l'Abbaye vacante par suite de la démission récente de Renier, de Marquette, et aussitôt entré au ebapitre, la veille de la fête de Saint-Thomas, apôtre, il entretint la communauté de l'élection d'un nouvel Abbé, et lui proposa Pierre, de Divion, cellerier \ de Clairvaux, qui à l'heure même obtint tous les suffrages à la recommandation du supérieur général3, 1295.
1 Manuscrit inédit de Clairmarais, tom. I, pag. 371.
M. d'Arbois de Jubainville dans son excellent ouvrage sur les Abbayes Cisterciennes, appelle le 26e Abbé de Clairvaux, Jean, de Saxcy, au lieu de Sttiuy ou Stuicinco, indiqué par Dcrtin de Vissery, (pag 183, Gall. Christ., Jubainville). — Jean, frère de Thibaut (1291-1312), fut élevé du siège abbatial de Barbeaux à celui de Clairvaux, où il mourut.
2 Le cellerier, avons nous dit, était d'uno manière générale sous l'autorité de l'Abbé chargé de l'administration financière do l'Abbaye dont le sous-prieur avait aussi le second ordre, la direction spirituelle. Dans les grandes Abbayes il y avait un sous cellerier, à Clairvaux il y en avait deux et beaucoup d'autres officiers subalternes qui dépendaient d'eux. (D'Arbois de Jubainville, pag. 227 228).
1 Etudes sur les Abbayes Cisterciennes.
Pierre, administra le monastère pendant 6 ans et 7 1*295— noi jours, sur lesquels on a pu recueillir quelques renseignements, grâces aux archives qui alors déjà commençaient à être assez régulièrement tenues. A cette époque lesehartes étaient confiéesàla garde d'un religieux spécialement chargé de veiller, non seulement sur celles de la communauté, mais sur celles encore d'un grand nombre de bienfaiteurs, qui venaient y déposer leurs titres, parce qu'ils les croyaient plus en sûreté et mieux gardés que dans leurs familles. Cette circonstance explique pourquoi nous avons vu plusieurs fois divers personnages réclamer à l'Abbaye les chartes qui les concernaient, soit pour les reprendre, soil pour en avoir communication l. En voici quelques exemples.
En 1296, Gilbert, seigneur de Peene, chevalier, envoya Jean Noelete. demander quelques chartes dont il avait fait le dépôt ; il ajoutait que la lettre servirait de garantie pour la délivrance du titre réclamé 2.
Une autre preuve de cet usage se puise dans les archives des religieuses de Wrestine. .. . On y lisait autrefois la pièce suivante textuellement conservée dans un manuscrit ancien 3. Elle ne laisse aucun doute sur la manière dont on déposait régulièrement
1 llist. m" Clnr.. pag. 374, tom. I.
' llist Clnr . 1 png. 375.
3 llist m" Clar., a Bcrtino do Vissery, 1 pag. 375. « Sequilur alia probatio ex archivo moninlium de Wtrsliiie. •> (Idem, idem).
i >«j5 — 1301 les chartes à cette époque ; fait que nous n'avions pas encore authcntiquemcnt constaté:
« Nos Soror X tina dicta Abbalissa de Wœstina, « lotus que ejus loci conventus, no mi ne nostro et « ecclcsiw, tradidimus.... Fr.Willelmo de Poperin- « ghem Custodi Cartarum de Claromarisco, carias m nostras VII cl 17//, custodiendas in dictd domo « eu m car lis suis, in presentid cencrabilis patris « pet ri Dai Abbalis dicti loci et in presentid nonni 1 « sic), Pétri de Seninyhem, nonni, Jois de Maldin- « ghem et fris Willelmi ante dicti, anno domini 1297, « Dominied qud cantatur Iwlarc, Jérusalem 3. »
Le chroniqueur de l'Abbaye, D. Bertin de Vissery, nous fournit encore un exemple qui prouve que le monastère ne recevait pas seulement des chartes en en dépôt ; mais qu'on confiait même à ses archives des objets précieux pour les soustraire aux profanations ou aux invasions ennemies3.
Vroici le texte même qu'il reproduit : «Eodem anno « 1297. . . . Univcrsispresenles lif teras inspeeluris. . . . « Nos Soror X tina dicta Abbalissa de Wœstina « totus que ejus dem loci conventus, ordinis Cister- « ciencis Morinorum diœcesis salutem, in omnium « salut art, . . Noveril nniversitasvestra, nosrecepisse « quoddam scrinium a viris religiosis Abbale et « conventu de Claromarisco, in quo qui dem scrinio
1 .\onni signifie probablement religieux, comme en vieux français, on disait nonne ou nonnnin.
* Aliud ('-rcmplium, allerius rei apud nos deposilx. — (Hist.Clar., 1 par>. 375).
« deposite erant reliquiœ domtis nostre prefate.... 1295— 1 301
« Cum illuddatum religiosiin deposito habuerint. . . .
« Quod quidem scrinium pênes dictos religiosos de-
« posueramus tempore guerrarum (sic), ipsarum
« timoré et violcn tid compulse .pariter et angitstiis,
« quod omnibus quorum intercst notum fiât....
« ln eu jus rei testimonium, présentes lit feras dictis
« religiosis tradidimus, sigilli nostri munimine ro-
« boratas, datum anno Domini 4291 Dominicd quœ
« cantatur lœtare Jérusalem 1.»
Nous avons vu encore précédemment quelques exemples semblables, ainsi en 1277, la veille de Sainte-Madeleine, on se souvient que Buissard, de Reninghes, avait envoyé Agilon à Ar.xould, de Vil— lers, pour lui redemander la charte du Châtelain de Saint-Omer, laquelle avait été déposée, à sa prière, dans le chartrier Abbatial 3. En 1289, le même seigneur avait également mandé le même serviteur pour solliciter la pièce dans laquelle il était fait mention d'une partie de terre appartenant ùChrétien Dauske (mai 1289).
Cet usage peu connu du dépôt des chartes dans les monastères nous paraît maintenant bien établi, il semble assez intéressant pour n'être pas laissé dans l'oubli; c'est une preuve de plus de la confiance qu'inspiraient alors les communautés religieuses....
D'autres monuments nous apprennent en outre ce
1 Idem, idem, idem.
* Hist. m"Clnr., 1 pog. 376.
i-295—1301 qui suit, concernant l'administration de Pierre, de Divion.
Au mois de février 1297, Odon, Abbé de Saint- Pierre d'Hasnon, accordait à Pierre, de Clairmarais, la libre jouissance de ces 10 mesures de terre qui avaient été données par Thëobald Pil, de Reninghes, et dont on a parlé plus baut Le Bailli avait prétendu que cette autorisation de l'Abbé d'Hasnon était nécessaire parce que Clairmarais était tenu à une redevance annuelle envers Hasnon
Le même mois, Martin, de Bryasset, Comte de Maninghem, donne 100 livres parisis ~, pour être admis à participer aux prières de l'Abbaye 1297).
L'année suivante, Mathieu, de Fiennes, consentait un échange de diverses parties de terre, échange qui fut ratifié à Arras, par Robert, Comte d'Artois \ et par Pierre, de Divion 1298).
Peu après, Guy, de Dampierre, donnait dans son testament les fonds nécessaires à l'acquisition d'une rente et pour faire son obit 4.
A cette époque, Robert, d'Artois, se disposait à recevoir dans la ville d'Hesdin, le Roi de France, Philippe le Bel, et son auguste compagne, Jeanne, de Navarre, Comtesse de Brie ; un festin splendide se préparait et à cette occasion les gens du Comte
a Uni ma fecil pr.rlitlum Cmnbium Hjbrrlus Cornes Arlisisr. Airebâti, frriti .i* post frslum S^-L'iumitii.— (Ilist. m" Clar. pag. 377). 1 J3 aofit. - Inventaire de Flandre et d'Artois, n° 3835.
avaient rompu toutes les (ligues du vivier de la Can- 1295—1301 délie, appartenant à l'Abbaye, dans le bois de Riboult: le Prince et la Comtesse s'empressèrent de déclarer par des lettres datées du 29 novembre, le jeudi avant la féte de Saint-André, qu'ils entendaient qu'il ne fût porté aucun préjudice aux abbés et couvent de Clairmarais. Nous donnons ces lettres aux pièces justificatives l.
C'était le moment de la fondation de la Chartreuse de Longuenesse, dans la vallée de Sainte-Aldegonde, près de Saint-Omer, la cérémonie se fit avec pompe du consentement et en la présence du fondateur Jean, de Sainte-AIdegonde, seigneur de Noircarme (dynasta de Noircarme) , accompagné des religieux de Saint-Bertin et de leur chef, ainsi que du chapitre de Saint-Omer, de tout le clergé de la ville et des faubourgs ou des environs 2, (février 1299). Au mois de mars suivant, le prieur et la nouvelle communauté s'empressèrent de déclarer [notum fecerunt) qu'ils s'engageaient à ne jamais porter préjudice à qui que ce soit, ajoutant que si jamais il s'élevait à leur égard la moindre difficulté, ils s'engageaient à soumettre immédiatement la cause à l'arbitrage officieux des prieurs de Clairmarais, de Saint-Bertin, aux doyens de Watten et de Saint-Omer, assistés du prieur de la Chartreuse 3.
1 Piètes justificatives, tom. I ,pag. "3. — Archives d'Artois, tcm. 11. — M" de Bertin de Vissery, pag. 377. * ilist. m" Clar., 1 pag. 378 3 Ilist. m" Clar., 1 pag. 378.
1295—1301 Peu après un chapitre général de l'ordre ratifiait cette convention 1 (1300 .
Cela ce passait sous le gouvernement de Pierre, de Divion, qui pourtant, il faut bien le dire, fut loin de répondre à l'attente qu'on avait conçue de lui ; soit qu'il ne fût pas parfaitement connu de l'Abbé de Clairvaux, qui avait proposé et assuré sa nomination, soit, ajoute le religieux annaliste, Berlin de Vissery, soit que les honneurs aient modifié ses mœurs ou relâché la discipline [sivè quia forte honores muta vert nt mores, aut diseiplitiam relaxaverint), soit pour toute autre cause grave, ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on se vit forcé de le déposer, le 13 novembre 1301, après six ans d'exercice abbatial, au bout desquels il laissa bien peu de regrets si on en juge par les vers suivants consacrés à sa mémoire a.
« Donato Petrus defungi munerc tentât, « Impiger, at modica dexteritato prœest. « Non bene directis cœtus succenset babenis, « Munuset ablatum, dignior alter habet ». »
On ignore le lieu de sa sépulture et le jour de sa mort.
1 Idem, idem,
* Amollis fuit a reijimiue die l.'i novembris I30t,posl (juam Html se.rnnnos tenuisse!.—{l\ist. Clar., ] p.378).— (Gall. Christ.— Dutcms).
» Dom. Charles Martel. — Berlin de Vissery, pag. 379.
On lisait de Pierre, de Divion, dans le manuscrit ordinaire de l'Abbaye : « Substitutifs est ann. Dom. / 2.9.5, in vigilid Sll-Thom.t << aposloli. per Dominum Clurevullensem, Dominas petrus de Diviona «■ tum\ lemi>orisy médius Cellerarius Clerevntlensis. qui rexil domum « islam per G on nos. » — (Hist. m" Clar., pag. 379).
On remarquera que ce distique peu laudatir ne parle pourtant pas de sa déposition.
On trouve parmi les moines ses contemporains : 1595—1301 1). Étienne, ancien Abbé de Longvilliers [deLongo Villarî . — D. Robert, de Kellemes Quelmes). — D. Jean, de Fontaine ou de Fontes [de Fontibus , procureur [procurator]. — T). Gérard, de Lille [Inmlensis). — Jean Pinte. — Jean Fouquier, novice novicius], — Adam, de Beaumont. — Pierre, de Hautbourdin. — Jean Berquin.— Wimann [Yimannus). — Gilles, de Dixmude [de Dixmudd). — Philippe, de Dixmude [de Dixmudd).
On a attribué à Pierre, de Divion, un écu d or avec trois bandes de sable posées diagonalement de droite à gauche. Il avait pris pour devise :
Adjutore Deo....
Mais son administration et sa fin semblent avoir
assez mal justifié ces paroles S'il invoquait l'aide
du Tout-Puissant, à coup sûr, sa prière n'a pas toujours été exaucée.... Nouvel exemple de la faillibilité humaine !!!... Elle se retrouve partout... Elle est de tous les lieux, de toutes les situations... Elle fut de tous les temps I...
LES ABBÉS DE CLAIBMARÀIS
H EN Kl, D'Y PRES, Mc Abbé.] .^.«cisoi
(1301-13161. W««i..:i3i6 SOMMAIRE:
Hknri, d'Yprcs, origine de son nom. — 11 est simple profès au monastère.— Son élection à la dignité Abbatiale. — Ses heureuses dispositions. — Améliorations obtenues par lui. — (1301). Donation de 20 sols pttrisis à prendre à Saint-Nicolas. — Donation do 6 mesures dans le bois de Loos. — (1301, 20 mars). Guerres. — Les Flamands envahissent l'Artois. — Itencontre à Arques avec les Français. — Lutte terrible, 12,000 Flamands perdent la vie. — (1304, novembre). Ratification des donations faites par les membres de la famille de Remnghes. — Exemption de toute redevance sur 20 mesures au bois Roulry. — Agnès, de Vaudringhem.se reconnait débitrice de 36 sols pnrixis. — Les hostilités continuent. — On ne songe plus à écrire les évèments jusqu'en 1307. — Vitasse, de Conflans, avoué de Thérouanne, reconnaît le droit de justice sur Maninghem. — (1307). Espoir de calme. — L'Abbé reprend les travaux de l'église. — On prépare la charpente pour les toitu^res du chœur et du transsept. — (1308). Donations qui facilitent les travaux. — Le chœur est recouvert. — (1309). Discussion jugée à Classel au sujet du marché de Renescure. — Transaction. — (1311). Incident déplorable. — Difficultés intestines. — Graves
1301 — 13|li embarras. — Révolte îles convers de Thosan, près de Bruges, contre l'Abbé. — Mort violente d'un religieux. — On avise. — Réimion générale île tous les Abbés et des prieurs de l'ordre. — Tous les frères dispersés au -dehors, dans les ynmyes, sont rappelés dans l'intérieur. — Leur opposition, leur fureur, ils disparaissent peu à peu. — Arrangement intervenu avec les représentants de la ville de Saint-Omer. au sujet du droit de pèche dans la Moere. — (1313). La guerre <e rallume. — 1 1 k s h i . suspend les travaux du clocheton de son église - Les pertes s'accroissent. — Obligation de disperser les religieux. — La misère augmente depuis le renvoi des frères convers. — L'Abbé est obligé d'affermer des mises à des prix très bas. — Exemples. — Prix de diverses locations de terre. — Leur situation. — Minimité des redevances.— Malheurs essuyés par l'Abbaye. — 1316). Inondations. — Nullité des récoltes.— On craint la famine en France. — Hkmu, lutte contre l'adversité, il répare les pertes, et rappelle ses frères dispersés.
Il est fatigué de la prélature et se démet au bout de 15 années d'administration, entre les mains de l'Abbé de Clairvaux. — Religieux contemporains. — Son éloge.
Henri, surnommé d'Ypres, à cause du lieu de sa naissance (sic dictus a natali soin), religieux proies du monastère de Clairmarais, tut élevé unanimement à la prélature, le 10e jour qui suivit la déposition de Pierre, de Divion, c'est-à-dire le 23 novembre 1301 ; il devint ainsi le 20e Abbé de cette communauté, dont il était auparavant le procureur (causidicus), et l aide du cellerier Henri avait toujours élé très prévenant envers ses frères, pendant l'exercice de ses premières fonctions, et lorsqu'il fut placé à leur tète, sa prévoyance, son amabilité à leur égard, loin de
« Socius cellemrii. (Ilist. Clar., 1 pag. 380). Le marc d'argent valait alors 4 livres 8 sols, le denier pnrisis était à 4 deniers 12 grains. «Leblanc .
s'affaiblir semblaient au contraire s accroître tou- !3oi — 1316 jours ; il aurait certainement obtenu les plus notables améliorations, si diverses circonstances les plus graves et indépendantes de sa volonté, n'étaient souvent venues entraver ses généreux efforts *. Pourtant et malgré tous les obstacles qu'il eut à traverser, ce Prélat put obtenir encore quelques avantages pour la communauté: aiusi, en 1301, Baudouin, seigneur de Saint-Nicolas, lui donne 20 sols parisis de rente, à prendre sur la terre de Saint-Nicolas: Jacques III, de Condète, 59" Abbé de Saint-Bertin , accorda son Vidimns à cet acte, en 1398 *.
La même année (1301;, le doyen de Furnes, W..., Prieur d'Onfroy-Capelle (de Ofridi-Capelld), déclare à I). Henri, que Hugues, tils de Theobald et Hela, son épouse, ont donné à la maison 6 mesures de terre, dans le bois de Loos (in Looz):\... Mais bientôt les documents nous manquent sur cette triste époque, les récits sont incomplets, à peine le digne Abbé de Clairmarais avait-il administré pendant un an que les agitationsrecommencent. Il venait de donner la sépulture dans son église à Catherine Lawart, inhumée selon son désir et celui de son époux dans la chapelle Saint-Jean-Baptistc l. — 20 mars 1301], lorsque la
1 Supputer reijimen tenuit f*'rr /J anais, disnrlr i>rori(lcm> umnibux necssilatibus donius sihi cm/i7.r, majora incrcou nia, rn d<itttrtts. nisidiversa oh /'iti.ssntt infortuniti. (Ili.st. Clar., 1 pag. 380).
« Ilist. m» Clar . 1 pag. 380.
1 Le bois do Beloo, Betlo, Beauloo ou Loo, on le sait, était ce 'pfon appelle aujourd'hui la foret d'Éperlecques et do Runiinghem.
4 Nous avons dit ailleurs que Simon Lawaht, bailli de Cassel '*t de Beigues, et C.u hehi.m:, *j femme, bienfaiteurs de l'Abbaye
l ao i — 1 3 1 G guerre, ceredoutableiléau des nations, en valut de nouveau le pays; les Flamands se ruèrent sur l'Artois y portant l'horreur et la dévastation ; arrivés dans le village d'Arqués, ils se trouvèrent en présence d'une armée française qui leur barrait le passage. Le choc tut terrible, resserrés dans un étroit espace (in angustd nid), de part et d'autre, acharnés à l'extrême, les combattants rougirent le sol du sang généreux des nombreuses victimes tombées sur le champ de bataille; là, disent les historiens \ douze mille enfants de la Flandre trouvèrent la mort. In qud cid dnodecim millia ex ipsis necati sunt s.
Pendant ces malheureux temps de troubles et d'agitations, la quatrième année du gouvernement (I'Uemu, et la veille de la Toussaint, Jacquemes, de Heninghes, seigneur de la Jumelle, lils de Jacques, ratifiait toutes les donations faites par ses devanciers, inhumés à Clairmarais. Quos dicit sepultos in Claromarisco.
Au mois de mai, Ma haut, Comtesse d'Artois et de / Bourgogne, Comtesse Palatine et dame de Salins, etc., exemptait de toute redevance (ab oinni exactionc), 20 mesures de terre du bois Boulry (de nemore Boutry), lesquelles avaient été achetées depuis 14 années de Jean, de Vaudringhcm, sous la réserve du droit seigneurial.
avaient fait construire la chapelle Saint-Jean-Baptiste. Simon, mourut nu mois de niai 1311, quarante ans après sa femme. — (llist m" Clar., 1 paR. 381).
1 Oudegherst. par: :>31 — l e P. Malbruncu.
:" li. du Vissery.
En même temps, Agnès, dame de Vaudringhem, îaoi— i:ur> se reconnaissait débitrice envers le monastère de 36 livres parisis, que la communauté lui avait avancées pour empêcher la péremption du droit réservé Elle promet de s'acquitter dans le courant d'un mois. Cet acte porte tous les sceaux respectifs (vum sigillis prœdictorum) 9.
On lit à cet égard dans l'inventaire de Codefroi, les lignes suivantes qui offrent quelques variantes :
1304, le Ier mai, la Comtesse Mahact, promet et accorde au couvent et Abbés de Clairmarais, de jouir à toujours de 20 mesures dans les bois de Bilment sic , qu'ils avaient acquises il y a 1 4 ans de M. Jean, de Warenghem, tenues du seigneur de Seuingliem, en payant 36 livres parisis à Jacques le Maisme, nommé par elle pour recevoir dans le comté d'Artois, tout ce qui pourrait être dû par les personnes non nobles et d'église, pour les acquisitions de liefs, arrière-fiefs, alleux et aux terres faites dans cette province a.
Mais les mauvais jours de la Flandre continuaient, les hostilités se ravivèrent sans cesse, pendant plusieurs années; au milieu de tant de graves évène-
1 (htos ante didœ Comitissx solveramus j>ro exemption? rmlucri... Promillit que e.nmdein summnn nobix sululuram. — (llist. Clar., 1 pag. 381).
* Hist. m" Clar. . pag. 282.
* Inventaire do Flandre et d'Artois, n° 83.
Le prix du marc d'argent valait en 1304, 6 livre* 5 sol> et 8 livres 10 sols, en 1305. -- En 1306, il était redescendu à 2 livres 15 sols G deniers -Leblanc
1 301 — 131G ments et de toutes les préoccupations qu'ils devaient naturellement entraîner, à peine trouvait-t-on le loisir de mentionner à la hâte, dans le Diarium de la communauté, les faits les plus saillants qui se passaient chaque jour. Jusqu'à l'année 1307, on ne trouve plus rien.... Puis alors, nous voyons que Vitasse, de Conflans, avoué de Thérouanne (advocatus TeruanmeJ reconnaît à l'Abbaye le droit de haute etbassejusticedansl'eneeinte de Maninghem \ avec la moitié de la moyenne juridiction sur la paroisse : Item mcdiœ partis toparr/uœ, mcdiœ potestatis juridicw '2, le seigneur se réservant toujours le droit de veiller à la sûreté publique et de rendre la justice jusques dans l'enceinte réservée aux moines 3.
Cette même année, où le calme commençait à renaître, semblait annoncer à Henri, une légère espérance de paix, il se hâta d'en profiter pour achever son église, dont les travaux interrompus depuis Simon, de Marquette, 13° Abbé, s'étaient arrêtés à la partie supérieure, il employa deux années à préparer les bois qui devaient servir à la charpente destinée à soutenir les toitures du chœur et celles de la nef transversale
» H Ut, Clar., 1 pna. :J82.
5 Ilist. m" Clar., 1 pag. 88?.
1 Idem, idem
1 Hoc eodnn f/tinn /.f07\ r/f.ji Ihiirinis nosler awficisS'l tjin-ihin prelmlin pa is, ri>nfitl> ns in ni, <■>•>■ h ns p'ieem propî in jniwi<, royil*il (te perfirinul c rh noslr •>'•, <;u;r n lempore Simonis (h- M'ii'faihr, Ahbdtis, <juo nil sitpcriorcm parlent inilinm h«hitrr<il • Vmie li'jn i (faibia Irrhnn ejnstlem nr!>'si;c chori eum brnriiiis sin.<, >lr., romponi jnbrl, mlornnl, et htiir ope ri per spnliinn Ouorvio ''nnuruni saluti intnuhï. — (llist. Clar . pa&. 3&>).
Une donation de il livres parim, fut laite en îaoi— 1 3 1 o 1308, par Jean Bec, de Fiefs, et par sa femme, in bona el forti monctd, dit un chroniqueur ; cette libéralité ajoutée à une autre de 40 sols de rente, provenant de Mabile (Mabila), à prendre sur 9 mesures de terre labourable, dans la paroisse de Notre-Dame de Cassel, vinrent à propos servir à l'exécution des travaux.... Le chœur était recouvert cette même année 1308 . Tegitur chorus Clarimarisci.
Peu après, l'Abbé venait de terminer devant les juges de Cassel, une contestation relative à un droit de marché et de forage (de thelonio cl for agio camd) dans la paroisse de Renescure, droit pour lequel les magistrats s'élevaient contre les prétentions de la communauté : l'affaire s'arrangea à l'amiable ainsi que le constate un vidimm, délivré par le magistrat de Saint-Omer l.
Mais deux ans après, une autre difficulté beaucoup plus grave s'élevait et donnait à Henri, d'Ypres, les plus sérieuses préoccupations.... Ce n'était plus cette fois la guerre du dehors qui agitait les esprits, son âme était émue par des hostilités d'une autre nature La guerre intestine désolait alors quelques
monastères de l'ordre de Citeaux, une étincelle partie de Thosan, près de Bruges, gagna promptement toutes les Flandres, portant partout la perturbation et le désordre.... Les frères convers de Thosan, on
' Sotis tulv'rsnntc rju^h iii loci t/iii hnin-n rruftint coii\nh>tu {»j lilko. — (Hist. m" Qui., 1 pag. 383).
1301—1310 ne sait pour quelle cause, setaient insurgés contre leur Abbé; l'un d'eux même s'oublianl jusqu'à la dernière limite, osa porter la main sur son supérieur et ne s'arrêta que lorsque il eut frappé mortellement l'un des plus anciens religieux de la maison
Aussitôt on dut aviser, tous les Abbés et les prieurs s'assemblèrent en chapitre général et il Fut décidé que conformément à ce qui se pratiquait pour les corporations religieuses* vêtues de noir (nigrorum monachorum), les frères qui, en très grand nombre, étaient dispersés dans les granges seraient rappelés dans l'intérieur du monastère pour s'y livrer aux travaux domestiques: mais cette mesure de prudence ne s'exécuta pas sans peine, elle amena des désordres ; tous les convers protestèrent contre celte gênante innovation, ils le firent d'abord avec une véhémence qui ressemblait passablement à la fureur, mais, avec le temps les esprits se radoucissant, peu à peu le nombre des récalcitrants finit bientôt par se réduire et par s'éteindre insensiblement 9.
1 Anno autem 1311, lienrici Abbalis (empare, aliul bellt genus cxurgil, bellum sciliat intestin uni, et damestieu discordia in ordine
iiostro Converti nostri rebelles fiunt per ttnicersam Flandriam
f/uod a nefando ecenlu initium sumpsit : ronversi Thosuni propè Urugas, insuryntrs atlversùs Abbalem suum, unus ex eis ex choient (sic). Vulneravil prxdictum proprium Abbalem, el unum ex senior ibus monachum ejusdem dotnus occidd....{iua re cotisa omnes Abbates et priores tutius Flandrix in unum congregati statuer uni.... Vl ad exemptum nigrorum monachorum omnes ordinis conversi qui trant in magna copia ad di versas grangias et villas d'putali .... rvocarenlur. (Pag. 383,.
- D'jrnvslici: turJum ibuljtn :j.\nUwr.j'\ti'; jccuyyandi.... Qvjd
Tel est sur ce grave incident de l'administration uoi— 1316 d Henri, d'Ypres, le récit de Dom. Guislain-Campion, nous le donnons ici, tel qu'il nous a été conservé par Bertin de Vissery l.
La même année, le dimanche avant la fête de l'apôtre Saint-André, l'Abbé de Clairmarais entra en arrangement avec la ville de Saint-Omer (cum senalu Audomarensi), au sujet de la pèche qui se faisait d'ordinaire jusqu'aux limites de la Moëre, à l'oratoire de Saint-Bcrtin ?.
Deux ans après, la guerre rallumée dans les Flandres, sévissait avec plus de rigueur aux environs du monastère ; Henri dut renoncer pour le moment à continuer la toiture de son église ; l'exécution du clocheton fut non-seulement différée, mais les malheurs des temps prirent une telle gravité et la maison eut à subir tant de pertes, que l'Abbé se vit forcé de disperser dans différentes maisons le troupeau confié à sa garde ; depuis le rappel des frères convers qui cultivaient primitivement les granges, la pénurie s'était tellement accrue, qu'il y eut nécessité d'affer-
m'indttlum converti renilenles, ubiqtieendcm tcmporccotdurbali suttt, commoli sunt, furor apprehendil cos, sed pnulnlhn milrscentex. in major i numrro fiteruid rxliiuli. lia Do)nntts Gnislftms Campion .
1 Berlin de Vissery, tom. I, pag. 383, lin. 17 et seq).
* Eiutem anno 1311, Henricus Abbas compoiitionem f'rcit cum ssnatu Atulom irensi c'iitsd piscifionis, juxlfi Irrmiiios tncr.r sen e remit m Su bertini. — (llist m" Clar., 1 pag. 383. lin. i?3 et seq).
On trouve aux archives municipales de Saint Orner une copie collationnéo du concordat passe entre le magistrat de Saint Orner et rAbbayedet'.lairmarais,actetixant les limites réservées pour la pèche dans !j nier ou la moere ..Papiei K ! K I" "? ( XC :*> . !:<:!
1301—1310 mer plusieurs censés à des prix excessivement minimes, ainsi on voit à cette époque 8 mesures de terre laissées à Colard, du Ploichs du Plouyj, pour le prix de cinq sols six deniers de rente par mesure l. La d ime était de 2 pour 100.
Huit mesures sont également aflermées à Guillaume Brousoul, au prix annuel de cinq sols six deniers parisis et la dime de 2 pour 100.
A Jean Mare au, on céda en location 10 mesures
1 Mis!. Clar., à Bert. do Vissery, 1 pag. 384. — Ifr noco mtigis in mugis sévit Ml uni in Flandrid. cl in m in purlibus nostris : cogilur gue IJ' /iricus ab inerpto opère teeti ccclesi.e desistere, nec in diebus suis obclisntm campanile juduil wculioni manda rc... Il" lellum httic damui Imita injliyil inforlunia, nt royal ur llenricus amanlissimum gregeui sibi commission, hinc cl indi ia varias do m os dispergere.... Etes rrvocatione coneersorum ila penuriespremit, lienncuM, ul pnedia pluraad censum modicissimnm teneulurlocare ulex cilandis liytwl : Colardo seilicet du Ploicli [?\c). <v mensuras terne pro .3 solidis cl O dennr. an nu 'd'un pro guo'ibel niense nabis persalvrndis, etc. — J'rediel.r terne adjacent vollibus de Liedinyhou, ultra
civilutem terminas gue habel caccarum viam instrumenta hujus
rei présentes fuerunl et sigillu sua^apposucrunl scpti m persan n.r — Henricus Abbas, Pltilippus de Xoeville, Haïtiens de Sio Audomaro, Oom. IV... . de Hilbcy, Dont. Vi tasse de .\or/iouty Dom. Mcolm de Be inloo, iielhlo, lii nilo ou Ueautoa .
Piiu .ii'pk , do Neuville ou Noeville, fut le 16e Bailli ou capitaine de Saint -Orner. (Voir notre catalogue des Baillis. Bulletin historique des Antiquaires de la Morinie, livraison 38e, pag. 1010 .
Pour pouvoir se former une idée du prix dont il est fait mention dans les actes cités, il faut se rappeler qu'à cette époque, d'après le travail de Dupré de Saint-Maur le prix du marc d'argent fin reçu aux monnaies comme matière, était, du 19 septembre 1313 au \" mars 1317. de 2 livres 14 sols et 3 liv. En 1317, l'argent fin monta à 3 1. 7 s. 6 d. En 13-27, il était arrivé à 6 livres par l'ordonnance du duc do Bourgogne de la Saint-Martin.— La valeur du marc d'argent fin monnayé était alors de 4 livres argent le Roi d'un denier de poids au fur de 192 pièces au marc, ayant cours pour 2 deniers pourpièce. — (Essai sur les monnaies, in-4°. Paris, 1746. pag. 200\
29 verges à la charge de paver îi sols el G deniers. — I30l— !3lii Idem, 2 mesures 64 verges 6 pour 100, avec la dîme 2 pour 100.
Thomas Casteler, reçoit 7 mesures 4 verges |>our 6 sols avec exemption de toute dîme, ce qui indique que sur ce point la dîme pleine appartenait à l'Abbaye, comme le surplus des autres.
Toutes ces terres étaient situées dans la vallée de Licdinghem sic), au-delà de la ville, elles avaient pour limites le chemin des Vaches ; les témoins qui figurent dans ces actes sont au nombre de sept, savoir : Henri, Abbé. — Philippe Neuville, Bailli deSaint-Omer.— W..., de Bilques. — Dom. Yitasse, de Northout. — Dom. Nicolas, de Beaulo
Parmi les pièces contemporaines de l'administration d'IÏENRi, d'Ypres, nous rencontrons dans les archives d'Artois, celles qui suivent :
« 1314, 27 novembre. — Louis X, mande à Jean, « de Kyoc, clerc, et à Pierre Saillardi, chevalier, « qu'il les a substitués au lieu et place de Richard « Tidourreau, clerc, et Jean, de Vossiaco, jadis « chevalier, qui avait été nommé pour agir dans la « cause, entre Mathilde, Comtesse d'Artois, d'une « part, et le Comte de Flandre, d'autre part, en rai- « son de la saisine et de la justice du clos et de la « maison de Clairmarais 2. »
La même année (1314), on lit; « Requête présen- « téeau Bailli d'Amiens, par les officiers du Comte
1 Ilist. nV'Clar., 1 pag. 385.
1 Inventaire de Godefroi, tom. VI, pag. 251.
1301—1310 « de Flandre, parce que certain prisonnier qui avait « été arrêté par lesdits officiers dans une mêlée à « Clairmarais et avait été remis à seigneur du Roi, « comme en main souveraine, soit rendu au Comte « de Flandre et à ses officiers. »
Au dos de la feuille est écrit : « Que le Bailli « d'Amiens avait ordonné sur cette requête que le « prisonnier en question serait remis sur le lieu où « il avait été arrêté, et qu'ayant été exécuté, le « Bailli de Cassel aurait voulu mettre la main dessus « au nom du Comte de Flandre, qui avait seul la « justice dudit lieu ; mais que le Bailli de Saint- « Orner s'y étant opposé, le bailli d'Amiens aurait « alors ordonné à un seigneur du Roi de prendre le « prisonnier et le mettre en la maison du Roi comme « souverain l. »
Pendant le temps des hostilités sans cesse renaissantes depuis 1297, entre les Français et les Flamands, l'Abbaye de Clairmarais eut à essuyer bien des malheurs, bien des pertes et de bien pénibles épreuves au point de vue de ses intérêts temporels.
L'année 1316, ne fut pas meilleure, les inondations causèrent de sérieux ravages, le blé, le vin manquèrent presque complètement par suite d'une trop grande abondance de pluies, c'était l'époque, où selon le père Daniel (1313), la France entière sévit exposée à une affreuse disette par l'absence de toute espèce de céréale et de toute récolte productive *.
1 Inventaire de Godefroi, tom. VI, pag. 257.
* Hisloria Smifterwnn, fol. 266, p. Daniel, histoire de France,
Hesri, lutta de toutes ses forces contre l'adversité, i30t — 1361 il rappela à lui ses frères dispersés, il répara autant que possible les pertes éprouvées, puis se sentant surchargé par le fardeau de la prélalure, il se démit de sa dignité, le 9 novembre 131 G, entre les mains du chapitre, au grand regret de tous ses frères assemblés, et de Conrad, 28* Abbé de Clairvaux, alors en cours de visite à Clairmarais.
Mais malgré cet acte d'abnégation dicté par une humilité véritable et par un juste sentiment de l'accomplissement du devoir, nous verrons ce pieux cénobite reparaître bientôt sur le fauteuil abbatial qu'il ne devait abandonner qu'à son dernier soupir.
D'après le manuscrit ordinaire de la maison, on l'a vu, Henri, d'Ypres, avait été promu parle suffrage unanime de ses frères, le jour de Saint- Clément de l'année 1301 , alors qu'il remplissait les fonctions de conseil (camidmisj, et de cellerier adjoint : il se retira le 5° jour des ides de novembre 1316, c'est-à-dire la veille de Saint-Martin d'Hyver, après avoir gouverné l'Abbaye pendant 1o années. Ce Prélat avait eu à subir bien des épreuves à cause des guerres (guerras) et des inondations; en compensation il eut la consolation, du moins, de pouvoir rappeler ses religieux qu'il s'était vu dans la pénible nécessité de disperser lui-même1, parce qu'il n'avait plus le moyen de les nourrir.
lom. III, pag. 525. — Bertin de Vissery, tom. I, pag. 385, lin. 8, et seq.
' llist. m" Clar.. tom. I, pag. 38ô et 386.
î:îoi — I3u; Parmi ces religieux trois seulement nous ont laissé leur nom, ce sont : — Baudouin, de Saint- Pol. — André, d'Arras. — Guillaume, de Ploichc du Plouv!.
On a écrit de lui :
* IIenricum, solers célébrât clementia, pâtre « Crex sub tam miti gaudia vix que cepit;
Ast dum sepositis vitam vult ducero curis « Quas dclcctabnt, corda dolore premit ». »
1 Histoire manuscrite et inédito de l'Abbaye de Claii marais, par Dom. Berlin de Yissery, tom. I, paç. 385 et H8fi.
LES ABBÉS DE CLAIRMARÀÎS
LR BÏENfîEl RFA X SÏ-GALON l, 21e Abbk. A^n. i.no
M«rl: IM\'3