L'Abbaye de Notre-Dame de Grestain de l'ordre de Saint-Benoit à l'ancien diocèse de Lisieux
L'abbaye de Grestain ' était un monastère qui a vécu sous la règle de saint Benoît pendant une période sept fois séculaire. Elle est désignée dans les textes latins par les mots : Beata Maria de Grestano ou Gresteno, Sancla Maria Grestani '-. Personne ne songe à contester l'action civilisatrice, l'œuvre bienfaisante que les religieux de cette communauté ont exercées au début dans un pays qui avait été évangélisé quatre cents ans auparavant, à l'époque des grandes fondations monastiques des \i^ et vii^ siècles \ antérieurement aux invasions normandes, par d'autres moines, d'autres missionnaires armo-
1. Ancien diocèse de Lisioux Calvados), archidiaconc de Pont-Audemer (Eure). — A. Longnon, Pouillés de la province de Rouen, p. 2o3.
2. On décompose ce vocable en griez (grès) et en slein (pierre).
3. FonloiioUe ou Saint-Wandrille (0i9j ; Jumièges (655) ; Fécamp (658). Ch. Bhkahi». — L'ubhiiije de Xolrs-Dnmc de Grestain. 1
ricains '. Mais nous sommes obligés de reconnaître que Fabbaye de Grestain, placée dans une contrée dun très difficile accès jadis, a été un établissement peu considérable, un couvent secondaire qui a subsisté sans éclat et sans rayonnement. De ses abbés, qui tous n'ont pas toujours suivi les règles en harmonie avec leur état, aucun ne s'est vu appelé à des destinées qui aient éveillé l'attention. Peu d entre eux ont été assez éclairés ou habiles pour se conserver les biens qui assuraient la perpétuité de leur maison ; leur incurie d'abord, la guerre ensuite l'avaient appauvrie dès le xiv^ siècle. De même que pour les monastères de Cormeilles et de Préaux, on ne songerait guère de nos jours à l'abbavede Grestain si celle-ci n'avait compté au premier rang de ses fondateurs des personnes qu'une alliance étroite unissait aux ducs normands, à Robert le Magnifique, à son fils Guillaume le Bâtard, le héros delà Normandie, le duc-roi. Elle a donc, comme toute autre abbaye, son lot de souvenirs historiques. En effet, les mains qui ont soutenu les premiers pas des religieux de Grestain, au temps où l'histoire normande n'a été qu'un drame de famille, avaient été celles d'Herluin de Conteville, d'Ariette, sa femme, de Robert de Mortain, leur fils aîné: Herluin était le beau-père du futur conquérant de l'Angleterre, Ariette était sa mèra, Robert était son frère utérin. Derrière ces noms, on voit près d'un siècle de l'histoire de la Normandie.
Aujourd'hui Grestain n'est ni un village ni un hameau ni l'assemblage de quelques chaumières ; l'ancienne abbaye a la monotone vulgarité d'une ferme. Rien n'égale sa désolation ; les pierres qu'on y voit encore disent peu de choses. Le sol a perdu les traces de l'église, du cloître et des autres bâtiments
1. Saint Samson, ses compagnons et ses disciples: Mewen ou Meun que nous appelons saint Meen ; Maclow ou Macut qui est saint Malo en Bretagne et saint Maclou en Normandie. Samson, né vers l'an 480, est mort vers Fan 565 ; Meen serait mort le 21 juin 617.