Canel, Essai sur l'arr. de Pont-Sudeiner, II
2. Noie autographe de M. Mondelot, receveur de renregistrement à Beuzeville, de 1823 à 1854.
196 l'abbaye de N0TRE-DA5JE DE GRESTAlN
tombes, carrelage, dalles tumulaires, nos visites à Grestain ont été infructueuses. Cependant, il y a quarante ans, on j voyait encore sur le sol des chapiteaux décorés de feuillages, et, près du mur intérieur qui fait face à Tétang, les fragments d'une magnifique pierre tombale, gravée au trait, qui datait de la seconde moitié du xiii^ siècle ou du xiv*'. C'était le seul monument authentique qui rappelât la mémoire des bienfaiteurs de l'abbaye. Le bas de cette tombe avait été coupé ; de l'inscription on ne pouvait lire que ces mots ' :
Icm GiST Anise de la Mare damé d'Yvetot Laquelle
TRESPASSA l'an DiÉU LES PARDON LI FACHE. AmEN.
Sous nne arcade ogivale et subtrilobée ornée de crochets, accompagnée de colonnettes, de pieds droits élégants, et de deux anges balançant des encensoirs dans les angles supérieurs, était représentée la personne que recouvrait cette pierre. Cette personne, sur laquelle nous n'avons trouvé aucun renseignement précis, portait une rangée de vair dans ses armoiries.
Nous terminons ce chapitre en signalant le cercueil en pierre calcaire que l'on a découvert, il y a quelques années, en fouillant le sol sur l'emplacement de l'abbatiale. Nous en avons vu le couvercle, d'un seul morceau, de forme plate, plus étroit aux pieds qu'à la tête ~, sans aucune figure, aucune décoration, aucune inscription. Mais l'attention était appelée par le signe funéraire dont il est orné. Il consiste en une croix dont le bâton se dessine en relief sur le couvercle. Ce fragment funéraire remonte au xii^ siècle ; il a recouvert la sépulture d'un des premiers abbés de Notre-Dame de Grestain. On
1. Voy. l'article de M. A. Pannier dans le Journal de Ilonfïeur, 18Gi. — L'inscription paraît concerner la famille qui, au xiv" siècle, a possédé le flef de la Mare, sur la paroisse de Sainte-Opportune, cant. de QuiUebeuf, Euro.
2. Longueur, 1 m. 59 ; largeur, à la tête, 0 m. 57 ; aux pieds, 0 m. 27.
lui avait donné nn abri sous le larmier d'un bâtiment ; il y est encore conservé ainsi que nous avons pu nous en assurer tout dernièrement.
Ce qui reste de l'ancien monastère n'offre, on le voit, qu'un bien faible intérêt en monuments. Même l'édifice le plus important, l'église, n'a pas laissé de traces que l'on puisse indiquer avec précision. On sait qu'elle avait été réédifiée plusieurs fois, mais tout porte à croire que l'incendie du xii^ siècle qui la détruisit avait trouvé son principal aliment dans les matériaux, dans l'emploi du bois. Ce mode de construction s'est prolongé longtemps dans le diocèse de Lisieux. L'abondance du chêne dans les forêts, la rareté de la bonne pierre à bâtir, la difficulté énorme des communications et des transports, ont forcé de se servir des matériaux qui se trouvaient sur place ou à peu de distance. L'église Sainte-Catherine de Honfleur est là pour l'attester *.
Bois ou pierre, tout a été anéanti sans bruit, sans fracas. On ne voit point que les contemporains de la destruction de Grestain s'en soient préoccupés outre mesure, sachant sans doute que tout périt: palais et abbayes. Toutefois il n'est pas juste d'accuser (» le torrent révolutionnaire » d'avoir profondément marqué son passage à Grestain ^. N'est-ce pas mettre en oubli que la dévastation a été l'œuvre de bien d'autres causes et que la vie religieuse s'était perdue dans l'abbaye plus de trente ans avant la Révolution?