‹ L'abbaye de Saint-Étienne de Caen, 1066-1790Chapitre 1 sur 107 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

En mettant au concours, le l^'.février 1851 , V Histoire de l'abbaye de SL-Etienne de Caen , la Société des Antiquaires de Normandie déterminait ainsi le caractère et la nature du travail qu'elle demandait :

< Les concurrents étudieront et décriront cet établissement religieux sous tous ses aspects et dans tout ce quil a offert de re^ marquablcy depuis sa fondation, jusqu'à la fin du siècle dernier. Ce n'est pas seulement son architecture , mais encore son organisation intérieure j son administration spirituelle et temporelle, sa liturgie, son personnel, et enfin les événements dans lesquels il figure, qu'ils auront à faire connaître. »

Pour remplir un cadre aussi vaste, les concurrents devaient se servir des pièces manuscrites et inédites que possèdent la Bibliothèque publique de Gaen, les Archives du Calvados , de la Seine- Inférieure et de l'Orne , la Bibliothèque nationale de Paris et celle du Vatican de Rome.

J'ai voulu donner à la Société un témoignage de dévouement et de sympathie , en me chargeant d'une tâche que plusieurs de mes collègues, nés dans le pays et familiarisés depuis plus longtemps que moi avec ce genre d'études, auraient accomplie certainement d'une manière plus satisfaisante : et la savante Compagnie , empressée d'accueillir avec faveur les hommes de bonne volonté, a couronné le Mémoire que je lui ai offert Qu'elle reçoive ici l'hommage de ma vive reconnaissance.

Connaissant mieux que personne tout ce qui manquait à mon œuvre pour qu'elle fût réellement digne de ses suffrages, j'ai dû, avant de la livrer à l'impression , faire tous mes efforts pour la

YI PBÉFAGE.

compléter par de nouvelles recherches : c'est le résultat d'un labeur de trois années que je présente aujourd'hui au pubhc.

C'était 9 avant tout, dans les Archives du Calvados y que je devais aller chercher Içs premiers éléments de mon travail. Je ne saurais trop remercier MM. Pierre Le Roy et Tonnet, préfets du département, pour l'empressement qu'ils ont mis successivement à m'ouvrir l'entrée de ce précieux dépôt.

A défaut d'un cartulaire du XIU^. siècle 5 dans lequel l'abbé De La Rue avait largement puisé , je pouvais consulter d'abord environ 600 chartes originales , dont M. Léchaudé-d'Anisy avait fait l'inventaire (1), et une centaine d'autres non moins importantes^ qui avaient échappé aux recherches de ce savant. J'ai reconstitué, en les copiant, un véritable cartulaire; et lorsque plus tard un obligeant confrère (2) a bien voulu mettre à ma disposition une copie de celui dont je déplorais la perte, j'ai vu avec satisfaction que , si j'y trouvais quelques pièces qui manquent à la collection des Archives, j'en avais entre les mains un bien plus grand nombre , que ne renfermait pas le cartulaire primitif.

Les autres documents conservés aux Archives étaient disséminés dans près de 500 liasses, cartons ou registres, dont j'ai fait le classement On en trouvera ci-après une indication sommaire.

J'ai pu consulter, à l'occasion, un grand nombre de pièces appartenant soit au fonds de l'Intendance , soit à ceux qui proviennent des trente établissements religieux dont se compose la partie la plus importante de nos anciennes archives (3).

(1) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie , iSSà,

(S) M. le vicomte H. de Touslain.

(8) Les Archives du Calvados ne possèdent pas moins de 10, 000 chartes, réparties entre ces divers fonds. Les cartnlaîres d*Ardennes, du Plessis^rimouU , de St -André en GoufTem et de Troam, m*ont fourni de précieui renseignements. Je regrette de n*7 avoir pas trouvé le cartulaire de Ste.-Trinité heureusement conservé à la bibliothèque impériale et dont les archives de la Manche possèdent du moins une copie.

PBéFACB. VII

La Bibliothèque de Gaen, possède entr'autres manuscrits relatif à St 'Etienne deux ouvrages , dans lesquels j'avais espéré trouver^ pour mes études , une base solide ou du moins un point de départ plus satisfaisant que celui qui m'était offert par l'estimable auteur du Neustria pia. Le premier présente une suite de notes sur les abbés de St -Etienne, recueillies, pour la plupart, par D. Jean de Baillebache, grand-prieur de l'abbaye, de 1604 à 16/i/i (1). Je n'ai pas tardé à m'aperce voir que les Bénédictins du XYII*. siècle n'était pas trop au courant de leur propre histoire ; les désastres du XYP. siècle leur avaient fait perdre , sans doute , le secret des traditionsdu moyen-âge, au point de les mettre dans l'impossibilité de lire les anciens textes qu'ils avaient entre les mains. Mais quelque médiocre que soit cette compilation, elle renferme sur Jean de Baillebache lui-même et quelques-uns des religieux de son temps des particularités que l'on chercherait vainement ailleurs.

L'autre manuscrit est dû à un Bénédictin du XYUI*. siècle , D. Blanchard , qui n'a fait que reproduire , en les abrégeant , les documents recueillis par D. J. de Baillebache. D a eu la malheureuse idée de s'arrêter à l'année 1663 , laissant aux historiens futurs de son abbaye, le soin de rechercher péniblement des renseignements qu'il lui aurait été si facile de réunir , sur les hommes et les choses de son temps.

L'obligeance de notre jeune confrère , M. Léopold Delisle, m'a permis de consulter les manuscrits de la Bibliothèque impériale qui intéressent l'abbaye et j'ai trouvé aux archives impériales, grâce au directeur, M. de Ghabrier , plusieurs pièces dont la connaissance ne m'a pas été inutile. J'ai profité enfin du cartulaire donné, par M. Aug. le Prévost, à la Bibliothèque de Rouen et des affectueuses coDOununications que m'a transmises M. de La Sico-

(1) Il en eiiste une copie à la Bibliothèque impériale, et une partie de la rédaction originale se trouve aux Ardiirei du Calvadot. Ce dernier manuscrit contient des détails que ne renferment pas les deux autres.

VIll PAJÎFAGB.

tière, sur les biens que possédait i*abbaye de St. -Etienne dans la commune de Trun.

Une chronique de Tabbaye de St. -Etienne de Gaen^ dont une partie seulement a été imprimée dans le tome XI*. du Recueil des historiens de France^ était indiquée comme se trouvant à la bibliothèque du Vatican : j'ai été assez heureux pour m'en procurer une copie (1).

Je puis évaluer à vingt mille, au moins, le nombre des pièces qu'il m'a été permis de consulter. Pendant plus de trois ans je me suis livré à ce labeur ingrat en apparence , et en réalité plein de charmes , qui consiste à rechercher , à déchiffrer , à classer cent documents inutiles, dans l'espoir d'arriver au bonheur qu'éprouve l'antiquaire lorsqu'il peut mettre la main sur quelque fait inconnu , découvrir quelque personnage intéressant oublié par les historiens , préciser une date , déterminer à l'aide d'un texte inédit un point obscur d'histoire ou de géographie; je me suis donné toutes les joies que procure au cœur de l'érudit un travail fait avec conscience , en prenant , en vingt endroits divers, des détails insignifiants par eux-mêmes, mais qui, réunis et ajustés les uns aux autres, constituent un ensemble et permettent de refaire , pièce à pièce , un passé que le temps jaloux avait en vain condamné à l'oubli.

Ce n'est pas moi qui m'exagérerai le mérite d'un pareil labeur , que l'on pourrait comparer à celui de ces bonnes et patientes ouvrières en dentelles, de Bayeux ou de Gaen, dont le talent consiste à mettre bout à bout et à coudre ensemble les mille pièces diverses dont se composent les précieux tissus qui forment une des branches les plus importantes de l'industrie du pays.

(1) Le manuscrit qui contient cette chronique, a appartenu ù la reine Christioe, et porte le n«. 17."). Il embrasse une période de 203 ans (de 1035 à 1328). La parlie publiée par D. Bouquet s'arrête h Tannée 1293.

PRÉFilGE. IX

J'aurais voulu faire sortir des matériaux mis à ma disposition un livre , qui fît pénétrer le lecteur au sein d'un des plus importants établissements monastiques du moyen-âge et lui permît d'assister à sa naissance, de suivre ses progrès, d'apprécier les causes de sa décadence. J'aurais voulu déterminer la part d'influence qui lui revient dans les événements historiques d'un pays où l'abbaye de St. -Etienne a tenu une si grande place , et indiquer en même temps les modifications exercées sur l'esprit et le caractère de ses religieux par le contre-coup des faits extérieurs.

Ai-je réussi à encadrer sa vie dans la vie de la grande province, en mettant en lumière tout ce qui lui appartient d'une manière spéciale, et en n'indiquant que ceux des faits de l'histoire générale auxquels se lie essentiellement son histoire particulière?

Parmi les nombreux documents dont j'ai donné le texte , et auxquels il m'eût été facile d'en ajouter une foule d'autres , dignes d'être connus , ai-je bien choisi ceux qui présentent le plus d'intérêt , ceux qui offrent des renseignements précieux, non-seulement parce qu'ils jettent de la lumière sur les époques auxquelles ils se rapportent, mais parce qu'ils peuvent être utiles aux savants, soigneux de recueillir tout ce qui peut enrichir l'histoire de la langue, des mœurs, des coutumes et des institutions de nos pères? Outre l'impossibilité pour l'écrivain le plus zélé de s'élever à la réalisation de l'idéal qu'il s'est proposé d'atteindre , j*aî trouvé dans la nature même des matériaux dont je me suis servi , plus d'un obstacle à l'accomplissement de mes désirs. Le lecteur y signalera plus d'une méprise , y trouvera plus d'une regrettable lacune.

Quoi qu'il en soit, voici le plan que j'ai cru devoir adopter :

La première partie, qui est la plus considérable, contient l'histoire de l'abbaye partagée en cinq époques , depuis l'année de sa fondation, en 1066^ jusqu'à la dispersion des Bénédictins, en

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