‹ L'abbaye de Saint-Étienne de Caen, 1066-1790Chapitre 29 sur 107 · SAINT-5AÏ3VEUR DE DIVE · texte numérisé non relu

SAINT-5AÏ3VEUR DE DIVE

Item 5 nous tenons^ en la Viconté d'Auge , la ville de Sainct-Saulveur de Dyve^ o ses appartenances 5 noblement et franchement tenue à court et usage ^ en basse et moyenne justice y et illec avons foires et marchez , coustumes y travers , congnoissance de tavemages y de cheminages y de poix et mesures y de warec , garenne et autres rentes, droictures, dignitez, franchises et libertez, selon ce que nous et noz prédécesseurs en avons jouy et usé ou temps passé.

Et sestend nostre dicte terre et seigneurie de Dive à Perriers, Beuzeval, Viiliers, et ailleurs illec environ.

Et sy tenons et nous appartient ung petit membre de flef à court et usage , assis en la parroîsse de Dyve.

SAINT-PIBRRB-AZIF.

Et aussy tenons ung autre petit fief à court et usage, assis à Sainct Pierres Asifs et illecques environ.

PRIEURÉ DE CLÉVILLE-EN-CAUX. ALYIUARE.

Item, nous tenons franchement, noblement, à court et usage, en la parroîsse de Cléville, en la viconté de Gaudebec; et nous appartiennent les patronnages des églises du dit lieu de Qéville et de Alvimare.

Et y avons ung hostel, manoir ou prieurey.

BAUPTE. HOUTTE VILLE.

Item , nous tenons au bailliage de Gostentin en la viconté de Garentau , franchement et noblement, à court et usage 5 les terres^ seigneuries de Beaupte et Houteville o toutes leurs appartenances^ tant en bois, prairies, places de moullin, <iue aultres dignitez ou revenus, avec les droictures, dignitez, coustumes, jurisdictions , cheminages, pescheries et aucunes choses j que nous et nos prédécesseurs y avons accoustumé avoir ^ lequel bois est sans Tiers et sans Danger

HISTOIRE. — 8*. 1ÎP0QUE , l&50-i562. 155

LAUNi. HERPiNÂMIL. MÉAUTIS. ONDEFONTAINE.

Et s'estend icelle seigneurie en la parroisse de Launay ( Launé ) ou hamel de Harpymesnil et illec environ , ouquel lieu de Harpimesnil nous avons court et usage.

Et aussy nous appartiennent les patronnages des églises de Beaupte » de Houteville , de Méautils et de Vindefontaine.

PRIEURÉ DE SAllVr-LéONARD DE VAINS.

Item 9 en la viconté d'AvrancheS) au dit bailliage ^ nous tenons franchement et noblement la terre et seigneurie de Sainct Léonart, o toutes ses appartenances, avec telles franchises, libertés, tant en varec, pescheries, grèves, salines, cheminages, choses gaysves, avec une foire, par chacung an, que autres choses, ainsi comme nous et nos prédécesseurs en avons usé.

Et aussy avons au dit lieu ung manoir ou prieurey o ses appartenances.

Et, à cause d'icelie seigneurie, les hoirs ou ayans cause du seigneur de Mastignon, au droit de sa femme, tiennent de nous leur terre et seigneurie de Vain, par foy et hommage , à nous sont tenus faire trois livres de poyvre , par chacun an , avec les droictures, rdiefs, un*' et aydes coustumières qui nous appartiennent.

Et sy tenons plusieurs franchises, admortissementz, ausmosnes, droictures, dinitez , libertés , rentes et revenues , et franchisementz , foires , places de moullins , prais, bois, eaux, manoirs, coullombiers , patronnages d'églises et aucunes choses.

Et nous appartient à donner et confier plusieurs chapelles ou bénéfices et autres choses , dont partie n'est pas en franchise de fief, par quoy n'en faisons pas sy ample déclaration, tant pour ce que , par fortune des guerres, plusieurs de nos Chartres et enseignements ont esté perdus , et mesmement aussy , parce que aucuns nobles les tiennent de nous, par hommage, lesquels nous voulions contraindre de baiUer leur adveu, pour bailler plus en entier le présent dénombrement (1).

Le roi donna, rannée suivante, des lettres-patentes portant, que l'abbaye serait close de murs et de fossés, comme elle Favait été précédemment. En voici le texte :

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, savoir faisons à tous présents et à venir 5 nous avoir receue humble supplicacion de nos bien amez les religieux, abbé et couvent de St. -Etienne de Caen, contenant que la dicte abbaie soit d'ancienne fondaoion et depuis longtemps de l'auctorité , congié et licence de nostre prédécesseur le roy Jehan au quel Dieu pardoint, ait este environné de haut murs , tours et fosses , jusques en l'an mille GGCG trente quatre , que les nobles et communes de la

(i) Archives du Calvados. — Copie coUationoée sur Toriginal, le 30 mars 1572.

viconté de Gaen, durant le temps que nos anciens ennemis et adversaires les Anglois occupoient le pais de Normandie y voulant remectre et réduire la dicte ville en leur obéissance et viendrent logier en la dicte abbaie ; et depuis leur partement d'icelle abbaie , nos diz ennemis pillèrent , prindrent et emportèrent tous les biens estant dedans icelle, et avec ce abatirent grant partie de la dicte muraOle Jusques aux fondements. Et à ces causes , et pour obvier aux inconvénients, qui au temps avenir s'en pourroient ensuir , les diz suppliants feroient volontiers joindre et unir la dicte abbaie à la dicte ville , auprès de la porte de Fisle Regnault , pardevers la prairie et à Tendroit du boulevart estant près la dicte abbaie et relise de St -Martin, oii l'en dit les bourgeois de Caen voulob* édiffîer une tour et la dicte abbaie enclore dedans icelle ville, s'il nous plaisoit de leur octroier sur ce nos congie et licence, si comme ilz nous ont humblement fait remontrer, en nous requérant, que, attendu que la dicte abbaie est fors de la dicte ville , aisiée à fortifBer , et n'y a pas grant distance des murs d'icelle abbaie aux murs de la dicte ville , et que se aucuns ennemis venoient devant icelle ville pour l'assiéger (que Dieu ne veuille!) , la dicte abbaie seroit en péril d'estre abatue et destruite, qui scroit dommage irréparable, il nous plaise leur octroier nos droicts, congie et licence. Pourquoy nous, les choses dessus dictes considérées, et que, par le moyen de la dicte closture et union, les religieux d'icelle abbaie y pourront plus seurement demourer et y faire et contbiuer le divin service et aussi les reliques , dont il y a grant quantité , estre en plus grant seureté, aus dicts religieux, abbé et couvent suppliants; pour ces causes et autres à ce nous mouvans, et par l'advis et délibéracion des gens de nostre grant conseil , avons donné et octroie, donnons et octroions, de notre certaine science, grâce spécial , pleine puissance et auctorité royal, par ces présentes, congie , licence et auctorité de faire faire et relever leur muraille abattue, icelle abbaie dorre et leur dicte muraille et fossez joindre, unir et enclaver à perpétuité à la dicte tour et aux murs et fossez de notre dicte ville de Caen et l'enclorre dedans iceUe ville au mieulx et plus proffîtablement que faire se pourra > auprès de la dicte porte de l'Isle Regnault , pardevers la prairie et à l'endroit du dit boulevart estant près la dicte abbaie et l'église de SU -Martin, où les diz bourgeois veulent faire édiffier une tour, comme Ten dit , en telle manière qu'il n'y aura aucune séparation ou division entre la dicte tour et muraille d'icelle abbaie et la closture de notre dicte ville, devers la prairie , et que de la muraille d'icelle on puisse ou pourra s'en aler et venir sans empeschement, division ou encombrement quelconque sur la muraiUe ou clôture qui sera édiffîée en la dicte abbaie.

Si donnons en mandement, par ces mesmes présentes, à notre très chier et amé cousin, le comte de Richemont, connestable de France, à notre capitaine de Caen ou à leurs lieux tenans et à chacun d'eulx , que ils voient et visitent la manière de la dicte closture, endavure et union (1).

(1) Les bourgeois de Caen, et non Pabbaye, comme le dit Huet , s'opposèrent à cette union. La tour»

Et ce fait^ facent , soufl^nt et laissent les diz religieux faire icelle dostare, encla* veure et union , ainsi que par eulx ou Tun d'eulx s'est advisé au profit et seureté de la dicte abbaie et de la fortifficadon d'icelle , nonobstant la dicte tour commencée ou à commencer, sans en ce leur faire mectre ou donner » ne souffrir estre fait, mis ou donné ores ou pour le temps à venir, aucun empeschement au contraire ; lequel se fait, mis ou donné leur estoit en quelque manière que ce soit, leur mectent ou facent mectre incontinent et sans délay, au premier estât et deu. Car ainsi nous plaist il , et voulons estre fait non obstant comme dessus.

£t affin que ce soit chose ferme et stable à toujours , nous avons fait mectre notre scel à ces présentes , sauf en autres choses notre droict et l'autrui en toutes. Donné au Boys-sur^-Aure , le xxiv« jour de Fan de grâce mil CCCC cinquante cinq et de notre règne le XXXIII- (1).

Il a été déjà question plusieurs fois de la seigneurie de Vnins, où les religieux de St.-Étienne avaient établi un de leurs meilleurs prieurés. Ils y possédaient plusieurs salines et y jouissaient , comme sur les grèves de Dive, du droit de prendre tout ce qui échouait sur la rive ou , comme on le disait, c tout ce qui venoit à vrecq. > Us demandèrent, en i&5l, au Roi de France à prendre à Caen même , au grenier à sel , un certain nombre de minots, exempts des droits de gabelle, qui formeraient l'équivalent de la quantité de sel qu'ils pouvaient tirer de leurs salines de Vains et qui serait vendue au profit du Roi.

Supplient humblement, disaient-ils, vos humbles religieux, Fabbé et couvent de St* -Etienne de Caen, comme à cause de la fondacion de la dicte abbaie, faicte par feu le duc Guillaume, roy d'Angleterre, leur compète et appartiegne la terre et seigneurie de St-Liénard, assise en la viconté d'Avranches, la revenue de laquelle, parce qu'elle est sur ou près de la mer , est en sel, au mains grant partie d'icelle, à cause des salines qu'ilz ont es grèves ; duquel sel a été usé au temps passé en la dicte abbaie , et icellui fait amener par chevaulx et charètes en icelle abbaie , tant paravant l'occupadon faicte par les Angloys, vos anciens enemis et adversaires, du pais de Normandie, que devant icelle. Mais parce que, obstant les guerres et divisions qui ont eu cours ou dit pais de Normandie , ils ont par plusieurs foys perdu leurs chevaulx , charètes et hemoys, tant en faisant admener leur dit sel que aultrement; par quoi n'ont peu ne osé faire admener le dit sel, puis aucun temps en ça , ilz

construite à Tendroit appelé alors le Cognet aux Brebis « sur remplacement de la prison actuelle, a reç^ depuis et conserré le nom de Tour Châtimoine,

(i) Original sur parchemin avec sceau en cire verte* Archives du Calvados, fonds SU-ÊUenne, SwpptéMtntm

158 ABBAYB DB SAHiT-^TIBWNB DB CABN.

ont prins devant la dicte occnpacion et pajr chacim an 5 certaine quantité de sel on grenier k sel dudit lieu de Caen y en poiant le drcrit du marchant seulement ^ et soit ainsi que de présent ^ par les grans pertes et dommages qu'ilz ont en ou temps passé, à l'occasion des dites guerres ^ à l'occasion des quelles ilz ont par pluseurs fois esté pillés y et aux! par le siège qui puis naguères a esté par vous mis devant la ville dudit Caen, tellement qu'ilz ont perdus tous leurs chevanlx et hemoys, dont ilz avoiem ascoustumé de faire faire les provisions d'icelie abbaye > ilz ne pourroient faire venir et admener leur dit sel dans la ditte abbaye sans grans froi2, mises et despenses, que bonnement ik ne pourroient supporter 9 pour les grans pertes qu'ils ont soustenues 9 tant à l'occasion du dit siège que aultrement

Par quoy est icelle abbaye en voie de demourer despourvue de la dicte provision de sel 5 se sur ce ne leur est par vous pourveu ; que les choses dessus dictes considérées y il vous plaise de vostre bonne volenté , leur ottroier qu'ilz puissent prendre , par chacun an, en vostre grenier à sel dudit Caen , la quantité de trente ou trente deux minotz de sel et audessoubz , en poiant le droit de marchant seuUement , pour la provision et despense d'icelle abbaye. £t en ce faisant, seront tenus de vendre ou faire vendre le dict sel à eux appartenant , à cause de leur dicte terre et seigneurie de Saint Liénard , en icelle seigneurie ; donc grans sommes de deniers vous reviendront, à cause du quart du sel ou autres impôts sur le dit sel lUec vendu ; et sur ce , leur octroyer vos lettres , pour la descharge du grenetler du dit grenier , appartenant au cas et vous ferés bien et justice ; et les dis suppliants prieront Dieu pour vous et pour votre noble lignée (1).

Ordre fut donné par < les généraux , conseillers du roi sur le fait et gouvernejnent des finances » , au contrôleur du grenier à sel de Caen de fournir aux religieux de St. -Etienne 2& minets de sel, qui devaient être exclusivement employés à Tusage de leur hôtel. Mais cette quantité parut insufiisante quelques années après, c attendu les grans charges de gens et maneuvres qu'il leur est de nécessité tenir par chaque jour , pour les réparations de l'abbaye. » Le roi consentit à y ajouter quatre minots aux mêmes conditions (2j.

Terminons ce qui concerne à celte époque le prieuré de St. -Léonard de Vains, en mettant sous les yeux du lecteur le procès-verbal de la prise de possession, par le prieur, de la dépouille et de la bourse d'un homme trouvé noyé sur les grèves :

(i) 29 mai iA50. ArchÎTes du Calvados, fonds SL-ÉtieDoe, Supplément.

(S) I Lettre des trésoriers géoéraui. Doonée soubs nos signets, le premier jour d*aoust. Tan mil CCCC cinquante six. » Archives du Calvados, fonds St -Etienne, Supplément,

HISTOIRE. — â*. JÎPOQUB, 1&50-1562. (59

L'aD mil IIIP LVI,xti*. jour de may, en la présence de mous"' Tévesque d'Avranches, du doyen, du chantre, du selleur, du promoteur et de plusieurs aultres de la dite église; de mons '" d'Estouteville , de mons'" de Bricquebec, et de plus de cent aultres nobles et non nobles, en venant de la veue de gênez, au montant de la mer, il arriva h vrecq ung homme mort, noyé en la côte de St -Léonard, du quel vrecq , frère Thomas Rogier, prieur dudit lieu , print saisine, en présence des dessus dis , en gardant sa possession du droit du dit abbé et couvent , et le mist ou fist mestre entre en cymetière du lieu, où onnt (sic ) à coustume d'estre mis les noyés qui sont trovés es grèves de Vain et Saint Léonard ; en emporta la despouille et bourse du dit noyé, au quel fait nully ne mist contredit ne débat. Il estoit le jour do Penthescoste (1).

Tout en revendiquant les droits qui leur étaient dus dans leurs domaines éloignés , les religieux de Tabbaye avaient à se défendre contre les tentatives que ne cessaient de faire à Cacn même les agents de fautorité royale, pour restreindre leurs prérogatives ou diminuer leurs propriétés. Un des derniers actes de Tadministration de Charles YIl fut encore de les faire mainienir dans la possession d'un terrain, voisin de leur jardin et do mur de clôture, du côté de la prairie, connu sous le nom de l'Ile- Bégnault, qui leur avait été déjà plusieurs fois disputé, comme nous l'avons vu précédemment. L'abbé Hugues soutenait que, de temps immémorial , I les religieux avoient été en bonne possession et saisine de cette portion de terrain : ils en avoient fait relever, ainsi qu'il leur loisoit, les terres et portes cheutes, pour eschever (empêcher) que l'on ne portast et mist en icelle aucuns immondices; ce non obstant, Jean de Saint-Prémont , soy portant lieutenant général, et Bogier Lefëvre, soi disant lieutenant particulier du bailli de Caen, leur avoient mandé et commandé d'abattre les dites terres et portes que les dis complaignaus avoient ainsi fait relever, comme dit est, contre droict, raison et la Coustume de T^ormaudie. > Le roi de France voulut que la contestation fût jugée au prochain échiquier , et le Parlement de Rouen donna raison aux moines de St.-ËtieDDe.

L'abbé Hugues de Juvigny fit encore établir, d'une manière définitive, les droits de préséance que les religieux de son abbaye devaient avoir dans les cérémonies de l'Université. C'était à eux que, parmi les diverses

(i) Maottscrit de la Bibliothèque de Caen , dernier feuillet

d60 ABBATB DB SAINT-ÉTIBNNB DE GAEIf.

communautés appelées à y figurer, était réservée la place d'honoeur , et ce fut leur prieur qui Tut déclaré curé de 1* Université de Caen.

Louis XI ne fut pas moins Tavorable àTabbaye de St. -Etienne que ne l'avait été son père. A la requête de Tabbé Hugues , il s'occupa de faire achever les fortifications commencées. Les religieux , pour relever leurs murailles « clôtures et fossés^ avaient fait assembler et apporter une grande quantité de pierres toutes taillées et prêtes à être employées. Mais les frais immenses qu'avaient entraînés ces préparatifs ayant absorbé leurs ressources, le roi leur donna, comme l'avait déjà fait le roi d'Angleterre , le droit de prendre sur leurs hommes et tenants de leur seigneurie du Bourg-l'Abbé , c et autres lieux environ la ville de Caen et les faubourgs d'icelle, jusques à cinq ans prochainement venants, un tel et semblable aide que les bourgeois et habitants de Caen avoient levé au temps passé; c'est à savoir, sur chacune pipe de vin, vingt sous, et sur chacun tonnel de menu breuvage, vendus en détail, cinq sous. IceuU aydes octroies aux dicts suppliants pour tourner et convertir es réparations et fortifications de la dicte abbaye, et non ailleurs, pourvu toutes voyes que les aydes de nos guerres n'en soient retardées. »

L'abbé Hugues vieillissait. Depuis plus de trente ans, il gouvernait l'abbaye, au milieu des agitations qui étaient la suite naturelle, des grands événements dont la ville de Caen avait été le théâtre. 11 avait déployé un zèle et une activité remarquables; mais les forces commençaient à manquer à son courage. Louis XI le dispensa , par la lettre suivante , écrite au sénéchal de Normandie, de se rendre auprès de lui, pour lui faire le serment de fidélité , auquel étaient tenus les chefs de toutes les communautés religieuses :

Loys , par la grâce de Dieu, roy de France., à notre chier et féal cousin, le sire d'Ëstouteville, notre lieutenant et grant séneschal de Normandie, salut et dilection.

Humble supplicacion de notre bien amez Hugues, abbé de Tabbaye de Saint Estienne de Caen , avons reçeue^ contenant que , comme le dit suppliant soit tenu de nous faire le serment de féaulté^ à cause de la temporalité de |la dite abbaye ^ lequel serment de féaulté icelluy suppliant, obstant son antiquité et foiblesse^ ne pourroit

bonnement venir en personne le faire , et pour ce nous a fait requérir que , attendu ce que dit est, il nous plaise luy pourveoir et impétrer notre grâce ; parquoi nous^ ayant esté inclinans à la dite supplicacion et requeste , voulons et vous mandons que

HISTOIRE. — 3'. ÉPOQUE, 1&50-I56â. 161

le du suppliant vous recevez , pour' et au lieu de nous^ à faire à votre personne le serment de féaulté qu'il nous est tenu faire^ à cause de la temporalité de la dite abbaye. Et à ce faire vous avons commis et commettons par ces présentes, en baillant sur ce lectres de réception, en tel cas nécessaires, les quelles nous lui voulons valoir et servir pareillement que s'il avoit fait le dit serment de féaulté à notre personne, ou de notre amé et féal chancelier. De (a réception du quel serment de féaulté serez tenu envoyer lectres en notre Chambre des Comptes, pour nous servir et au dit suppliant ce que de raison, pourveu qu'il baillera par escript, dedans temps deu, son dénombrement et adveu, et fera et paiera les autres droitz et devoirs, s'aucuns en sont pour ce deus, se fais et paies ne les a. De ce faire vous donnons pouvoir, auctorité commission et mandement spécial par ces présenter

Donné à Amboise , le huitième jour d'octobre , l'an mil CCCC soixante et ung et de notre règne le premier (1).

L*année suivante, Louis XI, se rendant au Mon t-St. -Michel, fut reçu à Tabbaye, et Tabbé Hugues lui soumit Taveu et le dénombrement exigés.

Le même prince, après avoir, dans une charte de Tan 1/i68, fait plusieurs donations aux religieux de Sf.-Éliënne, confirma les chartes de fondation dues aux libéralités de Guillaume-le-Conquérant. C'était dans le même temps que son frère Charles , qui avait reçu en apanage le duché d* AlençoD , eu était dépouillé par le roi , peu jaloux de laisser à la tète de la Normandie un prince assez disposé à saisir l'occasion de s*unir contre lui avec le roi d'Angleterre.

Leduc d'Alençon était venu à Caen Tannée précédente, et avait fait de vaines tentatives pour attacher à son parti les habitants de cette ville. Louis XI sut les récompenser plus tard du refus qu'ils avaient fait de prendre part à la Ugue du bien public.

Hugues de Juvigny moorut probablement en 1A68. Il eut pour successeur Guillaume de Toustain.

Page 1