GUILLAUME V DE TOUSTALN , 27'. ABBÉ
Guillaume de Toustain était de la même famille que Richard de Toustain, abbé du Mont-St. -Michel (1236-1 Soi), et oncle de Michel de Toustain, abbé
(1) Orifnnal sur parchemin, avec le Bceuu des obligations de la vicomte de Caen. Archives du Calvados, fonds SL-ËUcDDe , Supplément,
de St.-Éliennc de Fontenay (1). Le compte qu'il rendit, en 1468, du temporel deTabbaye, atteste que, malgré les malheurs de l'invasion et les guerres qui avaient eu pour résultat la soumission de la Normandie au roi de France, les propriétés du monastère n'avaient subi aucune diminution , depuis les aveux précédemment Taits.
Ce ne Tut pas sans difliculté qu'il prit possession du gouvernement de Pabbaye. Tandis que le roi ratifiait la cession Taite par l'abbé Hugues de Juvigny , une partie des religieux avait élu capitulairemcnt un moine du Bec, Pierre de Vierville , fils de Philippe, baron de CreuUy, contre lequel il fut obligé plusieurs fois de recourir à l'assistance royale. 11 est mentionné, en qualité d'abbé de St. -Etienne, dans un accord fait entre Guillaume Blanchard, chambrier de Baupto, et le prieur de Septvans. L'acte est conclu en présence de Jean de Toustain , seigneur de Biéville , au nom et comme soy portant procureur et Taisant fort pour révérend père en Dieu, dom Guillaume Toustain, abbé de St. -Etienne de Caen (2).
Toujours plein de bienveillance pour les habitants de Caen , Louis XI avait accordé à la ville deux foires annuelles , qui devaient durer quinze jours et avoir pour résultat l'accroissement dn commerce, ainsi qu'un nouveau développement de l'industrie. Déjà accouraient en foule, pour rentrer dans leurs foyers, les marchands et les fabricants , qui avaient pris la fuite devant l'invasion anglaise , et, plutôt que de subir le joug du conquérant, s'étaient décidés à porter en divers lieux, et notamment en Bretagne, leur active intelligence.
Le roi de France voulait que la ville de Caen , c qui est grande , spacieuse et bien peuplée, assise en beau et fertile pays, près de la mer, pût relever son commerce, sans lequel, il n'est, disait-il, ni nation ni province qui bonnement se puisse entretenir et pourvoir en ses nécessités. • 11 rappelait, dans son édit, que le duc de Bourgogne avait fait prendre tous les biens , denrées et marchandises que ses sujets de Normandie avaient portés à la foire d'Anvers , et qui montaient à de grosses
(i) Voir, sur la famille normande de Toustain, V Histoire de la maison de Toustain-Frontebosc, par Toustain de Richebourg; — le Dictionnaire de la noblesse, de La Chesnaye-des-Bois, t. VI. Cf. Bistorical Mèmoirs of the house of Amur/ ^ par M. J.-H. WifTen, Londres, 1888.
(2) Copie sur papier. Archives du Calrados, Supplément,
sommes. Il ne pouvait trouver ud lieu plus propre à attirer les marchands étrangers et qui leur offrit plus de sécurité que la ville de Caen. ^ Nous désirous, disait-il, le bien et augmentation d'icelle ville et de ses habitants , en faveur des bons et loyaux services qu'ils ont toujours faits à nos progéniteurs , à nous et à la couronne de lYance ; en quoi faisant , ils ont toujours porté et soustenu plusieurs grandes peines et dommages , à l'occasion des guerres passées. »
Malheureusement les époques déterminées par le roi pour les deux foires étaient précisément celles auxquelles avaient lieu la foire de St*. - Trinité , dont le revenu appartenait à TAbbaye-aux-Dames , et la foire St.-Micbel, dont les droits étaient perçus au profit de TAbbaye-aux- Hommes. Les deux abbayes présentèrent , le 12 septembre l/i73 , une requête dans laquelle elles supplièrent le roi de ne point leur enlever un revenu qui pouvait bien s'élever , d'après leur estimation , à 60 ou 80 livres par année. Malgré leurs plaintes réitérées , les foires de Caen eurent lieu, pendant sept années consécutives, avec un succès qui excita la jalousie des habitants de Rouen. Louis XI n'avait cessé d'être importuné, pendant cet intervalle, par l'abbé de St. -Etienne et surtout par l'abbcsse de St*. -Trinité. L'un et l'autre, dans un misérable intérêt privé, cherchèrent , par tous les moyens possibles, à entraver un établissement si avantageux sous tous les rapports aux habitants de Caen. Le roi finit par se lasser. D'ailleurs , ce qu'il avait fait en faveur d'une ville qu'il avait alors intérêt à ménager, il se décida à le défaire, lorsqu'il eut besoin de se rendre favorables les habitants de Rouen , qui demandaient avec les plus vives instances un privilège qu'ils avaient si vivement regretté de voir accorder à une ville rivale.
Un second édit supprima donc, en l/i70, les deux foires de Caen, pour en doter la capitale de la Haute-Normandie.
La suppression de ces deux foires, dont l'établissement avait déjà causé l'abandon de la foire du Pré (l'existence de celle-ci remontait jusqu'au temps des premiers ducs de Normandie) , ne pouvait manquer d* exciter, contre les moines de St. -Etienne, l'animadversion des habitants et le mécontentement des échevins de la ville, qui ne trouvaient que trop souvent les intérêts de la cité en opposition avec ceux du riche monastère.
16& ABBATB DE SAINT-ÉTIBNNB DB GAEI««
Déjà, dans les années précédentes, te vicomte de Gaen avait mis en arrêt le temporel des religieux , qui avaient défendu à des ouvriers taillandiers de leur Bourg-^l'Âbbé de s'associer à la conrrérie des ouvriers de la ville de Gaen et de profiter, par ce moyen , des droits et des avantages attachés aux corporations industrielles.
Cette organisation des corps de métiers, si utile aux progrès de Tindustrie, malgré des inconvénients qui devinrent plus manifestes sous un ordre social plus régulier, avaient alors pour résultat raffrancliissement du travailleur qu'elle plaçait sous le patronage et la juridiction de ses pairs, et qu'elle devait peu à peu soustraire à la domination seigneuriale.
Les ouvriers du Bourg l'Abbé, moins heureux que ceux de la ville, se voyaient avec peine privés des 'privilèges attachés aux confréries. Les religieux, de leur côté, n'étaient pas disposés à renoncer à leur juridiction sur les hommes t recréants et estagiers de leur monastère. » Il fallut cependant qu'ils consentissent à faire quelque chose en faveur de ces ouvriers taillandiers qui avaient besoin • d'aller souventes fois besongner en l'enclos de ladite ville de Gaen , par nécessité qu'ils avoient et affeccion de gaiugnier leur vie. > Le Vicomte obtint de l'abbé Guillaume qu'il se relâchât , en leur faveur , des droits qu'il avait sur eux.
L'abbé Guillaume de Toustain , que nous trouvons pendant dix-sept ans à la tête de l'abbaye, fit établir les stalles du chœur et édifier la grande tour du milieu de l'église de St.-Étienne (1).
Il assista , en 1&70 , à la convention des Trois-États tenus à Rouen , pour la recherche des francs-fiefs , ainsi que l'atteste un reçu de cinquante-une livres , taxé par le Roi , que nous trouvons à la date du â7 juillet de la même année et qui lui avait été délivré par Robert Le Fèvre, receveur des aides et tailles, en l'élection de Gaen (2).
Il résigna ses fonctions en faveur de Gharles de Martigny, vers l'année 1&85.
(i) C*est da moins ce qa^atteste Dom Baillehache. Celte tour était surmontée d*une pyramide beaucoup plus haute , dit-on, que celles dont se couronnent les deux qui s*élèfent de chaqae cdté du portail. RenTersée en 1562 par les calvinistes , elle a été réédifiée plus tard, comme nous le Terrons, en la forme moins élégante , mais plus solide, que nous lui voyons aujourd'hui.
(9) Manuscrit de Gnignières déjà dté.
HiSTOiiiB. — 5*. ÉPOQUE, 1A50-156!2. 165
CHARLES DE MARTIGNY, 28". abbê.
Une lettre de Charles VIII, roi de France , à la date du 5 mars 1&85 , nous apprend que les religieux de Tabbaye se trouvaient alors sans abbé. Le roi les dispensait du serment de fidélité, auquel ils étaient astreints à cause de leur temporel , et quMIs ne pouvaient prêter régulièrement , disait-il , c à Toccasion de ce que l'abbé de cette abbaye, devant Noël dernier passé , à leur desçu s'en est party de ladite abbaye et s'en est allé , et a accepté aultre provision , et les a laissez sans pasteur, en grant pauvreté, désolation et indigence de biens , et qui pys est , a baillé les terres^ seigneuries, revenus et appartenances d'icelle, à termes d'années encore à escheoir et en a pris deniers; en telle manière que, si le cas s'ofiroit que ce eust lieu, ils n'avoient ni de quoy vivre ni leurs maisons et édifices entretenir, ni garder en réparation , comme il est bien requis. >
Nous ne savons trop, faute de documents suffisants, sur qui doit peser la responsabilité d'un abandon fait avec des circonstances si aggravantes; nous savons seulement qu*à l'époque oii Guillaume de Toustain résignait ses fonctions, en faveur de Gbarles de Martigny , l'élection, faite encore par les religieux, de Pierre de Vierville, mettait deux intérêts rivaux en présence, au grand détriment de l'abbaye, victime de l'anarchie résultant de cette double élection. Pierre de Yierville fut soutenu par son frère, messire Arthur de Yierville, chevalier, baron de Greully, qui s'empara, de vive force, de l'abbaye. Il en était sans doute encore maître en 1&87, comme l'attesterait une autre lettre de Charles YIII , qui ordonnait an bailli de Gacn de donner main-levée du temporel de l'abbaye à l'abbé Pierre de Yierville, quoique celui-ci ne lui eût pas encore fait son serment de fidélité.
Charles de Martigny était fils de Charles, seigneur de Martigny, trésorier général des finances et neveu , par sa mère , de la célèbre Agnès Sorel, Dame de beauté. Habile , actif, insinuant , il obtint successivement les bonnes grftces de Charles Ylll et de Louis XII, qui lui confièrent
166 ABBATE DB SAINT-ÉTIBNNE DB GABN.
plusieurs missions diplomatiques importantes. Il fut d*abord évëque d*Elne dans le Roussillon (1) , puis de Castres (de 1&9& à 1509 ). Ce Tut lui qui , lorsque René de Prie fut , en l/i98, nommé évêque de Bayeux , alla preudre possession du diocèse en qualité de commissaire du nouveau prélat. Il fit partie enfin de la commission chargée d'examiner les causes de divorce qui amenèrent la séparation de Louis XII et de sa Temme, Jeanne de France, fille de Louis XL Nommé directement par Charles YIII, contrairement au droit d'élection qui appartenait aux religieux, il en Tut le premier abbé commendataire , près de trente ans avant le concordat de François I*'. et du pape Léon X.
Ce ne fut qu'avec l'appui du roi de France , que Charles de Martigny parvint à contraindre Pierre de Yierville à lui abandonner le gouveroement de l'abbaye de Caen. La contestation avait été vive et accompagnée de scènes déplorables. Ses gens et ceux du baron deCreully eu étaient venus aux mains dans l'enceinte même de l'abbaye. Une requête , présentée par Charles de Martigny à l'Échiquier de Rouen , demandait « que l'on nt mettre et retruder aux prisons du roi, messire Arthur de Yierville, jusqu'à ce que autrement en eût été ordonné par la Cour. » La lutte ne fut terminée que, lorsque au moyen d'un accord conclu entre les religieux et les deux adversaires, il fut décidé que Pierre de Yierville résignerait ses fonctions en faveur de Charles de Martigny, et que celuici ferait entrer comme religieux profès dans le monastère un de ses neveu:;, Pierre de Martigny, en faveur duquel il résignerait à sou tour ses fonctions , lorsqu'il le jugerait à propos , afin que les religieux et le chapitre pussent élire régulièrement ce neveu pour lui succéder (2).
Le zèle que déploya Charles de Martigny dans radminislration du monastère, les utiles fondations auxquelles son nom est demeuré attaché, prouvent qu'il avait pris ses importantes fonctions au sérieux, et qu'il n'avait pas donné à ses successeurs l'exemple de cette indifférence
(i) Eine (Helena) Tille du Roussillon , à lik kilomètres de Perpignan, connue du temps des Romains sous le nom d^Illiberis, et reconstruite par Constantin qui lui douna le nom de sa mère. Cette ville derint de bonne heure le siège d'un évêché, transféré, en 1602 , à Perpignan.
(2) (iaignières, Abbayes de France (L IV, D. E., mss. de la Bibliothèque impériale). De La Roque, Histoire de la maison d*Harcourt,
HISTOIRE. — â". ÉPOQUE , 1450-1562. 167
coupable, qui ne leur fit considérer leur nomiDatiou au gouvernement de ^ Tabbaye, que comme une riche sinécure.
Ce fut surtout par Timporlance et retendue de ses constructions ^ qu'il mérita la reconnaissance des religieux de Tabbaye. C'est à lui que fut due cette partie de la mansc abbatiale , désignée sous le nom de Ij>gis neuf de l'évêque de Castres, édifice d'une rare élégance , dont il existait encore, il y a trente ans, de fort beaux restes. Ils ont été détruits pour faire place à de nouveaux bâtiments, en faveur desquels le respect pour les constructions consacrées par l'art et la religion des souvenirs , a été , comme en tant d'autres circonstances , sacrifié au principe d'utilité , si fatal aux monuments du passé.
Le même abbé fit aussi construire , pour le prieur de Torteval , un manoir que le marteau des démolisseurs n'a pas encore fait disparaître , et où Ton peut voir les armes de sa famille. On lui devait enfin cette belle cloche de l'église de St.-Ëtiennc, que brisèrent, en 1562, les calvinistes, et dont le poids était supérieur à celui de la fameuse Georges d'Amboise de la cathédrale de Rouen, qui pesait 36,000 livres.
Une nouvelle tentative, faite par le bailli de Caen, pour soumettre à la loi commune les sujets de l'abbaye , était , en 1&87 , l'objet d'une plainte adressée, par l'abbé de Martigny, au roi Charles YlII. 11 s'agissait de l'obligation à laquelle le bailli voulait les astreindre de monter la garde au château, comme les autres habitants de la ville. Le prince, considérant,! que les sujets de l'abbaye, demeurant, tant au Bourg-l'Abbé qu'es paroisses de Cheux, Bretteville, Bots, Allemagne, et plusieurs autres lieux, tenus de l'abbaye, doivent faire le guet en la dite abbaye et la garde de leur porte > , défendit au bailli et à son lieutenant de contraindre , en aucune manière , lesdits hommes de faire le guet au château de Caen et d'y monter la garde (1). Le roi, sur les instances des religieux fit pareillement lever tous les obstacles que les magistrats de la ville leur suscitaient, à l'occasion de leur foire de St. -Michel. Privée , comme nous l'avons vu ci-dessus, des avantages que lui procuraient les deux foires que lui avait accordées , puis enlevées le roi Louis XI , la ville ne pouvait voir , sans un sentiment naturel de jalousie , le monastère jouir
(I) Archives du Calvados, Tonds St-Êlieonc, Supplément.
168 AfifiAYB DE SAlNT-éTlENNB DE GABN.
des privilèges doot elle venait elle-même d'être frustrée. Charles YIII, c à la supplication, disait-il , de oostre amé et Téal cooseiller, Charles de Martigny, évèque d'Eaulne (Elue) et abbé de St. -Etienne , et en Taveur des services que nostre dict Conseiller a faicts par ci-devant à Teu nostre très chier sire et père, que Dieu absoille, et en plusieurs voyages et ambassades où il s*est très grandement et vertueusement conduit et employé et continue chascun jour et espérons que encores fera le temps avenir • , maintint Tabbaye dans le droit qu'elle tenait de son fondateur de percevoir, pendant trois jours, la coutume de la Toire de St. -Michel (septembre iA90).
Les tentatives des particuliers n'eurent pas plus de succès que celles des échevins de la ville : Jean de Cantepie ayant intenté un procès à Tabbaye,a(in de se soustraire à l'obligation de payer les redevances auxquelles il était assujetti, un mandement de Louis de Brézé, comte de Maulcvrier, baron du Bec-Crépiu, grand-sénéchal et réformateur général des pays et duché de Normandie, fit ajourner le procès. La contestation fut portée devant le Parlement de Rouen, qui donna gain de cause aux religieux.
Enfin , dans le but de repousser, au moyen de titres authentiques, les prétentions nombreuses élevées contre l'abbaye, particulièrement au sujet de ses droits sur les habitants du Bourg-l'Abbé, dont la population s'était considérablement accrue , l'abbé Charles de Martigny fit dresser un état complet des maisons de cette partie de la ville et des redevances auxqtielles les tenanciers de chacune d'elles étaient assujettis envers le monastère. Nous examinerons plus tard ce document , qui nous apprend qu'au XV% siècle , dans la paroisse de St. -Nicolas seulement, les religieux avaient à percevoir leurs droits sur plus de cent cinquante maisons ayant pour la plupart cour et jardin , et sur un nombre égal à peu près dans les paroisses de St.-Ouen et de St. -Michel de Yaucelles (1 .
Cette revue est faite par D. Martin Lefévre, trésorier; D. Jean RegnauU, obitier, et D. Guillaume Le Gaugeys, grainetier, avec la coopération de mcssire Pierre de Vaubadon, prêtre, curé de St.-Aubert;
(1) Cet étal ou marchemenl , faisant connaître les rues , les maisons et les noms des personnes qui les habitent, est d^une grande importance pour la topographie et la statistique de Caen à cette époque. On |K>urra le compléter à Paide d'un pareil travail, exécuté , en 1581 , par Tordre de Pabbé Péricard.
HISTOIRE. — 8*. lÉPOQOB , iii50-i562. 169
matlre Sevestre Le Caretel, curé de Garcelies, et Michel Bioodel , sergent du Bourg4'Abbé (1).
L*abbé Charles de Martigny résigna , comme il en avait pris rengagement, en faveur de son neveu, Pierre de Martigny, religieux profès, qui fot ensuite élu régulièrement par le chapitre de Pabbaye (2).
Mort le 8 juillet 1512, il fut inhumé dans Téglise de St.-Étieone , derrière le chœur, en la chapelle de Notre-Dame, où son successeur lui fit élever un monument de martoe blanc et noir , sur lequel il était représenté. Ce tombeau, dont on vantait la magnificence, était orné de bas- reliefs et d'inscriptions , avec une épitaphe en vers latins.
PIERRE DE MARTIGNY, 29% Abbé.
i5oe-i53i.
Pierre II de Martigny , né dans le duché de Ferrare , appelé par son oncle dans Tabbaye de St. -Etienne, y fit sa profession vers Tan 1501 , et Tut comme son prédécesseur, évèque de Castres et abbé de St. -Etienne. Il obtint plus tard le titre d'abbé de Ferrières et enfin celui d'évêque de Bayeux. il fit Taveu du temporel de Tabbaye, le 18 avril 1506, à la Chambre des Comptes de Paris. L*abbaye fut administrée par les prieurs, pendant qu^appelé à la cour , il remplissait les hautes missions dont il fut successivement chargé par les rois Louis XII et François I" Il était cependant à Caen en 1522, lorsque, si Ton en croit M. de Bras, il y reçut un cardinal, un archevêque et un évèque italiens, qui, visitant dans la grande église le tombeau du duc Guillaume , obtinrent à force d'instances que Fabbé Pierre le fît ouvrir et leur montrât le corps du Conquérant. Il était beaucoup plus grand que celui des hommes de la plus haute stature et parfaitement conservé. L*abbé Pierre, avant de replacer dans le tom-
(1) La copie de œ compte est écrite delamaiDde D. Gilles Lemerder, infirmier, en présence de D. Léonard Le Fauconnier qui était, vers 1570 , aumônier de l*abbaye.
(2) Hennanl, et après lui D. Blanchard et Tabbé De La Rue, ont compté an nombre des abbés de SL- Êtieoiie Charles de Neofichatel, snooeailfament évèque de fiayeux (U09) et archevêque de Besançon, lis le placent entre Guillaume de Toustain et Charles de Martigny, avec lequel la similitude du prénom Taura probablement fait confondre.
170 AfiBATB DB SAINT-ÉTIBNN'B DB GABIÏ.
beau rillustre mort , dont la curiosité de ses hôtes venait aiosi troubler le repos ^ fit peiudre son portrait sur un tableau de bois qu'il fit entourer d'un cadre et attacher contre le mur , vis-à-vis du sépulcre.
Charles et Pierre de Martiguy avaient puisé en Italie ce goût passionné pour les beaux-arts qui, après avoir couvert la patrie de Médicis des chefs-d'œuvre de la peinture et de la sculpture, se propageait en France, où il allait trouver dans François P'. un brillant protecteur. En 1521 , Henri Soyer , le grand architecte caennais , commençait à construire la voûte et le magnifique rond-point de Téglise de St. -Pierre, autour de laquelle il ciselait ces élégantes galeries, et cette multitude de clochetons, de pendentirs et d'arcs-boutants , qui produiraient un si merveilleux efiet, si Ton pouvait dégager cet admirable édifice des ignobles constructions qui en cachent la plus grande partie. Une noble émulation s'était emparée des trésoriers et des paroissiens des autres églises , que décorèrent de riches peintures et d'éclatantes verrières , malheureusement destinées , comme nous le verrons bientôt , à être détruites presqu'aussitôt qu'achevées. Alors se fondait le concours poétique des Palinods de Caen, dont l'origine est due à la dévotion particulière des Normands pour la fête de la Sainte-Yierge, et en particulier pour l'immaculée Copception. L'Université en célébra l'établissement en 1527 dans l'église des Cordeliers. Quelques années après florissait Jean Marot , né à Mathieu , d'autres disent à Caen même, qui ouvrit la série des grands hommes que cette ville devait produire pendant le XYP. siècle et la première moitié du XVIP.
Lorsque le roi, que l'abbé servit en qualité d'ambassadeur, fut fait prisonnier après la bataille de Pavie , ce fut dans la grande salle de l'abbaye de St. -Etienne que se réunit l'assemblée convoquée par le gouverneur de Normandie, Louis de Brézé, pour aviser aux moyens de racheter les deux fils de François I". , retenus à Madrid comme otages de leur père. Pour le paiement des deux millions exigés par l'empereur, la noblesse du pays offrit la dixième partie de ses revenus , et choisit pour commissaires enquêteurs les sieurs de Reviers et Dupont , et pour contrôleur Girard d'Esquay, sieur de Rapilly, lieutenant du bailliage de Caeu. C'était en 1528; et dans la même année le duc de Montmorency, chargé des pleins pouvoirs du roi , venait engager , avec faculté de ra-
HISTOIRE. —â% éPOQUB, 1&50-1563. 171
cbat , à doo Alphonse d*Est , duc de Ferrare , les trois vicomtes de CaeD, de Bayeux et de Falaise, pour prix d'ane somme de 91,35A écus au soleil , 3 sous touroois , que le duc avait prêtée au roi de France lorsqu'il Taisait le siège de Pavie (1).
Pierre de Martigny était en ambassade à Venise , lorsque François I". le nomma à révécbé de Bayeux. C'était le premier évèque de ce diocèse que le roi de France eût nommé depuis le concordat fait entre Léon X et lui, à Bologne. Parti d'Italie, au mois de juillet 1531 , il prêta le serment ordinaire, le 18, à Téglise métropolitaine de Rouen. Mais, arrivé à Tabbaye de Gaen , il y fut surpris par la mort, le 13 septembre, avant d'avoir pu prendre possession de son évêcbé. Son tombeau fut placé près de celui de son oncle , et son cœur , ainsi qu'il l'avait demandé , porté dans la cathédrale de Bayeux.
FRANÇOIS DE TOURNON , 30«. Abbé.