USAGES PARTICULIERS
Depuis la Tête de Pâques jusqu*à T Exaltation de la Saiute-Croix , à 5 heures 1/2, et depuis cette fête jusqu'à Pâques, avant Seite, les portes de Téglise doivent être ouvertes. Elles se Terment après Vêpres, en hiver; et après Compiles, dans les autres saisons; excepté aux jours de la communion pascale et dans les fêtes qui réunissent dans Téglise un grand nombre de fidèles.
Toutes les Tois que Ton fait brûler Tencens à Vêpres et à Laudes, ou à la messe, le thuriféraire, après avoir encensé le célébrant, fait trois fois le tour du tombeau du roi Guillaume, en lui rendant le même honneur.
Chaque jour, messe en Fhonneur de la Sai n te- Vierge , à Theure de Sexte ; autre messe pour les fondateurs de Tabbaye. L*abbé Charles de Martigny avait fondé deux messes: l'une pour la Conception , Tautre pour TAnnonciation de la Sainte-Vierge , qui étaient célébrées pour lui et pour le salut de ses ancêtres et de ses amis.
Une autre messe privée, pour la Sainte-Vierge, avait été fondée par D. Afain de La Heaulle.
La chapelle Hallebout avait ses chapelains particuliers, auxquels appartenaient les messes qui y avaient été fondées.
D'après les anciennes coutumes, un cierge allumé brûlait, nuit et jour , devant le Très-Saint-Sacrement de Tautel.
C'étaient les PP. Franciscains qui étaient chargés de porter à leur der-
indiquant les citants, les hymnes ou les prières, usités dans ctiacune des fêtes que nous avons mentionnées. Nous renvoyons aux ouvrages spéciaui , et, en particulier, à la collection de Hittorp, qui a pour titre : D€ divinis cathoHcœ ecelesiœ ofieiiê , Paris, iOSA* Elle se compose des traités suivants, point de départ de toute étude liturgique : I*. Ordo romanuâ, de divinU oficiis; S*. Beati Isidorii Hispalensis episoopl. De eeclenastieis oficiù; 8*. Alblni Flacci Alcuioi, De ogiciU divinia ; Amalarii Fortunati, De eeeUeiaetUiê oficiis; De ordine antiphonarii : A*. Hrabani Mauri, De institutione cUricontm: 5*. VITalafridi Strabonis, De exordiis et ineremenfis rerum eeclesioitiearum ; 6*. Bemonis, Augiensis abbatis. De qviimsdam rebm» admissœ ofidum pertinentibui libelluê; 7*. Pétri Damiani, Liber Dominue volnseumi 8% Mtcrologus, De ecelesiaaticis obtervationibus f 9*. Beati Yvonis, Camotensis episcopi, De rébus eeeUeiasiieiâ $ermmu$: 40*. Hildeberti, Cenomanensis episcopi, Venta de mysterio miêsa: il*. Ruperti, abbatis mooasierii Tuitensis, De divinis oficiis, libri duodeeim: iS*. Nucleus, De saerifieio missœ; 18*. Radulphi Decani Tangrensis, De canonum observantia; i&*. Honorii , Gemma anima; 15*. Hugonis a Sancto Victore, De mysteriis missœ, et de Satramentis,
nière demeure ceux des Béoédictius qui mouraient au monastère. On donnait une élole à chacun de ceux qui étaient prêtres ou diacres. Tous recevaient un cierge, et le supérieur de Pabliaye y ajoutait un présent, en argent ou en blé. Deux religieux devaient assister aux obsèques , avec la coule. Nous avons parlé ailleurs des touchantes cérémonies usitées eu cette circonstance (1).
Aux jours du jubilé, il y avait, entr*autres cérémonies , une procession Taite par tous les religieux de la communauté autour de Téglise et du chœur.
I^smassiers des paroisses, le clergé de St. -Nicolas et celui de St.-Ouen, précédés de leurs porte-croix et de leurs acolytes , marchaient en tête ; puis, venaient les thuriféraires de l'abbaye, en chapes; les acolytes, le maître des cérémonies , les musiciens ; tous les religieux , en coules ; les chantres avec leurs chapes; le célébrant, et enfin les appariteurs. Sortie du clottre, par le côté du monastère réservé aux hôtes, la procession Taisait le tour de Téglise, rentrait dans la nef et se dirigeait vers la chapelle Hallebout. Là , elle se formait sur deux rangs , parcourait chacune des ailes et se réunissait au chœur, pour chanter les hymnes d'usage.
Dans toutes les solennités célébrées à Tabbaye , celles , par exemple , où se chantait le Te Deum, aux services funèbres faits en l'honneur des rois, princes, abbés, gouverneurs de la province ou de la ville, la présence des prêtres attachés aux églises de St.-Nicolas et de St.-Ouen était requise.
En leur qualité de fondateurs et de curés primitifs de l'église de St.- Nicolas, les moines de St. -Etienne s'étaient, de tout temps, réservé le droit d'aller y chanter la messe paroissiale, aux fêtes de Pâques, de la Pentecôte, de Noël et de la Toussaint, et au jour où se célébrait la fête du patron de cette église. En présence du moine délégué par la communauté pour officier , le vicaire de la paroisse devait se revêtir de l'étole. Nous avons vu combien de démêlés avait suscités l'exercice de ce droit entre les Bénédictins et les prêtres de St. -Nicolas, devenus, comme ceux de St.- Ouen, vicaires perpétuels et cherchant, à ce titre, toutes les occasions de se rendre indépendants de l'autorité spirituelle du monastère (2).
(i) Voir plus haut, p. S9.
(3) Aa sojet des cérémonies dont se compose ia célébration de l*offioe divin, et aaïquelles est attaché un MUS profondément symbolique, nous ne trouvons que quelques notes insignifiantes, parmi les papiers
/k62 ABBATH Dfi 8AINT-ÉTIENNB DE CAEN.
Une des Télés les plus importantes et les plus solennelles de Tabbaye devait être naturellement celle qui avait été destinée à perpétuer le souvenir de la translation des reliques sacrées du saint, sous l'invocation duquel elle avait été placée par le roi Guillaume.
Un petit ouvrage fort rare, de D. Mathieu de La Dangie, contient sur les reliques du premier martyr des détails que nous en détachons et qui termineront convenablement le peu de documents qu'il nous a été possible de recueillir, sur les cérémonies usitées dans notre grande abbaye (1).
Comme ainsi soit que la vertu de cet invincible conquérant duc Guillaume , fondateur des deux abbayes de Caen , ait perpétuellement paru en ceci qu'il n*épargnait choses aucunes 9 durant sa vie« de celles qu'il estimait pouvoir contribuer au bien du service de Dieu et de Fhonneur qui est dû à ses saints , il entreprint, à quelque prix que ce fust, de travailler sérieusement à la recherche des précieuses reliques de ce très-illustre roartyr saint Estienne.
Et encor que plusieurs sortes d'obstacles très-ardus et difficiles sembloient s'y opposer d'une façon et d'autre y ils n'y servent néantmoins après tout que de matière pour signaler plus hautement son zèle et sa libéralité » dans Tinébranlable constance qu'il voulut témoigner, afin d'en poursuivre sans intermission l'effet, jusqu'à ce qu'il fût parvenu au but de sa très-louable prétention. « Reliquias pretiosissimasbeatiprotomartyris sancti Slephani prelio non parvo acquisivit » Car enfin , disent les chartes de l'abbaye de Caen, il emporta par sa persévérance ce qu'il s'estoit proposé touchant Vohtention des dites sacrées reliques, au moyen toutefois de pluâeurs grands soins et indicibles dépenses, dont aussi en après il reçut cette grâce de les voir réussir avec tant de bénédictions, qu'au sujet d'icelles furent pratiqués en diverses saisons quantité de miracles et autres effets de perpétuelle remarque.
Le premier effect qui en provint d'extraordinaire vertu , fut que les religieux de la dicte abbaye et autre députez , qui par l'ordre et soubs les auspices de ce très pieus monarque, en a voient fait les poursuites, jusqaes aux dernières contrées de la
de nos Bénédictins. Les traités spédaui de Jean Beletti, de Durand! et de Saint- Victor, ne doi?ent être lus qu*avec précaution. Des remarques, aussi sa?ante8 que judicieuses, sont consignées dans TouTrage dn P. Lebrun, prélre de l'Oratoire, Bxplicatian littérale, hiitoriqme et dogmatique des eérémamee de la meete, Paris, 1716. Il y réfute le système développé par D. Claude de Vert, dans son Explitatitm iimple, littè' raie et historique des cérémonies de V Église* Il serait aussi peu raisonnable de ne Toir partout que le sens mysUque et symbolique, que de le rejeter d*une manière absolue.
(1) Cet ooTrage a pour titre : L'Asile salutaire , touchant la dignité des reliques des Ssinis , par D. If. de La Dangle de Rencby, docteur en théologie et cellérier de la grande abbaye de Caen» Caen« JoacUm Massienne, me Frolde-Rae, devant la Cour au Gens; sans date. L'approbation est de ia$5.
Dans rèpltre dédicatoîre, adressée par D, M, de La Dangb à l'éféque de Bayeui, il lai aiuaoQoe « qu'on
EITBS BT LITURGtB. &6â
Terre-SaiDte et de la Palestine , savoir est vers les confins du torrent de Cédron , proche les pendants du mont de Moriahc et de celui d'Olivet^ entre lesquels ce grand saint endura le martyre; ayant entreprins de revenir vers la France, ensuite de ce qu'ils avoient obtenu, après divers coustages, ces reliques très sacrées et la prélieuse chasse où elles estoient encloses, et ayant fait rencontre de certaines troupes infidelles et arabesques, qui vouloient leur ravir; dont pour éviter le péril comme ils se furent mis en prière, lesmesmes infidelles furent incontinent rendus si fort insensibles et hors de toute puissance de nuire, que les dits députez eurent moyen de continuer avec liberté leur chemin , sans crainte d'aucun trouble de leur part , ny de la moindre offense.
Mais le second très insigne miracle qui suivit fort peu de temps après , fut , lorsqu'ayant transporté jusques à €aen cet inestimable trésor, les dits religieux députez se trouvèrent fortifiez par teb aydes du ciel , qu'ils souhaitèrent qu'on ailumast un feu sur le pont de la dicte abbaye, afin d'y passer (ce dit la tradition) ainsi qu'ils firent , revestus de leurs ornements sacerdotaux , à la vue du public , sans lésion quelconque. De manière qu'en témoignage de la vérité de ces sacrées reliques, on vit que le feu parut évidemment s'écarter et se séparer des deux costez du pont , en forme de hayes , pour ne les point blesser , par semblable merveille à celle du feu, dont furent autrefois garantis les trois enfants, dans la fournaise de Babylone.
D'où vient qu'en après , s'il survenait dans le pays quelque nécessité importante ou politique, on avait recours au Chapitre de cette abbaye, afin d'impétrer la descente de la dite châsse, qu'on nonunait autrement du mot de Fierté, où estoient icelles prétieuses reliques, ensuite de quoy, quand on se mettoit en devoir de la descendre et de la porter en procession , avec prières solennelles et autres cérémonies, on recevait d'ordinaire, par voie miraculeuse, les bénéfices qu'on souhaitait de l'infinie bonté de Dieu. Dans quel sujet pourtant on voyait si grande afiluence de peuple, aborder de toutes parts en l'église de ce lieu, afin de lui en rendre grâces, et pour implorer la continuation de telles bénédictions, qu'on ne s'imaginerait pas quels dons et offrandes y estoient conférées.
Et à ce moyen les religieux de l'abbaye de Caen y faisoîentdes charités indicibles, à l'endroit des pauvres souffreteux , y dotoienl avec grande aisance plusieurs oflices claustraux, augmentoient le revenu de leur sacré patrimoine et y adjouloient nombre indicible de rares édifices et augmentations , tant dans l'enclos et pourpris d'icelle abbaye , qu'au sujet des seigneuries en dépendant , ce qui a été continué jusques au
lui préparera désonnais, dans son église cathédrale de Bayçux, pour signalé ornement, durant certaines fêtes solennelles, le chasuble dont se serrait autrefois saint Regnobert, second évoque de Bayeux (saint Begnobert ne fut, comme on le sait, que le douzième}, quand il offrait le sacriGce, il y a plus de quatorze cent quatre-vingt et tant d'années. Et ce qui est digne de tW^-attentive remarque, le mesme chasuble ayant demeuré enfbui dans la terre, sans aucune rupture ni fraction, plus de trois cent soiiante et quinze ans ( Luitris quinque lapait quindeciea , née ait rit a catula ). i
&6& ABBATE DB SAINT-ÉTIBNNB DE GAEN.
temps des ravages^ viron Tan mil cinq cent soixante-deux » où les dites reliques furent enlevées par la félonie des hérétiques^ avec tous les autres thrésors de l'église d'icelle abbaye.
Or» ces reliques contenoient une partie d'un bras de saint Estienne et une petite ampoulle du sang qui en avait ûué, avec beaucoup du crâne de sa tête et bon nombre de ses cheveux » comme aussi une des pierres dont il avoit été lapidé.
Sur ce que il étoit de ses cheveux, ils estoient tellement esclatants et de si grande beauté qu'il sembloit qu'ils eussent esté tout récemment coupés de dessus son chef. « Qui videlicet capilli adhuc ita sunt pulchri et candidl» quasi modo ejus capite fuissent incisi. »
Et il est à croire que la dite ampoulle qui contenoit le dit sang estoit d'assez remarquable contenance» car le fondateur de l'église collégiale et congrégation du Plessis» qui sappeloit Sanxon et estoit fils du baron de Douvres» impétra du duc Conquérant» dont il estoit aumosnier» une petite iiolle d'icelluy sang de saint Estienne qui avoit esté tirée de l'ampoulle dont il s'agit » et laquelle fiolle a toujours esté conservée jusques à présent avec toute sorte de soin dans le monastère du Plessis, lequel aussi pour ce sujet fut dédié au mesme temps à Dieu » soubs le nom de ce premier martyr saint Estienne.
Au reste » je ne pourrois dire avec combien de joye et avec quels ressentimens de piété et de fervente dévotion ces reliques très-sacrées furent reçues dans l'abbaye de St. -Estienne de Gaen» lorsqu'on les y transporta» où» par vœux unanimes» la feste de la Translation d'icelles y fut instituée pour y estre solennisée à perpétuité » tous les ans» en qualité de l'une des principales» le huitième jour d'octobre» avec octaves et autres célébrités requises» en commémoration et parfaite reconnaissance d'une si excellente et ineffable grâce (i).
(I) L*abbé De La Rue, à propos des doutes exprimés par Baillet, au sujet des reliques du premier martyr, qui se trouvent avoir été transportées dans un si grand nombre d*é^Hses de France, après le VI*. siècle, parle des faits miraculeux rapportés par D. M. de La Dangie, puis il ajoute i* Siée» nûraelei $ant vrais , Tauthenticilé des reliques conservées dans le monastère nous parait démontrée. > Voilà une affirmation qui n*est nullement compromettante pour le docte abbé.