VICOMTE DE CAEN
Caen était ane cité, burgh, aa temps de Riciiard II, duc de Normandie, et Tut, en 1026, avec le comté et la ville de Coutaoces, assigné comme douaire, par Richard III , son fils et son successeur, à son épouse Adèle (1). Les termes de la donation indiquent une ville déjà étendue et d'une assez grande importance. Dans le fait , les églises de Caen sont, avec queiqu'apparence de vérité, considérées par la tradition comme ayant été fondées par saint Regnobert , qui était évëque de Bayeux au VII% siècle, temps pendant lequel cette partie de la Normandie était occupée par les descendants des Saxons qui s*y étaient établis; ce qui lui avait fait donner d*abord, sous le règne de l'empereur Honorius, le nom de litius Saxonicum; Grégoire de Tours, qui écrivait au VP. siècle, donne aux habitants le nom de Saxones Baiocamni (2).
L'existence d'une voie romaine allant de Lisieux, Neomagus, à Bayeux, ji ugusiodunum , où elle s'arrête, a été prouvée d'une manière satisfai-
(!) Et in oomtlalu Baioceosi oonoedo fillam qiue dicitar Cathim, saper flufium Olnae, circumqaaque cum ecclesiis, vineis, pratis, molendinis, cum foro, teloneo et omnibus appendictis suis (D*Actiery, Sjrieilegium, i, III, p. 380).
(S) Le nom primitif de Caen était, dit Stapleton (ouvrage cité), Kathum; mais le génie de la langue latine n'admettant point le th, la lettre d, qui se prononce à peu près de la même manière, lui fut sul>stituée. C*est un mot composé de Tislandais gâta, qui signifle rue, voie, et de la syllabe hum, qui signifie la terre desséchée qui se trouve sur le bord d*une rivière et qui est coupée par de petits courants d*eau : G*est, en effet, Taspect qoe présentent les prairies basses que TOme longe à Caen. Le nom de CattkouU que portait primitivement la rue de Geôle, et qui est le même que celui de UoulegaU, a la même étymologie; c'est la rue crtMU, la rue du creux , ce qui convient en effet à cette rue, qui s'étend le long de renfoncement, au-dessus duquel s*élève la colline où a été construit le chAteau.
santé, par des découvertes récentes. Elle avait sa direction par Caen, et le quartier nommé le Vaugueux, Fallis gué, dans une charte de Robert, fils de GuilIaume-le-Conquérant, pourrait bien être dérivé du^ti^par lequel le passage de la chaussée sur TOrne s'effectuait dans cette partie de la ville. Caen fut, jusqu'au milieu du XP. siècle, comme les villes d'Angleterre avant l'invasion normande, sans murailles, ou château :
Encore art Caem sanz chastel, N'i avait fat mur^ na quesnal,
remarque mattre Wace, dans le Roman de Rau, lorsqu'il raconte que l'armée française, qui, en 1058, avait pénétré dans le Bessin jusqu'à la rivière de la Seulle , repassa TOrne dans cette ville , et continua sa route jusqu*au pont sur Dive, à Yaraville. La première enceinte fut faite par Guillaume-le-Conquérant, et la ligne suivie par lui fut évidemment choisie dans le but de tirer le meilleur parti des fortifications naturelles de la place, quel qu'en pût êti*e le résultat pour la commodité et les intérêts des habitants. C'est ainsi que, dans la partie supérieure de la ville, les paroisses de St.-Martin et do St.^Julien furent laissées en-dehors des mars, tandis que le cimetière de St.*Étieone fut coupé en deux par le fossé. Par le même motif, le château occupa toute la surface de la colline située entre la rue Catehoule et le Vaugueux, de sorte que la paroisse de St- Georges fut enclose tout entière par les murailles. Pour la défense du pont, les deux côtés de la rivière, à l'est du Pont-St. -Pierre (ancienne* ment Darnetal ) , furent munis de murailles crénelées et un pont fortifié y fut aussi jeté. Â l'ouest , l'Odon et les prairies inondées formaient , à l'aide de palissades, une défense suffisante; et au sud, la chaussée était barrée par la porte Milet. Aux deux grandes abbayes de St.-Étienne et de Ste. -Trinité, établies en dehors de la ceinture fortifiée, furent attribuées, comme nous l'avons vu, les parties de l'ancienne ville situées en-dehors des murailles qui les avoisinaient ; de là , la subdivision de la ville de Caen en Bourg^-l'Àbbé, Bourg-V A bbesse et Grand-Bourg. On sait que Robert Courte-Heuse avait fait à Caen une tranchée, allant de la rue Messine (ou Exmoisine ou Hiémoise, ancien nom de la rue St.- Jean) à la porte Milet. Une partie de l'Orne passe par cette tranchée à l'endroit où ont lieu le flux et le reflux de la marée. Au moyen de cette
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tranchée, qui a été depuis appelée le Grand^Canal^ Fangle du pays d^Hiesmes, qui embrasse les détours de TOriie, connu depuis sous le nom de Petite-Orne, O/nuto, et dans lequel se trouvait l'église St. -Jean de Caen et les habitations qui forment la partie du Grand-Bourg, à partir du Pont St. -Pierre jusqu'à la porte Milet, devint une ile, et c'est de là que vint le nom d'Ile Si. -Jean donné à cette partie de la ville. Ce travail semble avoir eu pour but, moins de défendre la ville que de prévenir les inondations et d'ouvrir un canal plus étroit pour rendre moins impétueux le flux de la marée. Dans la suite, une partie des eaux du Grand-Canal, par le moyen d'une digue, Tut conduite pour couler autour des murs du quartier St. -Jean et rejoindre le vieux lit de l'Orne, au-dessus du Pont- St. -Pierre , et elles servirent eu même temps à remplir le Tossé transversal qui longeait les murs de la ville, parallèlement au Grand-Canal , et qui était traversé par le pont-levis de la porte Milet.
Le château avait été construit par Guillaume-le-Conquérant. Lorsque Henri I*'. l'ajouta au donjon, démoli en 1793 (1), il ne toucha pas aux murailles d'enceinte, il les laissa telles que les avait élevées le roi Guillaume, son père (2). Dans le compte de la prévôté de Caen, par Roger, fils de Thierry, en 1180 » il y a une somme consacrée aux travaux de constructions dans la tour et dans le château , à ceux de la petite chapelle, des chambres , de la salle et aux réparations d'une portion des murailles. Il est donc vraisemblable que les bâtiments construits dans l'enclos muré du château étaient, en cette année 1180, en voie de construction, et que l'ancien édiGce qui existe encore , de manière à ce qu'on puisse le reconnaître. Tut construit par Henri IL II s'étend sur le côté oriental du donjon , sa façade est au Sud-Est, et la partie postérieure est tournée du côté de la terrasse du rempart. Il n'y a que le côté Ouest qui soit découvert; l'autre est masqué par des bâtiments qui s'avancent jusqu'au niveau de la façade. Le haut des Tenètres est cintré et de chaque côté des
(i) La \ille de Caen j avait enfermé le représentant Romme et deux aulrrs députés envoyés avec lui dam la Basse-Normandie. Un décret de la Convention, du 6 août 1793, porta « que le donjon et le château de Caen, dans lesquels la représentation nationale avait été outragée, seraient démolis ». Le diàlean a été conservé.
(î) Turreneioelsam fecit Henricus rex, in castello Cadoroensi, et murum îpsius casielli, quem paler ipsius feceret, in altum crevit, murum vero drca Burgfum ita ut a Willelmo, pâtre suo, fhctus fuerat, Intactum reliquil. ( Chronique de Robert, du Mont*SL-Michel , année iiSd.)
colonnes en retraite , des encorbellements diversement sculptés supportent les bords du toit , et les linteaux de la porte sont découpés et diaprés capricieusement : Fintérieur de TédiGce a la forme d*uu carré long. La salle n*a aucun ornement d*arcbitecture qui puisse la distinguer d*une aula ordinaire.
Cest dans cette salle que se tenaient les séances de TÉchiquier, dont il a été si souvent question, dans les chartes de Tabbaye de St.- Étienne.