‹ L'abbaye de Saint-Étienne de Caen, 1066-1790Chapitre 85 sur 107 · LE BOURG-L'ABBÉ · texte numérisé non relu

LE BOURG-L'ABBÉ

Cette partie du territoire de Caen, qui appartenait plus particulièrement à Tabbaye et qui constituait son principal domaine, se composait de deux paroisses : celle de St. -Nicolas et celle de St -Ouen, nommée St.-Ouen de Villers.

La première cbarte de fondation, donnée par Guillaume-le-Conquérant, avait indiqué , comme limites du territoire sur lequel Tabbaye était construite et qui prit le nom de Bourg-l'Abbé, deux chemins partant Tun et l'autre de la porte de Fancienne église paroissiale de St. -Etienne (aujourd'hui St.-Étienne-le -Vieux ).

Le premier partait du côté jnéridional de la ville et tendait à Brette vil le, le long du Grand-Odon, sur lequel le monastère possédait autrefois trois moulins , dont deux étaient les moulins de la Crapoudière ou Crapaudière, et Tautre, qui subsiste encore, était le moulin de St.-Ouen. Dès le commencement du XV*. siècle, ce chemin n'existait plus. En fortifiant la ville, on avait pratiqué auprès de Téglise de St.-Étienne-le- Vieux, une porte appelée porte St. -Etienne, par laquelle, en traversant le terrain triangulaire de Vile Regnault, on allait aux prairies, rejoindre l'ancien chemin de Bretteville , par-dessus le Grand-Odon et en passant le pont de Bérendac ou de Bérendal, situé dans la prairie. Ce pont fut rompu, en lftl7, lorsque les Anglais se rendirent maîtres du pays. La porte St. -Etienne ayant ensuite été bouchée, ou alla à Bretteville par la rue Caponière , par la rue de la Tannerie et par la rue Pavée.

Le second chemin, partant également de l'église paroissialedeSt. -Etienne, allait le long du mur occidental de la ville, traversait l'extrémité de la place St.-Sauveur, appelée alors le Vieux-Marché, aboutissait à la porte au Duc, joignant la tour Chatimoine, se dirigeait ensuite le long de l'église et du cimetière de St. -Martin, par la venelle St. -Martin qui s'appelait rue Bicoquet, parce qu'elle formait le commencement de la rue

&7& ABBAYE DE SAINT-:éTIBNNE DE GABN.

qui porte aujourd'hui ce Dom, U*aversaU le jardin de l'Aumônerie , qui avait autrefois deux grandes portes s*ouvrant eu face de cette venelle St. -Martin, et de là, rejoignait la campagne, en passant auprès de Féglise de St. -Nicolas.

L'espace compris entre la venelle St. -Martin d'aujourd'hui et la porte Pesmagnie formait le revers des fossés de la ville , après la construction des murailles dont elle Tut enclose vers l'année iâ&7. Cet espace, qui appartenait à la ville, fut vendu par les échevins; on y construisit des maisons, Gefiées à divers particuliers réprésentés, au commencement du XVIP. siècle, par Jean Richard, Clément Fresnin, les hoirs de Julien Le Marchand, de Michel Morin et de Louis Dupont, Guillaume Piquet, Thomas Vallée, Robert Érard, Jacques Le Boucher, Richard Sevestre, Michel Moisson et Jean Truffaut.

C'était la maison de ce Jean Truffaut qui était la dernière. Elle était sise à la droite de la venelle St. -Martin ou rue Bicoquet, et dans le même temps, c'était un bourgeois de Caen , nommé Morin Briant qui possédait , de l'autre côté de la même rue, la maison à laquelle commençait le territoire appartenant à l'abbaye.

On voyait autrefois quatre pierres posées en ligne droite ^ en partant du milieu de la venelle St. -Martin pour aller vers les murs de la ville, et indiquant la séparation du domaine du Roi et de celui du Bourg-l'Âbbé.

Entre l'église de St.*Nicolas et celle de St. -Martin s'étendait le terrain de l'Âumônerie, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois(l) , où avait été construite la chapelle St. -Biaise. Au-delà, était le clos Bourelu, la délie du moulin à voide , conGsquée sur Richard de Mondehare (2) , et enfin à l'ouest de ces deux domaines, les champs St-Michel, oii se tenait la grande foire dont le revenu appartenait aux Bénédictins.

Nous trouvons indiquée d'une manière complète la circonscription des deux paroisses de St. -Nicolas et de St.-Ouen, dans un papier terrier de 1&7& , dont nous extrayons le passage important que voici :

Gy en suit la limitation du territoire des paroisses de St -Nicolas de Caen et de St -Ouen de Villers , appeUé le tcrrour à l*abbé de Caen.

(1) Notamment aux pages S&O et lui?.

(S) Voir les détails relatif à cette confiscation, p. 1S6.

TOPOGRAPHtB Et REVENU TEMPOREL. &75

La quelle limitatton se commenche par devers Téglise du dit lieu de St -Nicolas ^ à ung clos appelle le dos de Cerysie, appartenant aux hoirs Ëstienne IViilliet Icellui clos assis en droit la grant délie et au regard de la petite délie» environ le millieu. I^ dicte limitation commenche à un acres de terre excluses , appartenant aux hoirs Guillaume de La Fresnaye , à cause de Johan Le Noir , assises jouxte les terres du dit office du guemier, par devers le moulin à l'abbé. Lesquelles terres sont du dit territoire de St 'Nicolas. Et finist icelle délie sur la fin du chemin asnier venant de la porte Pesmagnie et entrant en chemin tendant de Téglise de St -Nicolas à Creuly.

Et au dessus du dit chemin de Creuly» la dicte limitation se fyne aux terres d'Ardeine excluses, desquelles terres il y a cinq vergées assises jouxte le dict chemin» butte sur la délie du moulin et m vergées sont jouxte la dicte délie» butant sur les dictes V vergées » d*un bout , et d'autre sur iii vergées du villenage , sont jouxte les terres de rOstel Dieu et sont icelles m vergées du dit territoire de St -Nicolas.

Et au dessus des dictes m vergées en droit le dict moulin » la dicte limitation se fyne à la terre St- Nicolas incluse» contenant environ demie vergée laquelle est limitée par la terre de Gerysie et la terre Pierres le Grant» à cause de Jehan de la Rette. Et depuis la dicte demie vergée » le chemin tendant du dit moulin à Ardeine fait la dicte limitation jusques aux* terres d'Ardenne contenaut xi vergées, desquelles vergées la xxir. appartient à Féglise de St -Etienne le Vieil» butantes sur la délie des xiii acres du dit guernier» avec plusieurs aultres pièces de terre, c'est assavoir demie pour rOstel Dieu , trois vergées pour les hoirs Jehan Leseigneur et vu vergées pour Nollant» qui furent Raoul Campion. Les dites xiii acres au dit territoire de SU -Nicolas.

Et au bout des dites xui acres jusques au dit chemhi de Creuly » la dite limitation est au bout des terres au grancher» incluses» appelées la Guiére , bniBni d'un bout sur V vergées de terre de TOstel Dieu excluses » et assises jouxte le dit chemin et sur la terre Vymont» à cause de Bertault Henry ; jouxte les dites xiii acres pour partie et les dites terres de TOstel Dieu » d'autre part Et le dit chemin de Creuly fait la dite limitation depuis les dites terres au grancher, butantes sur les dites de TOstel Dieu et sur le dit Vymont» jusques à m vergées de terre à campart incluses , et du villenage Jehan Faisant» assis à la fin du dit territoire» vers fiitot , en la délie des Pucelles^ jouxte les terres d' Ardeine » d'une part» et m acres de terre à dlme appartenant à l'omonier du dit lieu de St -Etienne» d'autre part, butant d'un bout sur le dit chemin et d'autre sur la terre du Notnbly Dieu.

Et depuis les dites m vergées» la dite limitation est par entre les batteries des camps ^ tendantes droit aux clos d'Ardetnè , et jusquez à un fossé estant au long la sente de Si.-Germain, depuis le camp Duprey, tout au long de la dite sente jusquez à deux grands pierres situées au dessoubz de l'église du dit lieu de St. -Germain, sur une pièce de terre a^artenante aux malades du Nombly Dieu,

Et est assavoir que le premier clos d'Ardeine assis par devers Caen est situé sur le dit territoire de St -Nicolas envhron deux perques» qui se montent à une vergée de terre ou environ, laquelle chose est contre raison. Sy y soit pourveu.

&76 ABBATE DE SA1NT-JÎT1KNNE DE GAEN.

Et depuis le mur du clos es malades de Beastlteu par devers Veiiois , la dite limitation se fyne à une délie de terre excluse appellée la terre des martes terres , cornmendiant au dit mur et finissant au chemin tendant de Caen à BretteviUe-sur-Odon, laquelle délie butte sur le dit territoire de St -Nicolas. Et depuis la dite délie, en traversant ledit chemin jusques aux terres de Brucauit , 2ippsLnen2Lïïi au trésorier de St.-£stienne , jouxte par devers firetteville une pièce de terre assise en terrour de Yenoys, appartenant à Thomas Dupuis^ jusques à une vergée de terre exduse^ appartenant aux religieux de Ste. -Barbe, assis jouxte une, du dit lieu de Bnicourt, appelée le camp Pépin. Et de la dite vergée de St -Barbe au camp de la bataille, contenant une acre ou environ. Et du dit camp de la bataille par le bout de bas jusques à demi acre de terre incluse, appartenant à SL-Ouen, laquelle estsommière du terroir de Venoix.

Et de la dite demie acre , en traversant le Petit-Ouldon , jusques au clos Tallebot inclus , nommé le clos à la caille , fait la limitation jusques au Grand-Ouldon.

Nous pouvons maintenant , à l'aide de nos chartes , assister à la Tondation et aux accroissements successifs de notrQ abbaye, en indiquant les propriétés qu'elle possédait dans le territoire de Caen et dans le

Bourg-l'Abbé.

Guillaume-le-Conquérant lui avait donné dans la ville de Caen, indépendamment d'un fief que tenait de lui Guillaume, le chambellan, la maison de Toustain Legrin , la maison et le mouliu de Darnetal (sur le Petit-Odon); un autre moulin, dans la rue Gémare, ayant appartenue ReiDard ; toute la terre que tenait de lui Richard Le Maréchal, tant en aleu qu'en fief; la partie de terrain que possédait Guillaume, fils d'Herdred, en-deçà du fossé par lequel les vaisseaux arrivaient dans le

jardin de l'abbaye.

Une charte de Henri 1''. mentionne aussi , dans la ville de Caen , d'autres biens donnés à l'abbaye par Robert de Neubourg.

Lanfranc acheta, d'Hersende et de ses fils, deux arpents non loin de l'Orne, et de Milon, toute la terre qui appartenait au lit de l'Odon, à partir du lieu où il sort de son ancien lit; de Raoul Cocherel, deux arpents de terre au même lieu. 11 échangea , contre 8 arpents donnés dans le territoire de Yillers , à Raoul Taillebosq , 8 autres arpents que possédait celui-ci , devant l'abbaye. Il acheta à Guillaume Le Cuisinier 5 ar« pents, enclavés dans les coutures du monastère, un jardin de Ranulfe et de son frère Richard ;

De Golda et de son fils Rainauld, remplacement d'uiie maison, aream domus ^ avec son verger et son jardin, le long de l'Odon;

De (ioderroi Le Prêtre, d'autres terres situées aussi le long de TOdon;

De Durand , une terre quMl possédait le long du mur du cimetière de St. -Étienne-le- Vieux ;

D'Albin , l'emplacement d'une autre maison , sise au même lieu ;

De Geoffroi, une partie de son jardin, auprès de celui du monastère.

De Régnault, une maison dans le territoire de Yillers;

Du fils de Milon Le Maréchal , une couture , entre les deux Odons , à Venoix , et un hôte dans le même territoire ;

De Guilaume Le Prêtre, 6 autres arpents, au même lieu;

De Rannulfe, fils d'Âscelin , k arpents de terre à Allemagne , auprès de la grande carrière d'où l'on tirait les pierres avec lesquelles se construisait le monastère (1).

L'abbé Guillaume Bonne-Âme acheta , d'Onfroy Le Maréchal , 2 arpents de pré , à Venoix ;

De Morel, une partie de l'tle , située devant un moulin , établi sur la Laize.

De Roger Ârundel , 1 arpent de pré.

Le même abbé acheta de Rannulfe , fils d'Âscelin , toute la terre sur laquelle il avait droit, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur de l'église St.- Étienne.

11 acheta 3 vergées de terre, entre les deux Odons et le long du jardin de l'abbaye , et la terre de Néel qui fait partie du même jardin.

Il donna à Raoul, fils de Durand, une maison à la Crapaudière, en échange d'une autre maison qui fut employée pour les servitudes du monastère; et il acheta , de Robert Doisnel , 1 autre arpent de terre, le long du verger.

L'abbé Gislebert acheta encore à Caen plusieurs acres de terre d'Uteric, de Lesceline^ de Manger, de Mahommiet, de Rannulfe Le Clerc , de Geoffroy et de Renaud d'Orval.

L'abbé Eudes acheta , des fils de Gislebert Le Meunier , une masure de terre sur le bord de l'Orne.

L'abbé Guillaume II acheta, de Robert Corneille, sa maison de la rue

(1) Toute» ces acquisilioos Tui-cnt Tailes anlérieurement à Tannée 1070, où Lanfranc devint archevêque de Cantorbéry.

ti^S ABBATB DE SAINT-^TIBNNE DB CABIT.

CapoDière et tout le revenu quMl percevait dans la banlieue de Caen , en terres , prés , maisons et toutes autres choses. Uabbé Guillaume acheta , de Philippe L*Ëv6que, de sa femme et de ses fils, pour & livres 5 sous manceaux, une pièce de terre, située entre. le Vîeil-Odon et le clos Pochon.

Herbert , fils de Serlon , donna sa principale maison , de deux étages , dans la rue Catehoule ( rue de Geôle ) , une autre auprès de celle-ci , et un terrain situé entre ces maisons et le mur du château , jusqu*au carrefour St.-Pierre, usçue ad quarreriam. Une autre maison, près de la porte du Marché , fut donnée par Herbert, Fitz Herbert, ainsi qu'une autre, rue Froide, fn frigido vico; et deux autres, rue Catehoule, au-dessous du chemin qui conduit au Château. (Richard 1*'. , 1190.)

Robert, fils de Tébalde, donna une maison sise à Darnetal, en présence d* Alain, abbé de St.-Étienne, et des moines Vital et Néel.

Renaud de Bruyère, du consentement de sa femme Leuasie, donna, en 128/i, une maison située rue de Bretagne.

Les évëques de Bayeux avaient jadis possédé une grande partie du terrain de la ville de Caen , et le sol de la plupart des maisons qui y ont été construites a dû être, dans Torigine, une concession faite par ces prélats, à charge de la redevance connue sous le nom saxon sans doute de GablagCy envers le siège de la mère église de Bayeux. L'évèque Odon fit remise à St. -Etienne de tous les droits et coutumes qui lui appartenaient sur les maisons du Bourg-l'Abbé et celles de la ville.

On remarquera , dans une charte de Philippe lY , à la date de 1293 » que nous avons donnée plus haut, plusieurs donations ou acquisitions de maisons situées dans la ville de Caen. Elle mentionne particulièrement celles qui appartenaient à Jean de Fougères, dans la rue Bicoquet; à Robert Boucher, dans la rue des Prés; à Robert Paysan, dans la rue SL-Martin ; à Gislebert de Lisieux, près le cimetière du vieux St. -Etienne; à Martin Garnier, rue St. -Gilles, près de la place du St. -Sépulcre; à Henri Pcsmagnie , près du Marché ; à Pierre Vidiou , rue aux Fâvres.

Une autre charte de Charles lY , en 1326 , parle de Tacquisition , faite par Tabbaye, d^une maison, rue Pesmagnie, en la paroisse St. -Sauveur de Caen , et valant 30 sols et 2 chapons de rente , de Geoffroy de Bar** banchon; du don fait par Guillaume Bréchet, de &5 sols, à prendre sur une maison , à la place assise en la même paroisse , au marché , entre Guillaume de La Chambre et les hoirs Thomas Louvel.

TOPOGBAPHIE ET RBYBNU TEMPOREL. &79

En 4323, les religieux donnèrent à Terme, aux frères prêcheurs de St. -Jacques de Caen (Jacobins), une maison et un jardin, assis en ladite ville, en la paroisse St. -Jean, c jouxte sur la cauchye (la chaussée) St.-Jacques, d*une part, et Fesseau d'autre part; butant d'un bout sur une venelle tendant aux murs de la ville, et d'autre sur lesdits frères. »

Les frères devaient i chapon et 15 œufs.

En 1362, Colin Regnault, clerc de 'a paroisse de Courseulles, donna, pour l'obit de son oncle, maître Jean Toullemer, 10 sous tournois de rente annuelle et perpétuelle, à prendre sur le manoir es Coufars, assis à Caen, devant le marché de la Peufvre, jouxte Henri Le Danois d'une part , et la rue des Frères-Mineurs de l'autre (1).

En 1&51, Cardin Deschamps, procureur pour l'abbaye, ayant eu occasion de se prévaloir de ce titre, l'apporta devant Thomas Bcauval, lieutenant-général du bailli Jacques de Clermont ; mais il déclara que , à l'occasion de la guerre, il avait été, anciennement, caché en terre avec d'autres pièces et qu'il était tombé en pourriture; « les dites lettres étant rompues et cassées, d'après l'advis d'un assistant de l'assemblée, on donna mandement au premier tabellion du bailliage de faire une copie des titres , sans aucune chose y adjouster , fors stille de tabellion , et en faire mention en forme de vidimus. »

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