ÉGLISE ET PAROISSE DE SAINT-NICOLAS
Nous avons vu comment le territoire de l'abbaye de St.-Étienne, qui se trouvait primitivement soumis à la juridiction des curés de St.-Étiennele-Yieux et de St. -Martin, fut ensuite placé sous le patronage de l'abbesse de Sle. -Trinité, et comment les moines de St. -Etienne, pour se soustraire à ce patronage , voulurent avoir dans leur bourg une église indépendante , qui ne relevât que d'eux, et firent alors construire, vers l'an 1080, l'église de St. -Nicolas (2).
(i) A cette époque, la ?iUe de Caen qui se compose aujourd'hui de 6,000 maisons environ , ne comptait (en dehors du Bourg-rAbbé et dn Bourg-I'Abbease, sans doute) que 525 feu, d*après Vasnette des feux de la ville et vicomte de Caen , en 1875 , telle qu>Ue est établie dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale. (Gaif nières, t II, n*. 671. )
(S) Bittaire de Cabbaye, 1». partie, p. 88.
ASO ABBATE DB SAINT-MtJBNNE DB GABN.
L'abbé Guillaume acheta de Guimare, femme de Guillaume Fitz Baudry, tout son ménage dans le bourg St. Etienne, à Texception de sa maison , sise auprès de Féglise St.-Nicolas; et de Joseph Fitz Yarin, pour 6 livres d'Anjou, une maison située dans une couture , voisine du même lieu.
Robert , fils naturel de Michel , vendit , en 1221 , une pièce de terre située dans la paroisse de St.-Nicolas. En 1312, Nicolas Le Barbenchou, de SL -Nicolas de Caen, donna diverses redevances et rentes en argent, pour faire son obit dans Téglise.
L'abbaye possédait, dans la paroisse de SL-Nicolas le fief des Granges, qui formait un des membres du fief de Brucourt. Elle y avait un manoir seigneurial, avec maisons, ménages, cours, jardins; le tout enclos de murailles; le droit de passage pour les bestiaux; une place à usage de lavoir et une fontaine.
L'abbaye de St. -Etienne percevait les deux tiers des dimes de St.- Nicolas, celle de Ste. -Trinité l'autre tiers. Avant la Révolution, l'église avait un curé, un vicaire et quatre obitiers.
C'était dans l'enceinte de l'église St.-Nicolas que se rendaient , au XI 11% siècle, les jugements apostoliques que prononçaient les commissaires délégués par les papes , et que les appels en cour de Rome rendaient alors très-fréquents. Il existe un grand nombre de jugements dans lesquels il est toujours dit qu'ils ont été prononcés dans cette église.
Un orgue y avait été placé, en 1773, par les soins d'un de ses curés, Etienne Bonhomme, qui l'avait acheté aux Croisiers. Il avait pareillement donné à la paroisse un lutrin de fer, les gradins dorés du grand-autel, les stalles du chœur , la porte de fer du chœur et l'appui de communion. On lui devait l'élargissement du sanctuaire.
En 179S, la nef de St.-Nicolas fut divisée par le milieu, dans toute sa longueur, par un fort mur en moellon d'environ 2 mètres de hauteur; on supprima la partie inférieure de toutes les colonnes engagées de la nef et des bas-côtés , pour faciliter la circulation , et on construisit sur tous les murs» comme sur cette espèce d'épine dont nous venons de parler, des mangeoires en pierre de taille qui subsistent encore aujourd'hui. On divisa, par d'autres murs plus élevés, l'église en tous sens, pour en faire autant d'écuries séparées, on établit un plancher à la hauteur du bandeau inférieur du triforium, sur lequel on emmagasina les fourrages, en
TOPOGRAPHIE ET REVENU TEMPOREL. ÂSl
raisanl , pour la portée de chaque solive , une proronde entaille. On condamna la plus grande partie des baies éclairant Tédifice , par des cloisons en tuile. On établit un pavage général, avec pentes pour donner de Técoulement aux eaux. Enfin on bfttit, en dehors, deux appentis : Tun près du transept » l'autre devant le porche de la porte principale. Tel est l'état dans lequel se trouve aujourd'hui l'église de St. -Nicolas.
L'église de St. -Nicolas est un des monuments les plus intéressants de la ville de Caen. Elle offre un type bien remarquable de l'architecture romane secondaire , presque sans mélange de constructions ou d'altérations plus modernes. Décrite par MM. Turner, Pugin et de Caumont, objet d'un travail spécial , publié dans les Mémoires de ta Société des Antiquaires de Normandie (1) «elle est trop connue, pour que nous ayons autre chose à faire que de joindre nos regrets à ceux qu'ont exprimés les savants qui l'ont visitée ou décrite.
Croirait-on , en effet, qu'une église à laquelle se rattachent tant de souvenirs si intéressants, qu'un édifice religieux, contemporain delà conquête, que la seule construction entièrement romane que possède notre pays, soit tellement abandonnée, que l'on peut prévoir le temps où sa destruction viendra s'ajouter à celle de tant d'autres monuments, dont nous avons eu à déplorer la ruine ? Chaque année qui s'écoule, emporte ainsi quelquesuns des restes du passé , malgré les énergiques protestations adressées à ceux qui auraient en main le pouvoir de les sauver, au nom de l'histoire, au nom de la science, au nom de l'art, au nom de la religion. Ce doit être le sujet d'une douloureuse surprise pour les savants étrangers, attirés dans la ville de Caen par la juste renommée qui s'attache à ses monuments, que de voir quelques-uns des édifices religieux dont elle devrait être fière , ou tombés en ruines ou convertis en granges. Il n'est pas un monument qu'il soit plus honteux d'abandonner à de si indignes usages que l'église de St.*Nicolas. 11 serait cependant temps encore d'en assurer la conservation , grftce à la solidité de ses murs et à cette puissance de construction qui caractérise l'architecture du XI% siècle. Il faudrait seulement lui permettre de vivre, et ne pas être plus impatient
(1) Kotice fvr Cif/iiu de Su^Nicoloi de Caeti , par M. Genrais. Mim, de la Soe» dee AnU de Norm, , UXIV,p.S85etsui?.
682 ABBAYE PB 8AINT-BTISNNB DB GAB!f.
que le temps lui-même , qui la respecte depuis près de huit siècles. Hais on dirait que la fatalité pèse sur notre admirable église. On ne sait, d'une manière bien précise, quelle destination pourrait lui être donnée; comme on he voit pas de quel usage elle pourrait être, et que Ton ne s'occupe sérieusement que de ce qui peut servir, on Tabandonne à la discrétion de Tadministration militaire qui, pour Tutiliser, brise ses pierres tumulaires, partage sa nef en deux étages pour y entasser ses foins et ses pailles, ouvre des portes, mure des croisées, supprime des escaliers, convertit les tours en fabriques de plomb de chasse (1). Cest ainsi que , par le main de Thomme , se poursuit et se consomme Tœuvre de destruction, jusqu'au moment où il ne sera plus possible de rétablir, sans d'énormes dépenses , un édifice que Ton pourrait maintenir à peu de frais dans un bon état de conservation (2).
ÉGLISE ET PAROISSE DE S^-OUEN DE YILLE1XS(SANCTUS AUDOENUS DE VJLLARUS).
L'église de St.-Ouen fut donnée à l'abbaye , avec tout le territoire de Yillers , par Guillaume-le-Gonquérant (5). Robert de Brucourt chassa , quelque temps après, les religieux de cette église et les en dessaisit ; mais à la poursuite de l'abbé Pierre, l'abbaye la recouvra, en vertu d'un jugement prononcé par les barons tenant l'échiquier à Caen.
Guillaume y ajouta la terre que tenait de lui Guillaume Le Gros.
Raoul f^trti/ti« donna une terre , appelée leFenit, qu'il avait sur la place de Yillers; et enfin, Robert de Molbrai, comte de Northumberland, abandonna, en 1077, à l'abbaye toutes les propriétés qu'il possédait au même territoire.
(1) Ces reproches ne s'adressent nuliemenl à radministralion actuelle qui, nous sommes heureux de le reconnaître, veille avec soin à Tenlretien et à la conservation du monument, devenu la propriété du ministère de la guerre.
(3) Plusieurs religieux de Tabbaye avaient été enten-és dans Péglise de St.-Nicolas : c^étaient D. F. Patry, D. G. Des Rolours, D. Le Fauconnier, D. P. fr'erru, D. de Parfouru , D. Annibal d'Escrametot , D. Varin et D. Cl. Molle.
Ses chapelles étalent sous rinvocation de la Sainte- Vierge, du Saint-Sacrement, des saints Anges-Gardiens, de Sainte-Croix, de saint Marcouf, de sainte Catherine, de saint Jean -Baptiste, de sainte Cécile, de saint Sébastien et de saint Mathuriii.
(3) Villarium eu m omni territorio suo.
TOPOGRAPBIB BT BETBNC TBMPOBBL. &8S
En 1^50, Lambert Ricber prit eo fier un ménage et un jardin, situés dans cette paroisse, t jouxte le cimetière, d*une part, et la venelle par oii Ton va à St.-Ouen. »
Uabbaye y avait une pièce de terre, nommée la Ferme des dosages ^ avec maison , grange , bâtiments à usage de blanchisserie » un pré et une terre labourable, plantée de poiriers et pommiers, close de fossés; cette terre était , en 1750 , donnée au prix de 500 livres.
L'église qui existe aujourd'hui n'a rien conservé des constructions anciennes. Elle a été décrite par M. de Caumont, dans le premier volume de sa Statistique monumentale du Calvados.
FIEF DE BRUCOURT.
C'était dans le territoire de la paroisse de St.-Ouen qu'était le fief de Brucourt, qui s'étendait sur St.-Nicolas, St.-Ouen et Hubert-Folie. En donnant aux Capucins, eu 1575, l'église de St. -Michel et de St.-Jacques-le-Majeur , située aussi dans ce fief, et qui, rebfttie en 1635, sert aujourd'hui de chapelle à l'établissement du Bon-Sauveur, les religieux de St. -Etienne s'étaient réservé le droit d'en nommer le chapelain, au traitement duquel ils avaient afiecté deux acres de terre. Les religieux d'Ârdennes reconnurent, en l/i/i/i, qu'ils devaient à l'abbaye une rente en orge , pour la dtme des terres qui dépendaient du fief de Brucourt et de celui de Montenay, situé à St.-Germain-la-Blanche-Herbe. Les 7 acres de Brucourt, situées près de l'angle du mur de la Madeiaine de Beaulieu, étaient fermées d'un mur, avec une maison et une grange; le tout, en 1750, était affermé 321 livres. Non loin de là étaient la maison et le jardin qui constituaient le ûe( Pend-Larron , dont nous avons parlé dans la partie historique de cet ouvrage (Ij.