HISTOIRE DE L'ABBAYE
CHAPmiE I
Discussions relatives à la vie de saint Martial
Nous ne possédons sur la vie du personnage que Tabbaye de Saint- Martial avait pour patron, que des renseignements confus et contradictoires. Le seul point hors de doute est qu'il fut le fondateur du siège épiscopal de Limoges ; on admet encore que son tombeau, situé à peu de distance de la ville, devint le centre d'un pèlerinage important, qui donna naissance, en 848, à Tabbaye dont nous nous proposons de retracer l'histoire. Mais à quelle époque vécut saint Martial ? Quand vint-il en Limousin ? Qjiielle fut son œuvre ? Peu de questions ont soulevé plus de controverses.
Il s'est formé en effet vers l'époque carolingienne, sur la vie presque inconnue du premier évêque de Limoges, un tissu de légendes et de fables qui ont pris avec le temps l'apparence de traditions vénérables et dignes de foi. Ces légendes ont joué un rôle si considérable dans l'histoite du monastère ; elles ont été si intimement mêlées à certains événements politiques dont le Limousin fut le théâtre, que nous devons au début de cet ouvrage les étudier attentivement.
C'est au commencement du xi* siècle, que les moines de l'abbaye, s'appuyant sur un texte apocryphe qui faisait de saint Martial un compagnon du Christ envoyé par saint Pierre pour convertir le Limousin, voulurent pour la première fois rendre à leur saint patron les honneurs et le culte dus aux apôtres. Lévêque de Limoges, Jourdan de
Laron ^'\ les chanoines de la cathédrale et môme des clercs étrangers au diocèse ^^^ refusèrent d'accepter cette innovation liturgique. Ils en appelèrent aux autorités ecclésiastiques et laïques, à Tarchevêque de Bourges, au roi Robert, au duc d'Aquitaine Guillaume le Pieux. L'affaire fut soumise à plusieurs conciles, notamment à ceux de Poitiers (1023), de Paris (1024), de Bourges (1051) et de Limoges (1028 et I0îi)^'\ Les moines se défendirent vaillamment et trouvèrent un avocat d'une habileté consommée, dans la personne d'un des leurs, le célèbre chroniqueur Adémar de Chabannes. Grâce à ses efforts, ils parvinrent à faire triompher leurs prétentions et les Pères du concile, tenu à Limoges en 103 1, proclamèrent d'une façon officielle que saint Martial avait droit au titre d'apôtre. Devant leur décision, les résistances locales durent s'avouer définitivement vaincues, et ainsi l'apostolicité du premier évêque de Limoges devint presque un article de foi ^^\ qui fut universellement admis pendant tout le moyen âge.
Les débats ne furent rouverts qu'au xvii* siècle. Les érudits commencèrent alors à se préoccuper des origines chrétiennes de la Gaule ; ils se mirent à étudier d'une façon critique les textes sacrés et les vies de saints; ils s'attaquèrent à toutes les prétendues traditions recueillies sans contrôle dans la plupart des bréviaires et, s'appuyant sur un passage de Grégoire de Tours ^^^ fréquemment invoqué depuis, ils ramenèrent au milieu du m* siècle l'origine de la plupart des sièges épiscopaux. Des protestations ne tardèrent pas à éclater de toutes parts et des polémiques s'engagèrent presque dans chaque province.
La légende de saint Martial fut à cette occasion reprise et discutée. Vivement attaquée en 1668 dans un opuscule publié -sous le pseu-