‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 235 sur 470 · Arch. de la Haute- Vienne, registre H 2312, pièce · texte numérisé non relu

Arch. de la Haute- Vienne, registre H 2312, pièce

dont le produit était considérable, quoiqu'il ne pût être déclaré d'une façon précise. Nous citerons par exemple les lods et ventes, c'est-à-dire les droits perçus lors de toute mutation concernant un immeuble, dont le chapitre était seigneur foncier. Ils s'élevaient à i6 Vodu prix de la vente, et produisaient un total de plusieurs milliers de livres par an ^'^ Nous citerons également les fermages de certains domaines, des redevances en nature, des aliénations de terres ou de maisons. On voit par les sommiers de l'abbaye ^^\ que ces recettes, soi-disant extraordinaires, se reproduisaient tous les ans. Leur produit moyen atteignait certainement plus de lo.ooo livres.

Nous pouvons connaître approximativement les revenus, que possédaient les chanoines par une note de l'abbé Legros, qui déclare avoir touché pour son compte environ 1.200 livres par an de 1768 à 1775 ^^\ Tous les membres du chapitre n'avaient pourtant pas droit aux mêmes sommes, car ils ne touchaient pas leurs revenus en bloc à termes fixes. Ils les recevaient suivant certaines règles que nous allons rapidement exposer, et, selon qu'ils étaient plus ou moins assidus aux séances du chapitre ou aux offices, ils avaient droit à des parts plus ou moins considérables.

Les ressources ordinaires dont l'abbaye pouvait disposer, étaient à peu près les mêmes tous les ans. Elles étaient d'abord affectées à payer les charges que nous avons énumérées ci-dessus, c'est-à-dire les appointements des vicaires du bas-choeur, la portion congrue des curés et desservants, l'entretien des bâtiments claustraux, etc.

1. Ils étaient perçus au taux de 3 sous 4 deniers par livre. Nous savons qu'en 1771, les lods et ventes rapportèrent 330 livres à l'abbé Legros. Si tous les chanoines reçurent une somme aussi considérable, le total des lods et ventes dut se monter cette année-là à 6.000 livres en\iron (Archives du Grand séminaire de Limoges, ms. no 12, p. 141).

2. Notamment par celui qui est conservé aux Arch. de la Haute-Vienne sous la cote H 5406.

3. Voici les sommes exactes que l'abbé Legros reçut pendant cette période :

' du i«r août 1768 au i« août 1769 927 livres

Ces chiffres sont tirés d'une note conservée aux Archives du Grand séminaire de Limoges (ms. no 12, p. 144).

Elles servaient ensuite à constituer les prébendes canoniales. Chacune de ces prébendes avait une dotation particulière, nommée un gros, et constituée mi-partie avec des cens en argent perçus sur les maisons de Limoges, mi-partie avec des redevances en nature dues par les vignobles des environs ^'\ La ville et sa banlieue étaient à cet elîet partagées en vingt-deux sections, dont chacune était censée donner un revenu équivalent. Les redevances dues à la mense- abbatiale étaient réparties avec le plus grand soin. Cette opération de répartition était très délicate, et au bout d'un certain temps elle était à recommencer, à cause des non-valeurs, et des mutations ou changements de toutes sortes, qui atteignaient le plus grand nombre des cotes.

Pour obtenir une stricte péféquation des prébendes, le chapitre avait décidé de procéder tous les trente ans à une refonte générale des gros ^^\ A l'expiration de la trentième année, chaque chanoine devait remettre un oc état sommaire » de son gros, indiquant nominativement tous les cens qu'il avait perçus, avec pièces justificatives à l'appui. Il devait donner séparément un tableau de toutes les non-valeurs. Le chapitre désignait alors quatre de ses membres, pour procéder avec ces documents à une révision de toutes les redevances lui appartenant. Ces quatre commissaires devaient se transporter sur les lieux, s'ils le jugeaient utile, et, en cas de contestation sur l'existence de telle ou telle rente, ils devaient recourir à une expertise contradictoire. Après avoir achevé leurs vérifications, ils présentaient un rapport au chapitre, dans lequel ils déterminaient les bases d'une nouvelle répartition. Le chapitre approuvait généralement leurs propositions sans les discuter; mais il avait toujours le droit de les modifier à son gré. Ces opérations terminées, il arrêtait définitivement les statuts qui devaient régir les prébendes pendant la prochaine période trente-

1. Les Archives déport, de la Haute- Vienne conservent (reg. H 5398) le répertoire général des Gros. Chacun d'eux était désigné par une lettre de l'alphabet, et sa dotation était fixée dans un état spécial (voir par exemple : \egros D coté H 5393).

2. Tous les détails qui suivent sont tirés presque exclusivement des statuts dressés pour réglementer ces prébendes. Nous avons retrouvé aux Arch. de la Haute-Vienne deux de ces statuts, l'un de 1648 (H 5398), l'autre de 1769 (H 9457).

naire, et qui étaient presque toujours renouvelés sans grand changement.

Aux termes de ces règlements, chaque chanoine « gérait son gros » sous la surveillance de ses collègues ^'^; il devait exiger strictement le payement intégral de chaque cens et en donner quittance ; il devait poursuivre en justice les retardataires, et payer les frais des procès ^^\ A ces conditions, il jouissait de tous les revenus de sa prébende.

Le chapitre se réservait seulement le droit de bailler les lods et ventes, c'est-à-dire de donner, moyennant finance, Tinvestiture nécessaire lorsqu'un immeuble sous sa dépendance venait à changer de tenancier. Nous avons déjà dit combien ces droits étaient élevés. Jusqu'en 1738, ils étaient partagés par moitié entre le chapitre et le titulaire du gros, où se produisait la mutation. A partir de cette époque, le chapitre s'en octroya les 2/) ^^\

Pour jouir de leurs prébendes, les chanoines devaient résider à Limoges au moins quatre mois par an. Ils pouvaient être pourtant autorisés à poursuivre leurs études dans une université, et nous avons vu combien cette permission trop libéralement accordée avait amené d'abus.

Le produit des gros était peu important, et ne se montait guère qu'à 150 livres environ ; mais les chanoines, qui assistaient régulièrement aux offices et aux séances du chapitre, pouvaient se faire des revenus beaucoup plus considérables '^\ En effet, la plupart des recettes accessoires ou extraordinaires de la mense capitulaire ^^\ parmi lesquelles

1. Il y avait vingt-deux prébendes, une pour chacun des vingt chanoines, et deux pour l^abbé. (Statuts des gros aux Arch. départ, de la Haute- Vienne H 5398 et H 9457.)

2. Il fut dispensé de cette dernière obligation, en 1769, et le chapitre dut prendre les procès à sa charge, car, à certaines années, ils étaient si nombreux qu'ils auraient absorbé tout le revenu du gros (/>w/. H 9457).

3. Arch. de la Haute-Vienne. Registre capitul. H 485, fol. 123.

4. Les produits des gros ne devaient guère former que le 1/6 ou 1/7 des revenus totaux des chanoines. Des documents fournis par Tabbaye pour obtenir Tunion du prieuré de Rienpeyroux à la mense capitulaire, il résulterait que « la totalité des fruits et revenus que peut gagner un chanoine dans le cours de Tannée, se monte environ à cinq fois la valeur de son gros » (Arch. de la Haute- Vienne, H 3889). Cette proportion nous paraît avoir été un peu diminuée pour Jes besoins de la cause.

5. Un des documents précédents classe les différents revenus que jouvait toucher un chanoine dans les sept catégories suivantes : les chartraux, les syncopes, les messages, les hebdomades, les

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