GESTION DU TEMPOREL DE L'ABBAYE AU XIII* SIÈCLE
De Vorigine du temporel de l'abbaye.
L'abbaye de Saint-Martial, grâce à l'ancienneté de sa fondation, grâce à la renommée du saint dont elle conservait les reliques, fut un des monastères les plus richement dotés de la France centrale. Elle possédait des cens sur la plupart des maisons de Limoges ; elle était propriétaire de nombreux domaines dans tout le Limousin, et plus de quatre-vingts prieurés, des bords de l'Océan à ceux de la Méditerranée^'^, étaient sous sa dépendance au xiii^ siècle. L'abbaye, après avoir atteint son plus haut degré de prospérité sous le règne de Philippe-Auguste ^^\ tomba dès le début de la guerre de Cent Ans, dans une décadence dont elle ne put jamais se relever. Ses revenus, naguère si considérables diminuèrent d'années en années, et, à la fin de l'ancien régime, ils étaient réduits dans des proportions énormes.
Il convient, après avoir tracé longuement l'histoire de l'abbaye, d'étudier maintenant la constitution de son temporel, de suivre, dans
1. L'abbaye possédait huit prieurés dans le diocèse de Saintes, trois dans celui de Bordeaux, et deux dans celui de Béziers (Polyptique de l'abbaye publié par Duplès-Agier. Chroniques de Saint-Martial y p. 321).
2. C'était Tépoque où le chroniqueur Bernard Itier écrivait les notes que M. Duplès-Agier a publiées dans seà ChYeniques de Saint-MartiaL
256 l'origine du temporel
la mesure du possible, Taction des lois économiques auxquelles Fabbaye de Saint-Martial fut soumise comme tous les établissements de mainmorte ^'\
Ce sont les pieuses libéralités des fidèles qui ont naturellement constitué le patrimoine de tous les monastères. Dès les temps barbares, les nombreux pèlerins, venus pour vénérer les reliques de saint Martial, déposaient sur son tombeau des aumônes abondantes. Ils donnaient au saint évcque des pièces de monnaie, des objets d'or et d'argent *^^ ; ils faisaient brûler auprès de sa châsse des lampes ou des cierges; certains d'eux offraient même leur ceinturon, comme une sorte d'ex-voto ^5\ Qxiant aux paysans, ils apportaient les prémices de leurs récoltes *^\ et nous savons qu'au xiii^ siècle le sacristain de l'abbaye abandonnait à l'huissier du sépulcre toutes les offrandes de pain, de vin, d'œufs et de fromage déposées dans la crypte ^^\
Les clercs de Saint-Martial reçurent à côté de ces libéralités de nombreuses donations immobilières. C'est ainsi, pour ne parler que des plus considérables, qu'en 573, saint Yrieix leur légua dans son testament le domaine de Genouillac ^^\ Vers 765, Pépin le Bref leur fit cadeau de la villa royale de Saint- Vaury ^'\ Au début du ix^ siècle, deux particuliers leur donnèrent le petit monastère de Paunat, dans le Périgord ^^K A partir de 848, du moment où les clercs, qui étaient soumis depuis longtemps déjà à la règle de saint Chrodegang, eurent embrassé la vie religieuse, la réputation du pèlerinage de Saint-Martial ne cessa de s'accroître, et les donations se multiplièrent.
1 . Les abbayes, les hospices et les collèges furent tout particulièrement atteints par la dépré* dation de l'argent.
2. Nous voyons par exemple, dans les Miracles de saint Martial^ un voleur dérober « nonnulla aurî argentique munera ante sacrum tumulum [sancti Martialis] dependentia. De gemmb aureis omamentisque interlucentibus muflFulas suarum manum complevit » (éd. Arbellot, Livre des miracles de Saint-Martial y p. !<)).
3. D'après un autre de ces miracles, le duc Loup, « princeps Wasconum », déroba dans la crypte « lumbarc aureum cum pretiosis gemmis ornatum » (éd. Arbellot, ihid,^ p. 14 et 15).
4. C'est ainsi qu'on voit dans les Miracles de Saint-Martial un individu manger a poma que ibi [in crypta sancti Matialis] odorandi gratia dependebant » (éd. Arbellot, ihid., p. 18 et 19).
5. Notice des offices de Saint-Martial, Voir pièce justificative n© XXI, § 3.
6. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 138. Voir ci-dessus, p. 33.
7. Adémar de Chabannes, Chronique, 1. I, chap. LVIII. Voir ci-dessus, p. 40.
8. Mabillon. Annal. Benedect., t. II, p. 717. Voir ci-dessus, p. 42.