‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 296 sur 470 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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les principes de l'art gothique avaient déjà eu une diffusion extraordinaire; on ne peut s'étonner qu'ils aiçnt été adoptés à cette date par des religieux relevant de l'ordre de Cluny. Nous pouvons, en outre, pour la justification de cette hypothèse, invoquer un argument d'un tout autre genre. Nous avons montré plus haut que, depuis le règne de Philippe le Hardi, les moines de Saint-Martial ne cessèrent d'être aux prises avec de sérieux embarras pécuniaires. Ils auraient été hors d'état croyons-nous, d'entreprendre des travaux aussi considérables, ou, s'ils y avaient été contraints, ils auraient dû faire de grandes quêtes, contracter des emprunts, solliciter les aumônes par des ostentions extraordinaires, autant d'événements dont les chroniques nous auraient vraisemblablement conservé le souvenir.

Quoi qu'il en soit, les dispositions qui durent être adoptées pour soutenir les murs de la nef étaient très curieuses. Les voûtes en quart de cercle des tribunes servirent à épauler celles du vaisseau central. Leurs doubleaux remplirent le rôle de véritables arcs-boutants, qui vinrent reporter à l'extérieur sur de puissants contreforts la poussée des ogives, et permirent d'établir des fenêtres sous la lunette des formerets. Les architectes n'eurent donc pas besoin d'élever à l'extérieur ces grands arcs-boutants si dispendieux à bâtir; ils purent néanmoins construire • un édifice solide, qui subsista presque sans entretien jusqu'en 1791.

En examinant attentivement le plan de Legros, on est frappé de voir que les contreforts, de deux en deux, présentaient une section beaucoup plus considérable. On dirait que les uns avaient été construits en vue de résister à une poussée plus forte que les autres. Nous pensons effectivement que les ogives de la voûte devaient embrasser deux travées, disposition familière aux architectes du début de l'époque gothique. Elle leur permettait d'établir les ogives sur plan carré et facilitait ainsi la construction des cintres et la taille des pierres.

Le transept, d'après une inscription contemporaine, avait été remanié en 1449 ^'K Mais la coupole centrale n'avait pas été touchée,

I. Texier, Inscript, du Limousin, p. 63, et Desmarets, Éphémérides de Limoges, p. 150.

et subsistait encore au xviii* siècle. Nous pouvons en être étonnés, car plus que toute autre partie du bâtiment, elle aurait dû être écrasée par le poids du clocher central, qui avait fait fléchir les voûtes voisines; mais les textes sont positifs. Une délibération capitulaire de l'année 1770 mentionne expressément « qu'il faut examiner avec le plus grand soin l'état actuel du clocher couvert de plomb qui est placé au-dessus de la coupole, entre le sanctuaire et le chœur ^'^». Et même, quelque extraordinaire que cela puisse paraître, cette coupole n'était sans doute pas en mauvais état, puisque le chapitre n'eut pas besoin de la faire restaurer ^^K

Au-dessus de la croisée du transept s'élevait, au moyen âge, une tour centrale ^^\ C'est une disposition fréquente en France, et spécialem en dans la région du centre, où l'on en trouve de fort beaux exemples au Dorât, à Chambon, à Saint-Sernin de Toulouse, etc. Cette tour avait été mal construite à Saint-Martial. Elle dut être démolie, probablement lors de la restauration de 1449, et fut remplacée par un simple clocheton. Le massif carré sur lequel elle reposait ne fut pourtant détruit qu'en I770^'^\ Le chapitre jugea en même temps prudent de faire jeter par terre le petit clocheton qui avait été bâti au xv*^ siècle, pour remplacer la tour.

Les bras du transept avaient dû primitivement être voûtés en berceau; ils avaient été restaurés en 1449, et avaient reçu une voûte d'ogives ^^\ Les deux travées du chœur présentaient les mêmes dispositions que celles de la nef; mais, n'ayant pas été touchées par l'incen-

1. Voir Pièce justif. n© XX. Le chœur des chanoines était situé dans les deux dernières travées de la nef, comme le montre le plan de Legros.

2. Il n'est, en effet, pas parlé de la coupole, dans les travaux de restauration que les architectes durent entreprendre.

3. L'existence de cette tour nous est démontrée par le massif carré qui surmontait la coupole. La tour devait être vraisemblablement carrée à la base, et octogone dans les étages supérieurs.

4. Il était, en effet, en très mauvais état. « Le massif ou tour carrée qui porte [le clocheton] a travaillé et... il y a une lézarde qui en occupe près des deux tiers de sa longueur du côté qui faii face au chœur. » (Voir Pièce justif., no XX.)

5 . La délibération capitulaire dont nous parlions plus haut mentionne que le clocheton central par son poids « a fait fendre et casser les bases des deux colonnes gothiques qui sont audessus des voûtes des bas-côtés attenants, et destinés à aider, à soutenir ledit massif» (Voir Pièce justif., no XX). Desmarets dit que le transept, au moins dans le bras droit, avait des voûtes d'ogives (0/). cit., 145).

die de 1167, elles avaient conservé leur voûte en berceau. Le rondpoint n'avait pas de triforium. Suivant un procédé de construction habituel aux architectes limousins, le mur du chevet était seulement percé de petites baies qui donnaient aux combles des bas-côtés

Dressé par Ch. dçLasteyrie.

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Fig. 4. — COUPE DU CHEVET

un peu d'air et de lumière. Au-dessus de ces baies, il y avait un étage de fenêtres en plein cintre, qui étaient d'assez grandes dimensions^ et éclairaient le sanctuaire ^'^

Le chevet, comme dans toutes les églises de style auvergnat, était recouvert par une voûte en cul de four. Elle datait de la fin du xi« siècle, et avait dû être solidement construite, car elle subsistait encore intacte

1. Voir la vue du chœur, PI. IV. — Voir également notre reconstitution, ci-dessus, fig. 4.

au siècle dernier. Il n'en avait pas été de même des voûtes des collatéraux du rond-point. Elles avaient été probablement construites d'arêtes; mais, en 1449, on les avait démolies et remplacées par des croisées d'ogives ^'\ Qugint aux absidioles, elles avaient été voûtées en cul de four, mais deux d'entre elles, on s'en souvient, avaient été démolies au xv^ siècle, et remplacées par des chapelles polygonales d'un tout autre style.

La basilique devait être dans son ensemble un monument d'une architecture sévère et froide. Elle n'était décorée par aucun motif de sculptures ; ni les fenêtres, ni les arcades, n'étaient encadrées par la moindre moulure. Les chapiteaux eux-mêmes, autant que nous pouvons le supposer, devaient être pour la plupart en serpentine ^^\ Desmarets, au siècle dernier, déclare non sans quelque mépris qu'ils étaient « informes ». Pourtant quelques-uns d'entre eux, — sans doute ceux de la croisée du transept et du chœur, — étaient sculptés. M. l'abbé Texier a donné le dessin de l'un d'eux <5\ C'est un chapiteau à entrelacs et à feuillages, d'un type qui se rencontre fréquemment dans le centre de la France ^^\ et qui n'est pas sans présenter une certaine ressemblance avec les miniatures des anciens manuscrits de l'abbaye. Sauf ces quelques chapiteaux, la basilique comportait fort peu de sculptures. La pierre en effet était dure ;ce n'était pas ce calcaire tendre de l'Ile-de-France ou des Charenies, qui se prête à toutes les fantaisies des artistes; c'était le granit ^^\ fort difficile à tailler avec les instruments imparfaits dont on se servait alors. La plupart des églises limousines de l'époque romane sont également pauvres en sculptures, car elles étaient bâties en granit, la pierre qui forme le sous-sol du pays.

La basilique n'était pourtant pas dépourvue de toute décoration. Elle devait être ornée de peintures. Nous savons qu'à la fin du xi« siècle

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