‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 326 sur 470 · COMPOSITION DE LA BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

COMPOSITION DE LA BIBLIOTHÈQUE

La majeure partie d'entre eux était des livres liturgiques, des textes sacrés, des écrits des Pères, comme saint Augustin, saint Jérôme, Bède, Isidore de Séville, etc. ; des vies de saints, et notamment cinq vies de saint Martial. A côté se trouvait une série importante de livres d'histoire, comme la Chrmiqtie de saint Jérôme, le De Temporibus de Bède, les Gesta Francorum, VHistoire des Lombards, etc.. Il y avait plusieurs livres de droit. Code, Institutes, Digestes, Novelles avec commentaires, le décret de Gratien, des recueils de conciles, les Décrétales, etc.

L'historiographie limousine n'était représentée que par Geoffroy de Vigeois ^'^ et Bernard Itier ^^\ La Chionique d'Adémar de Chabannes n'est pas citée dans les catalogues, qui font seulement mention de ses sermons ^^K Les moines avaient en outre deux cartulaires, aujourd'hui perdus, et un registre appelé le « Liber castellorum Lemovicensium », qui devait être très intéressant mais qui a également disparu.

La série la plus remarquable, pour une abbaye du moyen âge, était celle des livres classiques. Elle comprenait des ouvrages de la plupart des auteurs latins. Virgile, Juvénal, Térence et Lucain représentaient les poètes ; parmi les historiens étaient César, Suétone, Trogue-Pompée, Josèphe et Tite-Live ; il y avait encore des traités de Sénèque et de Cicéron, de Pline et de Claudien.

On voit par cette énumération de quelle importance était la bibliothèque de Saint-Martial. Elle est justement célèbre depuis le xvii« siècle, et une des causes de sa réputation est assurément la diversité des études auxquelles elle se prête. Elle n'est pas moins curieuse en effet au point de vue historique, historiographique ou liturgique; elle intéresse

1. « Chronîca Gaufredi de Bruil » Geoffroy de Vigeois s'appelait aussi Geoffroy du Breuil. Dans le môme volume se trouvaient reliés plusieurs autres ouvrages historiques (Duplès- Agier, Chroniques de Saint-Martial^ p. 333).

2. « (îhronica B. armarii » (Duplès-Agier, Chroniques de Saint-Martial, p. 351). Le volume désigné « himni cum chronica » (p. 339) est bien, croyons-nous, comme l'a identifié M. Duplès- Agier, le ms. latin 1338 ; il renferme des notes historiques, dont plusieurs de Bernard Itier.

3. a Sermones de sancto Marciale etsociis ejus ». — <c Sermones Ademari monachi de sancto Marciale et sociis ejusdem. » (Duplès-Agier, o/>. «7., p. 336, 3 50.) Ce volume est conservé à la Bibl. Nat., sous la cote latin 2469. M. Delisle en a publié des extraits dans son mémoire sur les Manuscrits d'Adémar de Chabannes. Nous donnons nous-même dans nos pièces justificatives le texte inédit d'un sermon sur la dédicace de la basilique du Sauveur (Voir pièce justif . n» V).

540 xMINIATURES DES MANUSCRITS DE SAINT-MARTIAL

en môme temps Thistoire de la musique, celle de la langue, celle de l'art, et pour toutes ces raisons elle est, comme la écrit M. Delisle, <c une des plus importantes acquisitions de manuscrits faites au xviîi^ siècle par le gouvernement royal ».

Sur les deux cents volumes qui se trouvent aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale, quatre ou cinq peuvent être attribués au ix'^ siècle, — une dizaine au x% — une cinquantaine au XI^ — quarantecinq environ au xiiS — une quarantaine au xiii% — une trentaine au xiv*' et vingt seulement au xv^ siècle. Les moines étaient à peu près ruinés à la veille de la sécularisation et ne pouvaient, si tant est qu'ils en eussent eu le goût, se payer le luxe d'enrichir leur bibliothèque.

Les miniatures des manuscrits de Saint-Martial.

Quoique ce soit un problème délicat à élucider, nous croyons que la grande majorité des manuscrits de Saint-Martial a été composée dans l'abbaye. Celle-ci était, en effet, surtout dans le haut moyen âge, le foyer des lettres et des arts dans tout le Limousin, et les textes mentionnent à plusieurs reprises que tel ou tel de ses moines copia un volume pour le donner à la bibliothèque ^'\

La plupart des manuscrits provenant de l'abbaye présentent du reste entre eux certains traits de ressemblance qui leur donnent un air de famille assez facile à reconnaître.

Ceux qui furent composés aux ix^ et x^ siècles sont assez pauvrement ornés ^^\ Leur décoration présente un caractère archaïque. Le Limousin était certainement à cette époque en retard, au point de vue artistique, sur les grandes écoles du nord de la Loire comme celles de Metz ou de Tours.

1. Voici par exemple une de ces mentions : « VII idus aug. Aimardus, Iste fecît libnira flofum ubi est vita S. Marcialis » (Duplès-Agier, Chroniques de Saint-Martial, p. 286). Cet Aimard était peut-être le moine Aimard Chatart, dont il est fréquemment parlé dans les chroniques de l'abbaye (Voir pour plus de détails les notes que M. Delisle a publiées au t. XLIll du Bulletin de la Soc, archéol. du Limousin, p. 3 et ss.).

2. Nous citerons entre autres les manuscrits latin 260 et 2328*

Les lettres initiales sont pour la plupart entourées par de petits points en couleur ^'\ qui rappellent les bandes et les galons perlés si à la mode au temps des Carolingiens. Ce mode de; décoration fut très couramment employé jusqu'à l'époque gothique, et l'on en retrouve trace dans les encadrements de certains vitraux encore sous le règne de Philippe-Auguste.

Certaines de ces lettres initiales, tout en étant fort simples, présentent une disposition assez harmonieuse. Les contours sont tracés en bistre, l'intérieur est légèrement teinté en brun, et quelques filets rouges relèvent les détails ^^\

Les couleurs, qui se rencontrent le plus souvent dans les manuscrits de Saint-Martial composés aux ix^ et x* siècles, sont le rouge et le vert ; le brun n'est pas rare ; mais le bleu ne se rencontrera couramment qu'à partir des premières années de la dynastie Capétienne.

A la fin du x*^ siècle, on constate que les enlumineurs font des progrès dans leur art; ils usent d'une gamme de couleurs beaucoup plus riche, ils soignent davantage leur dessin. C'est à cette époque que fut composée la grande bible, latin 5, si justement réputée. Elle comprend deux volumes; le premier a été malheureusement dépouillé de la plupart de ses initiales; le second les a conservées dans toute leur fraîcheur. Les lettres formant en-tête des chapitres principaux sont ornées avec. une grande recherche. Elles sont composées tantôt d'entrelacs et de feuillages, tantôt d'animaux fantastiques, d'oiseaux notamment, qui s'enlacent de mille façons bizarres. Ces animaux sont curieux; les uns sont dessinés avec un certain réalisme, les autres selon un type conventionnel qui fait penser à l'art byzantin ^^\ Dans certaines lettrines on trouve même une réminiscence évidente de modèles anciens. La course d'animaux, par exemple, que nous publions dans notre planche VIII rappelle la décoration que l'on rencontre souvent dans les vases antiques.

Les deux volumes latin 5 sont d'un type tout à fait exceptionnel ;

1. On en voit de nombreux exemples dans le manuscrit latin 1969.

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