CONCLUSION
avec le Zachée de TÉvangile. Celui-ci, comme on sait, était monté sur un sycomore pour voir le Christ, et le Christ, l'ayant remarqué, lui avait ordonné, au grand étonnement de la foule, de descendre et lui avait demandé l'hospitalité ^'K Les quelques renseignements donnés par saint Luc sur Zachée sont assez peu d'accord avec la vie de saint Amadour. Ils ne sont de plus étayés par aucune preuve et sont des affirmations purement gratuites. L'identification de saint Amadour et de Zachée est donc absolument insoutenable ; c'est une fable inventée au xvii^ siècle. Reproduite par plusieurs auteurs, à la suite d'Odo de Gissey, les défenseurs acharnés de toutes nos traditions locales ont cru de nos jours leur honneur engagé à la soutenir ^*\ La vérité est que saint Amadour paraît être un dédoublement de saint Amatre, évéque d'Auxerre, et que sa prétendue vie, composée au xii^ siècle, n'est qu'un roman.
CouchisiofL
La façon dont la légende Aurélienne a été pillée au moyen âge, montre assez de quelle renommée elle a joui. Son succès eut sans doute pour cause première la richesse d'imagination de son auteur, qui n'a pas craint de multiplier les miracles et d'entasser fables sur fables, qui a eu surtout la hardiesse de donner à saint Martial la plus noble des origines, d'en faire un disciple du Christ, un parent de saint Pierre et de saint Etienne. Comme tant d'autres vies de saints, elle a
1. a Et ecce vir nomine Zachœus et hic princeps erat publicanorum ; ... quœrebat videre Jesum quis esset ... et praecurrens ascendit in arborem sycomorum ut videret eum ... Jésus vidit illum et dixit ad eum : 2^chea festinans descende, quia hodie in domo tua oportet me manere ... Et eum vidèrent omnes murmurabant, dicentesquod ad hominem peccatorem divertisset ». (Saint Luc, chap. XIX, v. i à 7.)
2. L'exemple du reste vient de haut. S'inspirant en effet de Touvrage de M. Bourrières, Mgr Énard, évêque de Cahors, a écrit, le 8 février 1899, une longue lettre pastorale pour exalter auprès des fidèles les mérites de « saint Amadour ou de Zachée », qui serait venu en Gaule a sur la recommandation expresse de la Sainte Vierge», aurait accompagné saint Martial dans ses voyages, et aurait emmené avec lui sa femme sainte Véronique. Nous avons le regret de constater que Mgr Énard s'est uniquement appuyé sur des documents apocryphes et que sa lettre pastorale ne renferme rien qui puisse être scientifiquement établi.