Voir ci-dessus, p
de Téglise de Paunat ^'\ qui fut donnée à saint Martial, comme nous l'avons vu, au début du ix« siècle, par un certain David et sa femme Bénédictine, nullement par Tempereur. On peut objecter que nous n'avons consens le souvenir de cette libéralité que par un acte restitué, sujet dès lors à caution; son témoignage a néanmoins sur ce point une grande valeur. Quand les moines de Paunat reconstituèrent leurs archives après les invasions normandes, ils n'auraient eu garde d'oublier, si le fait avait été vrai, que leur monastère avait été donné à saint Martial par Louis le Pieux. Pareille origine était très flatteuse pour eux. Ils l'auraient certainement revendiquée, au lieu de laisser modestement cette donation sur le compte de deux particuliers obscurs. Les moines sont donc dans le vrai sur ce point et nous devons les croire sur parole.
En voyant la fausseté de la plupart des allégations renfermées dans le prétendu diplôme de 833, nous nous refusons à croire qu'il ait la moindre base sérieuse : ce n'est pas un acte récrit et plus ou moins transformé, c'est un faux. Louis le Pieux a peut-être fait quelques libéralités à saint Martial, peut-être lui a-t-il confirmé la possession de certaines terres ; mais il n'a pu être l'auteur de la plupart des donations énumérées dans ce diplôme. Nous pensons que celui-ci aura été fabriqué par les moines de l'abbaye, pour consolider leurs droits sur le Château de Limoges dont les comtes de Poitiers leur disputaient la possession. Ils auront voulu faire croire que le Château leur avait été donné par l'empereur lui-même ; ils l'auront couvert ainsi de la protection impériale. Dans bien d'autres abbayes, des supercheries analogues ont été commises. Les gens du moyen âge étaient peu scrupuleux en ces matières, et les moines ont recouru maintes fois à des ruses semblables pour défendre leurs biens contre l'avidité des seigneurs qui les convoitaient. En résumé le diplôme apocryphe de 83 3 aura été vraisemblablement fabriqué au x^ siècle pour permettre à l'abbaye de résister victorieusement aux prétentions des comtes de
I. Le diplôme de 833 parle d*une église; celui de 804 parle d'un monastère. Il est probable qu'il n'y a eu d'abord à Paunat qu'une simple église, et que le monastère ne fut fondé que plus tard.
Poitiers, et d'empêcher ceux-ci de mettre la main sur le Château de Limoges ^^K
Louis le Pieux, à qui la légende a voulu faire jouer un si grand rôle dans les origines da monastère de Saint-Martial, était à peine mort depuis quelques années, que les habitants de Limoges furent contraints de quitter leurs demeures, et d aller cacher au loin les reliques de leur saint patron. Les Normands, en effet, après avoir jeté l'épouvante dans le nord et dans l'ouest de la France, vinrent, en poursuivant le cours de leurs incursions, ravager l'Aquitaine en l'an 845 ^^K Ils allèrent jusqu'à Limoges qu'ils mirent à feu et à sang. Les habitants s'enfuirent à leur approche, en emmenant le corps de saint Martial, et allèrent chercher un refuge dans les montagnes. Le danger passé, ils regagnèrent leur ville.
Selon une légende rapportée par Adémar de Chabannes, il aurait été pendant longtemps impossible de conduire au delà du bourg de Solignac^'^la châsse renfermant les reliques du saint évêque, car, malgré maintes tentatives infructueuses, on ne pouvait arriver à la remuer ^^\ Cet état de choses aurait duré deux ans. Les évêques d'Aquitaine, émus enfin par un pareil prodige, se seraient assemblés autour de la châsse, pour supplier le saint de vouloir se laisser remmener à Limoges. Celui-ci n'y aurait consenti que sur la promesse formelle de ses chanoines, de prendre aussitôt l'habit monacal ^^\
1. Adémar de Chabannes rapporte dans la Comniemoratio abbatum S. Martialis (éd. Duplès- Agier, p. 3) que le roi Charles le Simple ordonna à l'abbé Etienne, au début du x^ siècle, d'élever deux tours pour protéger le Château de Limoges contre les attaques du comte de Poitiers, Guillaume II. « [abbas Stephanus] turres duas fecit ... prœcipiente hoc rege Carolo minore ad repellendum Willelmum ducem ». Il ne faut pas oublier qu'à cette époque les comtes de Poitiers portaient le titre de ducs d'Aquitaine.
2. « Normanni diffusi sunt per Aquitaniam ... et cremata sunt ab eis Lemovicas » (Adémar de Chabannes, Chronique, 1. III, chap. XVII. Cf. Chroniœn Engolismetise^ éd. Labbe, Nova Bibî. fnss., t. I, p. 324).
3. Solignac, cnc du c©" et de l'arr. de Limoges; siège de la célèbre abbaye fondée par saint Éloi.
4. o Transeuntibus enim ... [reliquiis] peripsum locum qui Solomniacus dicebatur et hospitatis, nullatenus ultra limpsanum illud [corpus sancti Marcialis] movere de loco potuerunt [canonici], immo fere per biennium penitus immobile quasi mons pcrstitit » (Sermon inédit d' Adémar de Chabannes, Bibl. Nat., ms. lat. n© 2469, fol. 69 vo).
5. « Tandetn aggregatis Aquitanise episcopis et in dicto jejunio triduano quatinus causam divina pietas revelaret, cur ad proprium non se sineret reportari patronus, sepulchrum, revcla-
et ainsi, selon la tradition, la volonté de saint Martial aurait présidé à la fondation de Tabbaye.
La réalité des choses, comme il arrive souvent, est plus prosaïque, et Adémar va nous permettre lui-même de découvrir les ressorts secrets de ces événements miraculeux. Il rapporte en effet que, tandis que le corps du saint évêque passait à Solignac, des seigneurs du voisinage voulurent s'en emparer. Ils furent heureusement exterminés par des anges vengeurs qui descendirent du ciel en toute hâte, et détruisirent les murs de la ville ^'\ On voit aisément par ces détails que ce furent des seigneurs des environs, qui voulurent prendre de force les reliques de saint Martial, et qui les retinrent pendant deux ans. De pareils larcins n'étaient pas rares à ces époques barbares, et dans la circonstance il fallut recourir à l'intervention des évoques de l'Aquitaine. Quelque temps après ces événements, les chanoines embrassèrent la vie religieuse, et c'est cette coïncidence qui a inspiré la légende que nous venons de rapporter.
tum est .. nec patronum de ipso loco velle prius ad pristinum referri sepulchnim, quam ... [canonici] et vitam et mores mutarent et habitum » (Sermon d* Adémar, ibid.).
I. <c .. Factum est, amiuente Domino, ita ut ... ex his majoribus qui vi retinere apud se presumpserant thesaurum penessc, sive depositum, sive hospitatum in loco memorato, plures sub uno die ab angelo percussi expirarent, ipsiusque loci fortissimi mûri subito usque ad solum corruèrent, ac devota plebicula forinsecus observans liberrimo introitu gavisa, nulio jam contradictore obstante, cum desiderabili thesauro ad urbem cum laudibus remearet ipsumque thesaurum proprio restitueret loco » (Sermon d' Adémar, ibid.).