Il mourut le 11 avril
7. C'est à tort que Labbe (Concilia^ t. XI, col. 11 9 5) a placé la date du premier concile de Limoges en 1029. La lettre d' Adémar de Chabannes sur Tapostolicité de saint Martial a été écrite en effet peu après ce concile, pour réfuter les dires de Benoît de Quse. Or elle est datée de 1028 par Adémar lui-même, comme le montre ce passage : « in presentem annum quo loquimur, qui est millesimus vicesimus octavus ab incamatione D. N. J. C. per indictionem undecim » (Migne, Patrologie, t. CXLI, col. 95 et 96).
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proclamée. Les procès-verbaux du concile ne font pas mention qu'il y ait eu opposition de la part de Tévêque. Que s'était-il donc passé ?
M. l'abbé Duchesne croit que l'abbé de Saint-Martial avait fait la vie tellement dure à l'évêque de Limoges ^'\ que celui-ci avait cédé pour avoir la tranquillité. Cette explication nous paraît insuffisante, et nous croyons que l'évêque Jourdan garda le silence pour tout autre motif. On est surpris en effet, en lisant les sermons d'Adémar de Chabannes, de voir qu'à maintes reprises il donne au siège de Limoges la qualification de première église des Gaules ^^\ qu'il traite l'évêque déprimât ^^\ Dans la bouche d'Adémar de pareilles épithètes sont significatives, et nous pouvons nous demander, s'il n'était pas intervenu entre le monastère et l'évêché quelque accord secret, par lequel l'évêque Jourdan s'engageait à garder une neutralité absolue dans les débats soulevés par la question de l'apostolicité de saint Martial, et par lequel l'abbé Oldoric promettait de ne pas s'opposer à ce que le siège épiscopal de Limoges prît le titre de primatie.
En l'absence de texte positif, nous devons naturellement présenter cette hypothèse sous toutes réserves, mais elle nous paraît d'autant plus vraisemblable que, malgré l'évolution des opinions de leur chef, les chanoines de la cathédrale continuèrent leur opposition aux doctrines apostoliques. Adémar les accusa même d'avoir suscité contre lui un de ses plus violents contradicteurs, Benoît de Cluse ^*K
L'évêque avait donc dû "entrer secrètement en composition avec Tabbé, et laisser ses chanoines dans l'ignorance des négociations, craignant probablement les conséquences qu'une indiscrétion pourrait avoir pour lui, si elle parvenait aux oreilles de son supérieur hiérarchique l'archevêque de Bourges, qui visait lui aussi à obtenir le titre de primat.
i^ Duchesne, Annales du Midi, t. IV (1892), p. 321.
2. D'après lui la cathédrale Saint-Étienne de Limoges serait : « prima et mater ecclesiarum Galliae... » (Sermons inédits d'Adémar, Bibl. Nat., ms. lat. 2469, fol. 90 r©).
3. Comme par exemple dans ce passage d'un de ses sermons : « Hi septem ecclesiarum principes una cum primate Lemovicensi, populorum optimatibus, et Aquitaniae ducibus, summopere in eodem concilio Domini legem observari ab omnibus sanciebant » (Bibl. Nat., ms. lat. 2469, fol. 87 vo).
4. Voir la lettre d'Adémar sur la question de l'apostolicité de saint Martial (Migne, PatroJogie, t. CXU, col. 89).
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C'est ainsi, croyons-nous, que Ton peut s'expliquer comment révoque changea brusquement d'attitude entre les années 1024 et
Au concile tenu à Limoges en 1028, Adémar, qui, en sa qualité de moine de l'abbaye, était un des plus ardents promoteurs de l'apostolicité de saint Martial, fut vivement pris à partie par un chanoine de la Savoie, Benoît de Cluse. Benoît l'accusa, ainsi que l'abbé Odolric, d'ignorance et d'orgueil ^'\ et quand Adémar voulut lui répondre, il s'échappa brusquement. Ne pouvant dès lors exposer sa thèse de vive voix, Adémar prit le parti de l'écrire, et composa sa fameuse lettre sur l'apostolicité de saint Martial.
Malgré les nouveaux décrets rendus par le concile de 1028, la question n'était pas définitivement tranchée. Elle fut portée devant le Saint- Siège et le pape Jean XIX prit franchement parti en faveur des moines de Saint-Martial ^^K Mais sa haute inter\^ention ne put ramener le calme dans les esprits : Adémar dut constater lui-môme que bien des églises des Gaules murmurèrent, et traitèrent l'apostolicité de fable inventée par les moines limousins ^'\
Il fallut donc recourir derechef à l'autorité des conciles. Dans un synode provincial tenu à Bourges en novembre 103 1, la question fut à nouveau posée, et résolue affirmativement ^^^ Une lettre de l'évêque Aymon porta cette décision à la connaissance des fidèles ^^^
Quinze jours plus tard, les membres de ce synode se réunirent en
1. Odolric, dit-il : « abbatem ... parum doctum esse, sed coram rusticis fingentem se sapientem ; ipsum abbatem et ejus monachos falsum apostolum erexisse causa pecunie qua abundant et causa elationis ac superbie ». (Adémar, Lettre sur Vapostolicité^ éd. Migne, PatrologUy t. CXLI, col. 91).
2. Le pape Jean XIX écrivit même à cette occasion une lettre curieuse (Migne, PatrohgiCy t. CXLI, col. 1149), dans laquelle il donne très ouvertement son avis : «Nos vero, infima petra edificati, hune de quo loquimur Martialem, utrum inter confessores an inter apostolos, Jésus Christus Dei Filius, cui corporaliter adhsesit et cujus gloriam vidit et benedictione est usus, annumeret, apostolum nominari posse definimus, et aeque apostolica officia in divinis mysteriis exhiberi sibi censemus » (Migne, ibid., col. 1150).
3. Adémar, Lettre sur Vapostolicité de saint Martial ^ Migne, Patrohgie, t. CXLI, col. 92.
4. Le concile décida : « ut beatissimus Marcialis in numéro apostolorum tam in litaniis quam in omnibus officiis computaretur et esset » (Labbe, Coticiliay t. XI, col. 121 1).
5. Labbe, tbid.^ col. 1210. Une copie de cette lettre, datant du xi« siècle, se trouve à la Bibl. Nat. dans le ms. lat. 52 , fol. 130 yo.
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concile à Limoges ^'\ dans la cathédrale Saint-Étienne, pour discuter différentes questions disciplinaires. L'abbé Odolric, dès la première session, leur demanda de déclarer d'une façon définitive que saint Martial était un apôtre. L'évéque Jourdan joignit ses instances aux siennes, et la discussion fut rouverte.
Le rite grec, les manuscrits liturgiques de l'Aquitaine, les litanies anglo-saxonnes, le témoignage d'Abbon de Fleury, plusieurs décisions pontificales, furent successivement invoqués par les défenseurs de l'apostolicité. Mais ces arguments avaient si peu de valeur, qu'un clerc périgourdin ne put s'empêcher de s'écrier qu'à ce compte-là saint Front lui-même serait un apôtre ^^K
La question était du reste résolue d'avance. Les Pères du concile de Limoges pouvaient-ils rétracter les décisions qu'ils avaient contresignées quinze jours auparavant à Bourges ? Ce fut en vain que l'évéque de Périgueux voulut présenter une motion conciliante : a II est bien, dit-il, de croire que saint Martial est un apôtre ; mais il n'est pas mal de le placer au rang des confesseurs ^^^ ». Le décret en faveur de l'apostolicité fut voté d'enthousiasme, après un discours de l'archevêque de Bourges, qui proposait d'excommunier les récalcitrants ^^K
Devant de pareils arguments, il n'y avait qu'à s'incliner ; mais nous devons faire remarquer à nouveau que tous les témoignages produits se résument dans le texte de la légende Aurélienne. L'apostolicité de saint Martial était une fable née de la veille, sans la moindre apparence d'ancienneté ; et les prétentions des moines étaient si extravagantes,