Cf. pièce justif., n^^ IX
l'abbé adémar 91
qu'après la mort d'Urbain II, Tabbé Adémar demanda à son successeur Pascal II de vouloir bien les confirmer. Le pape y consentit et par une bulle du 4 des kalendes de juin 1103 (29 mai) ^'\ il déclara à nouveau que Tabbaye devait rester sous la direction spirituelle et temporelle des moines de Cluny et promit de veiller d'une façon toute spéciale à ce que, après la mort de Tabbé Adémar, le siège abbatial ne devint pas la proie de quelque intrigant, qui essayerait de s'en emparer par force ou par ruse ^^\
Il était utile en effet, de prendre des précautions pour le jour où Tabbé Adémar viendrait à disparaître. Les habitants de Limoges étaient toujours en effervescence et les anciennes querelles entre les partisans de l'abbé et ceux de l'évéque étaient loin d'être apaisées. Le mardi 27 juin de l'année 1105, les gens du Château, à la suite probablement de quelques contestations avec révcché, allèrent attaquer la Cité et y mirent le feu. L'incendie prit des proportions énormes ; la cathédrale, consacrée quelques années auparavant, l'abbaye de la Règle, cinq églises, la plus grande partie des maisons, devinrent la proie des flammes et furent complètement détruites ^*'.
En présence de semblables violences, l'on pouvait craindre que la mort de labbé ne servît de prétexte à des troubles nouveaux. Il n'en fut rien heureusement. Adémar s'éteignit le 4 des kalendes de septembre II 14 (29 août) <^^ et l'élection de son successeur eut lieu dans le plus grand calme.
Les cinquante années de l'abbatiat d'Adémar furent pour le monas-
1. Publiée par M. Pflug-Harttung, Acta pontifie, ronianor. ined. (t. I, p. 74).
2. « ... Stabilimus locum ipsum [abbatia], sicut hodie est, ... scniper sub disciplina, dispositione et custodia Cluniacensis abbatis persistera ; et ut, obeunte abbate, nullus ibi qualibet subreptionis astucia vel violencia preponatur, ... [AdemarJ rcligionis paticione ... monasterium ipsum et quecumque ipsius sunt, sub tutela Apostolice sedis perpétue confovenda suscipimus. » (Pflug-Harttung, ihidJ),
3. » Anno ab Incu-natione .... MCVo, ... V kalendas julii, combusta est civitas Lemovicensis ab hominibus de Castro Sancti Martialis, in qua conibustionc concreniata est mater ecclesia S. Stephani cum omnibus officinis suis, monasterium S. Maria.' [de Régula] similiter, et ecclesia S. Johannis Baptiste, et ecclesia S. Mauricii, et ecclesia S. Trinitatis, et ecclesia S. Genesii, et ecclesia S. Domnoleni » (Duplès-Agier, Chroniques de Saint-Martial^ p. 188).
4. Il fut enterré dans la salle capitulaire (Geoffroy de Vigeois, éd. Labbe, Nenja Bihl. mss.y t. II, p. 297. Bernard Itier, éd. Duplès-Agier, p. 52. Continuateurs de la Commanoratio, même éd., p. 10).
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tère une époque de grande prospérité. Cétait une coutume générale chez les moines de Cluny ^'\ de doter les abbayes, confiées à leur ordre, de constructions nouvelles, bâties avec une ampleur et une somptuosité remarquables ^^\ Uabbé Adémar ne manqua pas de se conformer à cet usage : il réédifia luxueusement la plupart des bâtiments claustraux, le dortoir, le réfectoire, Tinfirmerie ; il construisit le cloître avec des colonnes de marbre ^'^ ; il jeta une voûte sur la nef de la basilique et décora l'édifice de peintures '^\ Tous ces travaux nécessitèrent assurément de grands frais ; mais Tabbaye était riche, elle venait d'acquérir les importants prieurés de Vigeois, dans le Limousin, et d'Excideuil, dans le Périgord ^'\ Elle pouvait donc supporter de pareilles dépenses, sans inconvénients sérieux pour ses finances.
Lahbé Amblard (^111^114)),
Le successeur de labbé Adémar fut un prieur de Cluny, nommé Bernard *^'. Cétait un homme plus au courant des affaires séculières que des belles-lettres ou de TÉcriture *^\ Aussi ne tarda-t-il pas à vivre avec ses moines dans des rapports assez tendus et finit-il par les quitter. Ceux-ci en furent très mécontents et demandèrent à labbé Pons de Cluny de donner à Tabbé Bernard Tordre de revenir à Limoges ou de se démettre. Pons refusa d'intervenir, et, comme les moines perdaient patience et faisaient mine de se révolter, il partit pour Rome,
1. C'est ainsi qu'ils reconstruisirent dans la région l'église abbatiale de Beaulieu et celle de Moissac.
2. Ils déployaient un tel luxe dans les constructions qu'ils élevaient, que les Cisterciens en signe de protestation s'interdirent d'introduire la moindre recherche et le moindre ornement dans les églises de leur ordre.
3. « ...Claustrum marmoreum ipse fabricari fecit » (Continuateurs de la Commémoration éd. Duplès-Agier, p. lo).
4. a ... Navem monasterii ... volvi, omneque ipsum monastrium honeste deintus depingi ac decorari fecit » (Jbid.).
5. Continuateurs de la Commemoratio, ibid.y p. lo. — Excideuil, ch.-l. de co» de l'arr. de Périgueux, Dordogne. — Vigeois, ch.-l. de co" de l'arr. de Brive, Corrèze.