SACRE DE HENRI PLANTAGENÊT
permet l'expression, et dès le xi« siècle, cette jeune fille, à qui Ton avait donné d'abord une modeste extraction, devint une princesse puissante, à qui son père, le duc Léocadius, aurait laissé en mourant ses états d'Aquitaine. On comprend dès lors comment les ducs eurent intérêt à venir se faire sacrer à Limoges. En passant au doigt l'anneau de sainte Valérie, pieusement conservé dans le trésor de l'évôché, ils pouvaient prétendre que la sainte leur avait donné l'investiture symbolique de leur duché. Ils conféraient ainsi à leurs droits un caractère mystique et sacré, propre à relever leur prestige et leur autorité.
La visite de Henri Plantagenêt à Limoges eut un triste épilogue : les gens de sa suite se prirent de querelle avec la population du Château, et une rixe violente s'ensuivit qui dégénéra en une véritable bataille. Le duc, en proie à une violente irritation, accourut au secours des siens. Pour les venger, il ordonna de combler les fossés et de détruire les murs qui venaient d'être reconstruits ^'\ Puis il quitta la ville aussitôt, et alla s'établir dans la Cité épiscopale, tout en réclamant à l'abbé de Saint-Martial le paiement du droit de gîte. L'abbé refusa, soutenant avec raison qu'il n'avait point à payer ce droit en dehors des limites de ses domaines, c'est-à-dire du Château. Le duc prit ce refus comme un affront, et il s'en serait certainement vengé, s'il n'avait été obligé pour [des affaires pressantes de quitter Limoges sur-le-champ ^^\
L'abbé Albert administra très bien son abbaye. Il se signala par plusieurs réformes liturgiques ^^\ acheta des ornements sacerdotaux et s'occupa beaucoup de la mense conventuelle qui était devenue très considérable ^*\
1. Sur l'ordre de l'abbé Amblard (Continuateurs de la Commémoration éd. Duplès-Agier, p. II).
2. «... Dux irritatus est ; tune muros castri, qui non multo tempore fuerant construai, tunditus evertit pontemque disrupit -. Procurationem noluit Albertus abbas in urhem [la Gté] facere duci, dicens non debere extra septa reddere castri [le Château]. Dux aliis distractus negociis, recessit cum indignatione » (Geoffroy de Vigeois, éd. Labbe, Nova Bihî. mss., t. II, p. 308). Le droit de gîte ou de procuration était le droit que des seigneurs laïcs ou ecclésiastiques avaient de se faire héberger par leurs vassaux.
. 3. Notamment dans la façon de célébrer les anniversaires et cenaines fêtes comme la Toussaint. (Voir à ce sujet Geoffroy de Vigeois, éd. Labbe, Noiui Bihî. mss.j t. U, p. 309.) 4. Continuateurs de la Commémoration éd. Duplès-Agier, p. 11.
l'abbé pierre du barri 99
Il acquit ainsi dans le diocèse de Limoges les chapelles d'Aixe, l'église de Moutiers, le domaine d'Usurat ^'K II -parvint également à soumettre à son autorité le monastère de Terrasson, qui s'était rendu indépendant avec la complicité de l'abbé Bernard ^^K Pour faire un exemple, il châtia sévèrement l'abbé, lui retira son bâton pastoral, l'obligea à venir à Limoges faire amende honorable devant le chapitre, lui défendit même de pénétrer dans la salle capitulaire et le fit rester debout dans le cloître devant la porte. Cette dure pénitence accomplie, il consentit enfin à lui pardonner et à lui rendre la direction de son abbaye.
L'abbé Albert, après être resté à la tête du monastère pendant onze ans, mourut en 1156, le 5 des ides d'août (9 août)^'^
L'abbé Pierre III du Barri (^1161-11^4),
Le successeur de l'abbé Albert, l'abbé Pierre II ^^\ né à Pithiviers dans l'Orléanais, avait successivement rempli les fonctions de chevecier à Saint-Martial, de prieur à Cluny et à Saint-Eutrope, de prévôt à Saint- Vaury. Il avait laissé dans tous les lieux où il avait passé, la réputation d'un homme vertueux et instruit. Il ne dirigea l'abbaye que pendant quatre ans et encore fit-il un voyage à Rome avec l'évêque de Limoges, Géraud. Il abdiqua à la fin de l'année 11 60, ou peut-être au commencement de iiéi ^^\
Sa succession fut difiicile, les moines ne pouvant s'accorder sur le
1. <( Capellas de Axia multo labore nobb adquisivit ... et ecclesiam que vocatur Monasterîum et terrain de Usurat » (Continuateurs de la Commemoratio, ibid. Voir aussi Geoffroy de Vigeois, p. 306). Aixe, ch.-l. de c©»» de Tarr. de Limoges. Moutiers, c»* du co» de Bonnat, arr.
de Guéret, Creuse. Usurat, c^c de Limoges.
2. « ... Abbatiam Terracinensem, que amissa fuerat, nobis restituit ». (Continuateurs de la Commemoratio, ibid. Voir l'histoire de la dégradation de l'abbé et sa pénitence dans Geoffroy de Vigeois, p. 306). Terrasson, ch.-l. de co" de Tarr. de Sarlat, Dordogne»