Geoffroy de Vigeois, ibid., p
5. « Anno gracie MCLXI, Petrus abbas abbacie resignavit » (Bernard Itier, éd. Duplès-Agier, p. 56). Les Continuateurs de la Commemoratio, éd. Duplès-Agier (p. 11), disent qu'il fut abbé pendant quatre ans et trois mois, ce qui placerait à la fin de l'année 11 60 l'époque à laquelle il aurait résigné ses fonctions abbatiales.
lOO LABBE PIERRE DU BARRI
choix d'un nouvel abbé. Tandis que les uns nommaient Hugues de Fuse, les autres lui opposaient un certain Pierre le Gros*'\ Hugues parvint pourtant à occuper le siège abbatial ; mais il mourut au bout de quelques mois^'^ et il fallut procéder à de nouvelles élections. Celles-ci furent heureusement très calmes, le chapitre d'un commun accord ayant élu l'abbé de Saint-Augustin, Pierre III du Barri, ancien moine de l'abbaye.
Quoique le légat du pape, Guillaume, l'eût confirmé sans difficulté, le roi de France, Louis VII, s'opposa à sa nomination. Il fallut que l'abbé se rendît à Paris pour plaider sa cause en personne. Ayant réussi enfin à convaincre le prince, il revint à Limoges, au mois d'avril 1162, portant les lettres royales approuvant son élection. Il les fit lire au clergé et au peuple et put prendre dès lors possession de son abbaye ^^K
Pendant l'abbatiat de Pierre du Barri, les chanoines de Lincoln en Angleterre, envoyèrent à Limoges une députation de trois d'entre eux, pour demander aux moines de vouloir bien leur donner des reliques de saint Martial ^*\ On pourrait s'étonner de voir des Anglais porter pareil intérêt à un saint limousin, si l'on ne songeait que depuis le funeste mariage d'Éléonore, Limoges ainsi que toute l'Aquitaine était devenue un fief des rois d'Angleterre.
L'abbé Pierre n'osa prendre sur lui de donner à ces chanoines une parcelle des reliques dont il avait la garde. Il en demanda l'autorisation au chapitre de la cathédrale et au peuple du Château ^^\ Le
1 . « Eligitur Hugo de Fuse, cui Petrus Grossus a quibusdam electus magnum intulit damnum » (Geoffroy de Vigeois, éd. Labbe, Nova Bihl. mss,, t. II, p. 309).
2. Geoffroy de Vigeois (jbid.). Qpant à Pierre le Gros, M. l*abbé Roy-Pierrefitte croit qu*il renonça à ses prétentions, et s'en alla à Cluny {Histoire de Saint-Martial^ p. 43).
3. « Electus itaque Petrus a Guillelmo legato est tonfirmatus; verum tamen pravorum consîlio ex parte régis impedita est ei regiminis susceptio ... Prosecutus est regem quod usque in Ramis palmarum cum illius gratia rediret. Tum ad processionem, régis epistola coram dero et populo lecta est que aT^batem regia dignum amicitia docuit uiliversis]» (Geoffroy de Vigeob, éd. Labbe, Nova Bihl. tnss.y t. II, p. 313. Voir aussi BeVnard hier, éd. Duplès-Agier, p. 56).
4. « Très canonici ex anglicis, venientes cum litteris episcopi de Lincolnia, postulaverunt reliquias sancti Martialis... » (Geoffroy de Vigeois, ibid., p. 314).
5. « .. Dum processio omnium sanctorurh ageretur, abbas Petrus ... non sine lacrymîs populum orat, quatenus acquiesçât eorum [canonicorum] peticioni » (Geoffroy de Vigeob, éd. Labbe, Noi'a BihL tnss,, t. II, p. 314).
l'abbé pierre du barri 10 1
corps de saint Martial en effet n'appartenait pas en propre aux moines de l'abbaye. Ceux-ci n'en avaient que la garde, et les chanoines de Saint- Étienne comme les habitants de la ville, avaient sur lui des droits très étendus. Les consuls du Château ainsi détenaient la moitié des clefs nécessaires pour ouvrir la châsse, à laquelle les moines ne pçuvaient toucher qu'en leur présence et avec leur autorisation ^'\ La ville aujourd'hui encore a conservé ces privilèges, théoriquement tout au moins, et quand, il y a quelques années, la cour de Rome demanda des reliques de saint Martial, le clergé de Saint-Pierre-du-Queyroix, où elles sont aujourd'hui conservées, ne crut pas pouvoir en disposer de son autorité privée et demanda au maire l'autorisation nécessaire. N'est-il pas curieux de constater la survivance de ces traditions, même après les bouleversements de 1793 !
Le chapitre de Saint-Étienne et le peuple ne firent aucune difficulté pour accorder à l'abbé Pierre la permission qu'il sollicitait. L'évêque Itier de Crosent fit même don aux chanoines de Lincoln d'une châsse d'ivoire pour conserver les reliques qui leur avaient été données ^^K
Un peu plus tard, en 11 67, Richard Cœur de Lion, fils d'Henri Plantagenêt et d'Éléonore d'Aquitaine, succédant à son père, vint comme lui recevoir à Limoges l'investiture symbolique du duché par l'anneau de sainte Valérie ^^\ La même année, un grand incendie ravagea le Château. La basilique du Sauveur ne fut pas épargnée, la nef et le clocher entre autres furent complètement détruits ^*\ L'abbé Pierre s'appliqua à restaurer l'église; il éleva également des constructiohs nouvelles dans le monastère, notamment un cloître pour l'infirmerie. Grâce à lui, le trésor s'enrichit d'un beau calice et d'une croire d'ar-