‹ L'abbaye de Saint-Robert de la Chaise-Dieu: Guide du touristeChapitre 7 sur 7 · LE BUFFET D'ORGUES · texte numérisé non relu

LE BUFFET D'ORGUES

Nous voilà en face des orgues : elles sont à elles seules un monument dans un monument; leur développement occupe la largeur de la grande nef. Le buffet est supporté par les pieds-droits du tambour, grosses pièces de chêne habilement dissimulées par deux cariatides de haut relief, dont les bustes, nus jusqu'à la ceinture, laissent voir sur leurs épaules et sur leur tête, un manteau déployé comme pour adoucir la pesanteur du fardeau. Au-dessous, et comme pour aider ces géants à soutenir le monument, deux magnifiques tQtei^ de lionS;^ doat la gueule béante laisse

échapper une guirlande de fleurs et de fruits qui tombe jusqu'à la base du pied-<lroit. On trouve leurs énormes pattes au milieu de palmes et de volutes couvrant la profondeur du modillony dont les angles portent aussi des palmes parfaitement fouillées.

Le buffet lui-même se compose des boiseries du grand jeu gui est en haut, et du positif qui est en avant. Le grand jeu, qu'il faut voir dans le détail pour admirer la finesse des sculptures^ est soutenu par des anges qui ressortent en demir relief : deux grandes volutes lui servent d'encadrement. Des feuillages de chêne et de laurier couvrent les traverses qui encadrent les tuyaux. De larges feuilles se détachent sur un fond travaillé comme les alvéoles d'abeilles; et une corniche couverte de quarts de rond ciselés complète la boiserie au-dessus du clavier. Deux anges en piedi dont l'un tient un cahier de musique sur ses genoux et joue de la flûte, et l'autre du «lerpenty couronnent le sommet.

Le positif de l'orgue était aussi couronné par deux anges avec instruments : on les retrouve encore aujourd'hui au premier étage de la toU£ Clémentine. Le bon goût de certaine époque les a recouverts de peinture, et les faisait sortir quelquefois de leur retraite pour les transformer en soldats romains armés de fusils, venant s'emparer de Jésus au Jardin des Olives. Deux corbeilles 4^ roses renversées comme des pendentifs retom*

bènt sous les angles : au*âessils on lit le millésime de 1683 : le vide qui les sépare est rempli par des têtes d'anges, auxquelles se relient les extrémités d'une banderole du plus bel effet.

Mais réservons une juste part de notre admiration pour la portion qu'il nous reste à étudier : le balcon.

Le système de soufflerie adopté à cette époque demandant un espace assez considérable, l'architecte a dû lui réserver une large place, et faire le dessin de cet encorbellement qui,' parlant du positif, va s'appuyer sur les colonnes de la nef.

Le style est toujours celui de la Renaissance, et la forme, celle d'un entablement de l'ordre corinthien, avec son architrave, sa frise et sa corniche. Pour faire disparaître la monotonie de ces moulures se prolongeant sur un balcon de trois mètres, l'artiste a eu soin de les couper par des consoles peu saillantes. Une tête d'ange aux ailes repliées soutient la corniche de ces con* soles, et une guirlande couvre le reste* Ces consoles portaient autrefois des vases de fleurs ou des statues dont on voit encore les mortaises dans la maia courante. Pour briser cette ligne horizontale, elles divisent rencorbellement en cinq panneaux encadrés de rinceaux, corniches denticulaires et quarts de rond ciselés. De larges fleurs de lis marquent la base, et des pommes de pin forment pendentifs.

Premier panneau^ à droite de Torgue î uû

ange portant un violon. Pour dissimuler Tasperité de Tangle, un ange en pied avec tambour de basque.

Deuxième panneau : un ange, les bras tendus, comme pour soutenir un instrument qui a disparu.

Troisième panneau : sainte Cécile, assise sur des nuages, dans l'attitude de l'inspiration, devant un orgue soutenu par les anges. C'est la reproduction du tableau de Lucas de Leyde — 1533 — qui représente la sainte accompagnée d'un ange qui tient devant elle un petit orgue sur les touches duquel la vierge promène ses doigts.

Quatrième panneau ; deux anges, dont l'un tient un volumen dans la main droite et de la gauche soutient un livre ouvert sur ses genoux.

Cinquième panneau : les armoiries de l'abbaye portées par des anges dont la tête a été mutilée. Un génie soutient dans ses bras la couronne royale à côté de la tiare pontificale, assez maltraitées l'une et l'autre, ainsi que les figures des armoiries (1).

(l) Leà àritLès doiit écartelées : àû 1*^ et 4''« d'clrgeût à la bande d'azur, aux six roses de gueules, et au 2"°* et 3"* aux armes de France, le bâton pastoral de saint Robert en pal, brochant sur le tout. Nous avons ici les armes du monastère, avec les roses des Beaufort qu'avaient adoptées les Religieux depuis que la famille de Clément VI les avait protégés, avec les royales fleurs de lis que Louis XII ajouta, en 1501, au blason de Tabbaye.

Dans le panneau qui fait retour âut le positif de Torgue, un ange debout tient un violoncelle.

Premier panneau^ à gauche : un ange en pied, une palme dans la main droite.

Deuxième panneau : les armes du cardinal Serroni : d'azur au lion sciant un rochet surmonté d'une étoile, le tout d'or. Ces armes, mises là à une place d'honneur, prouvent que le ^ bufiFet est dû en partie à son initiative et à sa générosité.

Troisième panneau : un ange, assis sur des nuées, embouche la trompette, tandis que sa main gauche présente une couronne de myrte.

Dans le fond, un rideau bordé de franges porte les armoiries des Bénédictins de Saint-Maur; le paœ entouré de la couronne d'épines.

Quatrième panneau : le roi David, assis sur un trône, la harpe dans les mains, dans l'attitude du transport et de l'extase; il porte la couronne et le manteau d'hermine; un portique s'ouvre derrière lui.

Cinquième panneau : deux personnages, dont l'un joue de la basse, l'autre d'un violoncelle; à l'angle, comme dans le balcon de droite, un ange en pied jouant de la flûte.

Sixième panneau : une femme soutenant une mappemonde, forme le panneau qui vient rejoin-» dre le pilier de la nef.

Ët^ comme pour animer cette galerie déjà si

vivante, rartiste semble s'être surpassé dans Texéoution des deux personnages qui en soutiennent Textrémité : ce sont deux anges en ronde bosse, mesurant deux mètres, dont les pieds portent sur des nuées qui dissimulent le pied-droit leur servant d'appui. Dans cette œuvre magistrale on ne sait ce qu'il faut le plus admirer : le naturel de la pose ou l'expression des figures; l'anatomie du corps ou le style plein de grandeur des draperies. Celui de droite, dont la figure juvénile est d'une douceur inexprimable, porte une longue tunique; l'autre est vêtu d'une cuirasse sur le haut de laquelle on Ut le mot : coic; ce qui porte è. croire que ce bufEet d'orgues serait l'œuvre de Goysevox» célèbre sculpteur, mort en 1720.

Cette œuvre grandiose que nous envient les plus riches cathédrales, est aujourd'hui un corps sans âme; à travers ses tuyaux brisés n'arrive plus à l'oreille que le bruit monotone d'un balancier d'horloge. L'orgue fut fait en 1727, par un facteur de Paris, Marin Garouge, et retouché ou remplacé, en 1779, par Jean Prades, facteur d'orgues de la ville de Sommières, en Bas-Languedoc.

Pour faire face aux belles sculptures que nous venons d'admirer dans tous leurs détails, noua retrouvons une construction qui n'a d'autre mérite aujourd'hui que sa rareté :

LE JUBé

Lourde construction du xv* siècle, servant de clôture au chœur des Religieux, Trois arceaux en accolade, avec bordure de feuillages à l'extrados, ornés de crochets, couronnés de panaches pédicules et séparés par des contreforts aux armes de Clément YI, soutiennent la balustrade. Cette dernière, formant encorbellement autour des deux colonnes de la nef, va se perdre dans les murs des nefs latérales. C'était là le chœur des frères laïques. Deux escaliers, l'un à droite, l'autre à gauche de la porte d'entrée du chœur, donnent accès sur le jubé. Une porte de bois dont on remarque le tympan à demi brisé ferme cette porte ogivale. L'enfoncement des deux arcs latéraux est occupé par des autels modestes. Sous celui de droite, se trouve encore la place où fut enterré le corps de saint Robert; c'est de cette sépulture primitive qu'il fut porté au grand autel.

Les deux chapelles ont été fondées par Gilbert de Lafayette, pour sa sépulture et celle de sa famille. Afin de racheter le mauvais effet de ces constructions, un moine de La Chaise-Dieu a eu soin de les surmonter d'un christ, que l'on admire à juste titre, au point de vue anatomique. Sur le

fùl de la croix on voit le blason et le nom du sculpteur : d^azur à une foy d'or, tenant un cœur de gueules, accompagné d'une étoile d'or en chef et d'un croissant de même en pointe. Autour de récusson on lit : Frère Jehan Bonne foy 1603 (1).

Dans la nef latérale sud, par laquelle nous reve«* nous vers les chapelles absidales, nous retrouvons la pierre d'exposition sur laquelle les moines, après leur n\ort, étaient lavés et restaient exposés aux regards de la communauté. Cette couche funèbre arrosée de tant de larmes, qui pourrait nous redire les scènes de l'amitié des cloîtres; ce lit de parade qui reçut sur son chevet de pierre tant de tètes couronnées de l'auréole de la sainteté, du génie ou de la naissance, avait été destiné à de vils usages : la pierre porte encore les traces du marteau qui se préparait à en faire l'auge d'une ferme.

Sur les dalles de l'église on lit une foule d'insôriptions tumulaires et des dates sans nom; les plus anciennes sont de 1680.

A côté de la porte du chœur, on voit le tombeau

(i) Ce pei^onnage, qui était en 16Ôâ novice à La Ghaise-Di6ti« et plus tard Bénédictin de la môme maison, mourut dans un &ge très avancé. Le 2 septembre 1646, il assiste comme témoiil au contrat de mariage de Barthelemi Grellet, seigneur de. Ghardas. Les Bonnefoy, connus à La Ghaise-Dieu dès le commencement du XVI* siècle, possédèrent le fief de la Vemôdet Leurs armes, décrites ci-dessus, portaient pour devise i Ad /frrrmndum cor sincerum Boruifides sufficit.

(Note due à Tobligeance dé M. Grellet.)

de Régiaald de Montclar (1). Dans cette sépulture faite en forme dé niche^ qui servit longtemps de fonts baptismaux, on retrouve bien en effet la petite voûte en forme de four. L^efBgie en marbre blanc reposait sur le socle orné de statues brisées sous les dais gothiques qu'on y voit encore. Dans les statuettes de femmes qu'on retrouve parmi les six personnages, il faut voir plutôt des allégories aux vertus du défunt que des pleureuses : ce qui a fait dire à quelques historiens que c'était la tombe de la reine Edithe et non la sépulture d'un moine. Un fronton ogival, soutenu par deux contreforts, domine le tombeau : ses rebords saillants portent des crochets et des fleurons. Dans le tympan on voit une figure nue sortant d'un linceul soutenu par des anges. C'est encore cette figure qui, prise pour celle d'une femme, a fait croire que c'était le tombeau de la reine d'Angleterre. Mais ce bas-relief que l'on s'est plu à couvrir d'un badigeon ignoble, vu de près, reproduit parfaite-

(1) Le pasd&gé que le (iallia Christiaûa à (ioùsacté à tappe*^ 1er remplacement et la forme de ce sépulcre, ne laisse aucun doute sur son identité. « Réginald de Montclar, mort en 1346 et enterré dans la grande basilique à l'entrée du chœur, près du bénitier. Sur un tombeau élégant fait en forme de four, on voit sa statue en marbre blanc, avec la chasuble et la mitre. » -^ Gallia Christ., tom. II, col. 343.

La pierre tombale que Ton voit devant Tautel de saint Ro^ bert, porte les armoiries de la famille de Balzac d'Entraigues : d*azur à trois flanchis d'argent posés : deux et un ; au chef d'or chargé de trois flanchis d'aair rangés en fasce.

ment une tète d^homme avec chevelure £nsée.

Sur les rebords intérieurs de Tare régnent des guatre-fduUles d<Hit riotérieur laisse passer des bustes d'anges jouant de divers instruments. Deux anges en haut-relief soutiennent cette oraemen-* tation.

Dans la chapelle qui est à côté, nous Toyons un spécimen de ces im^menses retables dont la Renaissance a doté presque toutes nos églises. Dans la seconde chapelle, on voit une de ces piscines à arcature trilobée, si communes au xrv* siècle.

Mais quittons ces détails pour contempler un des plus beaux restes de la puissance féodale :

LA TÔOft CLEJftfiîHtïNfi

Sa peinte en accolade s'ouvre dans la troisième abside méridionale. Un mâchicoulis la domine pour en défendre rentrée. Au-dessus on voit une ouverture donnant dana le second étage de la tour. Au rez-de-chaussée nous trouvons une salle carrée : les nervures ont pour clef de voûte un quadruple blason.

Le meuble porte les armes des Bénédictins de Saint-Maur et les armoiries de Tabbaye mutilées. Le lambris au-dessous des fenêtres, qui est un débris de la saU® capitulaire» offre dans sa nature

vivante et dans la riche végétation qui la couvre^ de beaux morceaux de sculpture.

On chercherait vainement aujourd'hui quelques débris du trésor de raU)atial : on ne retrouve phis rien de ces ornements précieux que portaient autrefois les moines dans les processions qui se fusaient autour du chœur^ aux fêtes solen* nelles, des reliques insignes qui y parsdssaient en grande pompe^ des tapis précieux qui ornaient le sanctuaire (1).

Les tapisseries du chœur sont le dernier souvenir de toutes ces richesses.

Dans les étages Jiupérieurs desservis par un escalier en colimaçon^ nous retrouvons^ au premier, une salle semMable renfermant qudques débris des stalles^ de Torgue et de la balustrade d'albâtre qui couronnait le tombeau du pitpe.

Au-dessus, une chamiire dont tes moinesi alors

(1) Au premier rang brillait le reliquaire d*or donné par le pape Clémei^t VI ^ renferjEaant I0 ehef de saint Robert, affootant la forme d'une tête. Le bras de saint André, aussi dans un reliquaire d'or, don du pape Grégoire XI, enrichi de pierres précieuses au milieu desquelles brillait un rubis d'une grande beauté. Quatre anges d'argent, posés sur un socle doré en forme de temple, le soutenaient : ses ciselures ,mpq^elaient la vie du saint apôtre. £n .1662, il devint la proie des baivinistos qui pilldrrat le trésor et convertirent la châsse de saint André en usages iprofanes, disent les historiens de La Chaise-Dieu.

Les reliques de saint Maurice et de ses compagnons, données par Armand de Béthune, évêque du Puy;le bras de saint Sébastien dans son reliquaire de vermeil «urmoAté d'une main portant une floche, ont également disparu.

que leur nombre était réduit considérablement, faisaient leur chœur d^hiver et qui communiquait avec réglise par la fenêtre que nous avons aperçue au-dessus de la porte d'entrée.

Au sommet, les combles de la tour, avec ses créneaux et mâchicoulis. Dans ces redoutables -défenses, on retrouve les mêmes dispositions qu'au château des Papes à Avignon (1). Les créneaux, comme ceux des deux clochers, étaient garnis de volets en bois à bascule.

La tour était reliée au corps de logis par un pont jeté à Une grande hauteur.

C'est sous le gouvernement de l'abbé André de Chanac que fut construite cette puissante forteresse (1378-1420). C'est bien à lui, en eflfet, que les annales de l'abbaye attribuent le système de défense qui protégeait autrefois le monastère. Un sentiment de piété filiale fit graver sur la face orientale les armoiries pontificales de Clément VI. C'est à l'abri de ces murailles que les moines et quelques habitants de la ville défièrent les fureurs de Blacons. La tour Clémentine pouvait supporter

(1) C'est du reste Clément VI qui fit bâtir la façade méridionale du château des Papes, les enceintes du midi et quatre arches du pont Saint-Bénézet. Ici, comme à Avignon, on retrouve des consoles aux angles des tours et, dans les arceaux de la façade de l'église, des mâchicoulis obtenus au moyen de grands arcs qui reposent sur les contreforts. Ces mâchicoulis donnaient de longues rainures par lesquelles on pouvait jeter pon seulement de? pierres, m«is des places de bois en travers.

un siège en règle. Elle servait de grenier d'abondance; elle avait son puits et son four, et Ton montre encore le moulin à bras qui servait en cas de siège.

Nous quittons l'église, dont nous avons visité tous les détails, par la porte du collatéral sud qui communique au cloître, et qui est, elle aussi, digne de quelque attention. Laissant à droite l'ancienne sacristie des moines, maintenant en ruines, et à gauche le grand escalier brûlé en 1574 (1) et reconstruit par les Mauristes, on entre dans le cloître.

hZ CLOITRE

C'est un vaste parallélogramme dont deux côtés sont détruits. La grande galerie parallèle à l'église se divise en dix travées : la petite en compte cinq. Ce qui étonne, c'est la déclivité du sol, dont l'architecte ne semble s'être nullement préoccupé pour asseoir cette splendide construction qui annonce la fin du xiv* siècle. C'est aussi ce mélange d'arceaux romans et ogiviques. Les cinq travées de l'aile septentrionale et les trois premières de l'aile méridionale portent les armes

(1) Un dôme, détruit il y a peu d'années» éclairait cette constmction, si imposante dans sa simplicité.

d'André de Chanac, à qui on attribue cette portion du cloître (1378-1417).

Dans les trois travées intermédiaires on voit une effigie de la Vierge, un monogramme et un chiffre du Christ qui ressemble aux armes des prêtres sécuhers de La Chaise-Dieu : dans les trois dernières, des armoiries qui portent : d'argent à un chef de chevron d'azur avec trois roses de gueules, deux en chef et une en pointe.

La présence de ces blasons fait croire que certaines travées auraient été bâties aux frais de quelques corporations ou de quelques particu- Uers. Des feuillages refouillés avec soin et délicatesse bordent ces clefs de voûte et forment de vrais pendentifs. La claire-voie, resserrée entre deux soUdes contreforts, est complètement à jour et sans verrières. Elle est formée par des arcatures trilobées, surmontées d'une quatre-feuilles. Un autre plus ouvert forme le tympan, et son archivolte sert de formeret aux arcs des voûtes : du côté du mur, les arcs portent sur des piles engagées. Dans le socle ou appui continu qui supporte les colonnettes et sépare les galeries du préau, on ne retrouve pas de coupures servant d'issues pour aller au lavoir ou fontaine que l'on retrouvait dans tous les préaux; les anciens plans de l'abbaye donnent le dessin d'une mosaïque recouvrant tout le préau.

Dans la petite galeiie en ruines s'ouvrait la chapelle du collège fondée par Grégoire XI, où

Ton retrouvait le tombeau de Soanen, dont le marbre forme aujourd'hui le jambage d'une cheminée. A l'extrémité de l'aile parallèle à la basilique, on voit une porte gothique aux armes de Tabbé de Saint-Neclaire : ce qui laisse supposer que ces deux galeries détruites avaient été bâties par ses soins. Le côté nord s'appuyait sur le réfectoire, dont il a ébranlé les voûtes par sa démoUtion,

Aux clefs de voûte de ce dernier on voit encore les cinq fuseaux d'argent sur fond d'azur sommés d'une crosse, alternant avec le blason d'un abbé de Mauzat, Hugues de Chauvigny de Blot, devwu abbé de La Chaises-Dieu, mort en 1468.

Le cloître donnait accès aux bâtiments daustraux nécessaires à la vie commune.

Au-dessus de l'aile méridionale du cloître s'é* lève la bibliothèque, dont les fenêtres accusent l'architecture du xv* siècle. Entre les contreforts du rez-de-chaussée, qui viennent buter les arceaux de l'étage èupérieur, s'ouvrent de longues fenêtres ogivales étroites, surmontées d'un trilobé et divisées dans leur longueur par des traverses : les linteaux et les appuis sont ornés de moulurés très déUées. Les colonnettes qui servent de piedsdroits à la fenêtre en l'encadrant, descendent jusqu'au bandeau posé à la hauteur du plancher.

Ce cloître et cette église, qui naquirent sous l'inspiration des moiiiés, demeurent dans l'histoire de l'art chrétien comme l'une des plus belles pages (jui aient été écrites en leur faveur,

A l'extérieur, Tédifice est soutenu par vingtsix contreforts, dont la pesanteur ne s'explique que par la nécessité de servir de point d'appui aux voûtes des trois nefs, qui étant de même hauteur, ne trouvent d'autre support que ces lourdes masses de pierre. Elles n'ont d'autre ornement que des gargouilles, et leur couronnement triangulaire est surmonté de fleurons. Les contreforts de la façade ont des retraites avec glacis et laissent un passage au-dessus des trois arceaux. : Pour se rendre compte de la solidité de l'édifice, on n'a qu'à en visiter le pourtour; et dans ces murailles sur lesquelles le temps a jeté son froid humide et ses mousses, qui ont défié la rigueur des éléments et la violence des tempêtes, les injures de l'homme et ses passions, plus violentes encore, on apprendra les lois de la solidité et de la beauté. Dépouillée au dedans, mutilée au dehors, la basilique de Saint-Robert semble avoir lassé la pioche des vandales modernes.

Dans les bâtiments] de la vieille métropole casadienne, ruinés par des désastres si fréquents, on retrouve la même solidité et la même beauté. Les murs extérieurs, malgré les mutilations qui ont brisé leurs corniches et leurs cordons, frappent encore par l'harmonie de leurs grandes lignes. Dans cette demeure, abritant autrefois une seule famille et que se partagent aujourd'hui tant de foyers, on retrouve de beaux appartements, comme la salle d'honneur de l'hôtellerie (la cure

actuelle), des voûtes aux proportions grandioses et d'une sonorité remarquable, comme dans la salle de l'écho.

Nous avons admiré les splendeurs, nous avons pleuré sur les ruines : il est temps de congédier le visiteur.

Si ces pages, inspirées par le culte d'un saint, écrites au souvenir d'une des fondations les plus glorieuses de l'ordre monastique en Auvergne, ont pu exciter quelque intérêt pour ce qui reste encore de cette œuvre sept fois séculaire et solliciter une aumône pour sa restauration, nous serons récompensé de nos labeurs.

L'abbé Bonnbfoy.

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