‹ L'abbaye de Saint-Robert de la Chaise-Dieu: Guide du touristeChapitre 6 sur 7 · LA DANSE MACABRE · texte numérisé non relu

LA DANSE MACABRE

Après celte longue station dans la portion de réglise la plus riche en souvenirs, nous nous rendons dans le bas côté ou collatéral nord. Là, nous nous trouvons, pour ainsi dire, sur le terrain de la mort ; Thumidité qui ronge cette pargè

de rédiflce lui donne le froid des tombeaux ; la . fresque qui couvre la clôture du chœur et les mausolées gui occupent Tentre-colonnement lui laissent Taspect d'une nécropole. Ge genre de peinture, auquel on donne le nom de danse macabre ou danse des morts^ et que les artistes des XIV", XV* et xvi* siècles ont reproduite si souvent dans les églises et dans les cloîtres, nous est resté comme un de ces rares et curieux monuments que la main du temps écaille tous. les jours. Cette série, qui compte plus de soixante personnages mesurant chacun un mètre de hauteur, se développe à deux mètres au-dessus du sol, sur une longueur de 26 mètres, y compris le développement des piliers qui coupent la surface du mur sur lequel elle est tracée. Le monument ne porte ni date ni inscription. Certains détails du costume disent assez qu'il faut en fixer la date à la moitié du xv* siècle.

Les trois couleurs employées sont : l'ocre rouge, pour le fond uni, l'ocre jaune, pour le terrain, et une couleur de gris sale couvrant à la fois les squelettes, les chairs et les draperies. Le tout est dessiné sur une couche de plâtre, à l'exception des personnages qui sont sur les piliers et qui sont peints sur la pierre brute (1).

(1) M. Langlois, dans ses Essais sur les danses des morts, dit : que les scènes que l'on voit sur les piliers non seulement ne paraissent pas être de la même main, mais e^core rq pas apparteiur k l4 même époq[ue,

La première figure que Ton retrouve avec quelque peine aujourd'hui sur le pilier qui sépare les deux tombeaux, est celle d'Adam et d'Eve, debout près de Tarbre sur lequel s'enroule le serpent à tête de mort, pour rappeler que la mort est le fruit du péché. A côté, le prédicateur dans une chaire; au bas, un personnage assis, comme dans la danse de Bâle peinte en 1441.

Son costume et sa tête rasée indiquent un moine : il porte une houlette ou bâton pastoral, ce qui ferait croire que c'est un abbé; et si toutes les figures sont de la môme époque et sortent du même pinceau, toute cette scène serait placée là en vue de ce personnage et n'aurait d'autre moralité que de lui rappeler ces vers d'un contemporain :

Le pauvre en sa chaumière où le chaume le couvre

Est sujet à ses lois ; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N*eQ défend pas nos rois.

Le premier acteur que la Mort va faire passer sous ses yeux est un pape : il porte la tiare et ses mains liées tiennent les clefs, symbole de sa puissance spirituelle. Le squelette ne le touche pas, il se tient timidement derrière lui, mais il pose le pied sur son manteau. La Mort entraîne l'empereur couronné et portant un globe : elle regarde d'un air moqueur un cardinal qui se détourne pour ne pas la voir, tandis qu'elle cache ses traits au roi qu'elle tient par le bras. Elle

danse devant un patriarche dont elle prend fami- •tièrement la tète et qui semble lui demander grâce, pendant que le squelette qui la suit s'amuse à poser le pied sur son manteau traînant. La Mort gambade à côté d'un chevalier dont elle fait tomber l'épée; et elle entraîne un prélat qui tremble et dont les jambes fléchissent à son aspect. Drapée dans son linceul, elle semble oublier un gentilhomme, & qui elle arrache pourtant son glaive; mais un second squelette survient qui Tentrcdue.

Tels sont les personnages qui composent le premier panneau.

Sur le second pilier, on voit un squelette qui décoche des flèches sur un groupe. A côté, l'entrée de la chaire a fait disparaître un personnage et la Mort ; et comme il règne dans toute cette composition un certain ordre, il est à croire que c'est récuyer (1). Elle reprend sa course terrible, entraînant un homme d'Eglise et un bourgeois ou un bailli. Elle se cache dans les plis de son suaire pour surprendre une pieuse matrone qu'elle saisit par ses mains jointes. Son bras étendu désigne à un marchand portant son escarcelle le terme fatal. Elle dérobe derrière les plis de son manteau son

(1) Cette chaire, qui a assumé sur ses tristes ais les colores de tant de visiteurs, pour la sauvage mutilation que nous venons de signaler et pour celle des stalles, dont eUe brise le coup d*œil, sera bientôt remplacée et mise à une place plus convenable, grâce à l'initiative intelligente du prêtre qui pré« 9ide auj( restaurationi d6 réalise mutila.

aftoax rietus à une noble châtelaine, tandis que le squelette qui la suit» entraînant derrière elle un sergent, appuie son pied sur sa robe traînante et la fait défaillir. Elle aflfecte un fou rire et se tord de plaisir en face d'une vieille femme.

Un damoiseau ouvre la marche dans le troisième panneau : la Mort lui arrache un bouquet de fleurs d'une main, et de Tautre montre la fa^ taie sentence à un religieux enveloppé. dans son scapulaire. Elle saisit un troubadour, qui laisse tomber sa mandoline; elle arrache sans pitié le manuscrit d'un savant, et en détache les signets. Elle appuie sa main en ricanant sur l'épaule d'un paysan qui porte un hoyau sur l'épaule et laisse tomber sa serpette. Elle pousse un religieux Bénédictin qui semble très résigné à la suivre. Elle dissimule sa figure hideuse à un pauvre enfant dans ses langes, qui pleure à sa vue. Elle se montre obligeante jusqu'à porter le cercueil du clerc qu'elle entraine. Enfin, un moine assis, tenant entre ses mains un cartouche qu'il semble présenter au visiteur, forme le trente-cinquième personnage, et termine cette funèbre procession, de cartouche était probablement destiné à porter le nom du peintre et la date, ou peut-être une simple sentence renfermant la morale de la scène : La mort n* espar gne ne petits ne grands, selon l'adage du xv® siècle.

Au-dessus du mur qui coupe à angle droit cçtle danse des morts, au-dessus de l'^rceaui on

voit encore les débris d'une fresque que Ton juge représenter l'Enfer aux flammes que l'on aperçoit, et le Ciel, aux nimbes que l'on découvre au sommet.

Le premier des tombeaux adossé à la muraille passe pour être celui de la reine Edithe, dont nous avons parlé dans notre préambule historique : une tradition veut qu'il ait été refait en 1380 pour faire pendant à celui de Réginald de Montclar, qui mourut à cette époque. On ne retrouve pourtant aucun insigne de la royauté; et les armes que l'on voit sur le coussin qui soutient la tête, seraient plutôt de la famille de Vichy (1).

Le second tombeau est celui d'un prélat, peutêtre Nicolas, archevêque de Rouen, oncle de Clément VI. Le visage a disparu d'un coup de hache, et les mains sont mutilées. Le lion qui est sous ses pieds semble par ses rugissements déplorer

(1) Le blason de Tancienne et illustre maison de Yicby se voit sur la porte et à la clef de voûte de la sacristie. Le même blason se trouve répété sur l'oreiller placé sous la tête de la statue qui est sur le tombeau de la nef latérale nord. Il est à remarquer que Smaragde de Yicby vivait de 1380 â, 1420. L'importance de la maison de Vichy qui avait d'anciennes relations de parenté avec les dauphins de Saint-Upize, seigneurs de Mercœur et de Chilhac, et surtout l'importance de la maison d'Allègre, dont les immenses fiefs environnaient Tabbaye de La Chaise-Dieu, suffiraient amplement à expliquer la présence du tombeau de Smaragde de Vichy dans l'église : étant donné ce fait, qu'elle vivait de 1380 à 1430, et que l'architecture du tombeau se rapporte à cette date.

(Note duc à robligeançe dfi Jtf . Gr^lkt^ d^AUègre.)

moins la mort du personnage que Taffreux état de son effigie. Des niches vides en stuc du plus beau travail ornent les faces du monument.

La seule particularité que nous avons à faire remarquer dans les dernières travées de cette basse nef, c'est Yoculti^, ou œil circulaire ménagé au centre de la voûte d'arêtes en guise de grande clef pour le passage des cloches ; là se terminait l'église de Clément VI.

Mais quittons cette région de la Mort, pour rentrer dans la nef principale.

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