‹ L'Abbaye de Sainte-AphrodiseChapitre 12 sur 37 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Comment un roi voisin attaqua Vile où vivait Aphrodise.

Denys , en partant , avait confié la rég-ence à la reine Ariane. De sages ministres la secondaient, et il arrivait souvent qu'Aphrodise, malgré son jeune âge, assistât aux conseils du royaume.

Pendant un an, l'île ne cessa pas d'être calme. Elle était, maintenant, parmi les plus riches du monde, et c'est en vain que l'étrang-er de passage y eût cherché

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UQ pauvre. Aussi ses habitants devenaient-ils org-Qeilleux et se détournaientils peu à peu des voies divines. Ils ne rendaient plus au Seigneur tout ce qui lui est dû. Aphrodise en gémissait, et elle ne prévoyait que trop quels malheurs allaient fondre sur eux. Elle voulut les avertir ; les ingrats ne firent que la railler.

Ce fut leur prospérité même qui détermina leur chute.. Des voyageurs avaient raconté combien l'île était devenue féconde; ils avaient dit partout la gloire de ses vins. Non loin d'elle^ il y avait une autre île, où régnait un roi farouche, prompt à la guerre, et qu'on redoutait pour sa cupidité. Ce prince avare, Dieu le choisit pour son fléau. Dès qu'il eut appris queDenys avait abandon né, à jamais

peut-être, et, du moins, pour de longues années, les soins du pouvoir, et les avait remis à une femme, il sentit que s'impatientait son ardeur conquérante; il arma une flotte ; il chercha au g-ouvernement de la rég-ente Ariane la première chicane venue, et, un matin, des navires belliqueux investirent le port principal de l'île. Ce port était la clef de la ville que Denys avait instituée capitale de l'état. On ne put empêcher le débarquement de l'envahisseur, et bientôt la capitale fut étroitement assiégée.

Cet affront imprévu releva les courages populaires. Le roi ennemi commandait lui-même ses troupes. Il fut décidé qu'on lui opposerait une résistance vigoureuse. On fit des sorties héroïques, mais qui n'eurent pour effet que de priver la ville

(le ses plus hardis défenseurs. On connut d'horribles souffrances; aux ravag^es des armes se joig-nirent ceux de la faim.

Aphrodise, jour et nuit, s'humiliait devant le Seigneur; mais, hélas! elle savait ses prières inutiles, et elle devinait que la main divine ne protégeait plus un peuple trop oublieux de l'éternel devoir.

L'ennemi tenta des assauts. Le désespoir donna quelque force aux g"ens de la ville; des femmes même combattirent sur les remparts; on repoussa les assaillants. C'est alors qu'entrèrent en jeu les machines : des corbeaux démolirent les murs, des béliers ébranlèrent les tours ; des balistes lançaient des dards d'une grosseur à peine concevable, et qui crevaient les toits; des catapultes jetaient d'énormes quartiers de roc, qui écrasaient

Jes maisons. A chaque heure, une brèche nouvelle s'ouvrait dans l'œuvre des fortifications; des rues entières n'étaient plus bordées que de ruines.

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