CHAPITRE III
Pendant que les moines priaient et que Rigauld et les autres valets suivaient de leur mieux l'exemple de leurs seigneurs, le chevalier, tourné du côté du bourg, dit tout bas à Foulques :
— Les bons pères chantent l'office des morts, mais ils feraient bien aussi de songer à leurs moyens de défense. Tu as vu comme ce maître Simon et ses amis semblaient contents d'eux-mêmes et certains de leur fait ? Si Ton faisait à cette heure une visite dans la ruche, on trouverait les abeilles non pas occupées au travail, mais préparant leurs aiguillons.
— Je le pense aussi, répondit Foulques, et il serait sage de commencer nous-mêmes la bagarre. Quelques bons coups de pointe et de taille donnés à propos ramènent aisément les bourgeois mutins à l'obéissance ; ils ne deviennent indomptables que lorsqu'ils ont attaqué les premiers. Demandez donc au père abbé de vous prêter ses hommes d'armes.
— Il n'en a pas, répondit le croisé en jetant un regard dans le préau et sur les murailles. Je ne vois point ici de soldats ; des capuchons, des frocs et pas un heaume 1 Nous sommes, ce me semble, arrivés à propos, car, s'il y a bataille, nous seuls pourrons soutenir le choc, et c'est une occasion de rendre à l'abbé de tels services qu'il ne saura, le voulût-il, comment s'y prendre, après la victoire, pour rejeter la demande que je viens lui faire. Ainsi tout me sert, et plaise à Dieu que les manants se mettent bientôt en branle 1 Mais viens, je suis curieux de voir le pauvre religieux que les misérables ont égorgé pour leur coup d'essai.
L'abbé venait de se relever, et quelques convers ayant apporté un brancard, plusieurs moines avaient soulevé