CHAPITRE XXIX
Le leudemain de cette exécution, dans une des salles du monastère où l'abbé avait été transporté et où les frères du couvent, un peu habiles dans l'art de guérir les blessures, lui prodiguaient toutes les ressources de leur savoir, l'évêque Guillaume était assis au chevet d'Anselme. Le saint abbé avait repris connaissance ; cependant sa faiblesse était extrême ; il n'en questionnait pas moins son ami sur les événements. Celui-ci tenait un parchemin qu'il venait de recevoir à l'instant.
— Eh bien I dit-il, mon vénérable frère, Dieu ne nous a pas abandonnés 1 L'Église triomphe et l'impiété est à bas I Le concile de Reims s'est dissous après avoir pris toutes les mesures que votre sagesse lui avait enseignées. L'excommunication est lancée ; en voici l'acte ; il dépend de vous de le fulminer si la rébellion s'obstine ; de plus, la croisade va être préchée dans toute la Champagne, dans la Bourgogne et dans l'Ile-de-France contre les communiers et leurs adhérents. Ne doutons pas que, dans peu de jours, ce repaire d'assassins et de bandits ne soit rentré dans l'obéissance et purgé des misérables qui vous ont combattu.
— Oui, dit l'abbé d'une voix faible, l'immense miséricorde divine est venue à mon secours ; désormais le temps de la fermeté et du courage est passé ; c'est celui de la mansuétude qui est venu. J'espère n'avoir point déshonoré ma dignité quand j'étais dépouillé de tout et errant comme un daim poursuivi par les loups ; maintenant que le Seigneur a remis la puissance entre mes mains, il s'agit d'être doux pour ceux qui, vaincus, sont mes enfants. L'excommunication, je l'espère, ne sortira pas de ma bouche. Quant à la croisade, tâchons de n'en pas faire usage ; laissons agir la menace, n'en venons pas à l'effet ; mon cœur saignerait de voir le