‹ L'abbaye de Typhaines. [Par] comte de GobineauChapitre 2 sur 169 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

C'était une immense clairière ; le chaud soleil du mois d'août y dardait librement ses rayons, et sur ses bord , les chênes les châtaigniers, les bouleaux de la foret, presse tous géants centenaires, laissaient monter librement d^ns leurs rameaux emmêlés et touffus les épaisses volutes drmme'iantes grimpantes. Sous les ténèbres de a veut verdoyanle, tout était végétation puissante et vigoureux désordre Ici un roc couvert de lichens barioles élevait sa têtetno'me'et difforme entre les f-^^-Z^Vn^-^^^Ss flP vétusté • là, un vieux sapin tombait, pont infrancnis sable sur la ctoe de deux frênes à peine moins âges que m Et partout, sur le sol, des broussailles, des fougères de; bruyères s;mblaient vouloir rivaliser avec les faîtes aériens des princes de la forêt, tant tout cela poussait dru,

vivace et serré.

TSs cette solitude maiestueuse, un seul bruit s'e^ten Hait • C'était la voix argentine d'un ruisselet clair comme fetlis limpide cristal, et qui, s'en allant courant sur-lesabe 'd?son lit! Paràissf . sci— ^f -^ - e'^Sard'u^ r^sïïrcfuWf mutinr^a ToZl de' cette onde charmante était là au sommet de la vaste pelouse, au p ed T'un monticule • de rudes ouvriers, disparus depuis bien

tSt- ^e'detnral^if .Tp-rlTurn ^^^^^ » nrise de DOser au sommet cette pierre grossièrement taillée, qS est cL'^ée représenter le saint évêque Procule, convertis-

seur de la contrée. Jadis, en vérité, la sauvage fontaine, libre comme les éléments, se passait aisément d'im patron ; elle était déesse. Sous la forme d'une belle fille, elle avait rendu, se disait-on, les bois redoutables, avait séduit les chasseurs, noyé quelquefois ses amants. Une réputation aussi équivoque était bien faite pour la rendre suspecte à l'autorité ecclésiastique, et il n'avait été que sage de donner à cette belle indépendante un puissant mentor qui pût tenir en bride ses dangereux caprices. Saint-Procule luimême, ce n'était pas trop ; il suffisait tout au plus à sa tâche,; son étole et sa crosse étaient à peine des armes assez fortes pour maintenir dans le devoir la nouvelle convertie, et on se racontait encore de temps en temps, avec effroi, que maître Luc le charpentier, le frère Maclou, le bailli ou même (horresco referens !) un des fils du seigneur de Pornes, passant imprudemment, de nuit, aux environs de la fontaine, avaient été plongés dans son bassin, et, qui plus est, à demi étranglés. Que faisait le bienheureux Procule pendant que sa néophyte se livrait à ses coupables jeux ? Evidemment, un saint tel que lui n'avait pas qu'une pénitente à surveiller, et la maudite fée profitait sans doute des absences de. son céleste patron pour exécuter d'aussi diaboliques exploits. Enfin, pour une raison ou pour une autre, il était universellement reconnu, vers les premières années du douzième siècle, sous le règne du roi Louis VI, appelé Louis le Gros, et dans le coin du Nivernais touchant à la Champagne, époque et théâtre principal de cette histoire, que braver le voisinage de la fontaine de Saint-Procule, une fois le soleil couché, était une témérité qui pouvait porter de bien mauvais fruits.

Par cette journée d'août, d'une beauté magnifique, vers trois heures de l'après-midi, et dans le sentier à peine tracé qui, sortant des profondeurs du bois, traversait la clairière, apparut tout à coup un homme allègre et bien bâti. Il marchait du pas lent d'un promeneur ou d'un garde, et son œil vif regardait aux alentours. Ailleurs que dans un tel désert, ce personnage aurait peut-être excité médiocrement notre intérêt ; mais au milieu de la nature silencieuse, tout être humain prend une importance que les plus hautains et les plus dédaigneux se sentent impuissants à lui refuser.

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