NICOLAS II DE NOYELLETTE
Nicolas, deuxième du nom, fils du seigneur de Noyellette, fui appelé à la prélature du Mont-Saint-Eloi en 1364, par le pape Urbain V (1), et béni par l'évoque d'Arras, Gérard de Dainville. 11 avait étudié les lettres et était parvenu au grade de bachelier en théologie, grade qui , a cette époque, désignait un très-haut degré de science. Grâce à son énergie et à ses éminentes qualités, il retint le monastère dans sa prospérité si souvent menacée par la guerre. L'abbé Nicolas II reçut dans son couvent le roi de France, Jean, a deux reprises différentes : la première, lors de son retour d'Angleterre, après le traité de Brétigny, et la deuxième lorsqu'il y revint pour traiter de la rançon du duc d'Anjou. Malheureusement la paix ne fut pas de longue durée, et Charles V ayant succédé a sou père recommença les hostilités. En 1370, « les faubourgs d'Arras furent bruslez et tout le pays d'Arlhois gastés » par les Anglais etc., celte maison ressentit de grands dommages. »
« En 1373, ajoute la Chronique d'.lubigny, le duc de Lancaslre passa aussi » avec une armée de 90,000 hommes durant le mois d'août ; il séjourna aussy en » l'abbaye du .Mont-Saint-Eloi, faisant beaucoup de mal par tous lieux où il pas- » sait, comme aussy l'armée du roi de France, qui le suivait. » Le passage du duc de Buckingham qui vint assiéger inutilement Arras en 1380, et la guerre civile des Gantois révoltés contre leur prince, amenèrent la dévastation dans les terres des partisans du comte de Flandre et d'Artois , Louis de Mâle, 1382.
Telle fut la détresse du pays, en 1385, que les abbayes se virent forcées de vendre leurs ornements d'église et leurs vases sacrés. Deux ans plus lard, de nouveaux impôts plus onéreux que les précédents pesèrent sur les sujets du roi de France, en lutte avec l'Angleterre. Pour comble d'inlortune, l'armée française traversa l'Artois et ruina tout sur son passage.
Pendant tous ces désordres, l'abbé Nicolas veillait sans cesse aux intérêts de la maison. Au mois de mars 1569, Robert, comte d'Artois, se trouvant à Paris, permit au couvent du Mont-Saint-Eloi d'acheter dans son comté des terres et d'autres biens jusqu'à la valeur de cinq cents livres parisis de revenu annuel (2).
(1) Gallia Chrisiiana, toro. ni, p. 430.
(2) Cartulaire d'Artois, p. 257. Inventaire .les chartes d'Artois, déposé à Lille, 2«
Le 15 mars 1579, Philippe Blondcl , seigueur de Canteleu , maître d'hôtel du duc de Bourgogne, déclara dans ses lettres que la justice viscomtière de Givcnehy-en- (iohelle appartenait aux religieux du Monl-Saint-Eloi. L'annulation de l'exploit d'un sergent à cheval du duc de Bourgogne, qui avait arrêté et pris un cheval étranger sur le territoire, vint à l'appui de cette déclaration. En 1384, le 20 février, Jehan du Mares amortit le fief de la sauche pouilleuse à Avion, qui appartenait au monastère.
Sous l'administration de Nicolas D, les religieux d'Auhigny et de Hehreuves durent abandonner leurs prieurés dont deux cardinaux s'étaient emparés ; on fit entendre à ces derniers que ces maisons constituaient des offices réguliers à la nomination de l'abbé du Monl-Saint-Eloi et non des séculiers , et les usurpateurs durent renoncer à leurs prétentions.
Après avoir gouverné vingt-cinq ans l'abbaye et avoir vaillamment défendu ses intérêts (1), Nicolas de Noyellelte mourut le 18 novembre 1588; son corps fut déposé dans la chapelle «les abbés , sous le marbre placé au milieu du devant de l'autel. On lui lit une épilaphe digue de celle de Bernard Dupont :
Moribus ornatus Nicolaus prolitulatus Virgil pnstoris et magni digmis honoris, boetrina- radiis fulpen», qui lai-pus egenis, Vcrus quinquennis hic nhbas pra-fuil unnis S«d Irino menso demlo tamen ast ohiUv Lapsis milleuis quadrigeiilis, duodeuis Deinli» oetavis Martini mense deromhri.
Hune fi'i lur >eslris preeihus quem qua?»o jurelU.
Ou peut dire que l'auteur s'est mis à la torture pour marquer l'année, le mois et le jour de la mort de cet abbé.
Le prieur d'Auhigny Geoffroy Bataille, Fernand du Ghauvelet, grand prieur en 1570, et Jean Oudoul . de noble et ancienne famille, receveur de l'abbaye, sont les religieux que l'on peut citer de son temps. Le dernier devint abbé .le Marœuil (2).
(1) Voir |>i<-ces juHiliralivp*. I.VII1.
<2) PAnENTY, Vit de miW.' Iln lille, p. 81.
MICHEL D'ALENNES.
A la mort de Nicolas 11, Michel d'Alcnnes fut appelé par les suffrages de tous les moines au gouvernement de la maison, comme vingt troisième abbé. Il appartenait a une famille nolile de Hebrcuves-sous-les- Monts. L'inclination de son amc l'avait porté aux saintes pratiques de la vie monastique, et ses émineutes vertus le firent élever à la prélature par le vœu unanime de la communauté. Son élection, vivement appuyée par le prince Philippe le Hardi , fut confirmée par une huile du pape Clément VII, datée du 15 des calendes de. mars 1590 ( 17 février). Cet abbé est mentionné dans les actes du concile de Pise (1409), comme s'y étant fait représenter.
Un des beaux monuments qu'il ail laissé de sa piété fut le grand candélabre de bronze qui était au milieu du chœur ; il pesait 2,580 livres sans y comprendre l'ange, et avait coûté 464 livres 7 sols 8 deniers. Les principaux officiers du couvent et même les religieux avaient prélevé sur leur ordinaire pour le solder. Le 10 novembre 1409, les autels de Saint-Jean et de la Madeleine furent consacrés par Martin Porée, évéque d'Amis.
Michel d'Alcnnes se montra jaloux du maintien des prérogatives et des privilèges de la maison. Il y avait dans les archives de l'abbaye un recueil de pièces et de procédure qui en faisait foi ; dans ces titres, le prélat n'était pas désigné; il n'y était fait mention que des religieux.
En 1595, Martin de la Viscongne, prévôt de Beauquesne, écrivit au premier sergent du roi de celte prévôté pour lui exposer que « le fondé de pouvoirs de l'ab- » baye de Saint-Eloi lui avait remontré que cette communauté était de fondation » noble, et douée de plusieurs rentes, terres, revenus et privilèges dont elle avait « la saisine et possession, entre autres de nombreux bois du ressort du bailliage de » Carcnci, situés vers Villers, et pour lesquels elle était libre de nommer un ou » deux sergents à qui la garde en était confiée et de les présenter audit bailli qui « devait recevoir leur serment de bien exercer leur charge. Après quoi ils seraient •• complètement indépendants du bailliage et pouvant s'emparer de tous ceux qui <» mèneront dans les bois dudit Villers , et les mener dans les prisons du château » de Carenci pour obtenir réparation du dommage causé. Ils devaient également » être crus sur parole et immédiatement obéis. »