‹ L'Abbaye du MontSaintEloi, 10681792Chapitre 27 sur 60 · GO · texte numérisé non relu

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Sans avoir égard à ces prôtrntions Jehan Dauiïai, bailli de Carency, interdit au garde de bois nommé par l'abbaye l'exercice de sa charge , quoiqu'il eût prêté le serment obligatoire. N'osant enfreindre cette défense, le garde laissa les bois sans surveillance, ce qui occasionna un préjudice notable au trésor du couvent.

c Le prévost de Deauquesne ordonna donc au premier sergent ci-dessus men- » tionné, d'annuler les commandements du bailli de Carcnci et de lui notifier de » lasser jouir Ils religieux de Sainl-Eloi de leurs droits et privilèges. En cas d'op- •> position, il devait lui assigner jour pour comparaître a Beauqucsnc devant lui, » prévost, ou devant son lieutenant (1). Le 25 janvier liasse Leblond, sergent du » roi, écrivit au prévost de Deauquesne, l'informant qu'à la requête de l'abbé et » des religieux de Sainl-Eloi, il s'était transporté en la ville d'Arras le 24 jan- <> vier 1395, et s'était présenté devant Jehan Dauffay, bailli de Carenci, et en pré- » sence de la justice du lieu l'avait assigné a comparaître par devant lui audit Carenci. » Là, ledit bailli y fit les coinmendements et les défenses contenues en la commis- » sion. Le lendemain, le sergent du roi se trouva en la cour du château de Carenci ; » pardevant lui se présentèrent le fondé de pouvoir desdils religieux et le bailli de

Carenci. U leur donna lecture de la commission et complainte du prévost de » Beauquesue et enjoignit à Jehan Dauffay de laisser les religieux paisiblement •> jouir de leurs droits et possessions. .4 laquelle réquisition ledit Dauffay s'np- » posa et comme contraint remit en la main dudU servent (comme celle du » roi), un festu en signe d'opposition, liasse Leblond les assigna de ntmwau » devant le prévost de Ueauquesne le prochain mardi après les brandons (2). »

Le 7 avril 1396, Martin de la Viscogue confirma la lettre de Bernard Jonglet, son lieutenant, qui avait été promulgué, le 22 juin 1395, dans la contestation qui existait entre le bailli de Carency et l'abbaye du Mont-Saint-Eloi. U en résultait que le comte de la Marche avait, en cette circonstance, approuvé la conduite de son bailli, et qu'après les plaidoiries, il avait été ordonné aux parties de fournir leurs moyens île défense par écrit. Un jour fut fixé à cet effet, mais le comte étant mort, son fils fut assigné à comparaître dans cette audience, présidée par le prévôt de Bcauquesne. U se fit représenter de son côté par le procureur Delessarl ; l'abbaye le fut par Pierre Froissart. Les deux parties reconnurent aimablement que le bailli de Carency serait tenu de recevoir le serment du garde des bois du monastère, qu'elles paieraient solidairement les frais du procès et qu'aucun dommage ne serait exigé.

(I) Voir pièces justificatives, LK.

ii) Voir pièces juslilic.Hives, LX.

En vertu do leurs lettres, le prévôt et son lieutenant rendirent cet accord exécutoire (1).

« Huart de Mortier, bailli de l'abbaye en la ville de Hantay et dépendances, dont cette communauté possédait la seigneurie et la juridiction, déclara dans ses lettres que Pierre Haimbaut, habitant de Wailly et justiciable à ce titre des religieux, ayant été accusé d'avoir tué Jacquemart Le Garpcntier, il avait fait une euquôle en présence des hommes de fief pour s'assurer du crime. S'étant enfui, ledit Raimhaut fut assigné à comparaître à différentes audiences et fit défaut. Méconnu coupable, il fut condamné par contumace à la peine de mort , et à être traîné et pendu jusqu'à ce qu'il succombât. Mais comme il était absent , le bannissement sur la Iwrre fut prononcé contre lui dans l'étendue de la juridiction des religieux, par les hommes de fief et il fut fait défense à quiconque le rencontrerait de le fréquenter.

Le 14 décembre 1419, le procureur de l'abbaye du Mont-Saiut-Eloi intenta un procès au sieur Rauduin Hurp, qui s'était refusé de passer la nuit de mai (1418) avec le prévôt , le bailli ou le procureur de l'abbaye dans ses bois , afin de les veiller et de les garder, usage auquel étaient tenus tous les tenanciers du Mont-Saint-Eloi. Il requérait une amende de 60 sols contre le délinquant. Les hommes de fief et colliers de l'abbaye engagèrent le procureur à s'assurer du toit, et sans lui communiquer les pièces du procès, acquittèrent Bauduin Ilurp.

» Le procureur de l'abbaye interjeta appel en l'assise d'Amiens. Les hommes de fief en ayant eu connaissance et voulant éviter des frais et ne point être en discorde avec le couvent, déclarèrent ue point vouloir soutenir leur sentence et s'en désistèrent au profit des religieux. Us reconnurent en outre qu'ils étaient chaque année tenus , la nuit de mai , de faire guet et garde dans les bois de l'abbaye avec les gens et officiers de ce monastère sous peine de deux sols d'amende (2). »

En 1402, un écuyer nommé Pierre Sévin vint avec son frère demander l'hospitalité au prieur de Rebreuves. A peine introduits dans le monastère, ils se mirent à injurier et a frapper ce religieux. Le curé Gille étant accouru à son secours, fut blessé grièvement à la main, et n'échappa à leur fureur que grâce â l'intervention des paysans. A la requête de l'abbé Michel, ces seigneurs furent arrêtés et conduits dans la prison de l'évêché. Pierre Sévin fut condamné par l'official à faire amende honorable , tête nue et un cierge de quatre livres â la main , et à implorer

(1) Voir pièces justificatives , lxi.

(2) C'est ce que constatent les lettres de Pières de Fenin , écuyer, garde du scel du bailli d Amiens, établi en la prévôté foraine de Beauquesne, en date du 14 décembre 1419, existant aux archives du Pas^e^alais. Titres de Saint-Eloi (original en pareil.)

sou pardou en face des juges et eu présence de tous les religieux. Il fut de plus tenu à remettre au curé Gillc une somme de 400 livres et à lui faire une pension annuelle de 10 livres parisis.

En 1420, un certain seigneur, fils du prévôt de Beauquesnes, tint des paroles injurieuses contre l'abbé Michel d'Alennes qui avait refusé de recevoir son frère au nombre des religieux du Mont-Sainl-Eloi. Il fut contraint de faire réparation en plein chapitre et de demander pardou audit abbé en présence de tous les religieux et de plusieurs autres seigneurs rassemblés à cette occasion.

L'horizon politique de la France se troubla à la fin du XIV" siècle. La démence de Charles VI, la sanglante bataille d'Azincourt, les horribles vengeances des Bourguignons et des Armagnacs ouvrent la période du XV e siècle. Les abbayes et les châteaux tour à tour pris et repris par les Anglais furent démantelés ; on ne voyait partout, dit M. de Barante. que démolitions, pillages, meurtres, rebellions, vols, ravisseurs et ranconuements (1). Les ducs de Bourgogne, de Berry et d'Orléans, se disputaient le sceptre chancelant du roi de France. C'était une guerre à mort entre les partis dont les armées vivaient aux dépens des abbayes et des villages qu'elles rançonnaient impitoyablement. Le couvent du Monl-Saint-EIoi eut plusieurs fois à subir leurs exactions et leur fureur; plusieurs fois, il ne se racheta du pillage que par de fortes rançons qui auraient fini par le ruiner, si l'abbé, pour mettre un terme à tant de maux , n'avait sollicité et obtenu de Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne et « omle d'Artois, la permission de ceindre son abbaye de remparts et de tours. Par sa lettre datée du sixième jour de janvier 1415, ce prince , « par les causes y con- » tenues et sur l'advis de plusieurs des chevaliers, conseillers et chambellans dé- ••• nommés èsdites lettres, et pour certaines causes à ce mouvant , a donné congié,

licence et assentiment de faire achever et mettre en estât convenable et deffense " ladite forteresse , ainsy et par la meilleure manière et plus profitablement pour

lesdits religieux , abbé et couvent de leur ditte église qu'ils pourront et sçauront. • Parmys ce toutefois que lesdits religieux seront tenus de garder et faire garder

ladite forteresse en cas de éminenl péril. C'est a sçavoir que les ennemis de ce •• i eeaume où de monsieur Le Due et ses successeurs, comtes et comtesses d'Artois ■■' seroyent hors et ost et a puissance par personne notable, suffisante et agréable à ■> monsieur Le Duc ou a ses successeurs, comtes d'Artois. Lequel porra prendre

pour cette cause avec lny gens tels et en tel nombre qu'il devera suffir par rai- . sou et aux frais et dépens (lesdits religieux, abbé et couvent, laquelle personne

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» l'abbé , le prévosl et le prieur de ladite église présenteront à monsieur le duc ou » à ses successeurs ou gouverneur dudit lieu d'Arras ou à son lieutenant, csquelles » mains il fera serment de garder ladite forteresse bien et beaument envers et » contre tous, et d'en rendre bon compte et réal à monsieur le duc et auxdits re- » ligieux, sans le rendre ou mettre en aullrc main en quelque manière que ce soit » et avecq ce sera icellc forteresse tenue des comtes d'Arlhois en foy et hommage, » et en recongnaissance de ce debvra, ladite forteresse pour chacun nouvel abbé » qu'y sera en ladite abbaye une lance blanche ferrée. Toutes lesquelles iceux re- » ligieux, abbé et couvent ont promis intervenir, fomir et accomplir (1). »

« Soubs son sceau en simple queue. Donné à Hesdin, le 3 juillet 1358, et une » autre de Michel, abbé du Mont-Saint-Eloi et tout le couvent du même lieu, •» soubs leurs sceaux donnés au chapitre du Mont-Saint-Eloi, le 6 janvier 1413. »

L'année suivante, quand les Français vinrent assiéger Arras, dont le duc de Bourgogne s'était emparé, quelques maraudeurs essayèrent encore de s'introduire dans l'abbaye, mais ils furent repoussés avec perte et durent renoncer a leur projet. Pour plus de sûreté, l'abbé Michel fit transporter à Douai, le corps de saint Vindicien et les plus précieux ornements de l'église ; il dispersa même plusieurs de ses religieux dans différentes communautés des environs.

Eu 1414, pendant le siège d'Arras par Charles VI, messirc Louis de Bourbon et autres, logèrent à l'abbaye; elle était alors fermée de bonnes murailles avec de grosses (ours de distance en distance; toutefois, le séjour des troupes du roi fut préjudiciable à ce monastère, puisque, scion Monstrelet, « elles en enlevèrent « treilles ou grilles de fer et de plomb, cloches et autres effets qui pouvaient » s'emporter (2) ». Un traité de paix publié le 4 septembre, mil Dn aux hostilités, et les bannières de France flottèrent sur les portes et les principaux monuments de la ville d'Arras.

Le 25 octobre de l'année suivante, 1415, la funeste bataille d'Azincourt vint décimer la fleur de la noblesse de France et d'autres pays. Les deui frères de Jean, duc de Bourgogne, notèrent sur le champ de bataille. Jean, lui-même, en 1419, fut traîtreusement assassiné a Montereau, par ordre du dauphin de France et contre la foi publique. Philippe, dit le Bon, lui succéda le 14 octobre de la même année. Il fit faire dans l'église de Saiut-Vaasl, pour le repos de l'aine de sou père, un service solennel, auquel assistèrent les cinq évéques d'Amiens, de Cambrai, de Thérouanne, de

(1) Répertoire des chartes d'Artois. <II y a deux litres).

(2) P. Ignace, Mém., loin. v. (• Î61.

fl

Tournai ei d'Arras, avec vingl-quaire abbés; Michel d'Alênes était de ce nombre.

Après avoir exercé pendant trente-six ans la prélature au Mont-Saint-Eloi, au milieu des discordes sanglantes de la guerre , il mourut le 4 novembre 1424. Son corps fut enterré derrière l'horloge de l'église, dans la chapelle de saint Jean. On grava en son honneur , sur le marbre de son tombeau , l'inscription suivante :

llic jacet humatus Mich.iel abbas, génère clarus, Rebroviis nalus , coluit aras mente devotus.

Hogiminc pruden* atque lidelis subditos regens. F.t nefas prohibons, lolis viribus honuin ampleclens. Hic anno millesimo quadringesimo vigesimo quarto , Higravil à seculo, terrai corpus et anima m Christo Reddens, novembris die quirtà vere lidelis.

Les grands prieurs de son temps furent Hugues de Saiut-Josse , Jacques Iseraiu et Gilles de l'Escluse.

Les prieurs d'Aubigny Gérard de Gouy, Guillaume Himbault, Nicolas de Souciiez et Jacques Deruy, et les religieux Thomas Poré et (Juillet; ceux de Rebreuves, Jean Denis et Jean de Vendôme, et S. Gisleberl de Vignacourt, au Pcrroy, méritent aussi une mention particulière.

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