‹ L'Abbaye du MontSaintEloi, 10681792Chapitre 31 sur 60 · GUILLAUME DE LA RUELLE · texte numérisé non relu

GUILLAUME DE LA RUELLE

Guillaume «le la Ruelle, né aux environs de Rétlmne, de parents pauvres, avait été reçu au couvent du Mont-Saint-Eloi en qualité de domestique à gages. Son air prévenant et sa bonne conduite le firent aimer de quelques religieux qui entreprirent de lui apprendre le latin ; il profita si bien de leurs leçons qu'il fut bientôt admis à prendre l'habit ; il s'éleva par degrés aux charges de grainetier et de sacristain, et devint cliapelaiu de Jean de Feucy. Ce prélat le nomma receveur du monastère, et il remplit cette charge avec intelligence. Charles Quint ratifia le choix que les religieux firent de lui a l'unanimité. L'évéquc de Salisbury, qui administrait le diocèse d 'Arras pour Antoine Perrenot , plus connu sous le nom de cardinal de Grandvelle , lui donna la bénédiction abbatiale le 20 janvier 1544. Il prêta le serment de fidélité à Arras, quelques jours après (2).

Guillaume de la Ruelle reçut en son monastère (5), l'an 1547, Eléonore, reine de France, veuve de François 1 er , avec Marie, sa sœur, gouvernante des Pays-Ras. U fut vicaire-général d'Antoine Perrenot de Grandvelle et de François de Riehardol, son successeur, tous deux évéques d'Arras. En 1599, cet abbé fit graver son nom sur la grosse cloche de l'église de Savy (4). Le 2 août de la même année, il assista avec les abbés de Saint- Vaast , de Lobl>es , de Marchienncs , d'Hasnon et de Vicogne , et le suffragaut de Cambrai, à l'installation et à la bénédiction de l'abbé d'AJichin, Jean Lctailleur (5).

(t) Registre aux placards du conseil d'Artois, à Sainl-Omcr, pageîlt.

(2) Provisions de sire Guillaume de la Ruelle à l'abbaye du Monl-Saint-Kloi, en vertu de l'induit apostolique du dernier décembre 1513 et lettres du grand-maltrc au conseil d'Artois pour le mettre en possession.

(3) Deuxième registre aux placards do conseil d'Artois, (• 200, verso. (I) Mémoires de Maillard.

(5) Abbaye d'Anchin, p. 257.

Sous son administration, l'abbaye eut encore plus a souffrir des suites de la guerre que sous son prédécesseur ; toutefois , s'étant entièrement confié à la Providence divine , il sut par sa grande humilité, son innocence, sa frugalité et sa bonne économie, acquérir à la maison de belles possessions. 11 fil réparer lieaucoup de bâtiments et laissa de fortes sommes d'argent dans la caisse du couvent. C'est à lui que l'église dût rétablissement de l'horloge, des orgues et des grandes chaires du côté de l'autel saint Vindicicn ; il la fit restaurer entièrement et donna à la trésorerie une image de saint Guillaume. Le refuge de Cliaulnes, à Arras, fut rebâti par ses soins en 1350.

Sollicité par les princes protestants d'Allemagne , Henri II , successeur de François 1 er , s'allia avec eux contre l'empereur Charles Quint. Kn 1351, l'armée française fit éruption en Artois, commettant d'atroces excès sur son passage. L'ennemi ayant à sa tète Jean de Contcville se rendit au Mont-Saint-Eloi, où il ruina le village ainsi que l'abbaye. Il ne resta des bâtiments claustraux que l'église , le dortoir, les deux réfectoires et quelques vieux édifices situés du côté du cimetière. La bibliothèque fut incendiée, les meubles, les bestiaux, tout ce que possédait l'abbaye, fut abandonné au pillage; les livres d'église , les archives furent livrés aux flammes, et les moines qui échappèrent au carnage ne durent leur salut qu'a la fuite.

Après avoir ainsi saccagé le monastère, Jean de Contcville retourna à Aubigny pour enlever une cloche qu'il avait fait briser cl y brûla le prieuré. Simon Ogier (de Saint-Omer), dans un ouvrage imprimé a Douai , en 1597, nous retrace l'état malheureux de notre province pendant cette guerre; voici ce qu'il en dit dans son épltre dédicaloire : A'riro miserrima heee Provincia Uà nuper à Gallis gravisximis et acerbissimis hostibus vexata . vvÀala , direpla, spolkua, populnla . rastata el exinanita est, ut nihil illi pralcr questum et lacrymas relielwn sit :

Voici encore d'autres citations sur le même sujet, tirées d'un petit poême intitulé Artesia :

Jam sunt exusli Pagi , vicique fréquentes Omnibus inque locis nigra farilla valet.

Nala videt patrem jugulari, nupla marilum,

Et mater natos pignora cara suos Germanumque soror, socerum gêner, hospes amicum ,

Diviliis amplum turba fidelis herum.

llld sacerdotes dolet ad suspendis duci,

IloM sacras aedes igne furenlo peti, ele

Les histoires tle l'abbaye du Mont-Saint-Eloi donnent encore plus de détails sur ces horreurs. Tous ces désastres furent suivis d'une peste qui mit le comble a la désolation de la province.

En 1577, la ville de Lens fut surprise et pillée par les Français sous la conduite de l'amiral Coligny. En revenant, ils pillèrent de nouveau l'abbaye, y firent un grand butin consistant, en bestiaux , meubles et ornements d'église rapportés récemment d'Arras, comme don de sire Marcq de Glen. En grand nombre de religieux furent emmenés prisonniers et l'abbaye fut obligée de payer leur rançon (i). Philippe II prit bientôt sa revanche au siège de Saint-Quentin , qui coûta la vie au duc d'Alençon et la liberté aux représentants de la noblesse française.

L'abbé- de la Huellc ne perdit point courage; il s'empressa de réparer ces pertes, et de plus, il fit reconstruire plusieurs corps de ferme appartenant a l'abbaye. 11 envoya le prévôt Malpau à Anvers pour y acheter des ornements et en acquit encore d'autres proveuant de l'église Saint-Nicolas à Arras. Ce fut lui qui fit détruire les vignobles, établis depuis plusieurs siècles , autour de l'abbaye, par l'abbé Didier, parce qu'ils ne produisaient presque plus rien et qu'ils étaient d'un entretien trèscoûteux (2). La foudre étant tombée le 27 décembre 1559 sur le clocher, l'incendie hit éteint de suite , grâce aux secours dirigés par le religieux Malpau.

En 1569, le duc d'Albe décréta l'impôt du centième. Celte charge fut lourde à supporter pour l'abbaye (5).

Se sentant avancer en Age et désirant maintenu- sa maison dans l'état florissant où elle se trouvait, il obtint du roi et du consentement de ses religieux, un coadjuteur. Ce fut sire François Bulay, prévôt de l'abbaye, qui mourut peu de

(l) P. Ignace, Mém., lom, iv, p. 5.

(S) Selon toute apparence, le vignoble du Monl-Sainl-Eloi fut celui qui subsista le plus longtemps en Artois. U terrain sablonneux et l'exposition du midi étaient très-propres à la culture de la vigne.

(3) Saint-Eloi-llerthonval. Nicole Gosson , lieutenant en droit, était bailli de In justice temporelle dé l'église et abbaye du Mont-Saint-Eloi. Les religieux avaient une terre comprenant une mencaudée et rapportant par an lx sols.

De plus la dîme pour laquelle Marie de Lcslréc leur paie chacun an XL carolus ; hors leur enclos et abbaye 551 menoiudées de blé, rapportant. ... 275 carolus 8 sols.

Plus 538 mencaudées , rapportant 538 florins.

Plus 051 mencaudées, rapportant 375 livres 11 sols.

Plus 538 mencaudées 11 boislelées, rapportant. . 538 livres t sols. Plus 50 mencaudées prairies.

Plus un moulin a vent.

Droits d'afforage , etc.

Extrait du rôle de centième, de 1570.

temps après. Enfin, âpres avoir gouverné le monastère pendant vingt-sept ans, Guillaume de la Ruelle mourut le 5 juin 1571 et fut inhume' près de l'abbé Jeau de Feucy, au milieu du chœur de l'église. On inscrivit sur son mausolée d'une structure remarquable , celte épilaphe :

El dùm fala volunt, lumulo conclusus codem Care senix annis lu, Guilleme, jaces.

Setlihus aplhereis fac Christc fruaolur olintpi Quorum sunl udo membra reposta loco.

Parmi les religieux de son époque, il faut citer Ansaix François, qui a laissé un manuscrit concernant son abltaye ; Nicolas Majeur, prieur conventuel, qui mourut en 1551 ; Nicolas Mariage qui devint abbé de Warneton; Antoine de la Hamaidequi obtint la prélature d'Eaucourt , et George Belot qui devait plus tard occuper le siège abbatial au Mont-Saint-Eloi.

Les différents religieux placés de son temps a la tête des prieurés dépendant du monastère furent : à Rebreuves , Nicolas Dupont , 1557 ; et Joseph Ducroq , 1560 ; au Perroy, S. Benoist Deneufvillc, 1545; S. Fiacre Carpentier, 1555; S. Pierre Bauduin, 1556; S. Nicolas Nepveu, 1569 ; à Ecoivres, S. Gabriel Rose ; et a Aubigny, S. Jacques Norin , 1552; S. Pierre , prévôt ; S. François Pareuty ; S. Robert Hucqueliers, 1559 ; S. Nicolas, 1561.

JEAN MALPAU.

Philippe D, roi d'Espagne, par ses lettres en date du 26 août 1571, appela a tenir la crosse abbatiale , le prieur Jean Malpau , septième du nom , né a la censé de Favril, près Bélhune, et alors âgé de 48 ans. Il fut béni au mois d'octobre suivant, dans l'église du monastère, par l'évêquc François Richardot , et prêta le serment d'usage, peu de temps après.

Dès son entrée dans la vie monastique , il avait manifesté les hautes qualités dont il était doué; très-versé dans l'étude des sciences sacrées et profanes, il portail le plus grand intérêt aux gens de lettres. U exerça avec distinction l'office de prévôt.' Appelé à la prélature , il commença par faire un choix parmi les religieux qui montraient le plus de disposition, el les envoya à Douai suivre les cours de l'Université.

Quelques années auparavant, Philippe II, roi «l'Espagne et souverain des Pays- Bas, touché des ravages que l'hérésie faisait dans nos provinces, avait voulu y mettre un frein. Après avoir pris l'avis du pape Paul IV, et dans le but d'arriver à accomplir celte œuvre de régénération , il institua l'université de Douai et lui octroya des droits et privilèges contenus dans ses lettres-patentes, datées de Madrid du 19 janvier 1561 ; il devait s'y trouver cinq facultés : la théologie, le droit canon, le droit civil , la médecine et les arts. Au nombre des premiers professeurs de cette école , à côté de M gr de Richardol lui-même, du célèbre docteur anglais Richard Smith, etc., etc., nous voyons bientôt apparaître un religieux du .Mout-Sainl-Eloi, qui devait plus tard devenir chef de ce monastère.

Jean Malpau cherchant à éclairer la voie du salut par les lumières de l'instruction, s'imposa de grands sacrifices pour faire étudier les religieux pauvres. Il les plaça à Douai sous la direction d'Adrien Durpiesnoy. Lui-même, à la sollicitation du vicomte de Garni, fut nommé administrateur de cette nouvelle maison par le roi Philippe.

Cet abbé gouverna l'abbaye du Mont-Saint-Eloi trois ans et cinq jours. Se promenant un jour a cheval, il voulut franchir un fossé, près du bois l'Abbé où il faisait alwttre des arbres ; il tomba et mourut des suites de celte chute le S novembre 1574. Jean Malpau, outre les soins qu'il donnait à la surveillance des études, avait mis tout son zèle à faire observer les cérémonies cl règles du chœur. Son corps fui inhumé derrière l'horloge de l'église, devant l'épilaphe de Michel d'Alennes. On inscrivit sur le marbre de son tomlteau les vers suivants :

Clausus lerreno jacel hic Nalpaulius antro Qucin mon alra nimis stislulit nntè clicin Annisquippe tribus sedit non amplius abbas Defert opéra psalmis ex pictalc suis.

S. François de Neufvillc dirigeait le prieuré d'Aubigny, en 1575; S. Jean Reversé celui d'Ecoivrcs, en 1572, et S. Louis Rippel celui du Perroy, en 1571.

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