INTÉRIEUR DU MONASTÈRE DU MONT-SAINT-ÉLOI
L'abbaye du Mont-Saint-Eloi n'était pas un de ces monastères ou le religieux se livrait il d'effrayantes austérités; c'était une douce et noble retraite où des hommes supérieurs menaient une existence tranquille et pieuse, loin des vains bruits du monde. Ses abbés siégeaient aux Etats d'Artois, ou ils se disputaient l'honneur de défendre les intérêts de la province. Hors de là et dès que les guerre> qui ensanglantaient si souvent notre contrée, ne venaient plus troubler leurs paisibles occupations, ces moines vénérés des rois, des seigneurs et du peuple, se livraient h l'élude et a la méditation , et répandaient en tous lieux le parfum île leurs vertus et de leur érudition.
Les religieux de ce monastère avaient leurs règlements et leurs constitutions particulières; elles furent adoptées par plusieurs autres communautés du nord de la France fl).
Nous croyons intéresser le lecteur en ttant sous ses yeux le règlement de ht
maison <2 .
(b Jean Thomassin, évêque de CilU-Nova, auleur des Annales de lit Congrégation de Saint- Heorget de Venise, dil que le» chanoines du Mont-Saint-Eloi et de Sainl-Aobert de Cambrai, et quelques autres des Pays-lias, étaient du même institut.
ftibliothèque de la ville d'Arros. P. Ignace, tome m, page 978.
(2) Archives du Pas-de-Calais, Procès-verbal dn 6 mars 1798 dans lequel le procureur se fit remire compte dn régime spirituel cl intérieur de la communauté.
• Art. 1". — Les matines seront chantées les dimanches et fêtes à quatre heures et demie; la méditation se fera à sept heures, on chantera prime à sept heures et demie.
•> Les autres jours, ou chantera matines à cinq heures ; après laudes, il y aura une méditation d'un quart d'heure après laquelle on chantera prime.
» 2° Les dimanches et jours des fêtes solennelles , on chantera tierce à dix heures et un quart, ensuite la messe, sexte et none. Les autres jours, tierce à dix heures et demie, la messe, etc., etc.
» 3° On chantera les dimanches et fêtes, les vêpres à quatre heures et demie, les complies ensuite, excepté les dimanches et fêtes solennelles, où on les chantera à cinq heures, les autres jours, vêpres et complies seront chantées à cinq heures, excepté les trois jours des promenades après diner, où on les chantera à cinq heures et demie ; les jours étant courts, le 15 novembre inclusivement jusqu'au 51 janvier aussi inclusivement ; alors on chantera les vêpres et complies à cinq heures ; dans le carême, on chantera complies à cinq heures et demie, on fera ensuite une méditation jusqu'à six heures ainsi que tous les jours de jeune de l'année et tous les vendredis de chaque semaine, lorsqu'il n'y aura pas d'autre jour de jeûne dans la semaine, excepté depuis Pâques jusqu'à l'Ascension et depuis Noël jusqu'à la Purification.
•> Dans le Carême , on ne promènera après-midi qu'une fois chaque semaine.
- 4° Les vacances de chaque religieux seront de trente-cinq jours chaque année; on ne pourra pas être, absent les jours solennels sans raisons particulières et graves dont on informera le supérieur. Les portes de la maison seront fermées en tout temps, une demi-heure après le coucher du soleil , et on ne les ouvrira que pour raison connue du supérieur.
» 5° On dînera entre onze heures et demie et midi en commun , à moins d'avoir obtenu la permission du supérieur pour diner en particulier.
» 6° Aucun religieux ne pourra introduire aucun étranger dans la maison sans en avoir obtenu la permission du supérieur. ■>
Comme on le voit d'après ce règlement , les religieux se levaient à minuit pour la recitation de l'office, et s'interdisaient toute sortie pendant l'Avent et le Carême. Confinés dans ce séjour de tranquilles travaux . ils ne pouvaient s'en absenter sans la permission du curé.
D'après Don» Beaunier et le P. Ilelyol , les chanoines réguliers de. l'abbaye du Monl-Saint-Eloi portaient la soutane violette avec boutons et boutonnières rouges et le rorhet par dessus, comme ceux de Saint- Auberl de Cambrai. Ce
rochet n'avait qu'une ouverture suffisamment large pour y passer la tête. Au chœur, ils avaient une aumusse noire sur le bras pendant l'été et se couvraient d'une chape noire en hiver, ainsi que d'un grand camail : un bonnet carré les couvrait à l'église et dans le monastère. En voyage , ils prenaient le chapeau avec le manteau et adaptaient au-dessus du rochet à manches étroites une soutanelle noire. Leur rabat, dont la largeur ne dépassait guère celle de la main, s'ouvrait par-devant et s'adaptait a un collet d'étoffe violette comme la soutane.
Avant de commencer leur année de probatiou , les novices portaient des roi tes noires ; durant le noviciat, on les revêtait de robes de peau qui étaient communes autrefois à tous les chanoines, sous le nom de pelliceum, d'où vient celui de mperpeUiceuni (surplis). Les jeunes profès du Mont-Saint-Eloi abandonnaient le costume des novices, mais ils portaient la soutane blanche jusqu'à ce qu'ils fussent diacres (1).
L'abbé du Mont-Saint-Eloi avait le titre d'évêque et en portail les insignes. L'usage qu'avait le pape d'accorder aux abbés le droit de porter les ornements pontificaux, ne parait pas remonter avant la seconde moitié du xi* siècle (2i. 11 est essentiel de nous arrêter sur les insignes de ce dignitaire ecclésiastique, qui méritent une description particulière, non-seulement à cause de l'intérêt qu'ils offrent en eux-mêmes, mais parce que l'examen de l'époque a laquelle ils appartiennent, nous apporte la preuve de l'authenticité du document et rie son âge précis. Outre la mitre, l'abbé portait l'amict, la chasuble, le manipule et l'aube. 11 est inutile de discuter la forme de la mitre, dont l'ancienneté e>t incontestable.
Au moyen-âge, l'usage de garnir l'amict d'un collet de soie brodé d'or qui retombait comme le collet de nos habits modernes, devint général. On l'appelait jadis collier. Il cessa d'être porté à la lin du xv siècle. C'était une pièce de lin destinée
(lt L'usage des fourrures aux habits ecclésiastiques est de U première institution de I L«li>r. I* surplis se nomme en latin superpelliceum , parce que les chanoines le portaient pardessus une robe fourrée, appelée pelliceum, qu'ils répétaient pour se garantir du froid pendant qu'ils étaient 4 l'église. I n reste de celte ancienne coutume existait a l'alibaye du Mont-Saint-Eloi, où les novices portaient encore des robes de peau, ou fourrées, pendant le nOTiciat.
C'est la remarque de Willcmand, chanoine d'Amiens, dans un écrit intitulé : Oburvatiotu suites Bréviaires, Missels, Rituels, etc. — i'iû.
P. Ignace, t. v. f» 496 à 500.
(S) Au recueil des œuvres du P. Sirmond , t. m , Parisiis , 1696. Une lettre (la 27»), de Geoffroy de Vendôme à Geoffroy, évéque de Chartres, nous prouve que ce privilège, donné aux abbés, subsistait déjà depuis longtemps au xn« siècle. Il résulte d'un passage de la même lettre que saint fiernard s'était plaint de ce que celte faveur était devenue trop commune.
ii envelopper le cou et à couvrir les épaules ; on l'attache aujourd'hui avec des cordons; c'était par une agrafe qu'on la tenait assujettie sur la poitrine.
La chasuble primitive était une cloche très-ample dont le prêtre , pour officier, relevait les bords inférieurs sur ses bras. Elle produisait ainsi des plis d'un très-bel effet : on peut s'en faire une idée par celle du sceau que nous avons reproduit ; mais ce viMeme.nl, malgré sa majesté, ne laissait pas que d'être incommode : aussi, dès le temps de Philippe-Auguste, avait-on commencé à le modifier dans les églises. Ce changement fut général au xiv" siècle , et la chasuble diminuée de largeur et échancréc pour le mouvement des bras. Il eût été a désirer qu'on s'en tint là ; omis on ne cessa depuis lors d'épargner l'étoffe et d'augmenter l'échancrure, tellement qu'aujourd'hui, coupé de bas en haut, jusque pardessus les épaules, et réduit a deux pans, ce vêtement consacré du prêtre catholique, a perdu sa forme primitive et est devenu réellement méconnaissable. Le manipule ne différait île ce qu'il est actuellement que par un peu moins de largeur. Dans di\ erses localités, le manipule s'appelait fenoul ou fanon.
I.'aulte est définie par les liturgistes une talairc, c'est-à-dire une roi* descendant jusqu'aux talons, étroite par en haut et par en bas. Son nom, alita, indique qu'elle était Manche dès l'origine; mais elle ne fut pas toujours de fil ; on en vit quelquefois en soie.
Grâce au zèle et à la vigilance des abbés du couvent du Mont-Saint-Eloi. la discipline y fut toujours maintenue. Les prescriptions de l'étiquette, et les lormalités de la représentation étaient soigneusement olwervccs. L'économie et l'administration de la maison furent réglées de bonne heure, et les attributions de chacun fidèlement accomplies.
L'abbé était maître spirituel et temporel de son abbaye, des serfs qui habitaient sur les terres, et des moines qui composaient la communauté. Il était élu par ses inférieurs, qui confiaient ainsi aux plus vertueux la direction absolue des affaires de leur abbaye.
L'abbé avait par privilège apostolique, le droit de bénir et de consacrer les autels de son monastère, des prieurés et des églises paroissiales qui en dépendaient (i).
il! Nous donnons ici le catalogue des bénéfice* à la collation de l'abbé du Mont-Saint-Eloi.
PRiEcnES ncr.tLiEns.
Aubignr, cinq religieux y compris le curé.
P.ebreuvcs, quatre religieux y compris le curé.
l'MEtnÉS crocs.
Aubigny — Ecoivres - Mont-Saint-Eloi — Ilebrcuves-soua-les-Mont* — «rand-Rullecourt — Noire-bame-du-Perruy.
Il y donnait après l'office, la bénédiction solennelle aux fidèle». Le droit de N'unies ornements cl les vases sacres, de réconcilier les églises et les cimetières souillés de quelques crimes, comme aussi celui de conférer certains ordres à ses religieux, lui appartenaient.
Entre autres prérogatives dont jouissaient les abbés du Mont-Saiiil-Eloi, ils nommaient à quarante-une cures (1), par suite de concessions de dîmes et autres privilèges que leur avaient accordés les évéques d'Arras et de Thérouaniie. De plus, il y avait au collège de Boncourt, à Paris, huit bourses alternativement à la disposition de l'abbé de Sainl-Bertin et du prélat du Moul-Saiut-Eloi.
Les obligations et les devoirs des divers officiers de l'abbaye étaient entièrement régularisés au xiv ,: siècle.
Le grand prieur avait la haute administration. L'abbé lui déléguait tous ses pouvoirs temporels. Il était chargé de veiller a l'entretien et a la conservation des ustensiles sacrés du temple et des objets mobiliers du couvent. Il prescrivait l'achat des choses nécessaires sans avoir à en référer à l'abbé", à moins qu'il ne s'agit d'objets d'une grande importance. Enfin tout ce qui concernait la règle et la discipline était dans le ressort des fondions du prieur.
Le sous-prieur restait à poste fixe dans le cloître, et remplaçait le grand prieur lorsque ce dernier venait à s'absenter. D avait alors la haute main sur les religieux et même sur les autres officiers. Il prescrivait la règle de vie et donnait les instructions nécessaires ; toutefois, en cas de faits graves, il devait en référer à l'abbé avant d'infliger une punition.
Le religieux, prévôt du monastère, avait mission de surveiller avec le plus grand soin le maintien des droits, le respect des privilèges et l'exécution de la justice qu'avait l'abbaye dans les nombreuses localités où s'exerçaient ses pouvoirs seigneuriaux. 11 nommait de sou cher les officiers de justice et les gardes champêtres et forestiers. Le prévôt pouvait recevoir les ventes, les flefs provenant d'héritages, les dons, les amendes : la gestion des baux a renne lui était confiée.
DIOCE.SE DE DOtLOGNK
Gouy-Terna ou en Tcrnois, au doyenné do Frètent, nrchidiaconé de Flandre.
(1) Noms des cures, demi la nomination appartenait à Faillit- du Mont-Saint-FJoi. Dans l'ancien diocèse d'Arras : Acq , Agnières, Ambrines, Aubigny, Bajus, Béthonsart, Bullecourt, Camblain-Labbé, Divion, Écoivrcs, Fr«*vin-Capelle , FioriHers. Givcnchy-le-Noble , Grand-Rullecourt, Hermies, Ilersin-Coupigny , Houchain, Izel-lez-Hamcau , La Cotnlé, Licvin, Lignereuil. Magnicourt-en-Comlé, Maisnil, Mingoval , Moyenncrille, Rebreures-sous-les-Monls , Riencourt Stvy, Cbocques, Villcrs-Brulin , Warlincourt- les-Pas (32). Dans l'ancien diocèse de Thérouanne : Berlencourt, Boyaval , Humières, Grincourt, Gouy-Ternas, Noyelle, IlicamoU, Roillecourt (8). Diocèse de Tournay : Emcrin (I ).
- uo -
Le 5 ous-pré\ ôt aidait et remplaçait le prévAt dans ses fonctions.
Lu religieux, ayant le titre de receveur, était chargé de faire la recette de tous les revenus du monastère et d'en rendre compte à l'abbé tous les ans.
Le maître dus novices devait faire subir les diverses épreuves aux jeunes religieui pendant leur noviciat.
Le chantre et le sous-chantre étaient préposés à la garde et à la distribution des livres de chant et de prières.
Le sacristain devait s'occuper de l'achat des cierges et des luminaires de la maison ; de la confection des eaux bénites, des pains d'autel et autres objets ayant rapport au saint sacrifice.
L'économe, ou maître d'hôtel, moine d'une grande vertu, devait exercer, par son autorité et ses bons exemples, une salutaire influence sur ceux qu'il avait sous ses ordres. Tout le service intérieur de la maison le concernait, n s'entendait avec le grainetier sur l'arrivée, l'emmagasinement des grains et leur qualité. Il veillait avec le cellerier à l'approvisionnement de tout ce qui était nécessaire à la nourriture. Grùt-e à ses soins, les hôtes du monastère étaient reçus et traités largement et honorablement. La surveillance de l'économe s'étendait à toute la domesticité du couvent. 11 inspectait l'ouvrage et s'assurait si chaque service se faisait bien.
Nous pourrions encore citer d'autres charges qui incombaient aux religieux officiers, telles que celles de pannetier, de préposé aux vestiaires, etc., etc.
On ne doit pas s'étonner qu'à l'aide d'une pareille administration, l'abbaye du Mont-Saint-Eloi soit parvenue à un très-haut degré de prospérité et de richesse.
On se fait rarement une idée bien claire des revenus et de l'économie domestique de nos abbayes. Nous tâcherons d'éclaircir. s'il nous est possible, ce point obscur de notre histoire, en jetant un coup d'œil sur le budget du couvent du Mont-Saint-Eloi , budget que bien des provinces entières auraient pu envier.
L'abbaye du Mont-Saint-Eloi possédait des biens considérables. Les revenus de l'abbé étaient, en 1752, de 25,000 livres ; en 1790. les recettes du couvent s'élevaient à 154,488 livres. 11 sous, 1 denier (1).
(I) Voici le détail de» renies de l'abbaye en 1790 ;
Dépouille de 17!)0 produit . . 10,545 liv. » s. . d.
Produit de la basse-cour
Grain* reçu» en natures provenant des rentes et rendages en argent
Bois vendus et abattus pour la consommation de la maison