GUERRE DES ANGLAIS , DE LA LIGUE, ET DES ABBES COMMENDATAIRES
II n'y a plus rien désormais de bien remarquable dans les fastesdesonhistoire. A cette époque (i), les Anglais, qui exerçaient de grands ravages en France, furent reçus dans cette abbaye par Jancelinus, alors abbé; mais un simple religieux, usant d'une trahison bien légitime, y introduisit les Français, qui massacrèrent tous les Anglais. L'année suivante, le prince de Galles la reprit et mit à son tour tout à feu et à sang.
Dans les siècles suivants, cenesont que des aliénations et usurpations favorisées parles abbés et les religieux ; et c'est particulièrement la noblesse des environs qui s'enrichit à leurs dépens ; surtout la maison de Nalliers, qui fut imitée par les seigneurs d'Ingrande, de la Grand'Maison, de la Roche-Belusson, de Beauregard, de Villemort, des Pruniers, de la Contour, de Pindray, de Boismorand, de Champagne. Les sieurs de Coignac (près Mont-Saint-Savin), du Poirier, de Foussac, d'Haims, de Monthoiron, des Clerbaudières, Orillard de Châtellerault, ne le cédèrent en rien non plusaux premiers; ils prirent tout ce qu'ils purent de cette maison et s'établirent sur ses ruines. Pour comble de malheur^ les Huguenots passèrent aussi par là et laissèrent d'affreuses traces de leur passage.
En i568, le comte de Choisy et Beauvoisin, s'étant saisis de l'abbaye sans beaucoup de résistance, firent de ce sanctuaire un lieu de désolation. Ils pillèrent tout ce qu'ils purent ; ils mirent le feu à l'église, à la charpente du clocher et aux stalles du chœur qui étaient (i) XIV* siècle, — 1370.
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magnifiques ; les grandes, les petites orgues eurent le même sort. L'image de Notre-Dame, (jui était vénérée d'une manière toute paiticulière, avec le chef de saint Savin, et qu'on appelait Notre-Dame des enfants, fut jetée dans un grand trou de la rivière, sous la chute du moulin Plus tard on essaya de la retirer, mais on ne put y réussir (i).
Dans ce même pillage, le comte de Choisy se saisit de tous les titres et papiers de l'abbaye, en rit brûler une partie et emporta le reste à Nalliers.
En 1574, sous Henri III. les Huguenots revinrent encore à Saint-Savin ; mais le duc de Montpensier, avec une armée de dix mille hommes, les poursuivit, pilla à son tour l'abbaye et passa tout par le fil de l'épée. La Ligue y passa également et y exerça aussi ses ravages.
Un capitaine, nommé Taillefer, tint garnison en cette abbaye jusqu'en i585; mais les gens de la Ligue, appliquant un pétard au côté de Téglise qui regarde sur le jardin de Saint-Marin, dans le coin joignant la chapelle de la croisée (du croisillon tiord), y pratiquèrent une large ouverture qui n'a été bouchée depuis qu'avec de la terre, se rendirent maîtres de Tabbaye, et y firent un grand butin (2).
(i)Le souvenir de cette profanation se trouve encore aujourd'hui, 188/, dans la mémoire des anciens.
2) (Recueil de dom Fonteneau, n" 8 Le z'i mai i3Ô2), les Huguenots ont mis bas les images de l'église de Notre-Dame de Saint-Savin, pillé et saccagé ladite église, et au même temps ont aussi saccagé les églises de Saint-Germain. Nalliers, du Montàaint-Savin et de la Bussière, et le 14 juin de la même année, ils 3nt brûlé une chapelle dédiée à saint Eutrope, au Rochengeuil, faubourg de Saint-Savin.
Lesdits Huguenots ont commencé à prêcher dans l'église de Notre-Dame de Saint-Savin, le dernier jour de mai i362, par le
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A quelque temps de là, après plusieurs autresvicissitudes, le sieur de Champagne, capitaine sous les ordres du vicomtedela Guierche, gouverneur de Poitou, ayant reçu Torlre de détruire seulement la forteresse de Saint-Savin, outrepassa tellementcette commission qu'il fit mettre par terre tout le monastère, sans épargner ni le cloître, ni le chapitre, ni le dortoir, ni le réfectoire, ni la cuisine, ni les logis des officiers particuliers, ni les chambres des hôtes. On prétend même que son impiété le porta jusqu'à vouloir faire sauter le clocher que les Huguenots avaient épargné, car les religieux de la Congrégation de Saint-Maur faisant réparer ledit clocher, en 1664, pour faire disparaître les dommages que le feu et les injures du temps y avaient occasionnés, découvrirent un conduit pratiqué sous ce clocher, dans lequel dix hommes pouvaient se tourner facilement. Les religieux, après ce renversement total du monastère, furent obligés de se bâtir eux-mêmes des chaumières parmi cts masures et ces débris.
En 161 1,1e sieur Descard, qui avait l'abbaye en commande, s'en démit en faveur de Vautrou, abbé
ministre nommé la Pouge, qui y fit aussi le mariage du nommé] Georges Guillemot. *
Henri de Valois, frère du roi, a logé à Saint-Savin le 3 février i.TÔg. Il fut depuis couronné roi en 1574, régna jusqu'en 1389, et fut tué d'un coup de couteau par Jacques Clément, Jacobin.
(Dans les archives de la Préfecture de Poitiers.) Procès-verbal au sujet d'un prêche de protestants dans une maison dépendante de l'abbaye, 20 septembre 1643 (liasse 2).
Ordonnance du présidial de Poitiers, faisantdéfense de tenir 1^ prêche à la Jarrie, dansla mouvance de l'abbaye. iGSy, 7 janvieij (liasse 3), enfin les quelques prosélytes qu'ils avaient faits on| abjuré promptement. aux pieds de Jean Villatel, prieur dé Saint-Savin, avec une formule où toutes les erreurs de la sectf se trouvent parfaitement résumées.
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confidentiaire; mais en réalité pour le baron Desfrancs, sieur de Neu..., à qui il fit épouser sa fille naturelle. Cet homme qui, avec un beau nom, n'avait pas d'autres biens, vint se fixer des l'année rncme dans cette abbaye avec tous ses bâtards et ses entretenues; alors nouvelles concussions, dont durent étrangement souffrir les religieux et les vassaux (i).
On se plaignit fortement, et le roi fit lancer un arrêt de prise de corps contre le sieur Desfrancs, qui, pour se soustraire aux poursuites, se retira sur les voûtes de l'église, et y bâtit une sorte de cheminée qu'on y voyait naguère, et même qu'on y voit encore aujourd'hui. Il y fit aussi rompre la voûte du côté du clocher, i l'entrée du degré, pour faire une espèce de chausse-trape ou pont-levis, afin d'éviter les mains des prévôts qui le cherchaient. Ce fut là qu'accoucha la fille d'un procureur, enlevée et séduite par ledit Desfiancs, sous promesse de mariage, et que naquit alors Charles Je Neu... dit de Lé..., qui depuis fut Abbé. Pour être plus en sûreté, il avait tait murer la grande porte de Téglise, aussi bien que les deux par lesquelles on entrait dans le monastère, n'ayant laissé rien d'ouvert que la moitié de celle du cloître. II y avait aussi une petite porte du côté de la rivière, par laquelle ledit Desfrancs se donnait du large sans passer par la ville, de peur d'être arrêté.
Enfin les choses allèrent si loin que le marquis Des-
(i) Madame de Tur... épouse du baron Desfrancs, se mettait aussi de la partie : un jour qu'elle conduisait une bande d'hommes armés, pour vendanger de force la vigne du sieur Chasseloup. notaire à Saint-Savin, elle leur disait, chemin faisant : quelle voulait que le diable mangeât son corps, si ledit Chasseloup buvait le vin de sa vigne, (.\rchives de la Préf.)
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fiât le fit poursuivre rigoureusement ; que le prévôt de rile-de-France se transporta sur les lieux pour faire | exécuter les décrets. Desfrancs se retrancha dans la tour ' du Chantre avec les siens, où il demeura pendant plus de huit mois. Alors, pressé de près, il se démit en faveur de son fils naturel. Charles deNeu..., qui avait alors douze ans. et s'en alla à Paris pour plaider sa cause. L'heureux succès qui en résulta pour lui ne fit que l'enfler davantage ; aussi, loin de mettre un terme à ses cruautés et à ses exactions, au contraire il les exerça plus nombreuses et pLis intolérables.
S'ètant assuré du titre d'abbé pour son second fils Bénigne qui n'ava t pas encore douze ans, et par la démission de Charles, il déclara ouvertement laguerre aux habitants de Saint-Savin, et leur fit souffrir toutes sortes de mauvjis tiaiiements , jusqu'à ce qu'enfin la justice eiit son tour. Malgré ses coupe-jarrets qui le gardaient jour et nuit, on s'empara de sa personne, dans la maison de Saint-Cypnen, ancienne mai.son de campagne des abbés où s'était autrefois retiré Tabbé Gervais. On le conduisit d abord à Poitiers, et de là à Paris dans la Bastille, où il mourut (i). Sa femme et ses enfants s'étaient retirés aussi à Saini-Cyprien ; mais force leur f Jt d'abandonner la place et de se dé>ister de leurs entreprises; cependant son fils garda encore son titre d'abbé, et il eut pour successeur Monsieur de Clairambault.
Ce fjt alors qu'on appela à Saint-Savin la réforme de Saint-Maur. Cinq religieux pris à Noaillé où existait
(i) Voir sur les méfaits du baron Desfrancs (Ûom Fonteneau, n» i5)les procès- verbaux de l'enquête faite à Saint-Savin par le grand prévôt de Paris.
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déjà cette réforme, furent envoyés à Saint-Savin pour Topércr. Les réformés eurent à y supporter les tracasseries, les procès et les vexations de Tabbé Laique, qu'on avait dépossédé ; mais enfin la main de Dieu s'appesantit sur lui. Il perdit en i65o et son bien et son honneur ; dès lors l'œuvre de Dieu put se continuer.
Il ne restait plus dans l'abbaye que cinq des anciens religieux : Philippe Rigommier, prêtre, sacristain et Prieur; Jacques Bretonneau, préire chantre ; Jérôme Jacquet, simple tonsuré, chambrier; René Chasseloup (i), sous-diacre, aumônier ; Joachim Lhuillier, simple tonsuré, pitancier, tous profès. Quand la réforme de Saint-Maur fut introduite dans le monastère, ils se retirèrent, et on leur fit une pension (2).
■»IX. BÉNÉFICES QUI DÉPENDAIENT DE l'aBBAYE DE