‹ L'Abbaye et l'église de S.-SavinChapitre 10 sur 18 · IV. — FONDATIONS DE MONASTÈRES PAR LES RELIGIEUX DS SAINT-SAVIN · texte numérisé non relu

IV. — FONDATIONS DE MONASTÈRES PAR LES RELIGIEUX DS SAINT-SAVIN

Cette nouvelle plante, dit un auteur, se développa avec tant de rapidité, qu'elle ne tarda pas à répandre ses branches de tous côtés, pour se provigner en d'autres monastères. Nous lisons. que l'an quinzième de Louis le Débonnaire comme empereur, et le quatorzième du règne de son fils, roi d'Aquitaine, il y avait un illustre personnage nommé Vuifridus , comte de Berry, aussi rccommandable par sa piété que par sa

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noblesse, qui, après avoir pesé à la balance d'un jugement rassis la vanité des choses de ce monde, et compris que les richesses ne méritent le nom de biens qu'autant qu'elles sont le moyen d'acquérir celui qui ne finit jamais, résolut d'employer une partie de sa fortune, qui était considérable, à promouvoir le culte de celui qui les lui avait données, dans la fondation d'une église. Ayantdonc communiquéson dessein à Oda, son épouse, femme d'une vertu éclatante, il la trouva toute disposée à le seconder. Alors ils résolurent tous les deux de consacrer une de leurs maisons, qui s'appelait Strad, à la fondation d'une église, et à la doter de revenus suffisants pour y entretenir un certain nombre de prêtres. La chose ainsi décidée ne tarda pas à se voir suivie de son efTet : l'église bâtie en toute diligence fut dédiée à la Sainte Vierge et à tous les Saints ; et enfin, par un acteauthentique, ils lui léguèrent tous les domaines et la seigneurie qu'ils possédaient aux environs de ce lieu. Pépin en 83o confirma cette donation. Le grand bonheur de Vuifridus et de son épouse était dans la suite de visiter cette fondation, et d'embellir ces lieux consacrés par leur générosité, de sorte qu'en peu de temps la dévotion s'y accrut tellement que cette abbaye devint bientôt la plus considérable de la province (ij.

Mais les choses n'en demeurèrent pas là ; une autre vision fitcomprendreauxgénéreux bienfaiteurs que Dieu demandait quelque chose de plus deleur part. Un jour.

(j) (Ex anonyme scriptore, extrait du manuscritde dom Estiennot, n. 20.) Vira Liidovici pii impcratoris. — Multa abcosuntin Aquitania ejus ditione reparata, imo constructa cœnobia; sed pratcipua haec sunt: monastcrium Sancti Filiberti... monasteriuin Sancti Savini, nionasterium nobiliacense, mom.i,\.(tr\[xm puellave sanctce Radegundis... quibus decoratur Aquilaniae regnum.

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un homme qu'ils avaient commis à la garde d'un haras, à une lieue de là, sur les bords de la rivière d'Indre, remarqua un malin que le brouillard qui s'élevait sur la rivière s'était condensé et foi mait non loin une sorte d'église. La chose lui ayant paru extraordinaire» il en ht part à Oda, qui remarqua aussi le même phé-" nomène dans les jours suivants ; alors plus de doute pourelle, elle crut remarquer à ce signe la volonté de Dieu ; et la chose avant été communiquée à son mari, de concert encore ils construisirent une vaste église, la dédièrent au Sauveur, à la Sainte Vierge et aux Apôtres, et l'enrichirent de précieuses reliques, dont ils résolurent de confier la garde et le soin à des religieux. Or> parmi les monastères déjà existants, le choix n'était pas difficile à faire. Saint-Savin, depuis quelque temps, était devenu comme un séminaire où l'on venait de toutes parts chercher des personnes capables de peupler dignement les nouveaux monastères ; ce fut donc là que s'adressèrent les illustres bienfaiteurs. Saint Benoît d'Aniane alla lui-même faire cette fondation ; et le choix des religieux destinés à la colonie avait été si bien fait, que les donateurs, ne cessant d'admirer le bon ordre et la sainteté qui régnaient dans ce monastère, ne lardèrent pas à y faire encore de nouvelles largesses, en leur cédant plusieurs domaines qu'ils possédaient dans les environs de Bourges, ce que confirma le roi Pépin en 838. Ils continuèrent ainsi, le reste de leur vie, à les combler de bienfaits, ne leur demandant pour toute récompense qu'une toute petite place, après leur mort, à l'entrée de l'église de N .-D ; mais les bons religieux de Saint-Savin, qui avaient d'abord respecté lejrs dernières volontés, eurent trop de reconnaissance pour les y laisser toujours ; c'cat pourquoi ils les

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en retirèrent quelque temps après, pour les placer aux deux côtés du maître-autel, comme en un lieu plus convenable à leurs mérites.

En 844, Charles le Chauve, sur la prière de l'abbé Dodon, confirma toutcequ'avaieni faitses prédécesseurs, et ce dernier, ayant tout mis en bon ordre, retourna à son monastère de Saint-Savin, après avoir institué le moine Ménard pour lui succéder comme abbé, lequel sut faice revivre dans le fils les vertus du père ; de telle sorte que l'empereur, informé de tout le bien qui se faisait, lui donna encore le monastère de Saint-Pierre le-Vif.

Le même abbé demanda permission à Sa Majesté de lever les reliques de saint Genouil qui étaient gardées indécemment dans un lieu non éloigné de là, et les transporta dans son monastère, avec toute la solennité que méritait une telle cérémonie. Plusieurs miracles eurent lieu à cette occasion. Toutefois les religieux ne furent pas longtemps en paix dans leur nouveau monastère, car la persécution des Normands ayant éclaté en Berry, ils furent obligés de se retirer avec ce qu'ils avaient de plus précieux dans le monastère de Saint- Pierre-le-Moutier ; mais sitôt que les barbares eurent quitté le pays et que la paix fut revenue après leur départ, l'abbé revint en son monastère avec ses religieux. Pendant le trajet, dit l'auteur delà Vie de saint Genouil (i), beaucoup de miracles éclatèrent ; ce qui augmenta encore la vénération des peuples pour ces précieuses dépouilles, et donna à croire aux religieux qu'ils accomplissaient l'œuvre de Dieu.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque de la

(i) Biblioth. de Fleury en François Duchêne, tom jii, etc..

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fondation de cette abbaye ou sur la translation des reliques de saint Cyprien ; toutefois le sentiment vraisemblable, d'après le plus grand nombre des auteurs, nous dit que ce fut Pépin, roi d'Aquitaine, qui fit cette fondation en 836, et dota ce monastère des reliques de saintCyprien,qui reposaientàSaint-Savin aveccellesde son frère. Ce sont les termes d'un sermon compose en l'honneur de ce saint, qu'on avait extrait d'un vieux légendaire, et qu'on lisait en ce monastère le jour de sa tcte. Mais en même temps que l'abbaye deSaint-Savin se dessaisit de cts précieuses reliques, elle envoya des religieux pour en avoir soin et pour y célébrer l'office divin. Toutefois la petite colonie de Saint-Cyprien ne demeura pas longtemps en paix à Poitiers : les Normands, fondant encore sur ces contrées, comme une troupe de barbares, s'en emparèrent et y mirent tout à feu et à sang ; de sorte qu'il n'est plus question de cette abbaye jusqu'à Froîaire II, qui en 919 la répara et l'agrandit, en Tenrichissant de nouveau des reliques de saint Cyprien, que les premiers religieux, lors de la guerre des Normands, avaient données à garder au Chapitre de Saint-Pierre de Poitiers.

'V". — TR.\NSLATI0N DES RELIQUES DE DIFFÉRENTS MONASTÈRE A SAINT-SaV(M.

A mesure que les Normands avançaient, tout fuyait à leur approche, pour chercher un lieu plus sûr, parce qu'on connaissait leur cruauté, ayant l'habitude de mettre tout à feu et à sang, de détruire les églises et de profaner les choses sacrées, renversant les autels, brûlant les reliques des saints. Aussi quiconque possédait

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de ces dépôts sacrés s'empressait-il, à leur approche, d'aviser un lieu de sûreté, où il n'y aurait rien à craindre de leur férocité et de leur impiété sacrilège. De là la raison pour laquelle nous voyons apparaître à Saint- Savin le corps de saint Maixent, de saint Romard, de saint Florent, de saint Maur, de Glanfeuille... les reli* gieuxqui les avaient sous leur garde, pensantqae Saint- Savin était défendu par une bonne forteresse, ils n'auraient rien à craindre des attaques de Tennemi. Tous ces précieux trésors n'y demeurèrent pas longtemps ; car le danger devenait plus pressant, et l'ennemi avançant toujours, tous les religieux étrangers prirent le parti de fuir de Saint-Savin : ceux de Saint-Maur, avec le corps de leur Patron, se retirèrent à Bourges; ceux de Saint-Savin en tirent autant, et y demeurèrent à peu près l'espace de trente ans, c'est-à-dire jusqu'en 882, époque à laquelle on jugea opportun de revenir à Saint- Savin. Mais ce ne fuf pas pour y demeurer longtemps en repos ; car r"an 9o3 les Normands recommencèrent encore leurs courses avec autant de violence que la première fois; ce qui obligea les religieux de Saint-Savin d'enterrer cette fois les reliques de leur saint Patron avec les autres corps saints qui se trouvaient dans le monastère, dans quelque lieu secret, ou ils demeurèrent ainsi jusqu'au temps de l'abbé Gombaud, environ vers l'an mil vingt-trois.

VI. — FONDATION DE MONASTÈRES PAR LES RELFGIEUX DE [ SAINT-SAVIN, APRÈS l'iNVaSION DES NORMANDS.

La première fondation que fit Saint-Savin, après le ravage des Normands, fut celle de Saint-Mariial de

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Limoges en 848, sous l'abbé Abbon, alors que l'empereur Charles le Chauve se trouvait à Limoges en compagnie de tous les seigneurs du royaume réunis en cette ville pour apaiser les troubles fomentés par les Gascons et autres peuples qui tenaient pour ses neveux, Charles et Pépin. Aymard, abbé de Saint-Martial, vint se jeter aux pieds du monarque avec tout son Chapitre, pour lui demander la permission de prendre l'habit monastique et de suivre la règle de saint Benoît, ce que lui accorda volontiers Charles ; et aussitôt Dodon, abbé de Saint-Savin, reçut Tordre de prendre possession du Chapitre. Ily vint donc avec joie, emmenant avec lui Icsplus fervents de ses religieux, donna l'habit aux chanoines, établit la régularité dans ce monastère ; et après avoir tout mis sur un bon pied, il revint, après trois ans d'absence, à Saint-Savin. qu'il avait laissé en partant entre les mains de son Prieur Abbon. Il l'envoya à sa place comme abbé pour gouverner Saint-Martial, suivant que nous le trouvons dans l'historien Aymard, moine dudit Saint-Martial.

Ce fut vers le même temps que. de concert avec Abbon, alors abbc de Saint-Martial, Dodon fonda ou du moins répara le monastère de Beauvais en Périgord, et y transporta les reliques de saint Justinien, dont il est tait mention dans un calendrier manuscrit de Chésal- Benoît, au 16= jour de juillet.

Avec le secours du même Abbon^ Dodon bâtit également le monastère de Retense, où il mit des reliques de saint Cclse, et engagea Raymond, comte de Limoges, à réparer celui de Ruffec, sur le bord de la Creuse, où il envova des religieux qu'il tira à cet effet de Saint- Savin, et auxquels il donna le corps de saint Alpinien, disciple et compagnon de saint Martial.

Apcrni historique' et description

L'abbé Dodon vivait encore lorsque Badilon. comte du Palais, et dont il a déjà été parlé dans cette histoire, demanda aussi à Charles le Chauve des moines pour réformer Tabbayede Saint-Mariin d'Autun. L'Empereuret la reine entrèrent facilement dans ses vues, et demandèrent encore à cet effet une colonie de moines à Dodon, qui envoya dix-huit religieux, avec Hugues de Poitiers à leur tête. Trois autres seulement d'entre eux sont venus à notre connaissance : ce sont Jean, Odon etBernon. Ce dernier passa dans la suite de Saint- Martin d'Autun à la Baume, dans la P'ranche-Comté, pour la réformer, et de là à Gigny, et enfin vers l'an 910 il jeta les fondements du célèbre monastère de Cluny, par le conseil de saint Hugues, qui, après avoir gouverné selon l'esprit de Dieu le monastère de Saint-Martin d'Autun, était revenue Saint-Savin. Son tombeau s'y voyait encore il y a quelques années, avec cette inscription : Hic jacet Hugo reparator Cluny; pour dire que c'était par ses soins que s'était développé ce monastère. Toutefois, quoiqu'il soit regardé comme un saint, il faut cependant bien prendre garde de le confondre avec le grand saint Hugues de Cluny, qui en fut le vrai restaurateur.

La fondation de Cluny se fitj comme nous l'avons dit plus haut, vers 910 par Bernon et saint Odon, sur les terres de Guillaume, comte d'Auvergne. Cluny doitdonc être regardé comme fille de Saint-Savin, puisque ce monastère, qui a joué dans la suite un si grand rôle, a été fondé par des moines de Saint-Savin : d'où la gloire de la fille doit nécessairement rejaillir sur la mère ; et conséquemment on peut, sans crainte de se tromper , avancer que tout le grand bien qui s'est opéré au moyen âge par Cluny, part nécessairement de Saint-Savin.

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L'abbaye de Tulle ayant été ravagée et les revenus dissipés, Raoul, roi de France, chargea le comte Aymard delà faire rebâtir et d'y faire revivre la règle de saint Benoît ; pour cela il demanda des religieux à l'abbé de Saint-Savin, qui lui en envoya un nombre suffisant, sous la conduite d'Odon, le même qui fut abbé deSaint- Savinetle second de Cluny. Ce saint religieux, qui s'était déjà fait remarquer par une grande piété, gouvernait si saintement cette nouvelle maison de Tulle que ses bons religieux tirent en peu de temps l'admi-, ration de tout le pays ; de sorte qu'on venait de tous côtés leur présenter des monastères à réformer.

Ainsi saintGérard, comte d'Aurillac, ayant fondé une riche abbaye dans Aurillac même, après avoir essayé d'autres religieux, fut également obligé d'avoir recours à la réforme de Saint-Savin. Saint O Ion fut encore charge de cette nouvelle fondation, et il y jeta de tels fondements de sainteté et de doctrine, quece monastère d'Aurillac passa dans la suite pour l'un des plus illustres du royaume. C'est là que les princes et les rois vinrent plus tard prendre des sujets pour établir un pareil ordre en d'autres endroits.

Le monastèredeSarlat, fondé depuis un certain temps, était tombé dans une telle décadenceque Bernard, comte de Périgord, s'était emparé de tous ses revenus et en jouissait comme de son patrimoine ; mais ayant appris les réformes d'Aurillac et de Tulle, il voulut rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, et la réforme fut encore établie sur les antiques ruines de Tancienne observance.

En ce temps, Turpin dWubusson, évéque de Limoges (vers 920;, qui est regardé comme un saint, répara également l'ancien monastère de Saint-Augustin de

cette ville, le dota richement, et y appela aussi l'observance de Saint-Savin.

Autres fondations à Saint-Cyprien de Poitiers pour la seconde fois ; à Jumièges, à la prière de Guillaume Longue-Epée.

Il ne faut pas oublier non plus Fleury-sur-Loire, où saint Odon alla établir lui-même la réforme ; leBourg- Dieu. près de Châieauroux. et Massay, rétablis par Saint-Savin, et que saint Bernon, alors abbé de Cluny, recommande dans son testament à son cher successeur saint Odon.

La fameuse abbaye de Saint-Cybard d'Angoulême demanda aussi des religieux de Saint-Savin, qu'on lui accorda pour sa réforme.

Environ l'an io23,Gombaud, qui gouvernait le monastère de Saint-Savin, ayant étéappelé par Guillaume IV, pour rétablir la réforme à Charroux, se déchargea du soin de son abbaye sur son Prieur OJon, qui s'acquitta parfaitement de sa charge et sut maintenir dans cette maison l'esprit de saint Benoît. Ce fut sous son gouvernement qu'Adelmodie, épouse de ce Guillaume IV, ayant donné à Saint-Savin une grosse somme d'argent, on songea alors à rebâtir l'église telle que nous la voyons et l'admirons aujourd'hui. Ce fut pendant ces nouvelles reconstructions que l'on retrouva les précieuses reliques que l'on avait cachées lors de l'invasion des Normands, et dont on fit ensuite la translation.

Odon resta à la tête du monastère de Saint-Savin jusqu'en io5o environ ; mais le relâchement s'introduisit sous labhé qui le remplaça ; et c'est pour y remédier que la communauté, après sa mort, fit venir, comme abbé, Gervais, moine de Saint-Cyprien, qui s'associa, pour le gouvernement de l'abbaye, saint

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BernarddeTyron, moine aussi de Saint-Cyprien. Toutefois le bon accord ne dura pas longtemps. Gervais ayant voulu avoir recours à des voies simoniaques, Bernard s'opposa à ses entreprises, ce qui l'engagea à rentrer à Saint-Cyprien. Plus tard il lut charge de recueillir les aumônes pour la Terre-Sainte, mais ayant voulu les porter lui-même, il mourut dans le trajet. Bernard en ayant averti la communauté par suited'une révélation, tous, d'une commune voix, voulurent le choisir pour Abbé ; mais Dieu, qui avait sur lui d'autres vues, lui inspira de fuir. Après plusieurs années passées dans la solitude et dans les exercices de la pénitence, il fut élu abbé de Saint-Cyprien, pour peu de temps ; car il se retira, vers l'an iioi, dans le Perche, où il fonda l'Abbaye de Tyron, et rendit de très grands services à TEglise, surtout pour la réforme du clergé, comme nous le voyons dans sa Vie écrite par Tun de ses disciples.

VU. — Donations faites a saint-savin.

Parmi les bienfaiteurs de cette abbaye, nous devons signalertoutd'abordCharlemagne, Louisle Débonnaire, le comte Badilon lui-même qui, à la vue des prodiges opérés par les reliques des saints martyrs Savin et Cyprien, abandonna généreusement aux religieux bénédictins tout le patrimoine qu'il possédait dans le pays de Cerisier.

Plus tard nous voyons également la comtesse, épouse de Guillaume IV, donner de quoi bâtir cette belle basilique, qui fait encore aujourd'hui l'admiration de tous ceux qui la visitent, En i25o, le comte lldefonse, ou

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Alphonse IV,filsde Louis VIII et frère desaint Louis, donne à cette abbaye de Saint-Savin sa seigneurie de Millet, avec toutes ses dépendances, qui s'étendaient dans neuf paroisses circonvoisines, à savoir : Jouhé, Haims, Journet, Concise, Saint-Martial de Montmorillon, Lathus, Sauge, Plaisance, Rossac. Toutefois ces donations ont été bien démembrées depuis par la mauvaise volonté des abbés, les malheurs des guerres et les usurpations des voisins.

Ce tut encore vers le même temps que la dame de Toyray donna à Saint-Savin la terre et seigneurie de Toyray, qui est un membre très considérable de l'abbaye, et qui s'étendait dans les paroisses au Mont- Saint-Savin, de la Bussière, de la Puye et de Paisay. Voici à quelle occasion : une bête féroce ayant tué dans la forêt de Toyray ses deux enfants, alors se voyant sans héritiers, elle résolut de donner tous ses biens aux religieux ses voisins. En mémoire de cette donation, on bâtit sur cette terre une chapelle qui a été abandonnée depuis parla négligence des abbés , mais dont les débris existent encore sur la commune de Paisay (i).

Après sa mort, la dame de Toyray fut enterrée à la porte de Téglise de Saint-Savin, sous le vestibule, sans doute par un sentiment d'humilité, afin d'être foulée aux pieds de ceux qui entraient et qui sortaient. Ajoutons aussi qu'à cette époque on n'enterrait personne dans l'église, parce qu'on la regardait comme remplie de corps saints. Les moines et même les abbés

(i) Les anciens que j'ai connus en arrivant à Saint-Savin croyaient encore que le dragon de l'Apocalypse peint dans les fresques du vestibule de l'église était la représentation de la bête qui avait dévoré les enfantsde la dame Toyray.

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n'ciaicnt pas plus privilégiés que les laïques: on les enterrait dans le cloître.

Chaque année, par reconnaissance, les religieux étaient tenus à quatre services pendant le Carême, l'un pour les rois fondateurs, Tautre pour le comte IIdelbnse, le troisième pour Adelmodie, comtesse du Poitou, et le quatrième pour la dame de Toyray.

Jacques Loubes, dernier abbé régulier, qui avait encore les titres et les chartes de la maison, déclare en 1557, dans l'hommage qu'il rendit au roi, que l'abbaye de Saint-Savin est de fondation royale, et qu'il la tient en franche aumône des rois de France, à la charge d'une messe chaque jour de Tannée, qui est la conventuelle, et deux à chaque changement de roi, savoir : une de défunts pour le roi mort, et l'autre de Spiritu sancto pour celui qui le remplace. Rajoute de plus que chaque année ce monastère est obligé de faire un service anniversaire pour le comte Ildefonse, son insigne bienfaiteur, et de nourrir ce jour-là vingtcinq pauvres, qui seront tenus de prier Dieu pour le salut de l'âme du susdit comte. En l'année i25o, les religieux de Saint-Savin, par l'entremise sans doute du comte, obtinrent du Pape une bulle par laquelle il leur donna les novates (ou navales] dans l'étendue des paroisses dans lesquelles les anciennes dîmes leur appartenaient.

Enfin, en 1^22, échange, entre l'évèque de Poitiers et l'abbé de Saint-Savin, de la terre de Villemort qui était fief mouvant de l'abbaye, contre Bourcavier, fief mouvant de l'évêché de Poitiers.

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