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N° 36. — ENTRELACS DE FEUILLES

Des rinceaux et des entrelacs de rameaux, garnis de leurs feuilles, s'étendent sur tout le chapiteau et donnent naissance au milieu de chaque face à une pomme de pin.

Des enroulements végétaux, symétriquement disposés sur le tailloir, inscrivent des crucifères à pétales trifides et des marguerites.

(1) « Qui conviviorum apparatum, ministros atque ordincm dispensaret; et hic pro ofticio Architriclinus, hoc est, triclinii praepositus, dicebatur ». Gaudcnt. Brixian. tract. 9. Migne, Dictionn. de la Bible, I, col. 563.

(2) Test. Rotait reg. Sicil. ann. 1474, tom. 2. Du Cange, Glossaire, verbo Architriclinus.

N° 37. — L'ADORATION DES MAGES et LE MASSACRE DES INNOCENTS

Ce chapiteau reproduit deux épisodes du récit de saint Matthieu : l'Adoration des Mages et le Massacre des Innocents.

Face occidentale. On voit sur cette face une des portes de la ville de Jérusalem où les rois Mages sont arrivés. La porte, à proprement parler, est carrée, à deux vantaux fermés par une serrure à moraillon ; chacun de ces vantaux est percé de trois meurtrières horizontales et superposées. Au-dessus de cette porte s'élèvent deux étages : le premier ajouré de deux fenêtres romanes, le second d'une seule. Dans l'intérieur de ces fenêtres se trouve inscrit le nom de la ville IHERVSALEM ; les dernières lettres sont disposées en lignes verticales.

Figure 1 1 9

Face sepentrionale Face occidentale

A droite de cette porte, le roi Ilérode est assis sur un trône, entouré de deux conseillers : l'un apparaît au-dessus de son épaule, l'autre est à ses pieds sous la forme d'un chien (1). En apprenant la nouvelle de la naissance du Messie, s'étant senti troublé, il avait fait venir secrètement les Mages et en les envoyant à Bethléem, leur avait dit : « Allez, et informez-vous avec soin de l'enfant que vous cherchez, et quand vous l'aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que j'aille aussi l'adorer. »

Mais les Mages ont déjà conféré avec le roi de Judée, et on voit deux de leurs montures sortir d'une des portes latérales de la ville pour se diriger vers Bethléem.

Face septentrionale. A l'angle gauche, Marie, S[an]C[/]A MARIA, est représentée dans une maison figurée par une tente ou un pavillon carré, avec courtines relevées ; elle est assise sur un trône à colonnettes, avec marchepied et dossier, et tient son

(1) Sur une châsse émaillée du Musée de Cluny, ce conseiller est représenté par un diable qui apparaît sous la forme d'un chien. E. Rupin, L'Œuvre de Limoges, p. 358, et pl. XXXIV, ûg. 409 bis.

divin Enfant entre ses genoux. Ce dernier lève la main droite pour bénir et porte de la gauche un livre ouvert.

Les trois Mages arrivent, couronne en tête et revêtus du manteau royal. Debout, ils offrent leurs présents. Le premier, aujourd'hui bien détérioré, apporte l'encens, renfermé sans doute dans une espèce de navette, le deuxième tient une bourse pleine d'or, le troisième une petite boîte, en forme de baril, qui contient la myrrhe.

A droite et à gauche des angles supérieurs du chapiteau , l'artiste a sculpté deux marguerites : l'une, celle de droite, dans toute la force de la végétation, munie de son ovaire et pourvue de pétales rigides ; l'autre, celle de gauche, dépourvue d'étamines et de pistil, montre sa corolle étiolée. Ces fleurs représentent-elles l'étoile qui dirigea les rois Mages, et le sculpteur a-t-il voulu indiquer par celle de gauche, en lui enlevant en quelque sorte tout son éclat, qu'elle disparut au moment où les Mages eurent trouvé l'objet de leurs recherches? S'il en était ainsi, on aurait alors voulu traduire sur la pierre ce qu'avance saint Jean Chrysostome quand il dit que l'étoile s'arrêta d'abord sur le faîte de la maison où était l'Enfant, puis sur sa tête, et qu'ensuite elle disparut.

Les deux volutes qui terminent la corbeille du chapiteau, portent les lettres éparses OR OR, dont la signification nous échappe. Ces lettres pourraient être les initiales du mot Orient, d'où l'Ecriture fait venir les rois Mages?

Face orientale. Sur le milieu de cette face apparaît un donjon rectangulaire, à deux étages, percé de trois ouvertures en plein cintre ; dans le bas, quatre petites meurtrières horizontales en défendent l'entrée. C'est la porte de Bethléem ; des lettres disséminées sous les arcades du premier et du second étage donnent le nom : BET[/i]L[e]M et font ainsi connaître la ville qu'on a représentée.

A droite, la Vierge est assise sur un trône et reçoit les présents des Mages figurés sur la face précédemment décrite; à gauche se déroule le Massacre des Innocents, dont la scène s'étend sur la face suivante.

Face méridionale. Les Mages, avertis en songe de ne point aller trouver Hérode, s'en étaient retournés dans leur pays par un autre chemin. Ce prince, trompé dans son attente, entre dans une extrême colère, et ordonne le massacre de tous les enfants de Bethléem, nés depuis deux ans, pensant envelopper dans ce carnage celui dont il avait résolu la mort. Le roi de Judée, couronné et le sceptre à la main, vêtu d'une tunique et d'un manteau, est assis sur un trône. En vain, deux mères éplorées, les pieds nus, serrent convulsivement contre leurs seins leurs jeunes enfants; elles essayent de les emporter pour les arracher à la fureur du monstre ; tout près d'elles les bourreaux ont déjà commencé leur répugnante besogne et de nombreuses victimes sont déjà entassées auprès des murs de la ville représentée sur la face orientale.

Tailloir. Des rinceaux, terminés par une large feuille obtuse, ornent les faces du tailloir.

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