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N° 40. — LE MARTYRE DE SAINT SATURNIN

Saint Saturnin, ou comme l'appelle le peuple de Toulouse, saint Sernin (du mot patois Sarni ou Serni), fut envoyé dans le Midi, par le pape Fabien, vers l'an 245, pour y apporter la lumière de l'Evangile. En peu de temps il opéra de nombreuses conversions. C'est en l'année 250, environ, qu'il fit de Toulouse, où il avait fondé une église, le centre de ses prédications, et en devint le premier évèque.

Pour se rendre dans ce lieu de prière qu'il fréquentait assidûment, il était obligé de passer devant le Capitole, siège d'un temple consacré aux idoles. Sa seule présence devant ce monument suffisait pour rendre les démons muets et les empêcher de rendre leurs oracles. Les prêtres, étonnés, se demandaient les uns aux autres d'où pouvait provenir un silence que n'avaient encore jamais gardé leurs divinités, mais un des Gentils leur fit entendre qu'il fallait en attribuer la cause à un certain Saturnin, chef d'une nouvelle secte, et qu'il était de toute nécessité de mettre à mort cet impie (1).

Ils délibéraient sur les moyens d'exécuter leur dessein, lorsque le saint évêque, passant pour aller à son église, fut appréhendé et conduit au Capitole en présence d'une foule nombreuse. Sur son refus de sacrifier aux faux dieux, les païens, en délire, l'entourent et l'attachent par les pieds, avec une corde, à la queue d'un taureau indompté, qui était destiné au sacrifice. On pique ensuite cet animal, qui devient

(1) G. Brunet, La Légende dorée; légende de saint Saturnin, t. II, p. 214.

furieux, et se précipite du haut des degrés du Capitole, entraînant le saint martyr, dont la tête se brise en mille morceaux. Le corps est mis en pièces, mais l'âme recouvre sa liberté; le Christ la reçoit et la couronne de lauriers immortels (1). Toutes ces différentes scènes sont exprimées sur le chapiteau.

Face méridionale. A la droite du spectateur, le proconsul est couronné, vêtu d'un riche manteau et assis sur un trône en forme de pliant ; une draperie est jetée sur le siège et tombe jusqu'à terre. Le jeune homme (2) qui a dénoncé le saint est devant lui, les mains levées, il renouvelle ses accusations.

Figure 124 Figure 125

Face méridionale Face orientale

Vers le milieu du chapiteau, Saturnin est debout, vêtu des insignes épiscopaux. Par un geste de la main gauche, il déclare ne point vouloir sacrifier aux faux dieux. Deux soldats, l'épée hors du fourreau, sont à côté de lui, attendant les ordres du proconsul.

Face orientale. Le Capitole de Toulouse est représenté par une tour carrée, à deux étages éclairés, le premier par deux croisées en plein cintre, le second par deux ouvertures circulaires ; elle se termine par un lantérnon. Des meurtrières, en forme de petits trous ronds, défendent la porte d'entrée et le premier étage auquel conduit un escalier extérieur et latéral de neuf marches.

(1) Barthélémy, Les Vies de tous les saints de France, t. I, p. 679. Les Actes de saint Saturnin.

(2) -MM. Lagrèze-Fossat et Bouchard ont cru reconnaître dans ce personnage un ange qui vient soutenir le saint dans le suprême combat. S'il en était ainsi, l'artiste n'aurait pas manqué de signaler l'envoyé de Dieu, soit par le nimbe, soit par des ailes, attributs des esprits célestes.

De chaque côté de la tour, figurent, à gauche le proconsul, dont nous avons déjà parlé ; à droite trois personnages : l'un semble tenir à la main un coffret à encens, c'est probablement le grand prêtre des idoles ; l'autre, le sacrificateur, est armé d'un large couteau pour immoler la victime ; le troisième, le conducteur du taureau, excite l'animal avec un aiguillon.

Face septentrionale. Le saint est attaché, par les pieds, au cou et aux cornes de l'animal qui descend les degrés du Capitole en traînant sa victime dont il piétine la tête sur les dernières marches. Un personnage, auquel il est difficile de donner une attribution, est en avant, une main posée sur le poitrail de l'animal, comme pour l'arrêter. Lagrèze-Fossat croit que c'est un prêtre que les religieux de Moissac auraient introduit dans cette scène pour protester contre une légende très accréditée, d'après laquelle saint Saturnin aurait été abandonné par trois de ses disciples, prêtres comme lui, au moment où il fut arrêté et entraîné au Capitole (1). Le modillon central du chapiteau porte une fleur crucifère dont les pétales sont très étalés.

Face occidentale. Dans une auréole elliptique, apparaît, au milieu de nuages symétriquement disposés, l'àme du martyr, sous la forme d'un corps nu. Une main, celle de Dieu, bien quelle ne soit entourée d'aucun nimbe, sort du modillon central et va saisir le saint pour le conduire au ciel. Deux feuilles de lierre se dressent à droite et à gauche de l'auréole. Ces feuilles, toujours vertes, symbolisent l'éternité.

Tailloir. De larges feuilles entourées de leurs rameaux s'épanouissent sur le tailloir.

Observations. — La construction qui représente le Capitole sur la face orientale, nous donne l'aspect d'une maison au xnc siècle. La rareté du terrain dans les villes ou bourgades fermées obligeait les constructeurs à élever plusieurs étages au-dessus du rezde-chaussée. De la rue on entre directement dans la salle principale, relevée au-dessus du sol d'une marche. On monte au premier étage par un escalier extérieur. Ces escaliers, abandonnés aujourd'hui, étaient fort commodes, en ce sens qu'ils ne gênaient en rien les dispositions intérieures. Le fenètrage du premier étage occupe la moitié de l'espace de la façade (2).

Figure 126

Face septentrionale

Face occidentale

(1) Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. III, p. 318.

(2) Yiollet-le-Duc, Dictionnaire d'architecture, t. VI, pp. 216 et 217.

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