N° 57. — ARRIVÉE DES CROISÉS A JÉRUSALEM
Tout le monde religieux s'était soulevé à la voix de Pierre l'Ermite qui venait de prêcher partout la guerre sainte. Le pape Urbain II, qui avait convoqué à ce sujet un concile à Clermont pour enflammer l'ardeur des chevaliers, était venu à Moissac, en 1096, consacrer dans l'église Saint-Pierre l'autel du Saint-Sauveur (1), et il est probable qu'il dut parler avec enthousiasme de l'expédition préparée contre les Musulmans.
Figure 145 Face orientale
En 1099, la vi^e sainte de Jérusalem fut arrachée aux infidèles, et cet événement, qui eut un grand retentissement en Europe, y causa une joie des plus vives. Les sculpteurs de Moissac ont consacré un de leurs chapiteaux à la mémoire de ce fait d'armes glorieux.
Face orientale. La ville de Jérusalem est figurée par un édifice rectangulaire percé de deux grandes portes, flanqué aux angles de deux tourelles carrées, et surmonté, au milieu, d'une tour octogonale recouverte d'un dôme.
(1) Voir ci-dessus, page 64.
Les Croisés s'approchent de la cité sainte : c'est d'abord Pierre l'Ermite, qui porte un livre de la main gauche et tient, de la droite, une croix munie d'une longue hampe. Ses historiens disent qu'il marchait les pieds nus, vêtu d'une tunique de simple laine, sans ceinture, avec un grand froc et un petit manteau d'ermite.
Face septentrionale. Vient ensuite un guerrier, armé d'une lance, portant en bandoulière une sorte de bourse (fùnda, emmena), sur laquelle est gravée une croix, marque distinctive des Croisés.
Face occidentale. Deux autres guerriers sont armés de haches longuement emmanchées; l'un d'eux porte aussi, en bandoulière, une bourse décorée d'une croix.
Face méridionale. L'ange du Seigneur et un Croise ayant une lance figurent sur ce côté. L'ange, debout, tient une croix d'une main et bénit de l'autre la sainte expédition.
Figure 155 Face occidentale
Figure 1^6 Face méridionale
Tailloir. Des marguerites et des fleurs à quatre pétales sont encadrées par des enroulements végétaux de forme circulaire. Sur les faces nord et sud, la fleur du milieu est remplacée par une colombe.
Observations. ■ — Les lances portées par les guerriers sur les faces nord et sud ont une hampe de la hauteur d'un homme. Le fer est de forme obovale, pointu à l'extrémité ; une arête médiane le renforce dans toute sa longueur.
A dater du xie siècle, la lance est l'arme essentielle du cavalier et de l'homme d'armes. La hampe, dont la longueur a cette époque ne dépasse pas trois mètres, atteint près de cinq mètres vers la fin du xive siècle.
Les haches représentées sur la face ouest rappellent les haches danoises et celles qui figurent sur la tapisserie de Bayeux. Toutes les deux ont le manche long. L'une, à tranchant convexe, est munie d'une pointe derrière le talon ; l'autre a son tranchant
2g6 L'ABBAYE ET LES CLOITRES DE MOISSAC
de forme à peu près carrée dans le bas et possède une douille pour passer le bois. Ces types appartiennent au xnc et au xine siècle (i).
No 58. — ARABESQUES
L'aspect général de ce chapiteau, sur les faces orientale et occidentale, rappelle la forme de deux pyramides à section carrée, tronquées au sommet, renversées et soudées par leurs bases.
Figure 1 5 7
Des rinceaux fouillés avec une grande délicatesse, remarquables par la finesse et la souplesse de leurs tiges, garnissent les côtés des pyramides ; ils se reproduisent, dans de plus grandes proportions, sur le tailloir, qui est décoré d'un dessin, offrant un caractère tout à fait original.