‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 2 sur 154 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

ui n'a entendu parler de l'abbaye de Moissac, dont la renommée s'étendait au loin, de son église, des merveilleuses sculptures de son portail et de son cloître, appelés justement un musée d'iconographie romane ?

Son nom seul rappelle, pendant une longue période de onze siècles, mille souvenirs historiques tour à tour agréables ou terribles, tristes ou glorieux.

Cette opulente abbaye bénédictine, où la régularité et la piété s'unissaient à la science, florissait, à un moment donné, d'une manière admirable. Pillée et presque détruite à différentes reprises, après le calme elle se relevait plus puissante que jamais.

L'abbaye de Moissac exerçait la suzeraineté sur la région et aurait renfermé, dans les premiers temps de sa fondation, jusqu'à mille religieux, s'il fallait s'en rapporter à la Chronique d' Aymeric de Peyrac. Elle comptait parmi ses vassaux les puissants comtes de Toulouse, ceux de Bruniquel, de Durfort, de Malauze, de Montesquieu et de Puycornet.

Son autorité religieuse n'était pas moins grande : l'abbaye de Vabre au diocèse de ce nom, d'Eysses au diocèse d'Agen, de Lezat au diocèse de Rieux, de Saint- Pierre de la Cour au diocèse de Toulouse, de Saint-Paul de Valoles au diocèse de Narbonne, d'Arles au diocèse d'Elne, de Saint-Pierre de Campredon au diocèse de Gironne en Espagne, relevaient de sa juridiction. Ses prieurés étaient au nombre de trente-sept; plus de cent églises étaient placées sous sa juridiction.

L'abbé de Moissac jouissait de privilèges importants : il avait le droit de porter les insignes épiscopaux et de conférer la tonsure. Lors de sa première visite à Cluny,

La Chronique d'Aymeric de Peyrac est un in-folio de 178 feuillets en parchemin; l'écriture tracée sur deux colonnes est nette, pointue, et ne renferme, contrairement à l'écriture de cette époque, que très peu de signes abréviatifs ; la lettre e remplace toujours les lettres œ et œ. Ce manuscrit présente de nombreuses erreurs de date et des fautes de copie qui défigurent complètement certains mots ; il se divise en quatre parties.

La première partie (feuillets 1 à 101) est consacrée à l'histoire des papes que l'auteur fait commencer à Jésus-Christ, pour la continuer jusqu'au pontificat de Benoît XIII (Pierre de Luna).

La deuxième partie (feuillets 102 à 151) renferme l'histoire des rois de France à partir de Clovis, auquel le chroniqueur attribue la fondation du monastère de Moissac.

Les deux dernières parties de l'ouvrage sont incontestablement les plus importantes : l'une (feuillets 152 à 167) intitulée : Chronique des abbés de Moissac, est une histoire complète de l'abbaye depuis sa fondation jusqu'à l'année 1402 ; l'autre (feuillets 167 à 178), une courte chronique des comtes de Toulouse, qui étaient à la fois les suzerains et les protecteurs de l'abbaye.

La crédulité d'Aymeric de Peyrac a sans doute été des plus grandes et on ne doit pas accepter sans contrôle tous ses récits. Mais les textes des chartes qu'il donne, les documents qu'il cite à chaque instant et qu'il avait sous les yeux, prouvent qu'il a travaillé avec conscience et que si son jugement parfois était faux, il rapporte fidèlement tout ce qu'il a trouvé et tel qu'il l'a trouvé.

30 Archives départementales de Tarn-et-Garonne. — Les documents qui se trouvent actuellement aux Archives départementales de Tarn-et-Garonne se composent de 4728 pièces ; ces pièces constituaient le fonds des archives de l'abbaye et celui de l'Hôtel-de- Ville de Moissac.

Les archives de l'abbaye étaient renfermées dans deux salles ménagées entre deux contreforts du mur septentrional de l'église et dans laquelle on pénétrait par l'escalier à vis conduisant à l'orgue. Elles étaient confiées à la garde d'un religieux, désigné sous le nom de custos, dont l'office fut institué en 1330 et supprimé en 1 61 8 par la bulle de sécularisation de l'abbaye. Malgré cette bulle cet office fut cependant maintenu, mais, quelques années après, celui qui remplissait cette fonction ayant cessé de résider à Moissac, les archives ne furent plus serveillées ; elles furent bouleversées et un grand nombre de titres du plus grand intérêt disparurent.

En 1707, le chapitre fit de vains efforts pour obliger le titulaire de l'office de custos, chanoine de Saint-Etienne à Toulouse, de venir habiter Moissac pour s'y acquitter des obligations de sa charge. Il s'adressa alors à un avocat de Toulouse et lui offrit 1,200 livres s'il voulait se charger du classement et de l'inventaire des archives, mais l'offre ne fut point acceptée.

Des démarches faites ensuite auprès d'un prêtre de la ville, appelé Andurandy, furent, cette fois, couronnées de succès.

« Evariste Andurandy était fils d'un perruquier de Moissac. Après avoir quitté la maîtrise du chapitre, où il avait été admis comme enfant de chœur, et avoir reçu, à titre de récompense, le jour où il dut céder sa place à un autre, un habit complet, plus 60 livres pour payer son apprentissage dans l'état qu'il voulait embrasser, il s'adonna à l'étude des lettres. Ses progrès furent rapides et remarqués. Devenu, sept ans plus tard, en 1 714, maître ès-arts de l'université de Cahors, il se chargea du département général des revenus appartenant aux bénéficiers du chapitre de Moissac, par jour et par heure, d'après les feuilles de pointage. Ce travail qui fut payé, suivant l'usage, dix sacs de

Page 1