XXXV. — RAYMOND Ier
(Raymundus Aym. de Peyrac ; Raimundus Andur. et Gall. chr.)
L'abbé Raymond Ier est désigné comme abbé de Moissac dans deux donations faites en faveur de l'abbaye : la première, par l'abbé Miro, de l'alleu de Majuze et de l'église de Saint- André, sous la réserve de l'usufruit (3) et moyennant le prix de cent sous et de cinq lances (4) ; la seconde, par un certain Roger, clerc, d'un alleu situé dans le diocèse de Toulouse, au lieu de Castellane (5). Mais ces actes sont simplement datés du règne du roi Robert, par conséquent de 996 à 103 1.
Vers la même époque, Wido ou Guido, en présence de l'abbé Raymond, abandonne ses droits sur une terre et un bois, dans la viguerie de Saint-Christophe, en Quercy (6).
(1) « Colonicus, sive Bragus, sive Crudilicas, in pago Sanctonico, in vicaria Mucronensi ». Coll. Doat, vol. 1 28, fol. 31.
(2) Archives départementales de Tarn-el-Garonne, série G, 716.
(3) Andur., n° 5629; Coll. Doat, vol. 128, fol. 37.
(4) En échange de la libéralité faite à un monastère, le seigneur donateur recevait souvent un présent, soit en argent, soit en nature : comme un cheval, une mule, une vache, une armure, une paire de souliers, un couteau avec sa gaîne, etc. Un enfant étant trop jeune pour parler et ratifier l'acte, sa nourrice reçut trois deniers pour lui. Quantin, Dictionn. de diplomatique, édit. Migne, col. 284.
(5) « Sacrosancte Dei ecclesie que est consecrata i-n honore sancti Pétri, supra lympham Tarnis, in loco Moyssiacho, ubi Ramundus abbas preesse videtur, cedo ego ... ». Andur. n° 6300; — Arch. dép. de Tarn-el- Garonne, G, 5 70 ; — Coll. Doat, vol. 1 28, fol. 33 et 35.
Sous l'abbatiat de Raymond, la voûte de l'église s'effondra subitement en 1030. Cet événement, dit le chroniqueur ( 1 ) , fut considéré comme le présage de plus grands malheurs, qui arrivèrent en effet quelques années après lorsque le comte de Toulouse Guillaume III vendit à Gausbert de Gourdon l'abbatiat militaire de Moissac.
XXXVI. — ÉTIENNE (Stephanus Gall. chr., Cart. de Moissac; Petrus Aym. de Peyrac et Andur.) (2)
Un acte reproduit dans la Collection Doat et passé « en présence de l'abbé Etienne » nous montre que cet abbé occupait le siège abbatial au moins dès l'année 103 1 ; cet acte en effet est daté « du règne du roi Robert » qui gouverna, ainsi que nous l'avons déjà dit, de l'année 996 à l'année 1031. C'est une donation par Raymond Segui de Lalande, de l'alleu de Moncessou (Mons-Sancius) et de l'église de Saint- Pierre (3).
L'abbé, une fois élu, était obligé de se rendre à Cahors pour se faire bénir solennellement par l'évêque, dans l'église cathédrale, à moins d'une dispense toute particulière. Ne pouvant se conformer à cet usage nécessaire, à cause de la difficulté des temps et de la pauvreté du monastère, ruiné par la rapacité des seigneurs, l'abbé Etienne fut autorisé à recevoir la bénédiction où il le voudrait pourvu que ce fût sur le territoire du diocèse de Cahors (4).
Ce fut probablement dans les premiers temps de l'administration de l'abbé Etienne que le comte de Toulouse Guillaume III, surnommé Taillefer, vendit à Gausbert de Gourdon l'abbatiat militaire de Moissac pour la somme très considérable alors de 30000 sols, sous la réserve des droits de suzeraineté que lui et ses prédécesseurs avaient eus, disait-il, sur ce monastère depuis Charlemagne.
Malheureusement on ne possède ni l'original ni la copie de cette vente importante dont on ne connaît pas la date et dont on ne soupçonnerait même pas l'existence si elle n'avait pas été relevée par Aymeric de Peyrac, qui rapporte les circonstances de l'acquisition, dans l'acte de rétrocession de cette charge faite, en 1063, par le même Gausbert à Pons II, comte de Toulouse (5).
(1) Raymundus. Hujus tempore ecclesia Sancti Pétri Moyssiaci cecidit et vix [sic) talia eveniunt, quia malorum majorum sint presagia futurorum, sicut de proximo quod proth [sic pour -proh) dolor ! dicta monasterio dicitur contigisse, cum totum quisquis Petrus (lisez Siefthamis), infra scriptus, fecit de abbate milite, fuerit in dcsolacionem monasterii et juridicionis enervacionem et non modica subvercione quod tide occulata experitur ». Aym. de Peyrac, Chr on., fol. 156, v, col. 2.
(2) Guillaume Lacoste [Histoire de la -province de Quercy, I, 407) distingue deux abbés : l'un, Etienne, qui serait mort en 1038; l'autre, Pierre, qui lui aurait succédé. Mais cette assertion, du reste non motivée, n'a aucune valeur. Une série d'actes de la collection Doat indiquent l'abbé Etienne comme ayant occupé le siège de Moissac pendant une période comprise au moins entre les années 1031 et 1047.
(3) Coll. Doat, vol. 128, fol. 43.
(4) Guillaume Lacoste, loc. cit., p. 408.
(5) Nous reproduisons, à la note 2 de la page 47, cette charte importante qui relate l'union de l'abbaye de Moissac à celle de Cluny. Bien que datée de 1067, elle doit être rapportée à l'année 1053, ainsi que le prouvent les observations mises à la suite de la transcription de l'acte. Nous donnons ici l'acte de confirmation de cette union, daté du 9 juin 1063 :
« Satis omnibus, ut opinor, notum est, qualiter ego Gausbertus abba nominatus olim à Willelmo comité
LES ABBÉS RÉGULIERS
L'abbé et les religieux firent d'abord des difficultés pour reconnaître la validité de ce marché simoniaque , mais peu de temps après, en 1042, ils en arrivèrent à un accommodement. Gausbert de Gourdon fut reconnu comme abbé chevalier. Il fut mis en possession non seulement de tous les droits dont avaient jouis jusque là les comtes de Toulouse, mais encore de quelques autres, mal indiqués, sur certaines dépendances de l'abbaye; il s'engagea de son côté à faire hommage et à prêter serment (1). Ainsi, par une bizarrerie assez commune à cette époque, Gausbert de Gourdon devint vassal des moines dont il était abbé.
En vertu de cet acte l'abbaye se trouva avoir deux maîtres au lieu d'un : l'abbé chevalier et le comte de Toulouse.
L'abbé Etienne ne tarda pas à se repentir de sa faiblesse qui provoqua dans l'abbaye les plus grands désordres. En effet, l'abbé chevalier, qui désirait tirer de son acquisition le plus de profit possible, livra le monastère au pillage dès qu'il fut investi du pouvoir, le dépouilla de tous ses biens, usurpa la juridiction. « Conseillé par des insensés », dit Aymeric de Peyrac, « il réunit autour de lui une telle foule d'impies, que le monastère devint une caverne de voleurs, et un lieu de refuge pour les malfaiteurs de toute espèce qui ravageaient le pays ». Pour y mettre un terme le souve-
Tolosano, emptione magni pretii xxx scilicct millia solidorum abbatiam Moyssiacensis coenobii comparaverim. Nunc vero et deinceps omnes posteros meos, ad quoscumque quorum in manibus haec guerpitionis meae adnotatio advenerit scire volo, quod ego postea seniori meo Pontio et filio ejus Willelmo totam praedictam dederim abbatiam post finem meum : hac et de causa, pro amore videlicet Dei, et pro salute animae meae, seu pro stabilitate ac restauratione cjusdem abbatiae, ut non deinceps post discessum meum ipse meus senior Pontius, neque filius ejus Willelmus, nec ullus successorum meorum comitum liccntiam habeat aut vendere aut commodare pracfatam abbatiam Sancti Pétri Moysiacensis coenobii cuiquam clericorum vel laicorum nec etiam ulli meorum parentum, ita ad possidendum ut hactenus ego et praedecessores mei maie et seculariter visi sumus possidere ; sed perpetuo Willelmus filius Pontii, et filius ejus post eum, et omnis posteritas gencalogiae ejus tenendo possideant, et juste ac viriliter regant, et abbati regulari a fratibus ejusdem congregationis voluntate et consensu abbatis et totius congregationis Cluniacensis monasterii regulariter electo, regendum tradant. Sed et si de Willelmo Pontii filio légales non apparuerint filii, fratribus suis Raymundo et Ugoni filiis Pontii similiter per conventionem suprascriptam ipsis et filiis eorum, qui légales ex eis prodierint, habituram trado. Quod et si casu evenerit ut omnium istorum comitum palatinorum abolendo progenies evanescat, illi tamen qui forte post eos arcem ac regimen Tolosani comitatus acceperit, et qui secundum Deum et secundum saeculi dignitatem praedictam abbatiam possidere voluerit, similiter habendam cedo, salva in omnibus fide abbatum futurorum Cluniensium. Hoc autem ut omnibus tam praesentibus scilicet ac futuris pateat, volo quod praedicti mei seniores ac palatini comités Pontius et ejus filius Willelmus ante hanc meae donationis guirpitionem mihi dextras et propriorum insuper corporum lidem dederunt, nunquam se daturos cuiquam hominum viventium Sancti Pétri Moysiacensis monasterii abbatiam, nisi abbati regulari, regulariter ut dictum est a fratribus ejusdem coenobii jussu et voluntate abbatis et congregationis electo. Et ut haec meae dimissionis annotatio semper firma stabilisque permaneat, in manibus praedictorum meorum seniorum comitum Pontii et filii ejus Willelmi, coram nobilibus, propiis meis manibus subnixa stipulatione firmavi. Hujus autem rei testium vocabula subter habentur inserta. Ego Gauzbertus abba nominatus rem dictam reddidi stabilitate firma. Gauzbcrtus de Lauragensi Castro firmavit. Bernardus Pétri de eodem Castro firm. Bernardus Raimonis de Wandalorum-castro firm. Raymundus Emilii firm. Facta donatio haec in manu Willelmi comitis Tolosani, anno ab Incarnatione Domini M LX III, régnante rege Philippo. Data v idus junii ». — Cartulaire de saint Odilon, à l'abbaye de Cluny. — Baluze, Miscellanea, t. VI, p. 467. — Mabillon, Annales, ad ann. 1062, n" 120. — Histoire de Languedoc, nouvelle édition, t. V, col. 522 et 523. — Gallia christiana, t. I, ad argumenta, p. 37.
(1) Aym. de Peyrac, Chron., fol. 156, v, col. 2 et fol. 157, r°, col. Voir ci-dessus, page 14, note 4.
rain juge permit que Vivien, qualifié de vicomte de Lomagne, attaquât la ville à l'improviste à la tète de ses troupes, et brûlât le monastère presqu'en entier (i).
Aymeric de Peyrac rapporte, qu'après cet événement, Gausbert, comprenant qu'il devait faire cesser cet état de choses, revint à de meilleurs sentiments, qu'il résolut de rendre à la ville de Moissac et à son monastère leurs anciennes libertés et qu'il en fit le serment solennel sur l'autel de Saint-Julien (2).
Mais le chroniqueur, par une inadvertance difficile à expliquer, commet ici une erreur manifeste. Il donne la date de ce serment qui aurait eu lieu en 1097, à l'époque, ajoute-t-il, où Philippe était roi de France. Ce fait n'a donc pas pu se passer sous le gouvernement d'Etienne, attendu que cet abbé n'occupait plus le siège abbatial en 1048 et que le roi Philippe n'est monté sur le trône qu'en 1060.
Il est probable, comme le fait remarquer Mignot dans ses Recherches sur la chapelle
(1) « Et post, dictum monasterium fuit submissum, destructum et desolatum. Bene volebat illc Petrus (lisez Stephanus) intendere, dein et totum destruxit, quia sic perperam temporale rexit et indiscrette commisit ut non fecit nisi vindicare de se ipso et in locum socii, seu pocius subdicti, postmodum habuit superiores. Sub istius Pétri (lisez Stephani) frivoli regimine quasi tota monasterii predicti potestas depcruit (lisez deperiii). Demum preclusa via quia in manu potenciori devenit juridicio, et villa, quod ad statum prestinum (sic) minime redigatur, abbas nempe et monasterium soli tenebant dominium, quod claret si inspiciantur consuetudines ville date postmodum per abbates Moyssiaci et ea que ex post tenuit monasterium habuit cum jurgio et contenciis multis, et de dominio multipliciter subjugatur .... Sub eodem Petro (lisez Stephano) monasterium subcubuit et qualiter semel illis temporibus accidit de proximo refferendum ».
« Cunctis pene mortalibus notum esse credimus quod nichil sine causa intégra sit, inde est quod multorum loca sanctorum ob culpas habitancium non solum vastari audivimus, sed eciam comburi atque dissipari; unde et in Jherusalem templum et sancta sanctorum tociens sunt destructa. Hec vero memoramus, ut ea que Moyssiacum nostris evenire temporibus, indagemus verba predicta a verbo cunctis sunt illius memoratis et tune factum subsequens annotantur scire cupientibus. Nam villa i lia. sive locus Dei protectione et sui sanctitate tanta hactenus ab incolis sive circumstantibus dignitate et reverencia erat, ut inviolatus permaneret nec non et intactus ab hominibus. Nunc autem quia layealis potestas, que vulgo dicitur abbas Gasbertus, concilio fultus insipiencium, congregata multitudine impiorum, fecerat inde speluncam latronum et reffugium malignancium circumquaque depredancium ; cum tociens tam a Iaycis quam a monachis admonitus corrigere nollet, non est passus justus judex hoc manere multum dintius, nam vicecome[s] Leomanie, Vivianus nomine, milicia fultus, parva ope, villam ipsam totam incendit piope ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 157, r°, col. 1 et 2.
(2) « Sed quia nichil est sine causa, ut jam diximus, ipse Gasbertus tandem post ea respiciens, quod perverse egerat, prudenter emendare studens, secundum peticionem servorum inibi degencium, scilicet domini Asquilini qui locum illum regulariter degebat et fratrum suorum aliorum atque nobilium virorum, locum ipsum et villam in pristinam libertatem et stabilitatem stabilivit, atque constituit. Tali tenore firmavit ipse et qui post eum scripti tementur per fidem suam et juraverunt supra sacratissimum altare S. Juliani, apposita multitudine sanctarum reliquiarum, temendum. Ibique, vulgo dicitur salvetatem, omnibus hominibus, infra cruces ad hoc antiquitus deterniinatas, sicut in aliis locis ubi tenent. Firmavit et juravit similiter nunquam amplius de ipsa villa guerram facere neque guerrarios ullos nunquam ibi tenere, nisi pro honore sancti Pétri, vel malefacto in ipsa habitancium, et hoc cum consensu et voluntate seniorum ipsius loci, scilicet abbatis, prioris, sacriste et celerarii. Firmavit quoque in jurejurando nunquam amplius in malos usus neque quod vulgo dicitur lcydas, nisi que ibi denominate sunt, requirat aut accipiat, et adhuc duos tantum notissimos servientes habeat. Romecii vero omnes, sive mercatores, tam intus quam foris, in eundo vel redeundo, tam ab ipso quam ab omnibus, plenam habeant securitatem et pacem. Quod si in aliquo istorum omnis transgressor aut violator deprehensus fuerit, il I e vel ipsi qui post eum juraverunt, per concilium ipsorum trium militum et trium burgencium reddant aut emendant dictam transgressionem. Et sequitur infra. Acta sunt in Moyssiaco publiée, in nativitatc S. Johannis evangeliste, in presencia multorum monachorum. militum et aliorum, etc. Anno Domini incarnationis M" XCVII°, indictione quinta, régnante Philippo rege Francorum ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 1=57, i"", col. 2.
LES ABBÉS RÉGULIERS
de Saint- Julien (i), qu'Aymeric de Peyrac a fait tout simplement une transposition d'un titre qui convenait à son sujet, et que, trompé par la similitude des noms de Gausbert Ier, abbé chevalier en 1047, et de Gausbert II, aussi abbé chevalier en 1097, ^ n'a pas fait attention aux dates et ne s'est pas aperçu qu'il se contredisait lui-même en nommant Ansquitil, qui ne devint abbé que trente-huit ans plus tard, et non Etienne, comme l'instigateur du changement de conduite de l'abbé chevalier. Ce qui motiverait cette manière de voir, c'est que, tout de suite après, il parle de la venue à Moissac, en 1047, de saint Odilon, le grand abbé de Cluny.
Il dit en effet que Gausbert, de concert avec Bernard III, évêque de Cahors, profita du voyage en Quercy de ce saint pour le presser très vivement de se charger de la réforme du monastère de Moissac, qui, comme presque tous les établissements religieux, s'était, à cette époque, éloigné des règlements primitifs. Après quelques hésitations, Odilon accéda à cette demande, et cette même année 1047, après s'être assuré du consentement du comte de Toulouse, il unit l'abbaye de Moissac à la congrégation de Cluny, et laissa après lui, pour assurer la réforme, quelques religieux, entr'autres un nommé Durand, qu'il leur donna comme abbé (2).
Cette union à l'abbaye de Cluny fut des plus salutaires, comme elle le fut aussi aux autres monastères où elle fut effectuée (3). La règle fut rétablie, les désordres furent supprimés et en peu de temps le nombre dés moines dépassa celui de soixante (4).
(1) Bull, de la, Soc. archéol. de Tarn-el-Garonne, an. 1881, p. 85. — Lagrèze-Fossat (loc. cit., I, 342) rapporte également cette charte, mais pour la faire coïncider à l'époque de l'abbatiat d'Etienne, il n'hésite pas à changer tous les noms et toutes les dates, ce qui n'est pas admissible et enlèverait à ce titre toute sa valeur et toute son autorité. Il dit qu'au lieu d'Asquilini il faut lire Stephani ; qu'au lieu de Philiftpo, il faut lire Henrico, et enfin il modifie la date de 1097 par celle de 1047. Resterait encore à corriger l'indiction cinquième qui se rapporte à la première de ces dates, par l'indiction quinzième qui est celle de la seconde.
(2) « Venerandus héros dictus Odilo evocatus à Caturcensis civitatis episcopo causa karitatis ad invicem, dun locum Carennacum vocatum, quem idem episcopus pro remedio anime sue dédit Ueo et beatis ejus apostolis Petro et Paulo Cluniacensi et cenobio jure perpetuo, dum ibidem aliquantisper memorentur (sic pour moraretur) ; eximius pater Edilo, cepit concurrere ad eum catervatim multitudo nobilium virorum et potentum, ad dulcifluum magistrum doctrina, vite predicte sanctis moribus presbiterum, cupiens se eommendari ejus oracionibus sacris, ac perfrui salubribus ipsius doctrinis; inter cetera [opéra] vero mutue karitatis, cepit predictus [Gausbertus], adjunctis sibi quam plurimis viris, interpellare patrem Edilonem, quathinus dignaretur suscipere sub suo regimine Moyssiacense monasterium, famosissime condam a regibus francorum Clodoveo, atque Dagoberto, Ludovico serenissimo Augusto, nec non eciam Pipino. victoriosissimoque Karolo fundatum et honoriffice sublimatum. Sed nunc temporis, maxime culpis incolarum exigentibus, a pristina religione depravatum, atque omni sagacitate auxiliante ; illud studerit de eodem loco spiritualiter agere, quod fieri Dcus in resuscitacione mortui visibiliter agit, vir beatus Odilo multum resistens nimiumque renuens, acquisecre nolens. Tandem nutu Dei euncta prospiciens, instigatus precibus fidelium, scilicet episcopi predicti et Guasberti clarissimi, secundum seculum viri nominatissimi, assensum prebuit, suscipienîj quoque locum predietum secundum possibilitatem ac capacitatem sibi a Deo dati intellectus. Anno Domini M" XCV1I, relinquens ibidem aliquos ex fratribus, unumque nominc Durandum ceteris preficiens, consensu Tholosani comitis Poncii, ceterorumque potentum circum[a]djaeencium virorum ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 157, v°, col. 1 et 2.
(3) Voir au sujet de l'influence exercée au xie siècle, sur la société religieuse, par l'abbaye de Cluny, l'ouvrage : Die Cluniacenser in ihrer kirchlichcn uni allgemein^eschllicen Wirkamkeil bis zur Mille des eljlcn Jahrhunderis, von Ernst Sakur. I. Bd. Halle. Nicmeycr, 1892.
(4) « Sed origo tocius boni qui mundum propria diccione gubernat, famulum suum ad has corigendas direxit partes quas in nimium premebat protervitas, et ab eo sunt relicta quatuor sancti sui orrei (sic pour horrei), granaque in tantum multiplicavit divina gracia, ut in brève tempus sexagenarium numerum fratrum excederet caterva ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 158, r°, col. 1.
L'administration de l'abbé Etienne fut déplorable sous tous les points de vue. L'abbé n'avait aucune autorité, aucun prestige. 11 ne s'occupa pas de relever la voûte de l'église qui s'était effondrée sous son prédécesseur et paraît n'avoir eu aucun souci de ses devoirs. Aussi Aymeric de Peyrac ne craint pas de dire qu'il fut plutôt le destructeur que le restaurateur du monastère (i).
On doit cependant enregistrer quelques donations qui furent faites sous son abbatiat :
Un certain Bernard abandonne au monastère de Moissac, dans lequel il était moine, sa succession maternelle située dans la viguerie de Duravel, « in villa qnœ vocatur Montegiballo » (2).
« Castno de Bellaigo », son fils et son neveu, donnent à leur tour l'église de Pescadoïres (Piscatorias). L'acte est simplement daté « du temps du roi Robert » (3).
En 1045, Pons, comte de Toulouse, confirme la donation faite précédemment à l'abbaye, d'un lieu appelé alors La Salvetat et « pour marque de sa concession et pour servir de mémoire à la postérité, il se coupe l'ongle du pouce, en sorte que le sang en sortit » (4).