‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 32 sur 154 · XLI. — GUILLAUME · texte numérisé non relu

XLI. — GUILLAUME

(Guillermus Aym. de Peyrac ; Willelmus Gall. chr.) 1 1 3 1 — 1 1 40

Roger eut pour successeur, vers 1131, un abbé du nom de Guillaume.

Vers 11 35, Seguin de la Voulvène, ou Del Boulbe, se désiste en faveur des moines de Moissac de tout ce qu'il possédait, justement ou injustement , dans la paroisse de Pommevic ; il veut que si quelqu'un de ses successeurs revient sur le don qu'il a fait, il compte 1,300 sous au monastère qui aura sur lui la suzeraineté pour ledit lieu de Pommevic: il déclare en outre qu'il demeure convenu que si lui Seguin, ou quelqu'un de ses proches, jusqu'au troisième degré de parenté, désirait se faire moine, il aurait la liberté d'entrer dans le cloître sans y porter aucune dot ; et qu'il aurait aussi gratuitement dans le monastère le droit de sépulture (3).

La même année, d'après la Gallia christiana, en 11 36 ou en 11 37, d'après d'autres historiens, l'abbé Guillaume, animé du véritable esprit de cet évangile qui avait ouvert devant tous, même devant les esclaves, la carrière des grandes espérances,

S. Johannis de Bobole, de Blanhaco, de Pringiallo, de La Peyrera, de Cavomonte, S. Pétri, S. Andrée, S. Stephani, de Semotas, de Alanis, S. Romani, S. Primi, S. Eulalie, de Brugimonte, S. Pétri de Lenaco, de Penenvilla, S. Pétri de Mossone, S. Johannis de Bergonhel, S. Pétri de Magray, dos de Lobenx, S. Marcialis supra Auriacum, S. Pétri de Guilhermo, de Bellomonte, Gimat, Glatens, Sparnac, de Pain-Perdut, de Bardi et de Cadelha Ginilhac, S. Marie de Catuat de Marmon, de Montarsio, S. Pétri de Lissas, S. Frutuosi de Bauro juxta sanctum Leopharium, de Mosenchiis, de Noyt, S. Johannis de Heremo, S. Johannis de Villamuro, de Guasquas, S. Ruphina de Culturis de Civrat, S. Aviti, S. Fructuosi de Austamat. Majors pars abbaciarum, prioratuum, et ecclesiarum, et cappellarum predictarum fuerunt nobis donate vel noviter ex post edificate et de novo acquisite, sicut in libris donacionum prcdictis est videndum ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 16 2, r°, col. 2, et v, col. 1 et 2.

(1) Hist. de Languedoc, nouv. édit., t. III. p. 677.

(2) Biblioth. Cluniac, ad lib. II, p. 165.

(3) Cari, de Moissac, cité par G. Lacoste, loc. cit., If, p. 42.

donna de son plein gré au bourg de Saint-Nicolas de la Grave, des coutumes qui, d'après lui, auraient été copiées sur celles d'Auvillars. Il accorde â ce bourg le privilège de la liberté dans toute l'étendue de sa clôture ou enceinte, mais il se réserve pour lui et pour ses religieux sur chaque maison qui s'y trouve renfermée, 12 deniers d'acapte et 6 d'oubliés ou d'oubliage, le droit de fournage et celui de sépulture. L'abbe fait l'abandon au profit du vicomte de Lomagne, Saxet, vassal du monastère de Moissac, pour la seigneurie de Saint-Nicolas (1), de certaines rentes; en échange, le vicomte s'engage et s'oblige par serment a être le protecteur et au besoin le défenseur du monastère de Moissac et des habitants de Saint-Nicolas. Après ce serment viennent les articles des us et coutumes qui regardent la police du lieu et les peines contre les infracteurs ; ils nous donnent une idée de la sévérité et de la barbarie des lois de cette époque. Pour une simple querelle survenue entre quelques particuliers du bourg, si quelqu'un tire son épée, ou se saisit d'une pierre, il est condamné à payer 60 sous ou à avoir le poing coupé, et, s'il a lancé le coup, le châtiment est à la discrétion du seigneur (2).

Ainsi, dès la première moitié du xnc siècle, grâce à l'initiative de l'abbé Guillaume, nous assistons à la naissance d'une petite commune.

Guillaume ne tarda pas à se démettre du gouvernement de l'abbaye de Moissac. Il eut pour successeur Géraud et se retira dans le monastère de Cluny où il avait fait son noviciat.

L'abbé Guillaume prit cette détermination, au dire de Pierre le Vénérable, à la suite d'un accès de colère, dans lequel il eut le malheur de s'abandonner, pour un sujet si grave, que le saint abbé a jugé convenable de ne point le rapporter. Cela ferait soupçonner que les moines de Moissac étaient tombés dans le relâchement, ou, ce qui est plus probable et qu'on constate parfois dans une réunion nombreuse de personnes, qu'il y en avait parmi eux qui menaient une conduite toute contraire à leur état.

De retour à Cluny, Guillaume fut élevé â la dignité de camérier, et ensuite à celle de prieur d'un monastère de l'ordre. Comme il était tout occupé à y faire observer la discipline monastique, qu'il donnait l'exemple de la soumission à la règle et que son zèle ardent pour la justice ne lui permettait pas de ménager ceux de ses religieux qui s'écartaient de leurs devoirs, un d'entre eux commit une faute des plus sérieuses, et, pour éviter la censure méritée de son supérieur, le tua dans un piège qu'il lui avait tendu. Le bruit de cet assassinat resta quelque temps concentré dans le cloître; Pierre le Vénérable en entendit bien parler, mais d'une manière vague et confuse. Ne croyant pas devoir s'arrêter a une nouvelle aussi incertaine qu'extraordinaire, il partit pour Rome où il avait projeté d'aller présenter sa révérence à Eugène III qui venait d'être élevé sur la chaire de Saint-Pierre.

Cette élection eut lieu le 25 février 1 1 4 5 : elle peut nous servir pour fixer l'époque de la mort de l'abbé Guillaume.

L'abbè de Cluny rapporte ensuite que, pendant son séjour â Rome, Guillaume lui apparut plusieurs fois pendant son sommeil ; que, revenu de la frayeur inspirée par cette apparition, il interrogea l'abbé sur son nouvel état, sur la vision de Dieu, sur

(1) « Anno millesimo centesimo XXXV, hic constituit villam de S. Nicholao vocatam, vicecomiti Leomanie clandam, cum homagio et juramento fidelitatis abbati Moyssiaei, et post successores sui predicti emerunt ». Aym. de Peyrac. Chron., fol. 163, v, col. 1.

(2) Arch. départ, de Tarn-et-Garonne, G. — Cart. de Moissac, cité par G. Lacoste, toc. cit., II, 42.

LES ABBÉS RÉGULIERS

la certitude de la foi chrétienne, et sur l'auteur de sa mort. Guillaume satisfit sa curiosité sur ces divers points. Saint Pierre le Vénérable, de retour à Cluny, fit arrêter le meurtrier qui comparut devant le chapitre général, où on le força de jurer qu'après un délai de trois mois, qui lui fut accordé, il sortirait de France et qu'il ne reparaîtrait plus dans le royaume.

Quoiqu'il en soit de cette histoire, il est toujours certain que l'abbé de Moissac était le modèle des religieux de son siècle. Le saint abbé de Cluny fait un éloge complet de sa piété, de la pureté de ses mœurs, de sa charité, de sa science et de sa sagesse dans le gouvernement des monastères, de sa justice et de son zèle pour la pratique de toutes les vertus ascétiques (i).

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