XLVIII. — RAYMOND DE PROET OU DE LUZECH
(Raxmundus de Proeio ou de Luzerchio Gall. chr. ; Raymundus de Proe/o Aym. de Peyrac :
Raimond de Luzech Andur.)
On ne sait pas à quelle époque Raymond de Proet fut élevé sur le siège de Moissac. L'acte le plus ancien qui mentionne cet abbé est de 1208. C'est un accord passé devant Raimond Pinet, notaire, entre cet abbé. Guillaume Calvère et Guillaume de Lagarde,
(1) Cet acte commence ainsi : « Sciendum est quod anno ab incarnalione Domini M. C. XC. IX régnante Philippo. rege Francorum, R. Tolosano comité, G. Caturcensi episcopo, mense octobri, B. Gauters, en Falquets, en Gujllen de Castilo preyo empens del senhor abat de Moysac Rotbert de Labastido, e del covent de la maio de S. Peire .... ». Archives de V abbaye; citât, de Lagrèze-Fossat, loc. cit., III, 44.
(2) Coll. Doat, vol. 12g, fol. 55.
(3) Andurandy, n° 302. — Arch. défart, de Tarn-el-Garonne, G, 553.
(4) Andurandy, n° 4866.
(5) Andurandy, n° 2727.
(6) Andurandy, nos 4354 à 4356. Cit. de Lagrèze-Fossat, loc. cit , III, 45. — Dans différents actes passés entre les années 1200 et 1204, l'abbé de Moissac est désigné sous le nom de Raymond dans la Gallia christiana (I, Instr., col. 40). C'est encore là une erreur puisque dans les actes de 1199 et 1204, déjà cités, l'abbé de Moissac est appelé Robert de Labastide. 11 est probable que le scribe chargé de la transcription des actes mentionnés dans la Gallia christiana a complété à sa manière la simple initiale R., qui devait se trouver dans les pièces originales.
(7) L'abbé Raymond n'est désigné sous le nom de Luzech que dans un seul titre provenant des Archives de ("abbaye. C'est un bail à loyer de divers emplacements sur lesquels l'abbé avait des droits féodaux. On y lit entr'autres : « Aissi cum es digh desus, a lauzada, lo senhor abas de Moysag, R. de Luzeg. Cet acte est daté de 121 1 « Facta fuit hec caria anno dominice incarnationis M. CC. XI, régnante Philippo rege Francorum, R. Tolosano comité, Willelmo Caturcensi episcopo, mense februarii ». Lagrèze-Fossat. loc. cit., III. 46.
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en vertu duquel celui-ci devait avoir complètement sous ses ordres les hommes et les femmes résidant dans son château (1).
Ce fut cet abbé qui. le 26 juin 1210, fit avec Raymond VI, comte de Toulouse, un traité touchant la justice et les droits seigneuriaux de la ville que le comte possédait en qualité d'abbé chevalier et qui devait mettre fin à toutes ces difficultés, encore pendantes, et qui n'avaient pas cessé de surgir à chaque instant pendant plusieurs siècles (2).
Voici les principales dispositions de ce traité (3). un des titres les plus importants du Cartulaire de Moissac ; il fut invoqué plus tard dans toutes les contestations où le monastère joua un rôle.
Le comte reconnaît tenir en fief de l'abbé le château de Moissac, sous la rente d'une obole d'or, que lui ou son baile doivent apporter eux-mêmes le jour de la fête de Saint-Pierre, pour la déposer sur le maitre-autel.
Toutes les redevances et tous les droits de justice perçus à Moissac, jusqu'à 7 sols, doivent se partager par égale portion entre les deux parties ; au-dessus de 7 sols, les deux tiers reviennent au comte, et le tiers à l'abbé.
Les biens saisis sont partagés, mais les fiefs appartenant à l'abbé ou au comte doivent revenir à leurs propriétaires respectifs.
Le comte ne peut prétendre aucun droit de justice sur les moines et sur leurs serviteurs. Si ceux-ci se rendaient coupables d'un délit entraînant condamnation, ils seraient jugés par les officiers du comte, mais les biens visés par le jugement, en quelque lieu qu'ils fussent situés, seraient exclusivement dévolus à l'abbé.
Le comte continuerait à lever sur Moissac un tribut de 500 sols caoursins ; s'il percevait davantage, Je tiers du surplus reviendrait à l'abbé.
L'abbé, les moines et les habitants de la localité demeurent exempts de tout péage sur le port de Moissac.
Les dispositions relatives au captenniwn règlent les droits et redevances que le comte de Toulouse devait recevoir comme abbé chevalier sur certaines menses et sur certaines métairies dépendant du monastère. Ainsi les droits dus au comte furent déterminés pour les juridictions de Saint-Laurent, de Saint-Christophe. Chautïour et Viarose à une saumée de vin pour chaque mas et un baril par simple borde ; à Boudou, a trois èmines de froment et autant d'avoine par borde, etc.
Enfin, le comte reconnaît posséder tous ces droits comme co-seigneur de Moissac et abbé chevalier ; à ce dernier titre il se déclare homme-lige de l'abbè et du couvent et promet de protéger et de défendre le monastère, ainsi que toutes ses dépendances, tant dans la ville qu'au dehors.
Les clauses de ce traité ne furent pas longtemps maintenues. Accusé une nouvelle fois de favoriser les hérétiques, Raymond VI fut de nouveau excommunié par le pape
(1 ) Andurandy, rr" 4356 à 4358.
(2) Lagrèze-Fossat {loc. cit., I, 143) dit que le motif des nouveaux dissidents survenus entre les deux abbés fut soulevé par les moines à l'occasion de l'excommunication lancée contre le comte de Toulouse accusé de favoriser l'hérésie des Albigeois. Mais aucun historien ne fait connaître ce motif qu'on ne peut admettre sans une preuve sérieuse. S'il avait existé on n'aurait pas passé le traité de 1 197 et rendu le serment de fidélité, car à cette date Raymond VI était déjà excommunié depuis deux ans, et ne fut relevé son excommunication que le 22 avril 1 198.
(3) Andurandy, n" i 18. Lagréze-Fossat, loc. cit., t. I, p. 359, en donne la copie.
Innocent III, le 17 avril 121 1, et ses domaines furent déclarés appartenir au premier occupant (1).
Les abbés de Montauban et de Moissac qui songeaient à se rendre complètement indépendants ne manquèrent pas de profiter de la situation malheureuse du comte et ne furent pas des derniers a s'emparer de ses possessions. Ils en furent justement punis. Profondément irrité, Raymond VI, en 121 2, fit emprisonner les abbés de Moissac et de Montauban (2), pendant qu'il se rendait auprès de Philippe- Auguste pour fare valoir ses droits et implorer sa protection.
Cependant Simon de Montfort désireux de s'emparer des vastes domaines du comte de Toulouse, après avoir soumis l'Agenais, se rendit dans le Quercy et arriva le 14 août 1 2 1 2 devant Moissac.
Les habitants qui s'attendaient à être assiégés s'étaient mis sur la défensive. Ils avaient appelé a leur secours un corps de Routiers et un grand nombre de bourgeois de Toulouse et avaient fortifié la montagne qui domine la ville en pratiquant deux larges et profonds fossés séparés l'un de l'autre par une palissade solidement établie.
Simon voyant que la place était sérieusement défendue, appela à son secours Baudoin, frère de Raymond VI et cependant son ennemi, qui s'empressa d'accourir a la tète d'un corps de quinze mille hommes.
A l'arrivée de ce puissant renfort, les habitants de Moissac perdirent un instant courage ; ils parlèrent de se rendre mais la garnison s'y opposa.
De son côté, Simon de Montfort prit ses dispositions pour le combat : il établit son camp sur le Gravier, lieu occupé par l'espace compris entre le Tarn, la porte Saint-Ansbert et la colline Montauriol (voir fig. 2, p. 10), parvint à occuper les hauteurs de cette colline qui domine Moissac et tenta un assaut qui fut repoussé avec de grandes pertes. Il fit alors dresser des machines de guerre dont il confia la direction à Gui, évêque de Carcassonne, et à Guillaume, archidiacre de Paris, mais on ne put en faire un long usage car les assiégés y mirent le feu dans une sortie faite à l'improviste et poussèrent les croisés avec beaucoup de vigueur. Ils en auraient même fait un grand carnage sans la prompte arrivée de Montfort qui les força de rentrer dans la place, mais il eut son cheval tué sous lui, fut grièvement blessé au pied d'un coup de flèche et faillit être pris. Dans cette action le neveu de l'archevêque de Reims fut fait prisonnier ; on lui coupa la tête qui fut jetée avec le reste du corps par dessus les remparts.
Simon de Montfort frémit de rage et jura que cet acte de barbarie ne resterait pas impuni. Il redoubla alors ses efforts et avant de tenter un nouvel assaut d'une ville qui lui paraissait si bien défendue, il fit élever une grande machine destinée à saper les remparts. Cette machine appelée cal, cala, châtie ou gatc (3^, était armée de forts crampons recourbés à l'aide desquels elle accrochait de grosses pierres qu'elle lançait ensuite au loin avec une grande force. De nouveau, les assiégés firent une sortie et
(1) Innocent., [, 14, Epist. 36. — Hist. de Languedoc, nouv. édit., VI, pp. 337, 347 et 348.
(2) « Et presertim abbaciam Moyssiaci duo ultimi Ramundi (Raymond VI et Raymond Vil) dextruxerunl. et R. senior cepit abbatem Moyssiaci, et abbatem Montisalbani per anum in carceribus mancipavit, et tanta mala fecerunt huic monasterio quod vix credi potest. Et adhuc dictum monasterium de multis villis et bonis per violenciam per ipsos substractis remanet desolatum ». Aym. de Peyrac, Citron., fol. 1 76, r°, col. 2.
(3) « E faen far en Valencia e mante les e gales per combattre ». Chron. de Pierre IV, roi d'Aragon.
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mirent le feu à cette machine, mais ils durent bientôt se replier derrière leurs murailles et les assiégeants parvinrent à éteindre l'incendie.
Tout laissait entrevoir que le siège aurait duré longtemps si la ville n'avait pas été livrée par trahison. Les habitants ayant appris que Castelsarrasin et Verdun-sur-Garonne avaient fait leur soumission, envoyèrent secrètement des députés à Simon de Montfort pour traiter avec lui s'il voulait leur accorder la vie sauve. Simon refusa d'accepter leurs offres, à moins qu'ils ne lui livrassent les Routiers et le reste de la garnison. Les habitants de Moissac ayant consenti à ces propositions ouvrirent lâchement leurs portes aux croisés, le lendemain 8 de septembre, et s'étant joints à eux ils firent main basse sur la garnison composée de trois cents hommes. Ils rachetèrent ensuite le pillage de leurs maisons pour la somme de cent marcs d'or qu'ils donnèrent a Simon, lequel prit possession de la ville et la remit a l'abbé (1).
(1) Le récit du siège de Moissac est assez développé dans Guilhcm de Tudèle (vers 2472 à 2614), mais il assure que la reddition de Moissac fut amenée par la chute d'une partie des murs de la ville. (Voir Hisl. de Languedoc, nouv. édit. , t. VIII, col. 85 à 89t. Nous reproduisons la narration faite par Aymeric de Peyrac (Chron., fol. 163, 164 et 165) d'après celle de Pierre de Vaux-Cernay.
« Hujus abbatis (Raymundi de Proeto) temporc, recuperavit R. cornes Tholose villam Moyssiaci que capta fuerat a cruce signatis et a comité Montisfortis seu ex timoré reddita anno M" CC. XII. Verum modum et l'ormam obsessionis et reddicionis predicte ville et qualiter erat presens dictus Raymundus abbas in predicta obsessione, hic duxi explicandum secundum cronicas directas domino Inoc. pape III. per fratrem de Valle Scrnay monachum, socium leguati apostolici, qui de visione potuit de perhibere testimonium veritatis, cum ipse presens erat qui scribit, et factum récitât sub hac forma :
» Anno incarnacionis Domini millesimo CCXII, omnibus aliis premissis negociis factis, nobilis cornes Montisfortis cum gentibus suis consiliariis proposuit obsedere Moyssiacum qui erat in potestate comitis Tholosani ; et quando venimus Moyssiacum nos obsedimus ipsum in vigila Assumpcionis beatc Marie Virginis. Erat posita ad pedem cujusdam monlis in quadam planicie prope Tarnum ; et est ibi locus valde plantarum fertilis, delectabilis et amenus, et vocatur Moyssiacus, quia moys est aqua; et intra villam sunt plures fontes dulces (credo quod intendit de fontibus monasterii et puteis). Sed quando homines Moyssiaci audiverunt quod gentes noslre veniebant, ipsi vocaverunt multos depredatores et fecerunt venire plures homines de Tholosa propter hoc, ut melius possent se deiïendere de gentibus nostris ; et illi depredatores quos adduxerant erant pessimi homines et perversi; et cum ille locus de Moyssiaco fuisset longe ante interdictus per legatos sedis appostolice ecclesie romane quia sustinebat hereticos et persequabatur ecclesiam, una cum comité Tholosano, sciendum est quod dicti depredatores qui vénérant Moyssiaci pulsabant omnia symbala et omnes squillas sicut solet fieri in die festo ecclesie Moyssiaci, que quidem ecclesia est nobilis et largua, et hoc in omnibus horis diei in contemptum et despectum Dei et gencium nostrarum. Et in predicta villa Clodoveus rex Francorum nuper fecerat quoddam nobile monasterium monacherum. Demum cornes noster sine tradicione magna fecit erigere quasdam machinas que secundum quod prohibebant inceperunt muros infringere Sed adversarii inceperunt eiigere quasdam machinas ex adverso projicientes contra muros. Tamen honorabiles viri rectores et magistri istius negocii, sed episcopus Carcassonnensis, Guillermus archidiaconus Parisiensis, laborabant incessanter in causis necessariis obsessionis, et episcopus Remensis ibi predieabat cothidie verbum Dei peregrinis monens ipsos de diligencia in negocio Jhesu-Christi, et libenter et audater se exponebat in necessariis dicte obsessionis liberalitcr expendens de propriis, qui quidem erat multum necessarius in negociis domini Jhesu-Christi. Et una dierum adversarii existentes villam venerunt ad dibilitandum et dkruendum nostras machinas. Noster tamen cornes festinenter accurrit et cum quibusdam nostris armatis sic quod fecit retrocedere et includere inimicos; et in eodem insultu quidam de adversariis mictens unam sagittam nostrum comitem in pede vulneravit; et ceperunt unum juvenem nepotem archiepiscopi Remensis quem occidentes ejus membra frustratim truncaverunt eadem nobis projicientes. Unde archiepiscopus avunculus dicti juvenis occisi, licet ipsum terrenne diligeret, pro honore et servicio Jhesu-Christi et ejus virtutc animum fingebat placabilem, ostendens bonum exemplum persistentibus in castris. Nec sileo, quod in principio obsessionis predicte eramus ita pauci quod non poteramus villam in omnibus partibus obsedire, qua de re adversarii tota die exiebant villam aseendentes supra podium quod est supra villam et venibant insultare superbiose aciem nostram, et peregrini
ss
Simon de Montfort fut proclamé co-seigneur de Moissac et abbé chevalier du monastère, comme successeur légitime de Raymond VI. Six jours après, il fit un traité avec Raymond, abbé de Moissac, suivant lequel ils réglèrent les droits qui leur appartenaient sur la ville et sur ses dépendances; ces droits étaient échus à Simon de Montfort, est-il dit clans la charte, parce que Dieu les avait ôtés au comte de Toulouse
ascenderent supra prcdictum montem pugnantes cum eisdcm, et quociencunque (sic pour quotiescumque) adversarii occidebant aliquem de nostris peregrinis statim in conspectu nostri circumdabant corpus occisi et habundantes nimia crudelitate non sufficiebat eis ipsum interfecisse, ymo quilibet de eis ipsum mortuum uno gladio crudeliter perforabat. Yidentes bcllum contemtibile et iniquarum gencium rabiem et dum ista gererentur cothidie, veniebant peregrini de Franeia, et episcopus Tullensis Reginaldus supervenit una dierum cum aliis peregrinis, et quando dicti peregrini creverunt, occupaverunt montem supradictam et obsederunt totam villam : nec cileo (sic) quod antequam villa esset omnino obsessa, adversarii asccndebanl supra montem quando videbant episcopum Carcassonnensem populo predicantem et tune mictebant sagïttas cum balistis super peregrinos verbum Dei audientes, sed gratia Dei neminem vulnerabant : et quia non possumus penitus nec omnino exprimere gesta dicte obsessionis, in summa perveniamus ad finem. Postquam nostre machine dm lapides projessissent et muros ville débilitassent, cornes fecit fieri unam ligneam catam; cumque fuisset facta, cornes fecit eam trahi usque ad fossatos ville qui erant lati et profundi et aqua pleni. Sed adversarii fecerant unam sepem sive palem ante fossatos et quodam aliud fossatum sic quod persistebant inter illos duos fossatos et sepe exientes foras impugnabant nostras gentes; et dum ista gererentur, trahebatur ista cata in fossatis et erat cooperta de pellibus bovis recentibus, ne inimici incendere possent; sed adversarii fecerant unum petrarium projiciens sepe supra nostram machinam ad destruendum eam. Et dum predicta cata fuit ducta super primum fossatum, ita quod non opportebat nisi adimplerent eum sub protectione cate ; tune una dierum, post solis occasum, adversarii exiverunt villam defferentes ignem et arida ligna, et canapés, et carnem salsam, et pinguidinem, et oleum, et omnia que erant bona ad succendendum, et totis viribus nitentes comburere catam nostram, et cum balistris graviter vulnerantes deffend. dictam catam ; et ex improviso cata nostra fuit fortiter inllammata et non sine modica nostri turbacione: et cornes et Guido et frater unus erant infra dum et dicti nostri adversarii projecerant incessanter ignem supra catam cum preparator ad comburendam ; nostri cum magna strenuitate proiciebant aquam, vinum et terram ad ignem extinguendum et nonnulli nostrum similiter existentes extra catam prohiciebant contra vasa plena oley que adversarii proicierant, et sic nostri cum magno labore et anxiezitate et cum magno calore proicierunt catam predictam de igne, quod sine lacrimis vix poterat inspici. Crastina vero die nostri peregrini armantes se venerunt omnes versus villam et irruerunt cupide et strenue et cum ingenti labore infra primum fossatum frangendo primum cepem (sic). Sed adversarii existentes infra cepem deffendebant barbacanas juxta porte. Et dum iste assultus fieret, episcopus Carcsssonnensis et ego currebamus hinc et inde in acie pro admonendo et confortando peregrinos, archiepiscopusque Remensis, et episcopus Tullensis, et episcopus Albiensis, et Guillermus archidiaconus Parisiensis, et abbas Moyssiaci, cum quibusdam monachis et cum ceteris clericis dicte aciei stabant in descensu montis que est ante castrum indutti vestibus albis et pedibus nudis tenentes crucem cum reliquiis sanctorum et alta voce cantabant et cum devocione magna : Vcni, Sancte Spiritus, requirentes juxta possibilitatem eorumdem adjutor. Pomini, quibus Dominus noster misit Spiritum Sanctum, et illico dum dixissent très versus et canerent illum versum : Hostem reppellas longius, subito ad versum expavescentes ex disposicione superna deserendo barbacanas in forciore dicte ville villipendiose auffugerunt.... Idem, Arnaldus (lisez Petrus) monachus Vallis de Sernay dictum factum prosequitur dicens : inter alia burgenses de Castro-Sarraceno, quod castrum erat comitis Tholosani et situatum prope villam Moyssiaci, venientes ad nostrum comitem. reddiderunt sibi dictum castrum, et postmodum cornes misit Guidonem et Baldoynum, fralrem comitis Tholosani et quosdam alios milites Verduni, V leucas a Tholosa, et est supra Garonam. Est sciendum quod homines dicti loci reddiderunt comiti, sine aliqua condicione, et omnia castra circumquaque prope illum locum situata, excepto Monte-Albano : cumque homines Moyssiaci audivissent quod omnia castra prope ipsos fuerant dicto comiti reddita, transmiserunt dicto comiti requirentes pacem ; et cornes considerans quod villa predicta erat satis fortis, et quod non poterat capi sine magna strage gencium nostrarum, et quod si caperctur villa per violenciam destrueret illam que erat valde bona et est proprii dominii monachorum, consideransque cornes et omnes homines ville insimili interficerentur, quare, cornes eis dixit quod eos ad pacem reciperet cum tali condicione si reddebant ci raptores Tholosc qui vénérant in eorumdem
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pour ses péchés et pour les maux infinis qu'il avait causés à l'Eglise et à la foi catholique. L'acte fut passé dans le chapitre de l'abbaye le 14 septembre 1212; il a été consigné dans le Cartulaire de Moissac et a pour titre : Hommage de Simon de Montfort (1). A cet acte est appendu le sceau de l'abbé (voir figure n° 6).
Fig. 6. — Sceau de Raymond de Proet
Sceau ogival de 55 millimétrés sur 35.
Légende. — * SIGILLVM : R . ABBATIS : MOISYACENSIS
Dessin. — L'abbé debout, tenant une crosse de la main droite, et un livre de la gauche (2).
Ce traité n'est que le renouvellement, au profit de l'abbé, des accords précédemment passés avec le comte Raymond VI, le 26 juin 12 10. Mais en outre, Montfort impose a tous les habitants de Moissac ne faisant pas partie de la famille de l'abbaye et résidant dans les villages de l'abbé chevalier, un droit du vingtième de leur revenu, droit dont l'abbé régulier aura le quart ; il déclare que toutes les terres qui deviendront vacantes seront sa propriété personnelle.
Peu de temps après, Montfort quitta Moissac, après avoir pourvu au gouvernement de cette place et des autres du voisinage ; il se dirigea sur Montauban dans l'intention d'en faire le siège.
L'abbé de Moissac qui croyait avoir beaucoup gagné d'être passé sous la suzeraineté du champion de la foi, ne tarda pas à reconnaître qu'il s'était trompé. Le nouveau
secursum, et quod jurarent quod plus quam nunquam facerent guerram contra Christianos, quod ita fuit factum. Et sic cornes cepit raptores illos Tholosanos quos eidem burgenses tradiderunt. Deinde trahendo sibi villam quam ipse reddidit abbati, salvo jure quod comes Tholosanus habebat in eadem ; postque nostri peregrini occiderunt cupide raptores supradictos. Nec silendum est quod Moyssiacus fuit obsessus in vigilia Assumpcionis béate Marie virginis, matris Dei. Et fuit captus in festo Nativitatis ejusdem quod quidem opus beata virgo gloriosa perfecit. Burgenses Moyssiaci illam retribucionem Tholosanis impenderunt quam juxta proverbium; mus in pera, serpens in gremio et ignis in sinu suis convenerunt hospitibus exibere ».
(1) Hist. de Langtiedoc, nouv. édit., t. VIII, col. 621.
(2) Douët d'Arcq, Collection de sceaux, t. III, p. 101, n° 8841.
prince fut aussi intolérant que l'ancien. La garnison laissée dans la ville par le chef des croisés se livra bientôt à toutes sortes d'excès et le monastère ne fut pas plus épargné que les habitants. C'est ce que nous apprend un long mémoire que l'abbé Raymond adressa au roi de France par Géraud, un de ses religieux chargé d'exposer en détail les maux qu'avait soufferts l'abbaye et dont elle souffrait encore. Dans ce mémoire il rappelle à Philippe-Auguste que l'abbaye de Moissac est de fondation royale. Après s'être plaint avec énergie des usurpations des comtes de Toulouse et de Raymond VII en particulier qui, non content de lui enlever ses privilèges, l'avait fait prisonnier, il accuse les croisés d'avoir pillé le monastère (i) et de l'avoir réduit à une telle misère qu'il se trouve dans l'impossibilité d'effectuer lui-même le voyage. 11 termine en assurant le roi que l'on prie continuellement pour lui etle supplie de vouloir bien rétablir le monastère dans son antique liberté (2).
Les historiens ne font point connaître si, dans cette circonstance, le roi de France intervint en faveur de l'abbaye de Moissac.
L'abbatiat de Raymond de Proet fut trop troublé par ces événements politiques pour avoir à enregistrer des donations faites en faveur du monastère. Nous n'en relevons qu'une seule effectuée au mois de mars 12 12 par Guillaume Doisma, de tout ce qu'il avait dans le château de Malauze et au-dehors (3). Cet abbé dut mourir vers la fin de l'année 1213, ou au commencement de celle de 1214.
Les auteurs de la Gallia christiana lui donnent pour successeur un certain Augerius, mais il y a là une confusion évidente, l'abbé Augier n'étant monté sur le siège abbatial qu'un siècle plus tard, en 1306.