‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 71 sur 154 · N° 3. — ARBRES ET OISEAUX · texte numérisé non relu

N° 3. — ARBRES ET OISEAUX

Deux grands oiseaux, de composition fantaisiste, munis d'une queue longue et cylindrique, s'accrochent sur chaque face au tronc d'un arbre qui s'élève aux angles du chapiteau, en couvrant de ses rameaux toute la surface de la corbeille. Peut-être

Figure 45

faut-il voir ici une allusion à ce que dit le Sauveur du grain de sénevé « qui devient un grand arbre sous lequel les oiseaux du ciel viennent s'abriter » (2).

Le tailloir présente des aigles à deux têtes, au vol abaissé et portant un collier orné de pierreries.

(1) « De telles en verras par Paris offrir maintes, » Qui ainsi com je di sunt senglées et ceintes

» D'unes larges ceintures qui si prou sunt estraintes, » Qu'on ne cognoist sovent les vuides des enceintes ».

Le Testament de maistre Jean de Meung, édit. de Méon, p. 62, cité par Viollet-le-Duc, Dictionnaire du

mobilier, III, 112.

(2) S. Matth., c. XIII, v. 32.

Observations. — Nous aurons souvent occasion de parler de la flore sculptée sur les chapiteaux de Moissac. C'est qu'en effet l'architecture possède une flore qui lui est propre et qui se modifie à mesure que l'art progresse et décline. Elle semble avoir pris naissance vers la fin du xne siècle. A cette époque, les artistes abandonnant peu à peu les types traditionnels, demandèrent des modèles à la nature et furent chercher leurs inspirations parmi les plantes des bois et des champs. Mais ces artistes s'efforcèrent, dès le début, de rendre la physionomie générale de certains végétaux sans chercher à en reproduire les caractères organographiques ; parfois même ils mêlèrent les espèces, prenant un bouton à, telle plante, une feuille à celle-ci, une tige à celle-là. Peu leur importait, pourvu que l'ensemble fût décoratif et offrît au premier coup d'oeil un caractère de vraisemblance.

Aussi jusqu'à la fin du xne siècle, du moins dans le Midi de la France, à quelques exceptions près (1), l'imitation des fleurs et des fruits est très peu exacte et ne tend à reproduire qu'une idée reconnaissable.

Nous adoptons d'autant moins l'opinion de ceux qui ont écrit sur la flore de Moissac (2) en voulant presque toujours donner un nom scientifique aux objets représentés, que nous étant occupé de botanique pendant de longues années, nous n'avons reconnu sur cette flore plantureuse que deux ou trois plantes suffisamment caractérisées pour leur attribuer un nom.

On a désigné le chapiteau objet de cette étude sous le nom d'aigles germaniques, à cause du motif sculpté sur le tailloir. Cette dénomination est inexacte. En effet, ce fut l'empereur Sigismond qui le premier, au xve siècle, employa l'aigle à deux têtes dans ses armoiries, probablement pour symboliser la réunion de l'empire d'Orient à l'empire d'Occident. A cette époque seulement l'aigle à deux têtes est devenue le symbole particulier de l'empire d'Allemagne, comme elle est devenue plus tard celui de l'empire de Russie (3). L'usage s'en est répandu ensuite parmi la noblesse de tous les pays.

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