‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 89 sur 154 · N° 21. — SAINT PAUL · texte numérisé non relu

N° 21. — SAINT PAUL

représenté sur ce pilier, debout, nimbé, la tête chauve, le front ridé

et largement découvert, la barbe épaisse et longue. Il est vêtu de la tunique et du pallium et chaussé de sandales. Sa main droite, placée à la hauteur de la poitrine, lève les trois premiers doigts, en signe de bénédiction ; la gauche porte le livre des Epitres. L'apôtre est abrité sous une arcade cintrée reposant sur des colonnettes. On lit son nom sur l'archivolte : S[an]C[*u]S PAV- LVS * APOSTOLVS.

Observations. — Saint Paul, ainsi que les autres apôtres figurés dans le cloître, sont vêtus de ce qu'on appelle le costume apostolique, c'est-à-dire de la tunique et du pallium. « Indumentum hoc est mini quod vides, tunica cum pallio », est-il dit dans le livre des Récognitions, chapitre VII, verset 6. Le pallium était dans l'antiquité et jusqu'au xmc siècle, un manteau de forme quadrangulaire qu'on attachait sur l'épaule droite ; il ne faut pas le confondre avec le vêtement épiscopal qui porte le même nom, que les papes concédaient comme marque de distinction et qui consistait en une bande d'étoffe, entourant le cou comme un collier et se terminant par deux bandelettes qui tombaient l'une sur la poitrine, l'autre sur le dos (voir Martigny, Dictionnaire, des antiquités chrétiennes, p. 507).

Saint Paul est représenté portant des sandales avec pièce de talon dans laquelle s'engage à coulisse la croix nouée sur le haut Fi*. 86. - Saint Paul du cou-de-pied. On sait que notre Seigneur

portait des sandales : « C'est lui qui doit venir après moi, qui m'a été préféré, et je ne suis pas digne de dénouer les courroies de ses sandales », dit saint Jean en parlant du Christ (c. I, v. 27). Il commanda à ses apôtres de se mettre en chemin avec leur bâton seulement, de marcher avec des sandales et de ne point se pourvoir de deux tuniques (1). Le Sauveur agissait ainsi parce qu'en Palestine c'était la chaussure des gens de la plus basse condition. Les artistes n'ont pas toujours suivi en ceci la vérité historique, car ils représentent le plus souvent Notre-Seigneur et les apôtres sans sandales, les pieds complètement nus. La nudité des pieds est même devenue en iconographie, du moins en Occident, un attribut presqu'exclusif de la Divinité, des anges et des apôtres. Nous disons presqu'exclusif, bien que l'exemple de Moissac, où l'on trouve plusieurs apôtres chaussés de sandales, ne soit pas unique Cette particularité est cependant assez commune, on peut même dire ordinaire à Rome. Ainsi, sur des peintures de la première moitié du xme siècle, de la cathédrale d'Anagni, les apôtres portent des sandales fort minces qui ne protègent que la plante des pieds (2). Il en est de même à l'église Saint-Jean-hors-les-Murs à Pistoia, sur les sculptures d'une chaire qui remonte à peu près à la même époque (3). Bien plus, une fresque des Catacombes qui date des premiers siècles de l'Eglise nous montre Jésus-Christ assis entre saint Pierre et saint Paul, représentés debout, et chaussé comme ces deux apôtres de sandales découvertes (4).

Mais tous ces exemples ne doivent être regardés que comme des exceptions. En Orient, au contraire, la règle est générale ; le British Muséum possède un ivoire byzantin représentant un ange ayant des sandales (5). Dans les peintures du mont Athos, Dieu, les anges et les apôtres portent tous une simple semelle qui se rattache au coude-pied par des lanières. Et il convient de remarquer que dans l'Eglise grecque on aime à chausser les anges non seulement de sandales, mais encore de souliers et même de bottines et de bottes (6).

Nous ne nous étendrons pas davantage sur l'iconographie de l'apôtre saint Paul, et il en sera de même pour celle de l'apôtre saint Pierre, nous bornant à renvoyer les personnes qui voudraient avoir des renseignements précis sur ce sujet, au remarquable travail de Grimouard de Saint-Laurent. Ce travail a été inséré dans les Annales archéologiques, tomes XXIII, XXIV et XXV.

(1) S. Marc, c. VII, v. 8 et 9.

(2) Annales archéologiques, t. XVII. p. 34.

(3) Annales archéologiques, t. XVII, p. 318.

(4) Annales archéologiques, t. I, p. 12 ou 14 suivant l'édition. — J.-B. de kossi, Roma soiterranea cristiana, p. 475 .

(^) Annales archéologiques, t. XVIII, 39, fig.

(6) Didron, Le Mont-Athos, Ann. archéolog., XVIII, 122 et 204.

GALERIE ORIENTALE

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