N° 26. — ADAM ET EVE
Ce chapiteau est relatif à la faute commise par Adam et Eve dans le Paradis terrestre.
Face septentrionale. Sur cette face, qui est très mutilée, apparaissent Adam et Eve, debout. Ils n'ont pas encore désobéi au Seigneur, et ne rougissent pas de leur nudité. Un arbre chargé de fruits et à longues feuilles les sépare, et le serpent, dont il existe
Figure 96
Face septentrionale Face occidentale
encore un tronçon, est enroulé sur la tige. Eve est à la gauche de l'arbre et dirige sa main droite vers les beaux fruits qui s'offrent à sa vue. Adam, la figure barbue, est à l'opposé. Face orientale. Le démon a triomphé, la faute est consommée. Adam, dont le nom
(1) « Ego sum A et principium et finis, dicit Dominus Deus ». — « Ego sum A et Q, initium et finis ». — « Ego sum A et Q, primus et novissimus ». Afiocal., I, 8 ; XXI, 6 ; XXII, 1 3.
(2) « Alphabetum, in modum crucis bis in pavimento describit Pontifex, cum consecrat ecclesiam. Bruno Signiensis, de consecrat. ecclesiœ, et alii rituum ecclesiasticorum scriptores passim, ubi de consecratione eccles. — Deinde incipiat Pontifex de sinistro angulo ab Oriente, scribens per pavimentum cum eambuta
ADAM est gravé au-dessous du modillon central, paraît devant le Seigneur. Il baisse la tète. Honteux de sa nudité, il cache son sexe sous une feuille qu'il vient de détacher d'un arbre placé derrière lui. Le Tout-Puissant est debout, les pieds nus, la tête entourée du nimbe crucifère ; il prononce contre les coupables la terrible sentence.
Face méridionale. A la droite du spectateur est figurée la porte du Paradis terrestre, renforcée de pentures et d'une serrure à moraillon ; elle est cintrée du haut et fixée entre deux colonnes qui supportent un édicule surmonté d'un dôme. En avant, est l'ange préposé à sa garde. Armé d'une large épée, percée de petites meurtrières étroites et allongées, il chasse devant lui les coupables, couverts de tuniques de peau.
Face occidentale. Adam et Eve demandent à la terre une nourriture qu'elle ne leur accorde qu'avec peine. L'un s'accroche au sommet d'un rejeton et le fait plier, l'autre tient un instrument tranchant, trop détérioré aujourd'hui pour en déterminer la forme.
Observations. — L'on n'est point d'accord sur la nature de l'arbre qui portait le fruit défendu. L'on a avancé tour à tour que c'était la vigne, le froment, le cerisier, le pom-
sua Abcturium (id est abecetorium) usque in dextrum angulum Occidenti. Liber Scicrunienlorum Gregori II ubi de ordine ad ecclesiam dedicandam ». Du Cange, Gloss., verb. Alphabetum et Abcturium.
Dans un sermon prononcé le 13 novembre 1864, dans l'église Saint-Eustache, à Paris, Mgr Berteaud. evèque de Tulle, s'exprimait ainsi : « L'évêque consécrateur entre, et, de son bâton d'or, trace sur une poussière étendue les lettres de l'alphabet. Il y met les lettres de l'alphabet grec et celles de l'alphabet latin ... Eh bien, lorsque l'évêque trace avec son bâton d'or les lettres de l'alphabet arrangées sous une certaine forme, elles parlent, elles disent : nous sommes là, la grecque et la romaine ; prenez-nous, allongez-nous, faites des discours éloquents, de la grande et savante controverse. Portez-nous au milieu des parois faites de chaume, ou à l'oreille des rois. Prenez, allongez tous ces alphabets ambitieux, mais que le Verbe soit caché dessous et béni à jamais ».
mier, le mancenillier, le bananier, etc. (i). Sans nous arrêter à ces discussions puériles, nous dirons que l'arbre représenté sur le chapiteau est un bananier et nous renverrons à ce sujet aux observations qui suivent la description du chapiteau numéroté seize.
Sur la face orientale, le Tout-Puissant porte un nimbe crucifère, caractère qui ne devrait être attribué qu'au Fils, mais on constate souvent, surtout dans les représentations de la Trinité, que la tête de Dieu le Père est entourée d'un nimbe timbré d'une croix (2).
L'ange figuré sur la face méridionale porte une épée rappelant, par sa forme, les épées du xne siècle. La lame est courte, à tranchants presque parallèles, et taillée à son extrémité supérieure pour former un arrondi. Les quillons sont droits mais légèrement recourbés vers la pointe. Nous avons déjà dit que cette épée était ajourée de meurtrières. Dans quelques monuments du moyen âge, où se trouve traité le même sujet, l'épée de l'ange ressemble à une flamme vacillante, pour suivre en cela le texte biblique. Ici, au contraire, elle a la forme ordinaire, mais Lagrèze-Fossat a émis l'opinion que les meurtrières représentées pourraient bien traduire, dans l'esprit du sculpteur, ces mots de la Genèse : gladium flameiim et versatilem (3).