‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 97 sur 154 · N° 29. — LE LAVEMENT DES PIEDS · texte numérisé non relu

N° 29. — LE LAVEMENT DES PIEDS

Le soir du Jeudi-Saint, après la Cène, Jésus lava les pieds à ses apôtres. Pierre, d'abord ne le voulait pas, mais sur les instances du Maître, il se laissa faire (3). Pour perpétuer le souvenir de cette leçon de charité et d'humilité, l'Eglise institua une cérémonie désignée sous le nom de mandat, « mandatum » du premier mot de l'antienne que l'on récite au moment où on la commence.

Ce sujet est clairement indiqué sur le chapiteau par une inscription et par les scènes qui y sont représentées.

Face méridionale. Sur la partie gauche du chapiteau, Jésus est agenouillé ; sa tête porte le nimbe crucifère, au-dessus duquel se lit le mot IESVS. Un bassin est devant

(1) Habert, Archieralicon, lib. pontif. eccl. Graecce, pp. 1 1 1 et 182. Citât, de Ch. de Linas, Les disques crucif., le flabellum et l'umbella, ch. II, pp. 43 et 44.

(2) VioIIet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, t. II, p. 43.

(3) S. Jean, c. XII.

lui. En face, saint Pierre, assis, exprime par son geste que c'est à regret qu'il obéit a son Maître s'humiliant devant lui. Dans le nimbe qui entoure sa tète est gravé son nom PETR[ws] en lettres à demi effacées et tracées au rebours, de droite à gauche. Derrière saint Pierre se trouve saint André ; le modillon placé au-dessus de lui renferme, sur deux lignes, les quatre premières lettres de son nom : ANDRjeas]. Puis, vient saint Paul PAVLVS, levant la main droite et tenant un livre de la gauche.

Face orientale. Deux apôtres sont assis, séparés par une tourelle. Des lettres, dont quelques-unes sont éparses sur le fond du chapiteau, font connaître leurs noms : BART[A]OLOME[z«], MATfAJEVS. Ces apôtres tiennent chacun deux livres : l'un fermé, appuyé sur le genou, qui rappelle la loi ancienne; l'autre élevé au-dessus de leur tête, et ouvert, qui contient la loi nouvelle.

Figure 105 Figure 106

Face septentrionale Face occidentale

Face septentrionale. Quatre disciples du Christ : IACOB[us], \0[h]AN[nes], P[h\\L\[ppus\ et T|/z]OMAS sont représentés debout; les deux derniers seulement portent un livre.

Face occidentale. Trois apôtres occupent la surface de ce chapiteau. Aucune inscription ne les désigne, mais on peut y suppléer facilement. Ce sont Jacques le Mineur, Thadée ou Juda et Simon. Ceux qui sont figurés sur les angles déploient des linges pour essuyer les pieds lavés par le Sauveur. Des lettres, irrégulièrement dispersées, peuvent se combiner entr'elles et former le mot MANDA[/]V[m], le Mandat, qui explique par lui seul le motif de la sculpture.

Tailloir. Le tailloir est en marbre gris. Sur chacun des côtés et sous un cordon d'imbrications apparaissent deux anges ailés et nimbés, les pieds masqués par une zone de nuages; ils soutiennent de leurs mains un médaillon circulaire. Ce médaillon encadre une tête, sur les côtés sud et nord, la main divine, sur les côtés est et ouest. De petites colonnes garnissent les angles du tailloir.

Observations. — La cérémonie du lavement des pieds n'est plus pratiquée, de nos jours, en France; elle fut supprimée en Espagne, dès le ive siècle, par le concile

d'Elvire (i), a cause des grâces spirituelles très exagérées qu'on lui attribuait, mais elle s'est conservée dans d'autres nations, notamment en Belgique.

A Moissac, d'après l'article 15 des statuts que l'abbé Auger de Durfort rendit exécutoires le 8 avril 1 3 3 1 , il devait être distribué le Jeudi-Saint, à l'occasion de la Cène, avant ou après le mandat, par les soins de l'aumônier, et aux frais de l'abbé, à 400 pauvres de Moissac, 400 pains bis, une quartière de fèves (soit 136 litres), 400 deniers caoursins et une quantité de vin suffisante. Suivant les mêmes statuts et l'article précité, on désignait aussi sous le nom de mandat, dans le monastère de Moissac, trois portions monacales de pain blanc et de vin que l'abbé devait mettre chaque jour à la disposition de l'aumônier, pour être ditribuées à trois pèlerins ou à trois pauvres honteux (2).

Didron, dans son Iconographie chrétienne, dit à la page 52, que « vers la fin du xive siècle, la mode prévalut, surtout en Allemagne, d'écrire dans l'intérieur du nimbe le nom du saint dont on ornait la tète ». On voit sur la face méridionale, par l'exemple de saint Pierre, que dès le xne siècle, on agissait ainsi dans le Midi de la France. Le fait de Moissac n'est pas isolé, car on le retrouve sur le nimbe des apôtres au portrait de Saint-Gilles, qui remonte également au xne siècle.

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