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CHAPITRE XVIII

PRÉSENTATION DES REGLES DE LA DOUBLE COMMUNAUTE DE SAINT-LOUIS A ROME. BREF d'ÉLOGE,

Demande d'examen et d'approbation à Rome. — Première difficulté vaincue : la rédaction même des règles. — Deuxième difficulté : l'appui de l'épiscopat. — Audience du Saint-Père. — Troisième difficulté : titre des postulants à l'approbation. — Quatrième difficulté : opposition politique. — Cinquième difficulté ; la doctrine. — Les cinq propositions sur la raison et la foi ; elles sont signées. — Dernière difficulté : projet de loi sur l'Instruction publique en France. — Délibération de la Sacrée Congrégation des Évèqueset Réguliers. — Bref d'éloge de Grégoire XVI pour les communautés des Pères et des Dames de Saint-Louis.

Les affaires religieuses sont traitées, à Rome, avec une maturité, une sagesse et en même temps avec une charité que l'on ne peut connaître que lorsqu'on en a fait l'expérience. C'est pourquoi nous pensons accomplir un devoir en exposant la marche que dut suivre la requête présentée par la congrégation de Saint-Loiii<i. Nous 1p ferons d'une manière suc-

cinte, mais sufiQsante pour l'objet que nous avons en vue.

L'abbé de Bonnechose arrivait à Rome vers la fin de septembre 1843. Il était assuré d'avance de la bienveillance de plusieurs prélats qu'il avait connus lors de son premier voyage avec l'abbé Bautain en 1838. Mais l'affaire devait être traitée avec la Congrégation des évêques et réguliers, dont le président ou Préfet, le cardinal Ostini, était absent. Le secrétaire de la Congrégation voulut bien donner à l'abbé de Bonnechose les premières instructions sur les démarches préliminaires, et bientôt le cardinal Ostini, Préfet, leurs Éminences les cardinaux Lambruschini, Mezzofante, Orioli, Ferretti, Polidori, et d'autres dont quelques-uns étaient membres influents de la Sacrée Congrégation, ainsi que Mgr Corboli- Bussi, qui fut chargé du rapport, aidèrent le postulant de leur expérience et de leur affectueux concours. Nous allons indiquer brièvement non pas les causes ordinaires de lenteur d'une semblable affaire, mais les obstacles qui à plusieurs reprises vinrent l'entraver et quelquefois la menacer d'un complet insuccès.

La première difficulté qui se présenta fut la rédaction même des Règles constitutives de la nouvelle congrégation. Cette rédaction avait été faite avec beaucoup de soin et de clarté; mais elle était à refaire entièrement. Toutes les vues supérieures, toutes les considérations pieuses, fut-il dit, ne pouvaient

SA VIE ET SES ŒUVRES. 6^2 i

que servir d'occasion, dans un examen théologique, à des discussions et à des difficultés interminables. Il fallait se réduire à un simple dispositif touchant l'objet, l'organisation et les moyens d'action d'une compagnie, vouée à l'instruction chrétienne de la jeunesse et à la prédication de la parole de Dieu pour le peuple chrétien.

En outre, on avait cru bien faire à Juilly, en traduisant la règle en latin. Certes, M. l'abbé Bautain était bien aussi apte à le faire que tout autre professeur de nos Facultés des lettres. Mais les Italiens ont un sens et un goût de la latinité qui est tout spécial aux successeurs des anciens Romains et qui nous manque en France ; et ils préféraient qu^on leur présentât la Règle écrite en cette langue française si précise et si claire, qui rend surtout si admirablement l'esprit et les idées des Français.

Il fallut donc se mettre à l'ouvragepour remanier, implifier, réduire au strict nécessaire le texte français.

Mais, cela fait, une seconde difficulté bien plus importante se présenta. C'est bien, disait-on, voilà un projet de congrégation religieuse que vous présentez à l'examen et à l'approbation du Saint-Siège. Avez-vous l'appui de l'Évêque de votre diocèse déclarant votre œuvre opportune et désirable? Il y a plus. Votre aûcien différend avec l'évêque de Strasbourg s'est terminé, il est vrai, à la satisfaction de Rome par la soumission exemplaire de l'abbé Eau-

tain el de ses amis; mais il a pu laisser planer des doutes, non pas sur votre bonne foi, mais sur la rectitude complète de la doctrine philosophique et théologique du maître et de ses disciples. On pourrait, par suite, prévoir pour vous, dans Tavenir, de la part des évêques de France, des difficultés bien sérieuses peut-être. Cet obstacle ne semblait pouvoir être levé que par des attestations d'évêques français, connaissant ces messieurs, les ayant employés à la prédication dans leurs diocèses, et garantissant leur orthodoxie.

La difficulté était d'autant plus grave que la Sacrée Congrégation était accablée de demandes pour des communautés nouvelles aspirant à se fonder de tous côtés, et qu'elle en était venue à n'en plus vouloir leconnaitre. Il a vraiment fallu, outre la protection spécial de la Providence, toute l'affection personnelle des quelques illustres cardinaux romains, dont ALM. Bautainet de Bonnechose avaientgagné le cœur, pour que leur demande ne fût pas écartée tout d'abord.

Il s'agissait donc de se procurer des lettres de plusieurs évêques français pour témoigner de la foi et du zèle des postulants, pour exprimer le besoin qu'on ressentait de la formation d'une nouvelle congrégation, en ce temps où les plus méritants parmi les ordres religieux et les plus aptes à l'enseignement de la jeunesse se trouvaient paralysés par les préjugés et par les lois politiques. On se plaignait aussi dans l'Éfflise en France de l'insuffisance du clergé sécu-

lier pour une prédication vraiment évangélique qui ramenât les âmes à une foi vivante et pratique. La nouvelle congrégation pourrait-elle être utile à cette fin?

L^abbé Bautain dut aussitôt se mettre en quête de témoignages favorables auprès des évêques qu'il connaissait ou qui avaient fait appel à la parole et aa zèle de sa petite compagnie. Le succès dépassa ses espérances, et en très peu de temps, il put envoyer à Rome trente lettres de recommandation et d'instance en faveur de la nouvelle société de Saint- Louis.

Nous en donnons ici la liste, comme témoignage de reconnaissance, et pour constater l'affection et la confiance qu'inspirait l'abbé Bautain (1).

Cette liste comprend deux cardinaux, cinq archevêques et yingt- trois évêques.

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